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02/12/2020

Judith in den Bosch

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Quarante ans d’écriture pour dire une seule et même chose, tenter de dire. Empêchée de vivre, empêchée d’être, bonzaï abandonné. La forme n’a pas plu, le fond sera, et pour toujours, délibérément ignoré. Le reste ne sera que la même et minable pièce jouée et rejouée devant une salle vide. Pas qu’une impression, pas une illusion : je ne suis pas comme vous, les autres, la plupart en tout cas. Je suis la tache indélébile qui ne part point. Quarante années de tentative d’intégration et l’ombre qui n’a cessé de me grignoter, l’araignée avide de ma non-existence. J’ai beaucoup essayé, différemment essayé, je suis épuisée. Asséchée, non, des océans de larmes encore disponibles et un amour, amputé de tous ses membres mais pugnace. J’ai le cœur tabassé, la peur jusque sous les ongles, respirer devient de plus en plus laborieux. Je suis une cible parfaite, une autoroute pour vos jugements, vos médisances, votre intolérance. Et je vous juge et vous déteste pour le mal que ça me fait. I’m lost since ever. Une cible idéale pour conforter votre normalité. Je n’ai jamais été protégée, balancée molle et nue dans ce monde de marteaux, de pilons, de rouleaux compresseurs. Mais quelque chose en moi cependant vous terrifie, quelque chose à massacrer, à détruire. Je n’ai jamais été protégée de vos mensonges, manipulations, ignorance. J’ai tout pris de plein fouet, l’âme trouée comme une lune, martelée. Et comment ne serais-je pas polie avec autant de coups ? Miroir. Je vous renvoie ce que vous êtes, pas ce que je suis, je n’ai jamais été. Juste dépouillée continuellement de l’intérieur, par l’ordre de ne pas être. Rebelle pourtant, oui rebelle de toute mon âme, le cœur brisé.

 

cg in Ourse bipolaire

 

 

29/11/2020

James Wainwright

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La nuit est tombée, claire, la lune s'y baigne tout en demeurant invisible. Une brume de légende flotte sur les champs, le repère des saisons s'est égaré. Qu'est-ce que la réalité lorsque nous bougeons sans cesse ? Qu'est-ce qui ne change pas ?

Le mouvement, le courant.

 

cg in Calepins voyageurs et après ?

 

 

 

28/11/2020

Marie Ghillebaert - Offrande de feu, de fleurs et de couleurs - Pèlerinage de la pleine lune - Chamundi Hill, Karnataka, Inde - 31 juillet 2015

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Savoir tisser de la joie avec tout ça, malgré tout ça et la faire partager, c'est ça le courage et rien d'autre. Il faut cependant dire, poser le noir, ne pas faire semblant, ce n'est qu'en acceptant toutes nos émotions qu'on peut trouver cette joie inconditionnelle. Au début un petit truc de rien du tout, la dernière étincelle d'une toute petite braise, on souffle dessus pour voir, on n'y croit pas, c'est mort, mais cette dernière petite lueur, ce point rouge, c'est ce qui ne meurt jamais, alors on souffle dessus, on continue, et un jour un peu de fumée, un autre une flamme, un autre encore un brasier à l'intérieur ! Se consumer de joie, cette petite phrase anodine, puis l'incendie retombe, c'est le noir, on oublie, on n'y croit plus, mais toujours ce petit point rouge, si on s'en souvient, on le retrouve vite, et on recommence, on souffle dessus. Vient le jour où l’on sait qu'on peut rallumer cette braise quand on veut, il y a une paix qui s'installe, rien n'a changé dehors, mais ceux qui nous croisent aperçoivent la flamme, elle illumine, elle réchauffe ceux qui veulent bien s'approcher et une flamme rallume une autre flamme et nous brûlons, libres et joyeux, nous brûlons de vie.

 

cg in Ourse bipolaire

 

 

 

26/11/2020

Giovanni Castell - série Aporie

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nos petits bateaux

nos petites histoires

ont rendez-vous

au grand océan

de lumière

                                                     

c’est lui qui fait battre nos cœur

tourner nos petites centrales

 

in Ourse bipolaire

 

 

 

Auteur inconnu

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Sentir à quel point nous sommes fait de la même étoffe que les fleurs, les nuages, le vent, la pluie et que nos limites ne sont là que pour jouir de toutes les sensations possibles.

