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David Simantov Lévi - À la rue, SDF à 20 ans - 2025

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En France, 40 % des SDF ont moins de 25 ans. Leur nombre a doublé en dix ans. Le documentaire « À la rue. SDF à 20 ans », réalisé par David Simantov Lévi, donne la parole à quelques-uns de ces jeunes en galère, trop souvent invisibles.

 

à voir ici : https://www.france.tv/slash/a-la-rue-sdf-a-20-ans/7682373-a-la-rue-sdf-a-20-ans-le-documentaire.html

 

"Jor­dan, Ludi­vine, Ben­ja­min, Sara, Richard et Fouss ont entre 16 et 24 ans. À l’âge du bac et des pre­mières amours, ils vivent à la rue, en squat, en héber­ge­ment tem­po­raire et connaissent la trêve hiver­nale. Le jour­na­liste David Siman­tov ­Lévi les raconte dans un docu­men­taire choc dif­fusé sur Slash, la pla­te­forme de France Télé­vi­sions.

Pour­quoi vous êtes-vous inté­ressé aux jeunes sans-abri ?

Le nombre de per­sonnes sans abri explose. Je ne suis pas cer­tain que le grand public en ait conscience. Il y a quinze ans, aucun enfant ne dor­mait sur le trot­toir.

Aujourd’hui, ils sont des mil­liers. Cette année, plus de 900 SDF, dont plu­sieurs dizaines de nour­ris­sons, sont décé­dés, selon le Col­lec­tif les Morts de la rue. C’est le signe d’une société malade, inca­pable de prendre soin des plus vul­né­rables. Cela dit quelque chose du déli­te­ment des liens sociaux, des failles de l’aide sociale à l’enfance, de l’explo­sion de la consom­ma­tion de drogue, et de notre inca­pa­cité à accom­pa­gner cor­rec­te­ment les per­sonnes en souf­france psy­chique. Il était essen­tiel pour moi de réhu­ma­ni­ser ces per­sonnes, de mon­trer qui elles sont. Peu de gens osent aller vers eux, leur par­ler ou sim­ple­ment les regar­der. Fil­mer, c’était une façon de leur rendre ce regard qu’on leur refuse.

Vous indi­quez dans le film que 40 % des SDF ont moins de 25 ans.

Les jeunes sont sur­re­pré­sen­tés dans la rue, car entre 18 et 25 ans, il existe très peu d’aides sociales. À cet âge, on reste fra­gile, et le loge­ment est un socle essen­tiel pour se construire. Cer­tains n’ont besoin que d’un petit coup de main pour s’en sor­tir et révé­ler leur poten­tiel. Des artistes talen­tueux ont passé des années à la rue. Ce serait dra­ma­tique de lais­ser les futurs Sorj Cha­lan­don ou Corinne Masiero crou­pir sur un trot­toir.

C’était un tour­nage au long cours et incer­tain. Vos témoins étaient sus­cep­tibles de se vola­ti­li­ser…

J’ai suivi Sara et Richard pen­dant près d’un an et seule­ment un mois avec Jor­dan. À chaque tour­nage, je savais que cela pou­vait être la der­nière fois que je les voyais. J’ai perdu sou­vent leur trace, il fal­lait plu­sieurs jours de recherche pour les retrou­ver. Même quand je leur don­nais un télé­phone pour gar­der le contact, ils se le fai­saient voler très vite.

Quel a été votre dis­po­si­tif tech­nique pour ce film ?

J’ai tourné seul. Il était impos­sible de pla­ni­fier quoi que ce soit, ce qui ren­dait la col­la­bo­ra­tion avec un chef opé­ra­teur ou un ingé­nieur du son irréa­liste. C’était un vrai défi de tour­ner dans des condi­tions aussi com­pli­quées. La concen­tra­tion et la vigi­lance doivent être constantes, et le moindre imprévu devient un casse-tête. J’avais un équi­pe­ment mini­ma­liste pour res­ter mobile et dis­cret. Ce dis­po­si­tif très léger a été essen­tiel : il me per­met­tait d’être réac­tif et de réduire la dis­tance avec les sujets.

Être dif­fusé sur Slash a-t-il un sens par­ti­cu­lier pour ce docu­men­taire ?

Je suis très atta­ché à l’audio­vi­suel public. Ce pro­jet aurait eu plus de mal à exis­ter ailleurs. La liberté de créa­tion qu’offre Slash est quasi unique dans le pay­sage audio­vi­suel français aujourd’hui. J’avais rem­porté leur concours « Filme ton quar­tier » en 2022, ce qui m’a per­mis d’obte­nir un pre­mier sou­tien pour ce pro­jet. Et d’un point de vue édi­to­rial, Slash aborde des ques­tions essen­tielles pour les jeunes.

À titre per­son­nel, que vous a apporté cette enquête ?

Ces jeunes m’ont donné beau­coup de force. C’était une expé­rience de vie totale. Pour la séquence dans le squat de Richard, j’ai dormi sur place pour fil­mer son réveil. J’ai eu vrai­ment peur ce soir là : l’immeuble menaçait de s’effon­drer et cer­tains squat­teurs étaient beau­coup moins bien­veillants. J’ai fait l’expé­rience de cette vul­né­ra­bi­lité extrême. On a parlé toute la nuit. Il m’a raconté sa vie, je lui ai raconté la mienne. Ce soir-là, il n’y avait plus de caméra, plus de rôles, juste deux humains qui se parlent.

Com­ment s’est passé le retour à votre quo­ti­dien ?

J’ai eu du mal à me réadap­ter à mon milieu social. Le même jour, je pou­vais pas­ser d’une jour­née dans la rue à un évé­ne­ment mon­dain : le contraste était insup­por­table. Il n’y avait aucune sépa­ra­tion entre ma vie pro­fes­sion­nelle et per­son­nelle, car tout se pas­sait dans des quar­tiers que je fré­quente au quo­ti­dien. J’ai réa­lisé à quel point on vit dans des mondes paral­lèles qui ne se croisent jamais. Je me suis aussi heurté à une vio­lence que je ne soupçon­nais pas : celle de la rue, mais aussi celle de cer­tains SDF, prêts à tout pour vous voler ou sim­ple­ment vous faire payer votre sta­tut de pri­vi­lé­gié. Cela m’a rendu ner­veux pen­dant des mois, comme si j’étais encore en vigi­lance per­ma­nente. La rue laisse une trace phy­sique et men­tale, même quand on n’y dort pas."

(Source : L'Humanité, entretien réalisé par Catherine Attia-Canonne, 05 nov. 2025)

 

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