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05/07/2015

Hery Mahavanona

Vatovavy

 
Vatovavy rocher femelle
rocher femme
 rocher symbole dressé comme un sexe mâle
 je cherche désespérément sous ta toison drue hérissée de pitons
 les formes de femmes nues qu’on m’a tant ressassées
 femme couchée
 femme offerte
 femme refuge
 femme affalée dans l’attente du mâle
vaine géométrie qui nargue les profanes
 hermétique architecture…
je ne vois pas de sein
 je ne vois pas de sexe de femme
 je ne vois pas de silhouette callipyge
 qui m’inspirerait des pensées érotiques
 ou alors l’autre versant inaccessible aux curieux ?
 mais j’ai vu
 oui j’ai vu
 l’arborescence de la quintessence tanala
 et je pourrai rester des heures à la contempler
Vatovavy
 j’imagine une femme
 j’imagine la Femme
 la femme tanala désormais debout
 source inépuisable de vie
 enfantant à tour de bras d’impitoyables avaleurs d’espace
 les seins nus mais qu’importe
 somondrara dardés qui enflamment le mâle
 ou seins flasques de précoces multipares
 irréversible érosion de ma source de vie
et je revois Hitika
 je l’avais connue fillette mutine à la genèse de mes descentes
 longues tresses d’ambaniandro
 teint clair qui brillait tel une luciole dans le pénombre des veillées
 et pourtant on m’affirmait qu’elle était pure tanala, la belle affaire
 mais qu’importait cette dérisoire généalogie
 stériles immersions dans ses origines décryptées à travers des transes spirites
 proches de l’obsession
 elle était de Mahavanona et c’était l’essentiel
 princesse aux pieds nus et à la voix d’or
 son tempo éclairait les cantiques luthériens et les chœurs de dimanche
 le regard toujours effronté
 les nippes bridaient en vain sa beauté naissante
 et j’appréhendais avec effroi l’inévitable moment
 où un avaleur d’espace fusant des sentes escarpées
 allait butiner à la source ce nectar de première

Ainsi fut fait…
Je l’ai revue telle un maki femelle un gosse collé à son flanc
 sa beauté sauvage minée déjà par une lente déchéance

Je revois Lily, elle s’appelait en réalité Julienne pour l’état civil, si toutefois elle en avait un, ce dont je doutais, Lily passait d’un lieu à l’autre par la magie d’unions coutumières, semant à tous vents des gosses dopés à la bilharziose qui mourraient au fur et à mesure que d’autres naissaient, Lily qui s’étonnait que je sois resté monogame et pendant si longtemps, elle avait épuisé sa jeunesse sur tant de sentiers conjugaux, hier elle était à Fenoarivo, le lendemain elle partait ailleurs avec un autre mari
 un autre enfant
 un autre deuil éphémère et naturel
 sous couvert de fatalité
 et aucune promesse pour les jours à venir
 Elle avait dû être belle
 avant que ses innombrables mouflets n’allongent ses jeunes seins jusqu’à la démesure et que la chique ne blesse grièvement son sourire sur son teint d’albâtre
 mais elle m’adorait. Dans ce pays on a le sens de la famille, dès qu’elle apprenait ma présence elle accourait toutes affaires cessantes, arborant telle une nouvelle médaille, un nouveau mari ou un nouveau bambin, il y en avait qui s’appelait Variste, je ne suis jamais arrivé à lui donner un âge tellement il ne grandissait pas

Je revois Vony anéantie par une grossesse non désirée
 adultérine issue d’un coït sans lendemain
 encore une mère maki avec un gosse à son flanc
 mais celle-là avait fait pénitence
 demandé pardon à l’Eglise pour communier
 Il faut dire que sa voix manquait dans les cantiques de Noël
 la dernière fois que je suis revenu au pays
 elle avait réintégré la bergerie
 et repris une vie de bonne luthérienne

 Je revois Venige et son nom de nulle part, Venige aux longues échasses de sauterelle et un profil de pâtre grec, qui aurait cru qu’elle était du pays tanala, à peine quinze ans que déjà livrée en pâture à un avaleur d’espace, les muscles noueux et la vigueur qui engrosse les montagnes, deux enfants en deux ans sans coup férir et sans réelles ressources à part trimer dans une parcimonieuse rizière, bien entendu la famille eut droit au gros sel rituélique pour sceller l’union à la manière tanala et tout fut consommé jusqu’à l’insouciance juvénile de ma nièce et un beau jour le gendre fila sur de futiles prétextes vers les mirages constellés d’Ilakaka pour revenir six mois plus tard sans une once de saphir mais affublé d’une nouvelle compagne, il repartit aussitôt vers d’autres horizons à conquérir, d’autres proies pour prédateur, sans souci de son nouveau-né aussi menu qu’un moineau, il fallait le doper à l’hydrosol sur le conseils hautement éclairés d’un infirmier en retraite à dix kilomètres de là dans sa très officielle officine de Tolongoina.

