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28/03/2016

Bon voyage Jim Harrison

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poems

 

 

I Believe

I believe in steep drop-offs, the thunderstorm across the lake
in 1949, cold winds, empty swimming pools,
the overgrown path to the creek, raw garlic,
used tires, taverns, saloons, bars, gallons of red wine,
abandoned farmhouses, stunted lilac groves,
gravel roads that end, brush piles, thickets, girls
who haven’t quite gone totally wild, river eddies,
leaky wooden boats, the smell of used engine oil,
turbulent rivers, lakes without cottages lost in the woods,
the primrose growing out of a cow skull, the thousands
of birds I’ve talked to all of my life, the dogs
that talked back, the Chihuahuan ravens that follow
me on long walks. The rattler escaping the cold hose,
the fluttering unknown gods that I nearly see
from the left corner of my blind eye, struggling
to stay alive in a world that grinds them underfoot.

from IN SEARCH OF SMALL GODS, Copper Canyon Press, 2010

 

 

Death Again

Let’s not get romantic or dismal about death.
Indeed it’s our most unique act along with birth.
We must think of it as cooking breakfast,
it’s that ordinary. Break two eggs into a bowl
or break a bowl into two eggs. Slip into a coffin
after the fluids have been drained, or better yet,
slide into the fire. Of course it’s a little hard
to accept your last kiss, your last drink,
your last meal about which the condemned
can be quite particular as if there could be
a cheeseburger sent by God. A few lovers
sweep by the inner eye, but it’s mostly a placid
lake at dawn, mist rising, a solitary loon
call, and staring into the still, opaque water.
We’ll know as children again all that we are
destined to know, that the water is cold
and deep, and the sun penetrates only so far.

from SONGS OF UNREASON, Copper Canyon Press, 2011

 

 

 

23/03/2016

LES FOUS

 

Il existe sur cette terre un peuple dont on ne parle jamais mais ils se reconnaissent entre eux ; ils s’aiment ou se haïssent mais surtout sans cesse, ils se renvoient la même question, la seule à leurs yeux qui mérite d’être posée. Ils cherchent, cherchent sans répit, sinon quelques plages de mensonges et certaines formes d’oubli. Cette question murmurée, implorée, chantée, hurlée, ils s’en frappent la tête. Ils s’en mettent le cœur à vif. Ils la boivent tel un vin rare, se saoulent et se régénèrent, la perdent pour mieux la retrouver jusqu’au bout des nuits blanches, des journées sans soleil. Ils la décortiquent, l’aspirent, la crachent et l’offrent parfois sans calcul comme un bouquet de fleurs à une âme de passage.

 

Certains disent qu’ils sont fous. Et alors ?

 

Il en faut des fous pour exorciser nos démons, pour donner corps à nos monstres et nous permettre de dormir en paix ! Il en faut des fous pour se mettre à nu et se poignarder avec tous nos pieux mensonges ! Il en faut des fous pour se lancer dans ce vide que nous n’affrontons pas même du regard. Il en faut des fous pour aller décrocher les étoiles qui brillent derrière nos paupières cousues.

 

 

Il en faut des fous pour accoucher le monde !

 

Fous ! Les fous battent la campagne et la breloque !

Fous ! désaxés ! détraqués ! dérangés !

Siphonnés, piqués, cinglés, timbrés, cintrés!

Mabouls, marteaux ! Toqués, tapés ! Tordus, toc-toc,

Cinoques, louftingues, dingues loufoques !

 

Z’ont perdu la raison,

La boule et la boussole,

Une araignée au plafond,

Mais qu’importe Monsieur,

Les fous travaillent et pas qu’un peu

Les fous travaillent du chapeau !

 

Les fourres tout

Les foutrement gais

Les inspirés

Chercheurs de vérité

Fous téméraires

Et foutu bordel !

