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21/06/2017

La simplicité joyeuse et volontaire

 

Circée de Paris ou Herbe aux sorcières (6).JPGLa simplicité joyeuse et volontaire, comme je la vis et l’ai vécu avant même de l’avoir nommée, c’est de savoir apprécier ce qu’on a, quels que soient nos moyens, et ceci sur tous les plans. Pas dans l’idée d’une discipline qu’on s’impose, d’une vertu à cultiver, non, pas d’efforts qui finiront par nous dégouter, nous révolter et nous faire retomber plus bas qu’au départ, c’est vraiment autre chose. C’est une sorte d’initiation à l’essence du plaisir. C’est d’abord apprendre à regarder les choses à la loupe et à amplifier nos sensations. Lorsqu’on passe près d’une plante à toutes petites fleurs, souvent elle est tellement insignifiante qu’on ne la remarque pas ou à peine, mais si on prend le temps de se pencher et de la regarder de près, alors se révèlent des trésors de nuances, de finesse, de beauté. C’est pourquoi j’aime faire de la macro en photo. En macro une punaise devient un joyau, mais la macro, c’est aussi une façon de voir que l’on peut appliquer à tous les domaines de notre vie.

Pas seulement pour aller remuer ce qui ne va pas, ce qui manque, ce qui fait mal, ça en général on sait tous le faire et il faut parfois le faire, mais il faudrait aussi le faire pour aller arroser les minuscules graines de joie inconditionnelle qui n’attendent que notre attention pour s’épanouir. Alors, ça ne veut pas dire se forcer à être d’un optimiste béat ou se voiler la face, bien au contraire, plus on sait apprécier le minuscule, plus on voit aussi la moindre petite ombre triste de ne pas être prise en compte elle aussi, car la vie est faite d’ombres et de lumière et nous avons à apprendre des deux. Les deux sont nécessaires pour prendre conscience, terme emprunté au latin classique « conscientia »,  la « connaissance en commun », donc quelque chose qui va au delà de l’individu, quelque chose que nous partageons et que nous devons chacun alimenter autant que possible,  afin que l’humanité dans son ensemble puisse évoluer. Ainsi la simplicité joyeuse et volontaire pourrait s’apparenter à une sorte de travail d’alchimiste, en plongeant dans l’infiniment petit, on dégage les éléments les plus élémentaires du réel et il nous est alors possible de transformer le plomb en or.

Peut-être par exemple, que comme moi, vous n’avez pas les moyens de partir en vacances, ou alors seulement un jour par ci par là, voire deux ou trois jours consécutifs une fois par an ou tous les deux ans, c’est mon cas, mais aussi parce que finalement la notion même de vacances ne veut plus dire grand-chose quand on vit pleinement sa vie et tout ce que l’on y fait. Mais donc, même si on part ailleurs une seule journée, il est tout à fait possible de savourer ces moments comme s’ils étaient interminables. Un jour égale trois semaines avec le stress des préparations de longues vacances en moins. Chaque seconde, chaque minute alors, se déploient, prennent une saveur incroyable, tout devient intéressant, agréable, beau, le moindre détail est agrandi et révèle ses merveilles. On peut vraiment appliquer ça à n’importe quel domaine de notre vie, y compris à celui de nos relations, ainsi qu’à chaque période de notre vie. Imaginez quel trésor peut être le temps de la vieillesse avec cette façon de voir et de la vivre.

