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CATHY GARCIA-CANALES

  • Charles Juliet - L'autre chemin

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    Arfuyen éd., 1991

     

     

    cela
    qui me tient 
    en exil
    qui m'embrase
    brûle mon sang
    d'une telle avidité
    cela
    comment le nommer
    le traduire
    comment répandre 
    son feu dans mes mots

     

    (...)

    Le temps ne porte plus

    Les mots gisent à terre
    et la lumière 
    des premiers matins
    mutile la mémoire

    la faim
    dévore
    la faim


    l’œil scrute
    un jour
    vide

     

    (...)

    sourd aux appels innombrables
    aveugle à ce qui d'ordinaire
    enchaîne l’œil
    saisi par ce silence
    où s'effondre le temps
    tu laisses ta soif
    te pousser sur le seuil

     

    (...)

    lenteur
    silence
    solitude

    la vie affleure
    afflue

    le ruisselet enfle
    devient fleuve
    et le soleil du soir
    fait flamber ses eaux

     

     

     

     

  • Odile Fix - De quel côté des murs

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    éditions du 6 rue Gryphe (Vincent Courtois), mars 2021

    Illustration en couverture de l'auteur : Murs, 2020

     

     

    Aussi confidentielle que précieuse ces publications de l'auteur/éditeur Vincent Courtois, ici un bijou brut, terreux, âpre, qui m'a fait découvrir avec grand bonheur le travail poétique et artistique d'Odile Fix, travail qui me parle beaucoup sous toutes ses formes, dépouillé, qui va à l'essentiel, ce dont on a tant besoin aujourd'hui. 

    cgc

     

     

     

     

    soir

    des ombres montent du fond
    des fossés marécageux
    qui partagent les champs

    se glissent entre les pierre

    tournent la meule
    silencieusement
    aiguisent leurs doigts

     

    (...)

     

    il passera la porte
    sous un linteau de basalte

    chuchotant il    appelle
    guidé par
    la chaleur des bêtes

    ses pas furtifs
    ont tinté contre le seuil :

    carillon de source claire
    mémoire d'eau 
    – ce qui a disparu –

     

    (...)

     

    une eau
    que quelqu'un avait
    remontée de terre
    jusqu'aux     abreuvoirs des bêtes

    sa vapeur tremble
    sur la faucille du froid

    torsion des    fumées
    – l'invisible combustion
    des herbes rances –

    danses des brumes pâles

    c'est    ce que la nuit tresse
    défaisant les écheveaux
    des respirations

     

    (...)

     

    ce qui    recouvrait les restes
    déchets et
    multiplication des moisissures

    au fond de    la cour
    gît le tas
    monticule d'aigre obscurité

    prendre à pleines mains

    – une fourche est restée
    fichée    au noir –

    quelqu'un criait
    contre le lisier    des corps

     

    (...)

     

    un seau est renversé
    métallique
    roulé
    au bas de    la pente :

    il manque une bouche
    au cercle de la table

    (...)

    il écoute :

    suintement d'une langue obscure
    le sol acide de l'étable
    l'herbe moisie

     

    (...)

     

    le vent fait osciller
    les récipients suspendus
    aux clous de bois
    plantés entre    les pierres

    anses qui grincent

     

     

    Site de l'auteur : https://odile-fix.jimdofree.com/

     

     

  • Louis Guillaume - Agenda 1966

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    Subervie, Collection du Miroir, 1970

     

     

     

     

    1



    (...)

    Soudain le vent se lève,

    La mer s'enfle, le ciel

    Se fane



    2



    (...)

    Musique. Vagues venues de loin

    Toujours jeunes. Éclairs en surface,

    Échos noir

    En profondeur. Musique

    Ancienne et proche,

    Lissant l'abîme par le dedans,

    Éclatant soudain

    vers le ciel.



    3

     

    (...)

    De vous à moi, ces pensées

    Que je n'avoue pas

    Pour ne pas me faire peur,

    Qui commandent sans lèvres

    Et prennent leur revanche

    Dans l'arène des rêves.