 

Les fous à lier

Les fous de liberté

Les fous d’amour

Les fous de bonheur

Les fous de joie

Les fous de rire

Les fous des bois

Fous de toi

Et fous au galop

Les fous échappés du jeu de tarot

Les fous en marche

Sur l’échiquier

 

Il y a aussi les foutez-moi la paix

Les foutez-vous de ma gueule

Et tous ces fous qui en veulent

Il y a les vieux fous sans lendemain

Les fous qui combattent les moulins

 

 

Les fous parlent à leur chien

Les fous respectent la terre

Les fous donnent tout

Les fous ne mentent pas

Les fous flânent en chemin

Nourrissent les oiseaux

Les fous pleurent

La mort d’une fleur

Les fous se rient des frontières

Les fous traversent les déserts

Gravissent les montagnes

Franchissent les mers

À la nage ou à la rame

Les fous disent paix et tolérance

Brûlent leur carte d’identité

Pour être sans-papier

Refusent de s’alimenter

Parce que d’autres sont affamés

Les fous ne ferment jamais leur porte à clé

 

Les fous vivent dans les arbres

Les fous sèment des jardins

Les fous se couchent au sol

Devant les tanks les bulldozers

Il y a des fous qui aiment tellement les animaux qu’ils ne les mangent pas

Il y a les fous qui balaient devant leurs pas

pour ne pas écraser les fourmis

Les fous parlent d’amour quand on leur fait la guerre

Les fous pardonnent à leurs tortionnaires

Les fous luttent, résistent, inventent

Aiment et cultivent la différence

 

Les fous vivent leurs idéaux

Les fous crachent des poèmes

Sur les façades des cités

Les fous refusent télé, supermarchés

Refusent d’être vaccinés, pucés

S’entêtent à ne pas se résigner

 

Les fous un jour partent

Sans se retourner

Les fous voyagent à pied

À dos d’ânes, en roulottes

Il y a des fous qui vont dans une grotte

Méditer pendant des années

Il y a des fous qui peuvent

Se passer d’électricité

Les fous font de leurs rêves une réalité

Les fous s’aiment malgré tout

Les fous refusent le garde à vous

Les fous croient en la justice

Et pensent pouvoir changer le monde

 

Mais les fous craignent les fous

Les fous vraiment malades

Les fous nocifs, les fous dangereux

Les foutez-les dehors Les fous qui veulent rester entre eux

Les fous offensifs

Führers et fous sanguinaires

Des fous pervers Fous du violent

Foudre de guerre Fous psychopathes Et fous de la gâchette Des fous furieux

Des fous maniaques Des fous avides

Des fouilles-merde Des fous stupides

Fous des grandeurs

Fous persécuteurs Fous délirants

Fous paranoïaques

Et fous de la matraque

Des fous forcenés

Fous d’odieux

Des fous banquiers

Fous scientifiques

Fous fanatiques

Des fous déguisés en flic

Fous de fric de pouvoir

Des fous politicards

Fous qui veulent tout diriger

Fous qui veulent tout acheter

Y’a pas pire fous que ceux-là.

Fous qui pensent qu’ils n’en sont pas

 

Et qui proclament :

 

Est fou celui qui ne pense pas comme nous…

Est fou celui qui n’est pas comme nous…

 

Et ils enferment, détruisent, asservissent et assassinent.

 

Monde foutu par ceux-là ?

Planète foutue par ces fous ci ?

 

Plutôt fou-rire !

 

 cg, in Follement autre

 

 

 

 

 

 

 


10/01/2016

OISEAUX II

 

 Oiseaux fous, oiseaux ivres,

 Fuyant par milliers

 Le vacarme des cités tendues,

 Prêtes à exploser.

  

Oiseaux fous,

 Oiseaux ivres,

 Portant haut

 Le vaste drapeau déchiré

 Du ciel,

 Vos cris se perdent

 Sur les océans migrateurs,

 Vos plumes se mêlent

 A leurs pleurs

 Et rougissent

 Les pages du monde.

 Nuit d’encre

 Où se noient

 Les rêves

 de l’albatros.

 

 Poète ,

 Marche,

 Vole !

 Les hommes

Riront toujours de toi !

  

Tailler les jours

 Entailler l’os,

 La marée épaisse

 Des rêves écorchés.

 Ôter à l’oiseau

 Le droit de voler

 Ôter à l’humain

 Toute volonté,

 Couper les ailes

 Trancher la main

 Fabriquer des implants

 De haine,

 Des lois taillées

 Sur des peaux blêmes,

 Et pour mieux encore

 Manipuler,

 Pénétrer au cœur même

 du sang

 Et du gène !

 Brider l’oiseau

 Briser l’humain,

  

Mais toi poète,

 Marche,

 Vole,

 Que les Hommes,

 S’il en reste,

 Puissent encore rire,

 De toi !

 

 

Cathy Garcia, 2001

 

 

 

 

09/12/2015

André Laude

 

Encre et sang

 

Je fais de ma vie de nuit en nuit un tas d’ordures.

Je fais de ma vie une brumeuse chronique.