Au lieu de courir sans cesse après quelque chose, d’essayer de retenir les choses ou de les figer, de se gaver, d’être dans une sorte de boulimie de plaisirs, de loisirs, de reconnaissance, de sécurité, pour au final cultiver une frustration souvent permanente de tout ce qui nous est impossible, inaccessible ou refusé dans l’instant ou en général, nous pouvons agrandir tout ce qui nous entoure, approfondir toujours plus, l’infiniment petit n’a pas plus de limites que l’infiniment grand, sans parler des univers qui sont en nous. Cela demande de savoir vivre l’instant présent, être dans l’instant présent, de ne pas trop laisser nos pensées nous embarquer n’importe où, de ne rien regretter d’hier (ça ne sert à rien et puis hier a nourri nôtre expérience présente, remercions-le), de ne pas avoir peur de demain (ça ne changera rien), de s’accepter aussi ici et maintenant, tel que l’on est, là où l’on en est, ce qui veut dire être fluide, laisser venir les humeurs, les émotions, les sensations, ne les jugez pas, ne les bloquez pas, mais ne vous accrochez pas à celles qui sont désagréables, reconnaissez-les par contre, donnez leur de l’amour, elles ont le droit elles aussi de passer, laissez-les passer, comme des nuages elles finiront par s’effilocher dans le ciel, attention à ne pas vous croire supérieurs ou plus forts qu’elles cependant, elles ont un travail à faire elles aussi avec nous. Trop souvent on se trompe sur la « pensée positive », il ne s’agit pas d’être parfaits, mais d’être ce que nous sommes instant après instant, et nous sommes changeants, impermanents, nous sommes les nuages et nous sommes aussi le ciel.

Nous n’avons pas fini de découvrir des trésors en nous, et plus nous découvrons de trésors en nous, plus nous sommes capables de les voir chez les autres, car nous ne pouvons voir chez les autres que ce que l‘on connait déjà, nous ne les comprenons qu’à travers notre propre prisme, notre propre réalité, alors plus on agrandit notre réalité, plus il y a de la place pour les autres, tous les autres, tels qu’ils sont, aussi changeant que des nuages dans le ciel de l’ici et maintenant.

Tout ça pour dire que la simplicité joyeuse et volontaire, ce n’est pas seulement consommer bio et moins gaspiller, chacun de nos gestes, de nos pensées agissent dans plusieurs dimensions, et la dimension symbolique est tout aussi effective et agissante que les autres. Cela devient donc une sorte de philosophie pratique et spirituelle, ascétisme et hédonisme fusionnent, une simple bouchée de nourriture devient un festin à elle toute seule, un parfum, un souffle d’air, une musique peuvent provoquer un orgasme ou une illumination, tous les sens sont en éveil et on découvre qu’ils ont des capacités d’extension insoupçonnées, et que nous avons des capacités toutes aussi insoupçonnées pour faire face aux épreuves, à ce qui semble adversité, de voir au-delà des apparences.

Et ceci d’autant plus que nous savons simplifier justement nos vies, que nous arrivons à distinguer nos satisfactions réelles de celles qui nous sont en quelque sorte présentées comme indispensables. Cela peut remettre en question bon nombre d’évidences, ou de ce qu’on l’on prenait pour des évidences, concernant notre statut social par exemple, notre vie professionnelle, l’image que l’on pense devoir donner de soi. Quand on commence à s’engager sur ce chemin de la simplicité joyeuse et volontaire, on fait rarement demi-tour, ce qu’on y trouve pulvérise bon nombre de nos croyances. On se rend compte déjà que ce n’était que des croyances, dont on avait hérité sans même s’en apercevoir de notre milieu familial, social, amical même. Nous ne gardons alors que celles qui restent d’elles-mêmes parce qu’elles sont justes évidentes, notre détecteur de mensonges, ceux que l’on se fait à soi-même, s’affine de plus en plus et comme la simplicité réduit nos besoins, nous découvrons de plus en plus d’espaces de liberté, de possibles. Nous ouvrons grand toutes les portes, les fenêtres, voire nous faisons tomber des pans de murs, nous savons que même avec un strict minimum, notre regard positionné en macro, nos sens démultipliés et notre source intarissable de joie inconditionnelle, nous offrent absolument tout ce que l’on pourrait souhaiter. C’est peut être ça le secret de la multiplication des pains et de l’eau changée en vin des Chrétiens. Un secret qui vient de bien plus loin et traverse les époques, intact.

