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24/12/2014

Anna Gréki

MENAA DES AURÈS (1958 - Prison civile de Barberousse, Alger)

Même en hiver le jour n'était qu'un verger doux
Quand le col du Guerza s'engorgeait sous la neige
Les grenades n'étaient alors que des fruits - seule
Leur peau de cuir saignait sous les gourmandises
On se cachait dans le maquis crépu pour rire
Seulement. Les fusils ne fouillaient que gibier.
Et si la montagne granitique sautait
A la dynamite, c'était l'instituteur
Mon père creusant la route à sa Citroèn.
Aucune des maisons n'avait besoin de portes
Puisque les visages s'ouvraient dans les visages.
Et les voisins épars, simplement voisinaient.
La nuit n'existait pas puisque l'on y dormait.


C'était dans les Aurés
A Menaâ
Commune mixte Arris
Comme on dit dans la presse
Mon enfance et les délices


Naquirent là
A Menaâ - commune mixte Arris
Et mes passions après vingt ans
Sont les fruits de leurs prédilections
Du temps où les oiseaux tombés des nids
Tombaient aussi des mains de Nedjaï
Jusqu'au fond de mes yeux chaouias


Frileux comme un iris
Mon ami Nedjaï
Nu sous sa gandoura bleue
Courait dans le soir en camaïeu
Glissant sur les scorpions gris
De l'Oued El Abdi
Derrière les chacals brillants
Qui rient le cou ouvert.
Et dressé en angle aigu, lisse
Au haut de ses échasses
Il lançait pour voir clair
Jusqu'à la fin de l'espace
La lune au tire-boulettes.


Maintenant c'est la guerre aussi dans mon douar
Il a replié ses kilomètres de joie
Comme les ailes au dessus gris d'un papi1lon
Polymorphe et couve sous des gourbis zingueux
Tous les bonheurs en germe qui n'existent plus


Dehors -- pas plus que les vergers dont les soieries
sucrées rendaient le vent plus mielleux qu'une abeille
Pas plus que le bruit des pieds nus de Nedjaï
Sur les racines de mon enfance enfouies
Sous des sédiments de peur, de haine, de sang
Car c'est du sang qui bat dans l'Oued El Abdi
Et roule les scorpions gras comme des blessures
Qui seules survivraient des corps martyrisés.


C'est la guerre
Le ciel mousseux d'hélicoptères
Saute à la dynamite
La terre chaude jaillit et glisse
En coulée de miel
Le long des éclats de faïence bleue
Du ciel blanc
Les bruits d'hélices
Ont remplacé les bruits d'abeille


Les Aurés frémissent
Sous la caresse
Des postes émetteurs clandestins
Le souffle de la liberté
Se propageant par ondes électriques
Vibre comme le pelage orageux d'un fauve
Ivre d'un oxygène soudain
Et trouve le chemin de toutes les poitrines


Les bruits disparaissent
Dans la tiédeur de l'atmosphère et dans le temps
C'est la guerre muette
Derrière les portes de Batna
J'assiste sur l'écran de mon enfance
A un combat silencieux
Sur des images au ralenti


A la lumière de mon âge je l'avoue
Tout ce qui me touche en ce monde jusqu'à l'âme
Sort d'un massif peint en rose et blanc sur les cartes
Des livres de géographie du cours moyen
Et lui ressemble par je ne sais quelle joie liquide
Où toute mon enfance aurait déteint.
Tout ce que j`aime et ce que je fais à présent
A des racines là-bas
Au-delà du col du Guerza à Menaâ
Où mon premier ami je sais qu'il m'attendra
Puisqu'il a grandi dans la chair de mon coeur. Si
Le monde qui m'entoure a vieilli de vingt ans
Il garde dans sa peau mes amours chaouias.