Je fais de ma nuit le carrefour des fantômes.

Je fais de mon sang un long fleuve

qui tape à mes tempes.

Je fais de ma peur un oiseau noir et blanc

Je fais d’un oiseau mort, pourri,

l’enfant que j’aurais pu être.

Je fais d’un enfant un feu fou, un bloc de cendres.

Je fais de ma mort à venir un festin de serpents.

Je fais d’un serpent la corde pour me pendre.

Je fais d’un long, acharné silence le testament

de tout ce qui fut désastres, horreurs, ennuis,

ruptures et interminables hurlements.

Je pisse de l’encre et du sang.

Je pisse de l’encre et du sang.

Je chante sur le bûcher des châtiments.

 

 

 

15/11/2015

Diphylleia grayi

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05/07/2015

Hery Mahavanona

Vatovavy

 
Vatovavy rocher femelle
rocher femme
 rocher symbole dressé comme un sexe mâle
 je cherche désespérément sous ta toison drue hérissée de pitons
 les formes de femmes nues qu’on m’a tant ressassées
 femme couchée
 femme offerte
 femme refuge
 femme affalée dans l’attente du mâle
vaine géométrie qui nargue les profanes
 hermétique architecture…
je ne vois pas de sein
 je ne vois pas de sexe de femme
 je ne vois pas de silhouette callipyge
 qui m’inspirerait des pensées érotiques
 ou alors l’autre versant inaccessible aux curieux ?
 mais j’ai vu
 oui j’ai vu
 l’arborescence de la quintessence tanala
 et je pourrai rester des heures à la contempler
Vatovavy
 j’imagine une femme
 j’imagine la Femme
 la femme tanala désormais debout
 source inépuisable de vie
 enfantant à tour de bras d’impitoyables avaleurs d’espace
 les seins nus mais qu’importe
 somondrara dardés qui enflamment le mâle
 ou seins flasques de précoces multipares
 irréversible érosion de ma source de vie
et je revois Hitika
 je l’avais connue fillette mutine à la genèse de mes descentes
 longues tresses d’ambaniandro
 teint clair qui brillait tel une luciole dans le pénombre des veillées
 et pourtant on m’affirmait qu’elle était pure tanala, la belle affaire
 mais qu’importait cette dérisoire généalogie
 stériles immersions dans ses origines décryptées à travers des transes spirites
 proches de l’obsession
 elle était de Mahavanona et c’était l’essentiel
 princesse aux pieds nus et à la voix d’or
 son tempo éclairait les cantiques luthériens et les chœurs de dimanche
 le regard toujours effronté
 les nippes bridaient en vain sa beauté naissante
 et j’appréhendais avec effroi l’inévitable moment
 où un avaleur d’espace fusant des sentes escarpées
 allait butiner à la source ce nectar de première

Ainsi fut fait…
Je l’ai revue telle un maki femelle un gosse collé à son flanc
 sa beauté sauvage minée déjà par une lente déchéance

Je revois Lily, elle s’appelait en réalité Julienne pour l’état civil, si toutefois elle en avait un, ce dont je doutais, Lily passait d’un lieu à l’autre par la magie d’unions coutumières, semant à tous vents des gosses dopés à la bilharziose qui mourraient au fur et à mesure que d’autres naissaient, Lily qui s’étonnait que je sois resté monogame et pendant si longtemps, elle avait épuisé sa jeunesse sur tant de sentiers conjugaux, hier elle était à Fenoarivo, le lendemain elle partait ailleurs avec un autre mari
 un autre enfant
 un autre deuil éphémère et naturel
 sous couvert de fatalité
 et aucune promesse pour les jours à venir
 Elle avait dû être belle
 avant que ses innombrables mouflets n’allongent ses jeunes seins jusqu’à la démesure et que la chique ne blesse grièvement son sourire sur son teint d’albâtre
 mais elle m’adorait. Dans ce pays on a le sens de la famille, dès qu’elle apprenait ma présence elle accourait toutes affaires cessantes, arborant telle une nouvelle médaille, un nouveau mari ou un nouveau bambin, il y en avait qui s’appelait Variste, je ne suis jamais arrivé à lui donner un âge tellement il ne grandissait pas

Je revois Vony anéantie par une grossesse non désirée
 adultérine issue d’un coït sans lendemain
 encore une mère maki avec un gosse à son flanc
 mais celle-là avait fait pénitence
 demandé pardon à l’Eglise pour communier
 Il faut dire que sa voix manquait dans les cantiques de Noël
 la dernière fois que je suis revenu au pays
 elle avait réintégré la bergerie
 et repris une vie de bonne luthérienne