 

Cathy Garcia, 21 juin 2017

 

(photo de l'auteur : Circée de Paris, herbe aux sorcières)

 

 

 

Vivre simplement pour que tout le monde puisse simplement vivre

Gandhi

 

 

 

23/05/2017

Jean-Louis Millet - Insomnie

 

JL Millet les chaises dorment toujours debout 2005 .jpg

"les chaises dorment toujours debout" jlmi 2005

 

 

Avant de plonger

dans les corridors étroits de l’avenir

la chambre se tait.

 

Dehors,

l’éclat moisi d’un réverbère enlace la nuit

dans l’indifférence sceptique des murs.

De longues ombres à l’odeur violette

traînent sur le trottoir

suivant la pluie,

interminablement,

sans raison apparente pour personne.

D’ailleurs, personne n’est plus là pour personne,

la vie est le tombeau du rêve.

Cauchemar de détails dans le cauchemar plus vaste

de ce quotidien où plus rien ne fait sens

hors les formules complaisantes, minables, pitoyables

qui se métastasent à grande vitesse

dans les viscères chatoyantes des horloges.

 

Et toi

qui te crois bien à l’abri derrière ton cœur insoumis

tu colles les morceaux

                                c’est tout.

                                                Rien

que ce que l’émotion vole à la mémoire.

 

Une fois encore

au bord du matin

la nuit au sourire corrodé s’est fatiguée la première

 

Sous les arbres, la statue de marbre te sourit

‘’avant que la mort te mortaise à la terre’’

 

Une idée affreuse, hein ?

En général ce sont les meilleures.

 

Source : http://jlmi22.hautetfort.com/archive/2013/12/03/l-oeil-la...

 

 

 

 

01/05/2017

Porte-bonheur

 

je connais des lieux où le muguet pousse en secret,

et le meilleur porte-bonheur,

c'est de le laisser pousser en paix

 

muguet (2).JPG

 

 

 

30/04/2017

Olav H. Hauge

 

Sous l’à-pic

Tu vis sous l’à-pic
tu le sais
mais tu sèmes ton jardin
tu consolides ton toit
tu laisses tes enfants jouer
tu te couches
comme si de rien n’était.

Peut-être
appuyé sur ta faux
un soir d’été
tes yeux se fixent là-haut sur la paroi.
Là, dit-on,
se trouve
la faille.
Peut-être
allongé, éveillé,
tu entends
la chute d’une pierre
une nuit.

Et quand l’éboulement survient
cela ne t’étonne pas.
Alors tu déblaies
le petit arpent vert
sous la montagne.

 

in Nord profond

trad. François Monnet

 

 

 

19/04/2017

Jacques Prévert

 

Les clefs de la ville


Les clefs de la ville

Sont tachées de sang

 L’Amiral et les rats ont quitté le navire

 Depuis longtemps

 Sœur Anne ma sœur Anne

 Ne vois-tu rien venir

 Je vois dans la misère le pied nu d’un enfant

 Et le cœur de l’été

 Déjà serré entre les glaces de l’hiver

 Je vois dans la poussière des ruines de la guerre

 Des chevaliers d’industrie lourde

 A cheval sur des officiers de cavalerie légère

 Qui paradent sous l’arc

 Dans une musique de cirque

 Et des maîtres de forges

 Des maîtres de ballet

 Dirigeant un quadrille immobile et glacé

 Où de pauvres familles

 Debout devant le buffet

 Regardent sans rien dire leurs frères libérés

 Leurs frères libérés

 A nouveau menacés

 Par un vieux monde sénile exemplaire et taré

 Et je te vois Marianne

 Ma pauvre petite sœur

 Pendue encore une fois

 Dans le cabinet noir de l’histoire

Cravatée de la Légion d’Honneur

 Et je vois

 Barbe bleue blanc rouge

 Impassible et souriant

 Remettant

 Remettant les clefs tachées de sang

 Aux grands serviteurs de l’Ordre

L’Ordre des grandes puissances d’argent. 