    6



    (...)

    Vierge de regards, la mer

    Encore appuyée à la nuit

    Couve sa propre clarté

    (...)

    Les toits gardent le sommeil

    Sous leurs écailles fraîches



    7



    (...)

    Voici que tu plonges

    Ailes ouvertes

    Dans le soleil immobile des eaux.



    10



    (...)

    Les rochers avancent

    Dans leur rêve. Le sable

    Prend la forme du silence

    Grain à grain. Le sang

    Explore à peine son désert.

    Pistes, veines du vide.



    13



    (...)

    Colliers noirs du varech

    Où brille un os de seiche

    Pour le bec du vent.



    26



    (...)

    Trous des étoiles. Clous

    Des étoiles. Main

    Tendue de l'abîme.



    27



    (...)

    Silex poli en mer,

    Hache à millénaires.

    Tenir dans la main

    Des siècles de secondes

    Le temps d'un éclair.

    Du roc au sable,

    Voyage d'un galet.



    62



    (...)

    Le soir prend dans ses filets

    Les saumons attentifs

    Au chant des hulottes.

    Chute des pommes mûres

    Sur le vieux chaume.

    Le chien ne sait pas

    Que va éclater la guerre

     

     

    68



    (...) Main

    De bois et de cuir,

    de terre et de naseaux.

    Caresse de corne



    71



    La forêt fond sur la langue

    Dans le parfum d'une mûre.

    Faucille d'une fougère

    Sur la mousse où s'enchâsse

    Un carabe. Un chêne voyage,

    Centenaire, à bord d'un gland.

    Biches secrètes,

    Le cœur aux écoutes, l’œil

    Pareil aux baies d'automne.

    Pirogue d'un tronc

    Dans la clairière

    Près d'une bauge

    Cuirassée d'épines.



    72



    (...)

    Le dos de la ville

    Luit comme un squale.

    Étoiles en cage,

    Coffre-forts muselés,

    Veilleuse sous grillage.

    (...)

    Fuite des feux-rouges

    Biffant la nuit. Partout

    Des pièges où nul amour

    Ne se prend. (...)



    78



    (...) Où les pins

    Fixaient le sable des siècles,

    L'homme couche les troncs,

    Sème du béton

    Éphémère. Déchets

    où l'ajonc

    Ardait. Cirque pour esclaves,

    Un chien fou tourne en rond.



    84



    (...)

    Un enfant dans une cour

    Regarde la bétonneuse

    Mâcher des rêves de pierre.

    Un bloc aux veines de fer

    Sevré de sève expose

    À la hauteur des nids

    Des pots de fleurs, des cages.



    92



    (...)

    De plus en plus tendu

    Ce lien avec la vie,

    De plus en plus cassant.



    93



    (...)

    Des fougères. Échappée

    Soudaine sur la vallée

    Où tout clocher épingle un village



    104



    (...)

    Bouchons de bruit,

    Lumières qui empêchent d'être.

    Attendre la nuit pour voir,

    Le silence pour écouter.

    Basse continue du sang.

    Les voix se lèvent en images

    Sur l'écran des yeux fermés.

    (...)

    Voici venir les sabots

    De l'ombre. Le sable craque

    Sous les pas du souvenir.





    113



    (...)

    L'épée était si petite

    Qu'on aurait dit une épingle :

    Celle qui la ramassa

    La piqua dans ses cheveux

    Sans savoir qu'elle était reine.





    161



    Une aile, coup de scalpel

    Dans l'eau sans poids de l'aube

    Et les lèvres de la plaie

    Se referment dans un cri

    Que boit vite le silence

    (...)

    Il est possible qu'un fou

    Emporté par son élan

    Crève cette pellicule

    Plus blessante qu'une armure

    Et vienne tomber saignant

    Dans les bras de la lumière.





    167



    (...)

    Et ceux qui tuent les forêts,

    Ceux qui ne croient plus

    Qu'à leur moteur,

    Ne voit pas le dernier couchant

    Appareiller.