 

cg, in Le livre des sensations

 

 

 

24/11/2020

Carles Netto Lluis - Papers 3, 2019

Carles Netto Lluis - Papers 3, 2019.jpg

 

Il y a dix, vingt, trente ans et la vie passe. Inconsciente. Même nœuds, mêmes impasses. Nos grimaces et nos cris, étranges colifichets empruntés au théâtre d’ombres. Impasse des tourments, des rancœurs à déloger, des caillots de vanité.

 

Passez-moi la lame qui incise la matière du langage. Sève d’étoiles, draille des signes. Babel fond sous ma langue. J’en fixe simplement l’ombre sur le papier. Infini fugitif. Mes empreintes sur les neiges éternelles de l’inconnaissance.

 

in Celle qui manque

 

 

Yuko Shimizu

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avant qu’il ne faille démêler

dans la chambre d’automne

le pelage et les ronces

le miroir aux corneilles

et les linges souillés

il nous faudra suivre

le sentier de cire

trouver la gâtine

où l’on a brûlé les lucioles

de nos crânes roussis

 

cg in Aujourd'hui est habitable, Cardère 2019

 

 

Cédrick Hoffmann

 

 

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je serai ta brèche

secret prodige

questionne cette faim

sous nos ailes tremblantes

vertige-moi

je serai cascade

ta résurgence dans l’immensité

 

in Des volcans sur la lune

 

 

Christian Guerder - Le Crépuscule des Dragons

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Mystique dieu

Des herbes folles

 

Soleil ouragan

Œil du dragon

 

in Ailleurs simple, Nouveaux Délits éd. 2013

 

 

20/11/2020

Mikhail Kalinin

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Y a-t-il mieux à faire que de contempler les mésanges ?

Plus bon que la joie défroissée, toute en crinière douce ?

 

cg in Le poulpe et la pulpe, Cardère 2010

 

 

 

 

17/11/2020

Frank T. Zumbachs

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Laisser boire les loups dans nos casseroles de rêves

se peindre une nuit blanche dans un onctueux dégradé

des souvenirs comme des trains à prendre

quelques orages surlignés

 

cg in (c)ourse bipolaire

 

 

 

 

Tilly Losch - Dance of her Hands (1930-1933)

 

 

MAINS

 

 

Ce n’est pas une main satiable

c’est une main vide

pour donner forme

au repos

 

 

Ce n’est pas une main tenue

c’est une main tenant

libre vraiment

de maintenir en vie

le désir

 

 

Ce n’est pas une main courante

c’est une main buissonnière

aux capiteuses fragrances

une main pleine de terre

 

 

Ce n’est pas une main sensée

c’est une main croyable

un orgasme entêtant

à filer frisson

à l’ordinaire jetable

 

 

Ce n’est pas une main délicate

c’est une main forte

puissante assurément

une main pressée

sur l’aorte

 

 

Ce n’est pas une main constante

ma main dans la vôtre

juste un instant de joie

dans un écrin

de paumes

 

cg in Toboggan de velours, à tire d'ailes 2019

 

 

 

15/11/2020

Edward Okuń - La mort de Paganini - 1898

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quand j’entends des violons
inexistants
et oublie ces mots ces gestes
qui bafouillent 
je t’aime
 
je naufrage au revers
d’un alcool de brume
ma robe est noire
mes yeux brûlés
des accents nomades
me font couler
 
mes sourires
tournent grimaces
et  je tremble et grince
le vent se lève
tempête dans ma tête
gicle à mes lèvres
un jus noir amer

 

cg in Salines

 

 

 

 

14/11/2020

Olga Zima - Baikal Zen Stone - Irkutsk Oblast, Siberia - 2016

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Nous sommes chacun des fractions, d’infimes fractions d’expérience et nous nous pensons tellement importants, mon expérience versus ton expérience, votre expérience versus notre expérience… Vanité ! Un claquement de doigts dans une bulle de rêve. Le plus difficile est de marcher sur le fil de ce rêve sans basculer d’un côté ou de l’autre. Réel, irréel, le même mirage, miroir, miracle.

 

cg in Le livre des sensations

 

 

11/11/2020

Anaïs Charras

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Il faut tenir bon, s’accrocher à la barre, museler le mental, l’attacher au mât… Il faut tenir bon, océan, désert, jungle étouffante, être les héros de nos tragi-comédies, les aventuriers du néant quotidien, les chevaliers du rêve, les ninjas de nos emmerdes banales et ridicules, naufragé de la méduse en plastique, recalés de la Grande Parade. Il nous faut tenir et surtout, rester bons.

 

cg in Le livre des sensations