Oui, je revois toutes ces mères sans mari
 telles des makis traînant leur progéniture
 courant sur les sentes et cherchant l’eau de source
 elles caquetaient sous le soleil et considéraient sûrement
 que leur situation n’était pas si mal
 et quand d’autres mâles venaient par inadvertance élargir leur confrérie
 elles me disaient avec humour
 que c’était leur seule distraction
 que nenni !
 quand l’austère FLM daignait les absoudre après leur pénitence
 elles nous gratifiaient de polyphonies qui vous transfiguraient aux veillées de Noël
 mais elles n’étaient pas toutes filles mères
 il y en avait qui convolaient en justes noces chrétiennes
 bénédiction du pasteur à l’appui
 il y avait Hoara qui s’était mariée avec Eugène le catéchiste
 Hoara avait un pied bot et un sourire angélique
 je l’ai connue toute petite, elle venait toujours me faire des présents, trois fois rien mais sa gentillesse transcendaient ses offrandes, une corbeille de fruits, un couvre chef tanala trop petit pour ma grosse tête ou un coq que mon fils s’empressa de dénommer Phénix, sûrement pour s’assurer de son immortalité – Phénix fut volé dès le retour à Tanà mais peut-être qu’il vit encore quelque part avec un tel nom –

elle était d’une famille nombreuse, Hoara, peu concernée par cette mortalité qui décime nos enfances, le père grabataire disparu il y a quelques années, je venais souvent le saluer mais il ne pouvait plus parler, il restait immobile sur sa natte, dans une maisonnette au dessus du Faraony comme s’il se recueillait en écoutant la respiration indolente du fleuve, curieusement ses filles ont toutes été mariées religieusement, un véritable tour de force et Hoara, ah Hoara et son sourire que je traquais à travers mon objectif pour le fixer pour la postérité, mais le résultat n’était jamais à la hauteur de la réalité et puis un jour Hoara vint nous dire qu’un catéchiste voulait la prendre pour femme, elle, la fillette au pied bot, il faut croire que le Bon Dieu avait décidément de bien tortueux et impénétrables chemins, effectivement le mariage eut bien lieu à Noël, sans fioriture, sans voile ni alliance, mais avec la bénédiction du pasteur Safina et sa voix de fausset qui faisait se tordre de rire ses paroissiennes, je me souviens, le catéchiste poussa la galanterie et la délicatesse jusqu’à se marier pied nu pour être à égalité avec Hoara et son pied bot, j’ai revu bien de mariages, bu et mangé, plaisanté, admiré des beautés mais jamais je n’étais aussi ému


oui je revois toutes ces femmes tanala
 filles mères ou pas
 ces femmes précocement vieillies
 ces grand-mères flétries par le haut soleil du Faraony
 et les rigoureux hivers des plateaux
 et je te vois Vatovavy
 condensé de toutes les femmes

 
tellement condensé que je ne te reconnais plus aucune forme féminine
 ton masque silencieux sur l’azur des collines
 mais ce pays sera femme ou ne sera plus
 et je flambe d’une colère qui ne tarira jamais

 
craignant de brûler mon ultime patience
 à l’exégèse de tes oracles hermétiques
 j’arracherai cette croix de cimetière sur ce téton qui te sert de crâne
 sésame pour ton hypothétique félicité
 sauf respect des grottes funéraires accrochées à tes flancs semés de bucranes
 afin que tu deviennes désormais
 en ce haut lieu de notre souffle naissant
 dépouillé de fariboles
 notre phare pour les esprits tanala perdus dans les labyrinthes du monde
 étourdis du vin lourd des festins de transhumance
 à la recherche de leur mère
 patrie

 
 in Lumière océane du petit matin

 
§  somondrara : seins d’adolescente)
 §  Vatovavy : rocher célèbre dans le sud est, à forme vaguement féminine, d’où son nom, et servant de repère pour les navires en mer

 



 

03/07/2015

Auteur inconnu

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02/07/2015

Serge Wellens

 

 