 

 

 

18/04/2017

Jacques Prévert

 

Hélas ! Hélas !
Trois ou quatre fois hélas!
Voilà le mauvais temps, la crise et tout et tout.
Le capital en prend un coup,
ll se roule par terre et il gueule,
ll bave même un petit peu,
Toute la famille est inquiète.
Qu'est-ce que c'est ?
Ce n’est rien, c‘est la crise, ça va passer.

Mais, dans sa cuisine, la bourgeoise sanglote,
D'une main elle fait le signe de la Croix,
De l‘autre elle fait la cuisine, la mayonnaise.
Avec ses pieds, elle berce les enfants,
Avec sa bouche, elle leur chante une berceuse.
Mais les petits enfants,
Les petits bourgeois ne veulent pas dormir,
lls entendent, venant de très loin,
Les pas et les cris des marcheurs de la faim.
Leur bonne mère leur a dit :
Si vous n‘êtes pas sages, les chômeurs vont venir et ils vont vous prendre.

Les petits bourgeois ont très peur.
Il y a des ogres dans le sous-sol de la maison.
Il y a des chômeurs dans les environs.

 

 

 

 

Patti Smith - La chanson de l'écrivain

 

Je n'ai pas voulu travailler
n'ai pas voulu gagner mon pain
Juste me pelotonner avec ma jarre
dans le soyeux sorgho
j'ai mis ma natte dans les roseaux
les hommes de la ville m'ont appelé
oh ma vie
quelle importance
les roseaux cesseront ils de plier
le lépreux se retournera-t-il
je n'ai pas soufflé dans ma corne
j'ai pris un saké puis un autre
les hommes de la ville m'ont appelé
ivre de ciel
quelle importance mon cri
la lune enflera-t-elle
la flamme vacillera-t-elle
bonsaï bonsaï
mieux vaut écrire
et puis mourir
dans le cratère bleu
cerclé de paille
j'ai entendu
les hommes m'appeler
la voie est dure
la porte étroite
quelle importance que je parle
de foin fraîchement fauché
mon oreiller
j'ai bu un saké puis un autre
n'ai pas souci d'avoir ni d'errer
ai tracé mon nom sur l'eau
non rien vraiment au-dessus
bonsaï bonsaï
mieux vaut écrire
et puis mourir
mille souvenirs
mille prières
à l'écart parmi les faïences
nous tirons les jarres
des étagères
buvons à notre congé
de nous-mêmes
que nous soyons
roi ou mendiant
toujours siffleront les roseaux
toujours murmurera le cœur

 

 

 

 

04/02/2017

Jean-Louis Millet - Ryoan ji Blues

 

bonsaï.jpg
texte & ill. jlmi

 

I

 

Au milieu du sanctuaire,

par un jour de pluie,

le Bouddha resplendit

sous un grand chapeau de femme.

 

Extrême gravité du bonze en zazen,

du silence sur les mains.

Toutes ses veines balbutient

sous la peau parchemin.

 

Sur la terrasse

de teck du temple

un peintre dont la vue s’obscurcit,

paupières qui palpitent, peint

en rides runiques

un résineux, épis bleu violet

dans les rochers nus ;

image qui bouge dans le pinceau souvenirs.

Le goyo matsu,

n’a de couleur ni ancienne ni moderne.

 

Poésie du bonsaï bunjingi

nu derrière la fenêtre…

… une cloche de bambou claquette

la caresse d’un souffle.

 

 

Murmure de mots interdits à l’oreille,

des dormeurs qui vécurent,

béquilles de brume fondues,

tout est beau dans la pénombre.

 

La hache et le coin…

Répondre ? …

Depuis toujours les oiseaux ont peur des chutes de pierre.

 

*****

 

II

 

Au milieu du sanctuaire

par une nuit de pleine lune,

le Bouddha sourit

des larmes de lotus.

 

Extrême gravité du bonze en zazen,

du silence sur les mains.