 

 

 

 

17/09/2014

Tadashi Kawamata

Tadashi Kawamata found art from upcycled chairs.jpg

 

CHAISE CONTRE BALAI

 

LA chaise, sur laquelle se pose et se repose notre partie la plus charnue, LA chaise, une sorte de cul de remplacement en somme. Objet commun d’entre tous, objet d’une telle évidence et qui s’offre si généreusement « Prenez-donc une chaise. ». Quatre pieds bien ancrés, entre terre et ciel, nous offre une position qui n’a pas toujours été la nôtre, et qui d’ailleurs ne l’est toujours pas dans bien des endroits de notre planète. Quatre pieds bien arrimés, qui n’empêchent pas pour autant les enfants de s’en balancer, au risque de valdinguer, chaise et enfant confondus, six pieds en l’air. Serait-ce à dire que les enfants ont moins de respect pour ce si noble objet que nous, adultes, grands et responsables ? Les enfants préfèrent, à l’image de nos ancêtres et de nombreux peuples encore aujourd’hui, s’asseoir par TERRE. La chaise finalement ne serait-elle pas plus convenable que confortable ? Ce n’est pas Pharaon qui me contredirait qui fut sans doute le tout premier à vouloir affirmer sa puissance, en dominant un peuple accroupi aux dépends de son propre confort. En effet, les premiers sièges nous les devons aux Égyptiens, avant la klismosdela Grèce Antique, qui innove avec le siège ergonomique.

 

À l'origine donc, la chaise était un privilège réservé aux élites. Les gens du peuple, chez nous par exemple, utilisaient le coffre, le banc ou le tabouret. Autant dire que de la chaise au pouvoir, il suffit de prendre place, et le must ce sont les chaises portées par d’autres, la sedia du Pape (habemus !) et autre chaises à porteur qui sont souvent vite devenus le symbole de l’oppression dans les pays colonisés. Et nous pouvons pousser la réflexion jusqu’à l’inversion du symbole, quand la chaise fait déchoir l’être au plus bas, elle devient alors celle du condamné, la chaise punitive par excellence, la chaise électrique.

 

Mais revenons à nos chaises à nous, nos chaises toutes simples, si familières dans les foyers même les plus modestes. Si pratiques certes, mais sont-elles vraiment à ce point, indispensables ? Si nous n’avons pas la grosse tête en y posant nos fesses, ne seraient-elles pas pourtant comme un obstacle immiscé entre notre rondeur postérieure et la rondeur de la Terre ? Nos fesses ne se plairaient-elles pas mieux au sol finalement et n’y aurait-t-il pas quelque chose à apprendre à s’asseoir de cette façon ? Quelque chose qui aurait à voir avec un peu d’humilité. Agenouillés, en tailleur, voire en lotus, est-il impensable d’imaginer que cela puisse nous libérer l’esprit ? Nous ramener à une plus juste mesure ? A une gymnastique à la fois morale et physique qui nous serait bénéfique ? Les Asiatiques semblent en savoir plus que nous en ce domaine et pour avoir pratiqué, je pourrais même dire que la posture assise au sol, lotus ou zazen, peut nous être extrêmement bénéfique, de même que tout simplement s’asseoir plus souvent dans l’herbe.

 

J’écris tout ceci en buvant mon café, assise bien évidemment sur une chaise, une chaise en bois tout ce qu’il y a de plus classique. Alors plutôt que de bavarder plus longtemps, passons à la pratique justement. Me voilà assise sur le ciment de la terrasse. Première observation : il est frais et c’est agréable. Deuxième observation : le sol est sale. J’en arrive donc à cette conclusion, je vous l’accorde un peu hâtive, mais c’est un fait : si nous n’avions pas de chaises, nous passerions plus souvent le balai !

 

 CG, juillet 2010

 

 

 

 

 

10/09/2014

Revolenfants

 

02/04/2014

ô bistrot de Limogne

 

A Monique & Dédé... Merci Colombe !

 

 

 

 

03/03/2014

Blu

Blu 0.jpg

 

COMMENT VA LE MONDE ?

  

Esclavage banalisé, mépris de l’humanité. Au nom, au nom ? Du progrès ? Non, du profit. Juste la fin qui change, cette fin qui justifie n’importe quels moyens et la faim toujours décime l’humain.

 

Les pieuvres de l’industrie, les grands groupes financiers, agro, commerciaux, miniers, pétroliers, banques, trusts, dynasties, lobbies avec la bénédiction de l’OMC,  du FMI…

Holdings, consortiums, pools, blocs multicartes, multimillionnaires, obsédés du fusionner pour mieux accumuler, multinationales dressées à mutiler. Politiques, cartels, mafias, tous bardés de lard dans le même plat.