L'ARBRE AU FOND DE LA RIVIÈRE

  

La forme d'un poisson se pose

 sur la branche la plus lointaine

 et tremblante d'un reflet

  

Passe l'ombre d'un homme

 un instant retenue

 par de vagues remous

 d'écorces

 de racines

 

 ( C'est ainsi

 les hommes sont mortels

 Ils meurent

 on dit qu'ils passent )

  

Et puis s'en vient l'apparence d'un chien

 désœuvré cherchant dans son propre rêve

 un coin de nuit pour dormir

  

Alors l'oiseau

 très haut dans le ciel

désert jusqu'à l'absence

 étant seul à voir cela

 se prend à douter de ses ailes

et tombe .

 

  in Vivre nous tente

 

 

Serge Wellens

    " MA  NUIT "  DIT  LE  VIEUX

 

 A présent

 j'entre dans ma nuit

 non plus par l'ombre stérile

 du figuier que l'Ombre efface

 mais par les yeux grands ouverts

 de mon frère le hibou

 

 Nuit hérissée

 nuit d'insomniaque

 les mots qui l'inventent

 courent dans les taillis

 brouillant leurs traces

 intraduisibles autant

 que ces abois qui roulent

 dans de lointaines cours

 de fermes éteintes

  

Ainsi va ma nuit

 qui ne s'encombre pas d'étoiles

 qui sent la pomme fatiguée

 tombée de l'arbre

  

Ma nuit où je suis seul

 et chez moi parmi mes tombes

 je l'aime et je la cherche dans le noir

 j'y cultive mon chiendent.

 

 

in Il m'arrive d'oublier que je perds la mémoire

 

 

 

 

 

19/06/2015

Anne Archet - Dérobade

 

 

14 décembre 2009

 

(aubade)

 

Pas le temps de sucer ta queue
Car j’ai des poèmes à écrire
Il y a tant de papiers griffonnés
Entre les pages que mon carnet
Bubon trop mur sur le point d’éclater
S’effrite comme un lépreux sur le sol

 

Tu peux étendre ton foutre sur mon pied nu
Pourvu que mes mains restent sèches
Je dois retranscrire les odes sanitaires
Composées sur les murs des toilettes
Pas le temps de me faire bourrer le cul
Bientôt ma muse n’aura plus d’orifice intouché

 

Pas le temps de me faire ligoter
J’ai des vers célèbres au bout des doigts
Qui gémissent les musiques funèbres
Des sonnets blonds sur mes nymphes rougies
L’encre bleue des mille complaisances sous les ongles
Et celle des promesses à la saignée du coude

 

J’aurais bien aimé que tu restes plus longtemps
J’aurais bien frotté ma fente contre ton menton
J’aurais bien goûté au suc amer de ta veine noueuse
Mais j’ai des hymnes de chair et de tendons à écrire
Des fatrasies ululantes sous la lune oestromane
Des églogues gluantes de mouille et de rosée lubrique

 

 

 

 

17/05/2015

Guillevic - Les charniers

 

Passez entre les fleurs et regardez :
Au bout du pré c’est le charnier.
 
Pas plus de cent, mais bien en tas,
Ventre d’insecte un peu géant

Avec des pieds à travers tout.
 
Le sexe est dit par les souliers,
Les regards ont coulé sans doute.
 
— Eux aussi
Préféraient des fleurs.
 
            *
 
À l’un des bords du charnier,
Légèrement en l’air et hardie,

 
Une jambe — de femme
Bien sûr —
 
Une jambe jeune
Avec un bas noir
 
Et une cuisse,
Une vraie,
 
Jeune — et rien,
Rien.

 
            *
 
Le linge n’est pas
Ce qui pourrit le plus vite.
 
On en voit par là,
Durci de matières.
 
Il donne apparence
De chairs à cacher qui tiendraient encore.
 
            *

 
Combien ont su pourquoi,
Combien sont morts sachant,
Combien n’ont pas su quoi ?
 
Ceux qui auront pleuré,
Leurs yeux sont tout pareils,
 
C’est des trous dans des os
Ou c’est du plomb qui fond.
 
            *

 
Ils ont dit oui
À la pourriture.
 
Ils ont accepté,
Ils nous ont quittés.
 
Nous n’avons rien à voir
Avec leur pourriture.
 
            *
 
On va, autant qu’on peut,

Les séparer,
 
Mettre chacun d’eux
Dans un trou à lui,
 
Parce qu’ensemble
Ils font trop de silence contre le bruit.
 