Dans l’ombre sombre du dojo

plus rien ne vit.

 

Sur la terrasse

de teck du temple

un peintre a éteint l’éclat

de ses yeux las

sans déranger une étoile.

En contre-point de ses encres

du linge sèche.

Les aquarelles de lumière

ne se font plus que sur les pierres du jardin

qui n’ont de couleur ni ancienne, ni moderne.

 

Poésie du bonsaï bunjingi

nu derrière la fenêtre…

… au kansaï hibachi, le charbon de bois rougeoie

l’éclat d’un rêve.

 

Murmure des mots d’accès aux univers

sans fin, réservoirs sans fond

d’éternité pour jours ultimes

sous la protection du silence.

 

Le fluant et l’immuable…

Répondre ?

 

Depuis toujours les pierres ont peur des chutes d’oiseaux.

 

 

****

 

III

 

 

Au milieu du sanctuaire

par un jour plein de nuit

le Bouddha se rit

de l’offense d’une fiente

 

Extrême gravité du bonze en zazen,

du silence sur les mains.

Son fleuve passe

sous le pont des brouillards

 

Sur la terrasse

de teck du temple

un vieil aveugle

assis, immobile

fixe le jardin

de ses yeux blanchis.

Le chant des sphères lui raconte

les 7 couleurs à  quoi penser.

Mais seules sont ses encres

qui n’ont de couleur ni ancienne, ni moderne.

 

Poésie du bonsaï bunjingi

nu derrière la fenêtre…

… par bribes, un mantra

récité d’une voix gutturale.

 

Murmure de mots immortels

qui n’ont jamais existé

qu’ici et maintenant.

Plus de langage, rien.

 

Le trait ou la page

Répondre ?

 

Depuis toujours les oiseaux de pierres ont peur des chutes.

 

***.

 

bunjingi : forme de bonsaï dite du lettré (la plante de l'illustration n'a pas cette forme)

dojo : salle

goyo matsu : pinus pentaphilla, pin

kansaï hibachi : brasero de la région de Kyoto

zazen : position assise de méditation

 

 

 

http://jlmi22.hautetfort.com/

 

 

 

 

03/02/2017

Alberto Blanco

 

Un bon poème
doit avoir assez de force
pour résister à tout :

Éditions artisanales,
mauvaises traductions,
fautes d'orthographe, coquilles,
coups d'épée cavaliers,
déclarations d'amour,
bibliothèques oubliées,
émissions de télévision,
films d'auteur,
films d'une autre sorte,
ironies de la vie,
corrections de dernière minute,
internet,
manifestes,
révolutions,
mauvais gouvernements,
discussions de café,
confessions du milieu de la nuit,
jours de soleil, jours nuageux,
bonnes critiques,
mauvaises critiques,
absence totale de critique.

Un bon poème
doit être assez fort
pour supporter
les interprétations abusives,
les approches scolaires, les thèses,
les mises en musique,
les anthologies,
les présentations,
les lectures collectives,
les hommages, les plagiats,
les épigraphes, les dédicaces,
les œuvres complètes.

 

traduction Laurent Bouisset

http://fuegodelfuego.blogspot.fr/

 

 

 

 

 

21/01/2017

Jean-Jacques Dorio - C’est un poète

 

 

Tout -ou presque- m’incite à penser

que l’époque est étrangère à la poésie

Mais je me rassure en me disant

que personne ne m’a jamais appris

à penser et que donc

pour ce que j’en pense ?

comme dit l’autre

 

Alors je remets sur le métier

les mots les signes l’impulsion première

       qui se déploient        et par à coups            

                  produisent ces pages quotidiennes                    

imprécises  malhabiles

en attente de sens

et qui disent ce qu’on veut bien leur faire dire :

des poèmes ?