 

Un génocide de haut vol, le plus organisé de toute l’histoire. Les valets du pouvoir croyant pouvoir échapper à leur propre extinction, bâtissent des empires du suc de leurs congénères : sang, sueur, larmes... voire quelques organes. Hissés au sommet de dynasties aussi raffinées que cruelles, ils fusionnent, s’entredévorent, hydre invincible et multicéphale. Il n’y a plus un lieu, plus un sanctuaire où la bête ne s’est infiltrée. Coupez une tête, c’est mille qui repoussent et encore plus arrogantes ! Quelle formidable prise de conscience pourrait les trancher toutes d’un seul coup ? 

 

Sommes-nous tous complices et serviteurs dans nos amnésies quotidiennes ?

 

Mal, le monde va mal. Bien, le monde va bien. Tout est question de point de vue, de point de bourse. Liberté, égalité, fraternité : le paillasson sur lequel l’économie mondiale s’essuie les pieds. Les droits de l’Homme imprimés sur du papier toilette recyclé, une bonne blague dans les somptueux cabinets.

 

Comment cela va t’il donc ? Juste une question de flux, de transit… Certains amassent et retiennent, tandis qu’une multitude d’autres se vident jusqu’à ce qu’ils en crèvent.

 

 

cg 2002

 

in Qué wonferful monde

(Ed. Nouveaux Délits, janvier 2012)

 

 

 

 

 

01/03/2014

Liddicoatite - Anjanabonoina, Betafo, Antsirabé, Madagascar

Liddicoatite tourmaline.jpg

 

 

22/02/2014

Printemps est en route

 

Aujourd'hui, 18h57,  dans un joyeux vacarme, les grues cendrées de retour passent au-dessus de la maison, en longue files de V pour Vie, noires sur un ciel gris d'encre mouillée, juste magique !

Le cœur transporté.

 

 

01/02/2014

Joyeuse Imbolc !

Imbolc (1).JPG

 

 

Fées répandez partout La rosée sacrée des champs.

 

William Shakespeare

 

 

 

19/01/2014

Money trees - Angleterre

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Rachel Bibly money-trees5.jpg

 

drew _073  money-trees3.jpg

 

money tree.png

 

Il y a des endroits en Angleterre où vous pouvez trouver des arbres avec des pièces martelées et pliés dans l'écorce. Personne ne sait vraiment pourquoi les gens ont enfoncé des pièces dans les arbres. Certains croient qu'ils portent chance. La coutume se poursuit encore de nos jours.

 

http://www.flickr.com/groups/moneytree/

04/12/2013

Histoires de cul

 

Hermaphordite endormi IIes après JC .jpg

Hermaphrodite endormi IIs. après JC

 

 

 

Eh oui ! On trouve des histoires de cul même dans les dictionnaires, aussi j’espère que vous ne vous êtes pas levés le cul devant, autrement dit que vous êtes de bonne humeur afin de ne pas lire ce qui suit à l'écorche-cul, c’est à dire au regret, en rechignant. L’idéal serait d’y aller de cul et de tête, avec ardeur, sans précaution et sans mesure. De toute façon vous voilà mis à cul, il est trop tard pour…reculer. Si vous montrez le cul, c’est que vous avez peur et dans ce cas il ne vous reste plus qu’à prendre votre cul à deux mains et courir… Pour vous aider à courir plus vite, je peux aussi vous bonder le cul, une autre façon de dire un bon coup de pied au derrière, mais vous pourriez m’avoir dans le cul si je fais ça… me détester quoi !
Vous êtes toujours là ? C’est que nous sommes d’accord, bon, de là à dire que nous sommes comme cul et chemise … mais enfin, parlons bien, parlons cul.
Les culs terreux sont aux champs et les culs bénis à l’église mais en hiver, à l’église comme aux champs, c’est cul gelé. Si c’est cul nu c’est qu’on n’a rien dans les poches et qu’on est tellement mal vêtu qu’on nous voit le cul de tous côtés, pas comme ces coquettes qui se mettent tout sur leur cul, dépensières au possible, élégance oblige… Et puis elles en font des manières, bouches en cul de poule ! Quant à leurs maris ce sont dit-on des peigne-cul qui de plus, veulent peta plus aut que soun cuou, comme on dit en Provence. Vous m’avez compris… M’enfin l’argent fait pas le bonheur et paraît que la nuit chez ceux-là, c’est plutôt l'hôtel du cul tourné… C’est pas souvent que les coquettes se retrouvent cul par dessus tête !
Mais revenons à ceux qui sont à cul, les pauvres, le cul sur la paille, qui l’ont dans le cul : tout ça pour dire sans ressource, perdus, vaincus et plein le cul du coup ! Tout ce qui leur reste c’est de faire beau cul, prendre philosophiquement parti de leur malheur, l'accepter... C’est la vie, il y en a qui gagnent et d’autres qui baisent le cul de la vieille… Les chanceux, parait qu’ils ont le cul bordé de nouilles quoiqu’en Provence on dit avé lou cuou borda d'anchoio, nouilles ou anchois, au choix ! Et puisqu’on est en Provence, savez-vous ce que c’est que le papier pour écrire au pape ? Le papier-cul bien-sûr puisque écrire au pape c’est caguer (pisser c’est chanja l'aigo dis óulivo, changer l’eau des olives). C’est à tomber sur le cul ! De vrais poètes ces Provençaux ! Quant à nos amis du Québec, s’ils ont le feu au cul c’est qu’ils sont en colère, et s’ils aiment se pogner le cul, autant dire qu’ils aiment se les rouler, s’évacher* sur le canapé… voire même y cogner des clous**.
Voilà, ça suffit comme ça et celui qui n'est pas content n'a qu'à tourner son cul au vent.

