Kateb Yacine, un poète en trois langues par Stéphane Gatti (La Parole Errante, Paris, 2001).
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"Illuminé par le jeu d’Agnès Jaoui en quinqua fantasque luttant contre le réel, l’émouvant autoportrait posthume de la réalisatrice Sophie Fillières, disparue en 2023.
Barberie Bichette (dite Barbie), cadre fantasque dans une agence de pub à défaut de pouvoir vivre de sa poésie, a 55 ans, et c’est un drame. Divorcée, elle entretient des relations compliquées et parfois distantes avec ses grands enfants, Junior et Rose, qui ont récemment quitté le nid. Conversant avec son reflet dans le miroir, monologuant devant son psy, multipliant les actions erratiques, elle se sent en constant décalage avec le monde et poursuivie par on ne sait quels démons. Comment faire avec soi-même, avec l’ombre de la mort – avec la vie en somme ?
Fantaisie et gravité
Tourné alors que Sophie Fillières se savait gravement malade, et achevé de manière posthume sous la supervision de ses enfants, Agathe et Adam Bonitzer, ce septième long métrage se charge d’une émouvante puissance testamentaire, et s’avère le plus intime d’une filmographie (Un chat un chat, La belle et la belle…) aux ressorts infiniment personnels. L’interprétation impeccable d’Agnès Jaoui illumine cet autoportrait mélancolique et solaire, habité jusqu’au bout par ce sens de l’absurde, du pas de côté et des jeux de langage qu’affectionnait la réalisatrice. Entre fantaisie et gravité, on suit, non sans émotion, dans ses errances et ses fuites ce drôle d’alter ego au nom aussi improbable que son caractère, habité d’une folie douce, toujours sur le fil, en lutte perpétuelle contre le réel."
Splendide, poétique et terrible !
Quelle bonne surprise, beau, émouvant, poétique... et reposant : pas de paroles, pas d'humains !
"C'est le film (et livre) dont je suis le plus fière! "Escadrons de la mort, l'école française" est un documentaire de 52 minutes qui a été diffusé sur Canal+ en 2003 et ARTE en 2004. Il raconte comment la France a exporté vers l'Amérique du Sud et du Nord les méthodes de la "guerre antisubversive" qu'elle avait développées pendant les guerres coloniales d'Indochine, puis d'Algérie: quadrillage du territoire, torture systématique, pour obtenir du renseignement et disparitions forcées. Ces "techniques de la guerre moderne" ont été enseignées par les militaires français aux généraux argentins qui ont conduit l'une des dictatures militaires les plus sanglantes de 1976 à 1982. S'appuyant sur des archives inédites et sur les déclarations exclusives de nombreux anciens généraux — français, américains, argentins, chiliens - mon enquête a contribué à la réouverture des procès contre les militaires argentins, et j'ai été régulièrement citée comme témoin dans les tribunaux à la fin des années 2000. Dans mon livre éponyme, je raconte que j'ai réussi à interviewer quatre responsables de la junte argentine, en me faisant passer pour une historienne d'Extrême droite...
Le film a obtenu le Prix de l'Investigation au Festival international du grand reportage audiovisuel (FIGRA), le Award of Merit (Latin American Studies Association/ USA), et le Prix du meilleur documentaire politique ( Laurier du Sénat). Lors de la remise de ce dernier prix, Bernard Stasi a prononcé ces mots: "J'ai honte pour la France. J'espère que ce film contribuera à éclairer l'une des faces les plus sombres de son histoire".
La musique du film a été écrite par le compositeur et musicien chilien, Sergio Ortega, un réfugié politique qui était très ému de participer à ce film et qui nous a malheureusement quittés peu de temps après."
Marie-Monique Robin
Pour en savoir plus : https://trigon-film.org/fr/films/la-hija-condor/
Il y a les intouchables et ceux qu'on ne peut pas toucher...
"Pour son premier film de fiction, la réalisatrice Sandhya Suri (en), jusque-là autrice de plusieurs films documentaires, s'est inspirée de l'affaire du viol collectif de New Delhi. Elle souhaitait à l'origine réaliser un documentaire sur la violence contre les femmes en Inde, avant d'opter pour une fiction. Avant le tournage, Suri s'est entretenue avec plusieurs veuves de policiers devenues officières de police en vertu de la « loi de la compassion ». Le film est tourné à Lucknow, dans le Nord de l'Inde en 2023."
Terrible et terriblement réussi.
Oppressant et nécessaire... Un film qui prend à la gorge et ne lâche pas pendant presque 3 heures, présenté et primé à Cannes en 2024, il mêle fiction et réalité vidéo et a contraint son réalisateur à l'exil.