 Je revois Venige et son nom de nulle part, Venige aux longues échasses de sauterelle et un profil de pâtre grec, qui aurait cru qu’elle était du pays tanala, à peine quinze ans que déjà livrée en pâture à un avaleur d’espace, les muscles noueux et la vigueur qui engrosse les montagnes, deux enfants en deux ans sans coup férir et sans réelles ressources à part trimer dans une parcimonieuse rizière, bien entendu la famille eut droit au gros sel rituélique pour sceller l’union à la manière tanala et tout fut consommé jusqu’à l’insouciance juvénile de ma nièce et un beau jour le gendre fila sur de futiles prétextes vers les mirages constellés d’Ilakaka pour revenir six mois plus tard sans une once de saphir mais affublé d’une nouvelle compagne, il repartit aussitôt vers d’autres horizons à conquérir, d’autres proies pour prédateur, sans souci de son nouveau-né aussi menu qu’un moineau, il fallait le doper à l’hydrosol sur le conseils hautement éclairés d’un infirmier en retraite à dix kilomètres de là dans sa très officielle officine de Tolongoina.

Oui, je revois toutes ces mères sans mari
 telles des makis traînant leur progéniture
 courant sur les sentes et cherchant l’eau de source
 elles caquetaient sous le soleil et considéraient sûrement
 que leur situation n’était pas si mal
 et quand d’autres mâles venaient par inadvertance élargir leur confrérie
 elles me disaient avec humour
 que c’était leur seule distraction
 que nenni !
 quand l’austère FLM daignait les absoudre après leur pénitence
 elles nous gratifiaient de polyphonies qui vous transfiguraient aux veillées de Noël
 mais elles n’étaient pas toutes filles mères
 il y en avait qui convolaient en justes noces chrétiennes
 bénédiction du pasteur à l’appui
 il y avait Hoara qui s’était mariée avec Eugène le catéchiste
 Hoara avait un pied bot et un sourire angélique
 je l’ai connue toute petite, elle venait toujours me faire des présents, trois fois rien mais sa gentillesse transcendaient ses offrandes, une corbeille de fruits, un couvre chef tanala trop petit pour ma grosse tête ou un coq que mon fils s’empressa de dénommer Phénix, sûrement pour s’assurer de son immortalité – Phénix fut volé dès le retour à Tanà mais peut-être qu’il vit encore quelque part avec un tel nom –

elle était d’une famille nombreuse, Hoara, peu concernée par cette mortalité qui décime nos enfances, le père grabataire disparu il y a quelques années, je venais souvent le saluer mais il ne pouvait plus parler, il restait immobile sur sa natte, dans une maisonnette au dessus du Faraony comme s’il se recueillait en écoutant la respiration indolente du fleuve, curieusement ses filles ont toutes été mariées religieusement, un véritable tour de force et Hoara, ah Hoara et son sourire que je traquais à travers mon objectif pour le fixer pour la postérité, mais le résultat n’était jamais à la hauteur de la réalité et puis un jour Hoara vint nous dire qu’un catéchiste voulait la prendre pour femme, elle, la fillette au pied bot, il faut croire que le Bon Dieu avait décidément de bien tortueux et impénétrables chemins, effectivement le mariage eut bien lieu à Noël, sans fioriture, sans voile ni alliance, mais avec la bénédiction du pasteur Safina et sa voix de fausset qui faisait se tordre de rire ses paroissiennes, je me souviens, le catéchiste poussa la galanterie et la délicatesse jusqu’à se marier pied nu pour être à égalité avec Hoara et son pied bot, j’ai revu bien de mariages, bu et mangé, plaisanté, admiré des beautés mais jamais je n’étais aussi ému


oui je revois toutes ces femmes tanala
 filles mères ou pas
 ces femmes précocement vieillies
 ces grand-mères flétries par le haut soleil du Faraony
 et les rigoureux hivers des plateaux
 et je te vois Vatovavy
 condensé de toutes les femmes

 
tellement condensé que je ne te reconnais plus aucune forme féminine
 ton masque silencieux sur l’azur des collines
 mais ce pays sera femme ou ne sera plus
 et je flambe d’une colère qui ne tarira jamais

 
craignant de brûler mon ultime patience
 à l’exégèse de tes oracles hermétiques
 j’arracherai cette croix de cimetière sur ce téton qui te sert de crâne
 sésame pour ton hypothétique félicité
 sauf respect des grottes funéraires accrochées à tes flancs semés de bucranes
 afin que tu deviennes désormais
 en ce haut lieu de notre souffle naissant
 dépouillé de fariboles
 notre phare pour les esprits tanala perdus dans les labyrinthes du monde
 étourdis du vin lourd des festins de transhumance
 à la recherche de leur mère
 patrie

 
 in Lumière océane du petit matin

 
§  somondrara : seins d’adolescente)
 §  Vatovavy : rocher célèbre dans le sud est, à forme vaguement féminine, d’où son nom, et servant de repère pour les navires en mer