* s’étendre, se reposer ** s’endormir

 

 

Cathy Garcia, quatrième de couverture du numéro 9 de la revue Nouveaux Délits

02/12/2013

qu'est ce qu'on attend... par Alexandre Sarhe

19/04/2013

Cactées de feu

Photos prises et offertes par ma très chère Guénane

Allez découvrir si ce n'est fait sa belle écriture http://guenane.voila.net/

 

Guénane chili 024.jpg

Chili

 

guénane patagonie 003.jpg

Patagonie

13/04/2013

Bords du Gange (2008)

Joie de figurer dans le Musée Improbable, à visiter ici :

http://jlmi94.hautetfort.com/archive/2013/04/06/cathy-gar...

 

Cette peinture sur carton fait partie de la collection privée de JL Millet.

08/08/2012

Pour Arnold, bonne route !

Nous sommes des âmes de passage

Âme de passage s.jpg

 

Le poids du monde est amour

Ginsberg

18/05/2012

Je suis l'eau

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Je suis goutte

Et je suis océan

La flaque dans laquelle

Jouent les enfants

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Je suis fontaine

Fraîche chaude

Mémoire blanche

Des origines

Source sacrée

Porteuse de vie

Messagère des fées

Guérisseuse aussi

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Jaillissante bouillonnante

Colliers de perles

Bracelets de cristaux

Je suis la divine mère

De tous les fleuves

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Je suis ruisseau filet d’argent

Je suis la fougue du torrent

Calme et limpide berceau

Des grenouilles et poissons

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Je suis la chevelure

Des gracieuses ondines

La voluptueuse vouivre

Des marécages

Je suis le paradis des roseaux

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Je suis le repos des noyés

Le tombeau liquide

Des sans papier

Je suis la vie

Je suis la mort

Je suis le paradis des oiseaux

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Je suis le grand serpent

Qui a creusé la vallée

Sang de la terre

Lymphe des mammifères

je suis la mère qui lave les yeux

La sainte mer qui lèche vos pieds

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Je suis le chant

Des sirènes

La respiration

Des immenses baleines

Je suis la glace

La mort blanche

La vapeur qui sublime

La formule aromatique

Qui nettoie vos âmes

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Je baigne vos corps

Nourrit vos cellules

Vous délivre de la crasse

Et de la maladie

Mais vous

Que faites-vous pour moi ?

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Je suis souillée

Partout où je passe

Certains m’usent pour leurs crottes

Et leurs urines

Me gardent jalousement

Dans leur piscine

Alors que tant d’autres ailleurs

Meurent de mon empoisonnement

 Dame du Vers small.jpg

Vous ratissez mes flancs

Raclez mes os

Massacrez toutes mes créatures

Alors mon message de vie

Devient un message de mort

Jusque dans votre propre corps

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Car chacune de mes gouttes

Parle à toutes les autres gouttes

Elles savent les sons

Et elles savent les mots

Elles savent le chaos de la haine

Le cristal de l’amour

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Je suis la vie

Je connais les maux

Je suis l’eau.

 

Texte et photos (c) Cathy Garcia