Un très beau film, digne et bouleversant.
Dans la campagne française de la fin du XIXe siècle, Rosalie, atteinte d’hirsutisme, ose s’affranchir du regard des autres pour vivre pleinement. Avec Nadia Tereszkiewicz et Benoît Magimel, une chronique sensible inspirée de la vie de Clémentine Delait, célèbre femme à barbe française du début du XXᵉ siècle
Un petit village de France, dans les années 1870. Propriétaire d’un café, Abel Deluc accepte d’épouser Rosalie pour rembourser une partie de ses dettes avec la dot qu’elle lui apporte. Le soir de leurs noces, Abel rejette violemment la jeune femme lorsqu’il découvre le secret qu’elle lui a caché : depuis sa naissance, Rosalie est atteinte d’un dérèglement hormonal qui l’afflige d’une abondante pilosité. Alors que le vœu le plus cher de Rosalie est de devenir mère, Abel refuse obstinément tout contact physique avec elle. Surmontant ce rejet, Rosalie décide de ne plus raser ses joues. Le café d’Abel, jusqu’alors déserté, s’anime soudain d’une foule de curieux. Bientôt, un photographe la convainc de poser avec sa barbe drue pour des cartes postales érotiques…
Hymne à l’amour
Elle l’espérait différent ; il l’attendait comme les autres. Entre Rosalie (Nadia Tereszkiewicz) et Abel (Benoît Magimel), la déception des premiers instants s'avère profonde. Malgré ses tourments, Rosalie, dotée d’une nature sensuelle et joyeuse, va pourtant s’affranchir du regard des autres. Elle s’obstine aussi à conquérir le cœur de son époux, au corps également meurtri par les séquelles d’une blessure de guerre. Mais les hommes autour du couple ne se contentent pas d’être curieux, ils savent aussi être cruels. Inspirée par l’histoire vraie de Clémentine Delait (1865-1939), la fameuse femme à barbe, Stéphanie Di Giusto (La danseuse) restitue dans une chronique sensible un tableau minutieux de la France rurale de la seconde moitié du XIXe siècle : la vie rude, les divertissements rares, le poids écrasant des conventions, de l’Église et du hobereau local (Benjamin Biolay), propriétaire de la seule usine du village. Vibrant d’émotions, un hymne à la tolérance et à l’amour plus fort que tout.
Le terme « Fous » désigne ici ces musiciens inspirés et errants du Bengale connus sous le nom de Baül. Le mot baül dérive en effet du mot sanscrit vatul qui signifie « fou », dans le sens que ce terme a couramment en français lorsqu'il connote un comportement plus ou moins frénétique. Les Baül sont des gens étranges, particulièrement dans leurs manières, leurs coutumes et leurs pratiques. Quoi qu’appartenant indifféremment à la religion hindoue ou musulmane, les Baül refusent d'être guidés par quelque convention sociale ou religieuse que soit. La liberté d'esprit est leur seul guide . Ils avancent ainsi à contre-courant des habitudes, des idées reçues et des théories générales.
Les ancêtres des filles et fils du vent ?
Un très beau film, étonnant.
Dans les Alpes suisses, au XIXe siècle, une jeune servante éprise de musique est contrainte d’épouser un garçon d’écurie. Un drame social historique superbement filmé et interprété en dialecte suisse.
En 1870, dans les Alpes suisses, Elsie, une servante à la voix d’or, violée par son patron, est mariée de force à un palefrenier, Jacob, lorsque sa grossesse est découverte. Envoyés dans une ferme isolée, avec pour seuls biens une vache et un accordéon, tous deux font l’apprentissage de la conjugalité et du dur labeur paysan, tout en tentant de concilier leurs aspirations. Tandis qu’Elsie s’épanouit en chantant, Jacob rêve d’acquérir un cheval pour devenir cocher. Mais quand Rico, un musicien yéniche, fait une halte de quelques jours dans le village, le fragile équilibre qu’ils ont construit vacille...
Beauté picturale
Fidèle à l’âpre réalisme du roman éponyme de Silvia Tschui, dont elle est tirée, cette fiction en dialecte suisse s’attache au quotidien miséreux d’un couple dont les espoirs d’ascension se heurtent à la violence sociale de l’époque. En témoigne la mise aux enchères, à la baisse, d’un pauvre garçon dont Jacob se fera l’“acquéreur”. Au cœur d'une nature aussi majestueuse qu’hostile, le récit, déployé dans des cadres magnifiquement composés et éclairés, plonge aussi dans l’intimité des jeunes époux, dont la relation recèle une étonnante complexité. Aux côtés de Valentin Postlmayr (Jacob) et Max Hubacher (Rico), Luna Wedler livre une prestation époustouflante, notamment dans les scènes chantées, pleines de passion et d’émotion. Par-delà la cruauté qu’il charrie, le vibrant portrait d’une rebelle avide de musique et de liberté.