 



 

03/07/2015

Auteur inconnu

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02/07/2015

Serge Wellens

 

 

L'ARBRE AU FOND DE LA RIVIÈRE

  

La forme d'un poisson se pose

 sur la branche la plus lointaine

 et tremblante d'un reflet

  

Passe l'ombre d'un homme

 un instant retenue

 par de vagues remous

 d'écorces

 de racines

 

 ( C'est ainsi

 les hommes sont mortels

 Ils meurent

 on dit qu'ils passent )

  

Et puis s'en vient l'apparence d'un chien

 désœuvré cherchant dans son propre rêve

 un coin de nuit pour dormir

  

Alors l'oiseau

 très haut dans le ciel

désert jusqu'à l'absence

 étant seul à voir cela

 se prend à douter de ses ailes

et tombe .

 

  in Vivre nous tente

 

 

Serge Wellens

    " MA  NUIT "  DIT  LE  VIEUX

 

 A présent

 j'entre dans ma nuit

 non plus par l'ombre stérile

 du figuier que l'Ombre efface

 mais par les yeux grands ouverts

 de mon frère le hibou

 

 Nuit hérissée

 nuit d'insomniaque

 les mots qui l'inventent

 courent dans les taillis

 brouillant leurs traces

 intraduisibles autant

 que ces abois qui roulent

 dans de lointaines cours

 de fermes éteintes

  

Ainsi va ma nuit

 qui ne s'encombre pas d'étoiles

 qui sent la pomme fatiguée

 tombée de l'arbre

  

Ma nuit où je suis seul

 et chez moi parmi mes tombes

 je l'aime et je la cherche dans le noir

 j'y cultive mon chiendent.

 

 

in Il m'arrive d'oublier que je perds la mémoire

 

 

 

 

 

19/06/2015

Anne Archet - Dérobade

 

 

14 décembre 2009

 

(aubade)

 

Pas le temps de sucer ta queue
Car j’ai des poèmes à écrire
Il y a tant de papiers griffonnés
Entre les pages que mon carnet
Bubon trop mur sur le point d’éclater
S’effrite comme un lépreux sur le sol

 

Tu peux étendre ton foutre sur mon pied nu
Pourvu que mes mains restent sèches
Je dois retranscrire les odes sanitaires
Composées sur les murs des toilettes
Pas le temps de me faire bourrer le cul
Bientôt ma muse n’aura plus d’orifice intouché

 

Pas le temps de me faire ligoter
J’ai des vers célèbres au bout des doigts
Qui gémissent les musiques funèbres
Des sonnets blonds sur mes nymphes rougies
L’encre bleue des mille complaisances sous les ongles
Et celle des promesses à la saignée du coude

 

J’aurais bien aimé que tu restes plus longtemps
J’aurais bien frotté ma fente contre ton menton
J’aurais bien goûté au suc amer de ta veine noueuse
Mais j’ai des hymnes de chair et de tendons à écrire
Des fatrasies ululantes sous la lune oestromane
Des églogues gluantes de mouille et de rosée lubrique

 

 

 

 

17/05/2015

Guillevic - Les charniers

 

Passez entre les fleurs et regardez :
Au bout du pré c’est le charnier.
 
Pas plus de cent, mais bien en tas,
Ventre d’insecte un peu géant

Avec des pieds à travers tout.
 
Le sexe est dit par les souliers,
Les regards ont coulé sans doute.
 
— Eux aussi
Préféraient des fleurs.
 
            *
 
À l’un des bords du charnier,
Légèrement en l’air et hardie,

 
Une jambe — de femme
Bien sûr —
 
Une jambe jeune
Avec un bas noir
 
Et une cuisse,
Une vraie,
 
Jeune — et rien,
Rien.

 
            *
 
Le linge n’est pas
Ce qui pourrit le plus vite.
 