            *
 
Si ce n’était pas impossible,
Absolument,

 
On dirait une femme
Comblée par l’amour
Et qui va dormir.
 
            *
 
Quand la bouche est ouverte
Ou bien ce qui en reste,
 
C’est qu’ils ont dû chanter,
Qu’ils ont crié victoire,

 
Ou c’est le maxillaire
Qui leur tombait de peur.
 
— Peut-être par hasard
Et la terre est entrée.
 
            *
 
Il y a des endroits où l’on ne sait plus
Si c’est la terre glaise ou si c’est la chair.
 
Et l’on est peureux que la terre, partout,

Soit pareille et colle.
 
            *
 
Encore s’ils devenaient aussitôt
Des squelettes,
 
Aussi nets et durs
Que de vrais squelettes
 
Et pas cette masse
Avec la boue.

 
            *
 
Lequel de nous voudrait
Se coucher parmi eux
 
Une heure, une heure ou deux,
Simplement pour l’hommage.
 
            *
 
Où est la plaie
Qui fait réponse ?

 
Où est la plaie
Des corps vivants ?
 
Où est la plaie.
Pour qu’on la voie,
 
Qu’on la guérisse.
 
            *
 
Ici
Ne repose pas,

 
Ici ou là, jamais
Ne reposera
 
Ce qui reste,
Ce qui restera
De ces corps-là.

 

 

 

 

12/04/2015

Observez les Faucons pèlerins en direct sur la cathédrale de Bruxelles

Les images que vous voyez ici (clic sur le lien) sont transmises en direct et 24h/24h depuis la cathédrale des Saints Michel et Gudule, à Bruxelles. La caméra 1 est installée sur le balcon à 1 m du nid. Elle est télécommandable depuis le poste d'observation situé sur le parvis. Depuis 2013, une deuxième caméra placée à l'extérieur de la tour permet d'observer les allées et venues des adultes.

 

http://www.fauconspourtous.be/live2.jsp?lang=fr

11/04/2015

Charles Bukowski's last poetry reading - The Last Straw

 

 

All The Way - a Charles Bukowski Poem

 

Directed, filmed and edited by Willem Martinot
Based on "roll the dice" by Charles Bukowski
Voice: Tom O'Bedlam
Music: Tony Anderson
Shot in Andalusia, Spain
Actor and assistant: Imre Tigchelaar

 

 

09/01/2015

Anna Gréki - El Houria


Il jaillit tout entier lui-même de sa bouche
Cet amour fort vibrant comme l'air surchauffé
Tout entier de sa propre bouche à ras du cœur


Hors de la matrice énorme de la guerre
Tu nais dans un soleil de cris et de mains nues
prodiguant des Juillets moissonneurs et debout


Nos morts qui t'ont rêvée se comptent par milliers
Un seul aurait suffi pour que je me rappelle
Le tracé des chemins qui mènent au bonheur


Les champs de tendre chair se taisent apaisés
Nos morts rendent la terre au soc frais des charrues
Et dans tes veines bat la flamme de leur sang


Toi qui as exigé l'extrême du possible
D'épouvantables vertus - ce pain de ta bouche -
Tu iras par la force au-delà de toi même


Nous qui t'avons nourrie du plus cher de nous-mêmes
La terre crue la datte sèche et le pois chiche
Nous t'apprendrons à vivre de cœur populaire


Chaque homme a droit de vie sur qui lui tient à cœur
Tu fais partie du monde humilié des vivants
Le peuple qui te tient aura raison de toi
Le ciel indépendant ne parle qu'au futur
Il nous reste à présent l'énergie de l'espoir.


Je t'aime Liberté comme j'aime mon fils 

 


     

24/12/2014

Anna Gréki

MENAA DES AURÈS (1958 - Prison civile de Barberousse, Alger)

Même en hiver le jour n'était qu'un verger doux
Quand le col du Guerza s'engorgeait sous la neige
Les grenades n'étaient alors que des fruits - seule
Leur peau de cuir saignait sous les gourmandises
On se cachait dans le maquis crépu pour rire
Seulement. Les fusils ne fouillaient que gibier.
Et si la montagne granitique sautait
A la dynamite, c'était l'instituteur
Mon père creusant la route à sa Citroèn.
Aucune des maisons n'avait besoin de portes
Puisque les visages s'ouvraient dans les visages.
Et les voisins épars, simplement voisinaient.
La nuit n'existait pas puisque l'on y dormait.