Un documentaire fascinant à voir sur Arte jusqu'au 21 juillet !
On a longtemps pensé que l’art était né en Europe, il y a 40 000 ans environ, lorsque Homo sapiens s'est installé sur le continent. Or, en 2014, une peinture pariétale représentant un sanglier, datée d’au moins 35 000 ans, et accompagnée d’une empreinte de main en négatif – tracée au pochoir – remontant à au moins 40 000 ans, a été découverte dans la grotte de Leang Timpuseng, sur l’île indonésienne de Sulawesi. Puis, une autre peinture de sanglier, trouvée en 2019 dans la grotte de Leang Tedongnge, et datée d’au moins 45 500 ans, est venue bousculer tout ce que les archéologues pensaient jusque-là.

Depuis, un vaste programme de recherche dirigé par l’université Griffith en Australie et l’Agence nationale de recherche indonésienne (BRIN), mobilisant des scientifiques de nationalités et disciplines diverses, a été déployé afin d'explorer d’autres parties du territoire. Grâce à une nouvelle technique améliorant le procédé de datation par uranium-thorium, l’archéologue et géochimiste canado-australien Maxime Aubert et son ancien étudiant indonésien Adhi Agus Oktaviana sont ainsi parvenus à identifier des œuvres provenant de temps plus reculés encore. Dans la grotte de Bulu Sipong 4, dans la région de Maros, une peinture narrative remontant à - 48 000 ans témoigne de la capacité qu’avaient nos ancêtres à raconter des histoires : un bovidé y est entouré de thérianthropes, des personnages mi-hommes, mi-bêtes.

Mais c’est sur l’île de Muna, au sud-est de Sulawesi, que l'équipe a obtenu le résultat le plus spectaculaire, au printemps 2024 : les mains négatives trouvées dans la cavité de Metanduno auraient au minimum 67 800 ans. Un record qui pourrait encore être battu prochainement, les jungles et montagnes de Sulawesi n’ayant livré à ce jour qu’une partie de leurs secrets.

Préhistoire des images
Des cavernes de “l’île aux trésors” aux laboratoires australiens, ce documentaire captivant nous immerge aux côtés des chercheurs (archéologues, géochimistes, paléobiologistes...) à l'origine de ces conclusions retentissantes. On y découvre les progrès des méthodes de datation, les routes migratoires empruntées par nos ancêtres dans la région ou encore les spécificités stylistiques des premiers artistes de Sulawesi, exposés avec pédagogie. Le film permet surtout d’admirer en exclusivité les plus anciennes peintures de l’humanité, qui renversent les hypothèses communément admises sur l’émergence de l'art : réécrivant l’histoire culturelle de Sapiens, ces œuvres émouvantes suggèrent que notre espèce a très probablement acquis la capacité à produire des images et des récits avant même sa sortie d’Afrique, il y a 70 000 ans... "
Beau film, sensible, bouleversant.
"L’entrée au collège de Léo et Rémi, meilleurs amis depuis le bac à sable, met leur relation à rude épreuve. Signé Lukas Dhont ("Girl"), un film sensible sur une amitié tendre entre deux jeunes garçons, fracturée par le regard des autres.
Inséparables, Léo et Rémi, 13 ans, partagent tout : leurs rêves et leurs peurs, mais aussi un lit et une épaule pour pleurer en cas de coup dur. Une proximité physique qui ne passe pas inaperçue à leur rentrée au collège, leurs camarades s’interrogeant sur la nature de leur relation. Léo, de peur d’être enfermé dans une case toute sa scolarité, s’éloigne de Rémi en se mettant au hockey, une activité dite virile, pour rejoindre le groupe des garçons cool. Mais son éloignement injustifié aux yeux de son meilleur ami va avoir de lourdes conséquences…
Tendresse masculine
Des champs de fleurs à perte de vue, deux adolescents qui courent le sourire aux lèvres dans la chaleur de l’été… Le deuxième long métrage du réalisateur belge Lukas Dhont (Girl, Caméra d’or à Cannes en 2018) s’ouvre sur plusieurs scènes idylliques à l’image de cette amitié fraternelle entre deux garçons doux et attentionnés l’un envers l’autre. Mais le regard des autres au collège, incluant des remarques homophobes, bouleverse l’équilibre du duo. Récit à bas bruit d’une rupture amicale, ce film en deux temps dissèque la violence des injonctions sociales et de genres sur les garçons et ses retombées, jusqu’à la cassure définitive."