*

 

C’est un poète 

Musique, paroles et interprétation par Jean Jacques Dorio. Chanson tirée de l’album « Chansons de quatre sous » enregistré en mai 2016 au studio « Le Petit Mas » à Martigues. L’album comprend 13 chansons avec leurs textes et des dessins originaux. Pour tout renseignement : http://dorio.blog.lemonde.fr/2016/11/ 

 

 

 

 

 

25/12/2016

Kalander - Burning wheel

 

dancer ANNA OMELYANTSEVA
music & voice PETR DMITRIEV

 

 

18/09/2016

Le marcheur - Cathy Garcia-Canalès

 

Poème tiré d'Ailleurs simple (Nouveaux délits éd. 2012)

Interprétation et environnement sonore de Lionel Mazari

 

 

 

 

11/09/2016

ô Soleil !

 

28/03/2016

Bon voyage Jim Harrison

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poems

 

 

I Believe

I believe in steep drop-offs, the thunderstorm across the lake
in 1949, cold winds, empty swimming pools,
the overgrown path to the creek, raw garlic,
used tires, taverns, saloons, bars, gallons of red wine,
abandoned farmhouses, stunted lilac groves,
gravel roads that end, brush piles, thickets, girls
who haven’t quite gone totally wild, river eddies,
leaky wooden boats, the smell of used engine oil,
turbulent rivers, lakes without cottages lost in the woods,
the primrose growing out of a cow skull, the thousands
of birds I’ve talked to all of my life, the dogs
that talked back, the Chihuahuan ravens that follow
me on long walks. The rattler escaping the cold hose,
the fluttering unknown gods that I nearly see
from the left corner of my blind eye, struggling
to stay alive in a world that grinds them underfoot.

from IN SEARCH OF SMALL GODS, Copper Canyon Press, 2010

 

 

Death Again

Let’s not get romantic or dismal about death.
Indeed it’s our most unique act along with birth.
We must think of it as cooking breakfast,
it’s that ordinary. Break two eggs into a bowl
or break a bowl into two eggs. Slip into a coffin
after the fluids have been drained, or better yet,
slide into the fire. Of course it’s a little hard
to accept your last kiss, your last drink,
your last meal about which the condemned
can be quite particular as if there could be
a cheeseburger sent by God. A few lovers
sweep by the inner eye, but it’s mostly a placid
lake at dawn, mist rising, a solitary loon
call, and staring into the still, opaque water.
We’ll know as children again all that we are
destined to know, that the water is cold
and deep, and the sun penetrates only so far.

from SONGS OF UNREASON, Copper Canyon Press, 2011

 

 

 

23/03/2016

LES FOUS

 

Il existe sur cette terre un peuple dont on ne parle jamais mais ils se reconnaissent entre eux ; ils s’aiment ou se haïssent mais surtout sans cesse, ils se renvoient la même question, la seule à leurs yeux qui mérite d’être posée. Ils cherchent, cherchent sans répit, sinon quelques plages de mensonges et certaines formes d’oubli. Cette question murmurée, implorée, chantée, hurlée, ils s’en frappent la tête. Ils s’en mettent le cœur à vif. Ils la boivent tel un vin rare, se saoulent et se régénèrent, la perdent pour mieux la retrouver jusqu’au bout des nuits blanches, des journées sans soleil. Ils la décortiquent, l’aspirent, la crachent et l’offrent parfois sans calcul comme un bouquet de fleurs à une âme de passage.

 

Certains disent qu’ils sont fous. Et alors ?

 

Il en faut des fous pour exorciser nos démons, pour donner corps à nos monstres et nous permettre de dormir en paix ! Il en faut des fous pour se mettre à nu et se poignarder avec tous nos pieux mensonges ! Il en faut des fous pour se lancer dans ce vide que nous n’affrontons pas même du regard. Il en faut des fous pour aller décrocher les étoiles qui brillent derrière nos paupières cousues.

 

 

Il en faut des fous pour accoucher le monde !

 

Fous ! Les fous battent la campagne et la breloque !

Fous ! désaxés ! détraqués ! dérangés !

Siphonnés, piqués, cinglés, timbrés, cintrés!