C'était dans les Aurés
A Menaâ
Commune mixte Arris
Comme on dit dans la presse
Mon enfance et les délices


Naquirent là
A Menaâ - commune mixte Arris
Et mes passions après vingt ans
Sont les fruits de leurs prédilections
Du temps où les oiseaux tombés des nids
Tombaient aussi des mains de Nedjaï
Jusqu'au fond de mes yeux chaouias


Frileux comme un iris
Mon ami Nedjaï
Nu sous sa gandoura bleue
Courait dans le soir en camaïeu
Glissant sur les scorpions gris
De l'Oued El Abdi
Derrière les chacals brillants
Qui rient le cou ouvert.
Et dressé en angle aigu, lisse
Au haut de ses échasses
Il lançait pour voir clair
Jusqu'à la fin de l'espace
La lune au tire-boulettes.


Maintenant c'est la guerre aussi dans mon douar
Il a replié ses kilomètres de joie
Comme les ailes au dessus gris d'un papi1lon
Polymorphe et couve sous des gourbis zingueux
Tous les bonheurs en germe qui n'existent plus


Dehors -- pas plus que les vergers dont les soieries
sucrées rendaient le vent plus mielleux qu'une abeille
Pas plus que le bruit des pieds nus de Nedjaï
Sur les racines de mon enfance enfouies
Sous des sédiments de peur, de haine, de sang
Car c'est du sang qui bat dans l'Oued El Abdi
Et roule les scorpions gras comme des blessures
Qui seules survivraient des corps martyrisés.


C'est la guerre
Le ciel mousseux d'hélicoptères
Saute à la dynamite
La terre chaude jaillit et glisse
En coulée de miel
Le long des éclats de faïence bleue
Du ciel blanc
Les bruits d'hélices
Ont remplacé les bruits d'abeille


Les Aurés frémissent
Sous la caresse
Des postes émetteurs clandestins
Le souffle de la liberté
Se propageant par ondes électriques
Vibre comme le pelage orageux d'un fauve
Ivre d'un oxygène soudain
Et trouve le chemin de toutes les poitrines


Les bruits disparaissent
Dans la tiédeur de l'atmosphère et dans le temps
C'est la guerre muette
Derrière les portes de Batna
J'assiste sur l'écran de mon enfance
A un combat silencieux
Sur des images au ralenti


A la lumière de mon âge je l'avoue
Tout ce qui me touche en ce monde jusqu'à l'âme
Sort d'un massif peint en rose et blanc sur les cartes
Des livres de géographie du cours moyen
Et lui ressemble par je ne sais quelle joie liquide
Où toute mon enfance aurait déteint.
Tout ce que j`aime et ce que je fais à présent
A des racines là-bas
Au-delà du col du Guerza à Menaâ
Où mon premier ami je sais qu'il m'attendra
Puisqu'il a grandi dans la chair de mon coeur. Si
Le monde qui m'entoure a vieilli de vingt ans
Il garde dans sa peau mes amours chaouias.

 

 

 

 

17/09/2014

Tadashi Kawamata

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CHAISE CONTRE BALAI

 

LA chaise, sur laquelle se pose et se repose notre partie la plus charnue, LA chaise, une sorte de cul de remplacement en somme. Objet commun d’entre tous, objet d’une telle évidence et qui s’offre si généreusement « Prenez-donc une chaise. ». Quatre pieds bien ancrés, entre terre et ciel, nous offre une position qui n’a pas toujours été la nôtre, et qui d’ailleurs ne l’est toujours pas dans bien des endroits de notre planète. Quatre pieds bien arrimés, qui n’empêchent pas pour autant les enfants de s’en balancer, au risque de valdinguer, chaise et enfant confondus, six pieds en l’air. Serait-ce à dire que les enfants ont moins de respect pour ce si noble objet que nous, adultes, grands et responsables ? Les enfants préfèrent, à l’image de nos ancêtres et de nombreux peuples encore aujourd’hui, s’asseoir par TERRE. La chaise finalement ne serait-elle pas plus convenable que confortable ? Ce n’est pas Pharaon qui me contredirait qui fut sans doute le tout premier à vouloir affirmer sa puissance, en dominant un peuple accroupi aux dépends de son propre confort. En effet, les premiers sièges nous les devons aux Égyptiens, avant la klismosdela Grèce Antique, qui innove avec le siège ergonomique.