On en voit par là,
Durci de matières.
 
Il donne apparence
De chairs à cacher qui tiendraient encore.
 
            *

 
Combien ont su pourquoi,
Combien sont morts sachant,
Combien n’ont pas su quoi ?
 
Ceux qui auront pleuré,
Leurs yeux sont tout pareils,
 
C’est des trous dans des os
Ou c’est du plomb qui fond.
 
            *

 
Ils ont dit oui
À la pourriture.
 
Ils ont accepté,
Ils nous ont quittés.
 
Nous n’avons rien à voir
Avec leur pourriture.
 
            *
 
On va, autant qu’on peut,

Les séparer,
 
Mettre chacun d’eux
Dans un trou à lui,
 
Parce qu’ensemble
Ils font trop de silence contre le bruit.
 
            *
 
Si ce n’était pas impossible,
Absolument,

 
On dirait une femme
Comblée par l’amour
Et qui va dormir.
 
            *
 
Quand la bouche est ouverte
Ou bien ce qui en reste,
 
C’est qu’ils ont dû chanter,
Qu’ils ont crié victoire,

 
Ou c’est le maxillaire
Qui leur tombait de peur.
 
— Peut-être par hasard
Et la terre est entrée.
 
            *
 
Il y a des endroits où l’on ne sait plus
Si c’est la terre glaise ou si c’est la chair.
 
Et l’on est peureux que la terre, partout,

Soit pareille et colle.
 
            *
 
Encore s’ils devenaient aussitôt
Des squelettes,
 
Aussi nets et durs
Que de vrais squelettes
 
Et pas cette masse
Avec la boue.

 
            *
 
Lequel de nous voudrait
Se coucher parmi eux
 
Une heure, une heure ou deux,
Simplement pour l’hommage.
 
            *
 
Où est la plaie
Qui fait réponse ?

 
Où est la plaie
Des corps vivants ?
 
Où est la plaie.
Pour qu’on la voie,
 
Qu’on la guérisse.
 
            *
 
Ici
Ne repose pas,

 
Ici ou là, jamais
Ne reposera
 
Ce qui reste,
Ce qui restera
De ces corps-là.

 

 

 

 

12/04/2015

Observez les Faucons pèlerins en direct sur la cathédrale de Bruxelles

Les images que vous voyez ici (clic sur le lien) sont transmises en direct et 24h/24h depuis la cathédrale des Saints Michel et Gudule, à Bruxelles. La caméra 1 est installée sur le balcon à 1 m du nid. Elle est télécommandable depuis le poste d'observation situé sur le parvis. Depuis 2013, une deuxième caméra placée à l'extérieur de la tour permet d'observer les allées et venues des adultes.

 

http://www.fauconspourtous.be/live2.jsp?lang=fr

11/04/2015

Charles Bukowski's last poetry reading - The Last Straw

 

 

All The Way - a Charles Bukowski Poem

 

Directed, filmed and edited by Willem Martinot
Based on "roll the dice" by Charles Bukowski
Voice: Tom O'Bedlam
Music: Tony Anderson
Shot in Andalusia, Spain
Actor and assistant: Imre Tigchelaar

 

 

09/01/2015

Anna Gréki - El Houria


Il jaillit tout entier lui-même de sa bouche
Cet amour fort vibrant comme l'air surchauffé
Tout entier de sa propre bouche à ras du cœur


Hors de la matrice énorme de la guerre
Tu nais dans un soleil de cris et de mains nues
prodiguant des Juillets moissonneurs et debout


Nos morts qui t'ont rêvée se comptent par milliers
Un seul aurait suffi pour que je me rappelle
Le tracé des chemins qui mènent au bonheur


Les champs de tendre chair se taisent apaisés
Nos morts rendent la terre au soc frais des charrues
Et dans tes veines bat la flamme de leur sang


Toi qui as exigé l'extrême du possible
D'épouvantables vertus - ce pain de ta bouche -
Tu iras par la force au-delà de toi même


Nous qui t'avons nourrie du plus cher de nous-mêmes
La terre crue la datte sèche et le pois chiche
Nous t'apprendrons à vivre de cœur populaire


Chaque homme a droit de vie sur qui lui tient à cœur
Tu fais partie du monde humilié des vivants
Le peuple qui te tient aura raison de toi
Le ciel indépendant ne parle qu'au futur
Il nous reste à présent l'énergie de l'espoir.


Je t'aime Liberté comme j'aime mon fils