Mabouls, marteaux ! Toqués, tapés ! Tordus, toc-toc,

Cinoques, louftingues, dingues loufoques !

 

Z’ont perdu la raison,

La boule et la boussole,

Une araignée au plafond,

Mais qu’importe Monsieur,

Les fous travaillent et pas qu’un peu

Les fous travaillent du chapeau !

 

Les fourres tout

Les foutrement gais

Les inspirés

Chercheurs de vérité

Fous téméraires

Et foutu bordel !

 

Les fous à lier

Les fous de liberté

Les fous d’amour

Les fous de bonheur

Les fous de joie

Les fous de rire

Les fous des bois

Fous de toi

Et fous au galop

Les fous échappés du jeu de tarot

Les fous en marche

Sur l’échiquier

 

Il y a aussi les foutez-moi la paix

Les foutez-vous de ma gueule

Et tous ces fous qui en veulent

Il y a les vieux fous sans lendemain

Les fous qui combattent les moulins

 

 

Les fous parlent à leur chien

Les fous respectent la terre

Les fous donnent tout

Les fous ne mentent pas

Les fous flânent en chemin

Nourrissent les oiseaux

Les fous pleurent

La mort d’une fleur

Les fous se rient des frontières

Les fous traversent les déserts

Gravissent les montagnes

Franchissent les mers

À la nage ou à la rame

Les fous disent paix et tolérance

Brûlent leur carte d’identité

Pour être sans-papier

Refusent de s’alimenter

Parce que d’autres sont affamés

Les fous ne ferment jamais leur porte à clé

 

Les fous vivent dans les arbres

Les fous sèment des jardins

Les fous se couchent au sol

Devant les tanks les bulldozers

Il y a des fous qui aiment tellement les animaux qu’ils ne les mangent pas

Il y a les fous qui balaient devant leurs pas

pour ne pas écraser les fourmis

Les fous parlent d’amour quand on leur fait la guerre

Les fous pardonnent à leurs tortionnaires

Les fous luttent, résistent, inventent

Aiment et cultivent la différence

 

Les fous vivent leurs idéaux

Les fous crachent des poèmes

Sur les façades des cités

Les fous refusent télé, supermarchés

Refusent d’être vaccinés, pucés

S’entêtent à ne pas se résigner

 

Les fous un jour partent

Sans se retourner

Les fous voyagent à pied

À dos d’ânes, en roulottes

Il y a des fous qui vont dans une grotte

Méditer pendant des années

Il y a des fous qui peuvent

Se passer d’électricité

Les fous font de leurs rêves une réalité

Les fous s’aiment malgré tout

Les fous refusent le garde à vous

Les fous croient en la justice

Et pensent pouvoir changer le monde

 

Mais les fous craignent les fous

Les fous vraiment malades

Les fous nocifs, les fous dangereux

Les foutez-les dehors Les fous qui veulent rester entre eux

Les fous offensifs

Führers et fous sanguinaires

Des fous pervers Fous du violent

Foudre de guerre Fous psychopathes Et fous de la gâchette Des fous furieux

Des fous maniaques Des fous avides

Des fouilles-merde Des fous stupides

Fous des grandeurs

Fous persécuteurs Fous délirants

Fous paranoïaques

Et fous de la matraque

Des fous forcenés

Fous d’odieux

Des fous banquiers

Fous scientifiques

Fous fanatiques

Des fous déguisés en flic

Fous de fric de pouvoir

Des fous politicards

Fous qui veulent tout diriger

Fous qui veulent tout acheter

Y’a pas pire fous que ceux-là.

Fous qui pensent qu’ils n’en sont pas

 

Et qui proclament :

 

Est fou celui qui ne pense pas comme nous…

Est fou celui qui n’est pas comme nous…

 

Et ils enferment, détruisent, asservissent et assassinent.

 

Monde foutu par ceux-là ?

Planète foutue par ces fous ci ?

 

Plutôt fou-rire !

 

 cg, in Follement autre