Dan Hillier

Quand elle fusionna
avec la forêt
elle offrit ses yeux
à la nuit
et libéra
les oiseaux du jour
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Quand elle fusionna
avec la forêt
elle offrit ses yeux
à la nuit
et libéra
les oiseaux du jour








Urtica, 2019
excellente édition, livre épuisé
18 septembre 2018, seconde entrée
Notre compréhension n'appréhende pas depuis quand autant se contente de moissonner les déchets de si peu, quelques docteur ès science infuse nous martèlent le crâne de leurs certitudes, pour les y enfouir, mais nonobstant ces mauvais plaisants, rien de ce que les strates sédimentaires nous enseignent ne permet de dater l'inauguration des sociétés inégalitaires. (...)
19 septembre 2018, seconde entrée
La moindre miette leur appartient, et nous grattons chaque résidu pour le leur confier, dans l'espérance qu'ils partageront quelques microns des trésors que nous érigeons. Bien enseignés à respecter l'autorité, bien taillés dans les manufactures où ils nous façonnent, bien apeurés par tous les camps qui dressent leur misère en avertissement, bien calfeutrés avec les possessions qui glissent entre nos mains gourdes de tâches insensées, nos organismes même subissent la métamorphose des conditions qu'ils nous octroient. Mon dos de prolétaire, mon bide de prolétaire, mes genoux de prolétaire, mes esgourdes de prolétaire, la lourdeur de mon pas, le port de mon chef, la lenteur de mon train d'humains de bât, tout dévoile mon rang dans la hiérarchie qui me jauge et m'adjuge subséquemment les mérites qu'elle consent à chacun des degrés qu'elle invente. Livré à eux, à eux dont je ne possède seulement pas le nom, j'observe les pans de mon autonomie se réduire : j'achète ma nourriture, j'achète mon logement, j'achète mon énergie, impuissant à aménager, par mon habileté, mon foyer, mes victuailles et mon feu.
Jan Bardeau (courte bio) : Né d'une mère Chihuahua à temps plein et d'un père pas trop marin. Folâtre dans les soirées mondaines de son patelin, où il fréquente le gratin en gloussant beaucoup et en postillonnant ses petits fours. En toutes choses, s'efforce de paraître mieux qu'il ne l'est, ce qui ne pose pas réellement de problème. Il vous embrasse tous très fort et vous serre contre sa poitrine velue.


éd. Parole d'auteur, Toulon, 2023
la lumière devant nous naissait
ou du moins s'efforçait de naître
les photons avaient pris du tramadol
(...)
le train s'appelle la bestia c'est un dos
de métal angoissé
sur lequel des humains
s'agrippent à mort
et mangent la faim
sirotent la soif
en priant dieu comme ils respirent
pour éviter les narcos la flicaille
gare aussi aux branches calmes des arbres
pouvant crever un œil... SOUDAIN
les femmes de la gare APPARAISSENT
las patronas, on les appelle
elles ont les bras tendus
et leur filent au passage
un sac plein d'bouffe en un centième
ou le jettent au hasard sur le dos de la bête
c'est un éclair seulement de générosité
ces affamés de la bestia n'ont pour elle aucun nom
aucun visage ému disant gracias
(...)
pis la physique quantique aux toilettes arrange pas ta nébuleuse
t'as paumé maintenant le verbe paumer
tu cherches autour le verbe chercher
(...)
l'immense est où ? L'immense, bon sang
dans cette vie de tiroir, ce monde à plat
où la seule altitude est celle des dos d'âne
(...)
peut-être est-il égaré dans l'infime
et je n'ai pas de loupe
(...)
non, c'est bien lui... c'est bien
son eau que j'entends remuer
dans la conque d'un moment seul
l'immense existe
l'immense est là
(...)
la terre n'est pas le contraire de la mer
dis-tu dans un mail envoyé au vent
(...)
l'eau bat les cartes
et si l'as sort
tu disparais ou tu t'enflammes
(...)
ta main se vêt d'écailles étranges
torrent mixture excès fissures
la lenteur d'un corbeau te berce
autant qu'elle te chavire
(...)
poétique ? non, réel
l'intérieur d'une baleine
redevient sans éclat
un parking souterrain
chiottes pas lavées / machines à tickets /néons sales
et les rivières de l'indicible sont des fumées
d'échappements crachées
à la gueule des humains
allongés insomniaques sur le bitume
un seul édredon : l'amertume
(...)
les plus fortunés ont calé
sous leur crâne ensuqué
un peu d'carton ;
quelques-uns sont couchés
à même le sol rugueux
sans oreiller
(...)
tout pue la mort
ici
bien sûr / mais la main touche un corps
et le regard ému
d'un homme à terre
pulvérise à lui seul
un astre immense
(...)
le Big Bang est le responsable de ça
le Big Bang a fait succéder atomes et matières aux seules particules
avant lui pas de vaisselle à minuit
pas d'engueulades l'après-midi non plus
même pas de couples à priori
ni même de nuit ou juste nuit?
nuit était-elle avant son contraire
éponge arrache encore des morceaux minuscules au plat
dire que des planètes se formèrent à partir des résidus aussi nazes
poussières errant de-ci de-là sans grille horaire
(...)
c'est plus ou moins l'heure ou l'infime et l'infini ont les joues proches
(...)
la splendeur dont tu parles
qui te dit que les renards la voient pas ?
bon, ces rouquins fabriquent pas d'art
l'argument est de taille
mais c'est peut-être qu'ils jugent la beauté
suffisante
autour d'eux
ils se contentent de laper le monde
nous, on sale l'horizon
on sucre à mort

Tant de cieux qui nous épargnent de ce qui rôde au-delà, météores furieux, rayons mortels, nuées de gaz, nous ne survivons que dans cette boîte, entre la Terre, sa gravité, son champ magnétique, et l'atmosphère.
(...)
Je lève les yeux, je pressens cette coquille de noix qui file courageusement dans le danger, je tremble pour l'étanchéité de ses parois.
in Journal, Urtica 2019