 

À l'origine donc, la chaise était un privilège réservé aux élites. Les gens du peuple, chez nous par exemple, utilisaient le coffre, le banc ou le tabouret. Autant dire que de la chaise au pouvoir, il suffit de prendre place, et le must ce sont les chaises portées par d’autres, la sedia du Pape (habemus !) et autre chaises à porteur qui sont souvent vite devenus le symbole de l’oppression dans les pays colonisés. Et nous pouvons pousser la réflexion jusqu’à l’inversion du symbole, quand la chaise fait déchoir l’être au plus bas, elle devient alors celle du condamné, la chaise punitive par excellence, la chaise électrique.

 

Mais revenons à nos chaises à nous, nos chaises toutes simples, si familières dans les foyers même les plus modestes. Si pratiques certes, mais sont-elles vraiment à ce point, indispensables ? Si nous n’avons pas la grosse tête en y posant nos fesses, ne seraient-elles pas pourtant comme un obstacle immiscé entre notre rondeur postérieure et la rondeur de la Terre ? Nos fesses ne se plairaient-elles pas mieux au sol finalement et n’y aurait-t-il pas quelque chose à apprendre à s’asseoir de cette façon ? Quelque chose qui aurait à voir avec un peu d’humilité. Agenouillés, en tailleur, voire en lotus, est-il impensable d’imaginer que cela puisse nous libérer l’esprit ? Nous ramener à une plus juste mesure ? A une gymnastique à la fois morale et physique qui nous serait bénéfique ? Les Asiatiques semblent en savoir plus que nous en ce domaine et pour avoir pratiqué, je pourrais même dire que la posture assise au sol, lotus ou zazen, peut nous être extrêmement bénéfique, de même que tout simplement s’asseoir plus souvent dans l’herbe.

 

J’écris tout ceci en buvant mon café, assise bien évidemment sur une chaise, une chaise en bois tout ce qu’il y a de plus classique. Alors plutôt que de bavarder plus longtemps, passons à la pratique justement. Me voilà assise sur le ciment de la terrasse. Première observation : il est frais et c’est agréable. Deuxième observation : le sol est sale. J’en arrive donc à cette conclusion, je vous l’accorde un peu hâtive, mais c’est un fait : si nous n’avions pas de chaises, nous passerions plus souvent le balai !

 

 CG, juillet 2010

 

 

 

 

 

10/09/2014

Revolenfants

 

02/04/2014

ô bistrot de Limogne

 

A Monique & Dédé... Merci Colombe !

 

 

 

 

03/03/2014

Blu

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COMMENT VA LE MONDE ?

  

Esclavage banalisé, mépris de l’humanité. Au nom, au nom ? Du progrès ? Non, du profit. Juste la fin qui change, cette fin qui justifie n’importe quels moyens et la faim toujours décime l’humain.

 

Les pieuvres de l’industrie, les grands groupes financiers, agro, commerciaux, miniers, pétroliers, banques, trusts, dynasties, lobbies avec la bénédiction de l’OMC,  du FMI…

Holdings, consortiums, pools, blocs multicartes, multimillionnaires, obsédés du fusionner pour mieux accumuler, multinationales dressées à mutiler. Politiques, cartels, mafias, tous bardés de lard dans le même plat.

 

Un génocide de haut vol, le plus organisé de toute l’histoire. Les valets du pouvoir croyant pouvoir échapper à leur propre extinction, bâtissent des empires du suc de leurs congénères : sang, sueur, larmes... voire quelques organes. Hissés au sommet de dynasties aussi raffinées que cruelles, ils fusionnent, s’entredévorent, hydre invincible et multicéphale. Il n’y a plus un lieu, plus un sanctuaire où la bête ne s’est infiltrée. Coupez une tête, c’est mille qui repoussent et encore plus arrogantes ! Quelle formidable prise de conscience pourrait les trancher toutes d’un seul coup ? 

 

Sommes-nous tous complices et serviteurs dans nos amnésies quotidiennes ?

 

Mal, le monde va mal. Bien, le monde va bien. Tout est question de point de vue, de point de bourse. Liberté, égalité, fraternité : le paillasson sur lequel l’économie mondiale s’essuie les pieds. Les droits de l’Homme imprimés sur du papier toilette recyclé, une bonne blague dans les somptueux cabinets.

 

Comment cela va t’il donc ? Juste une question de flux, de transit… Certains amassent et retiennent, tandis qu’une multitude d’autres se vident jusqu’à ce qu’ils en crèvent.

 

 

cg 2002

 

in Qué wonferful monde

(Ed. Nouveaux Délits, janvier 2012)