Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/02/2021

Lawrence Ferlinghetti - Hommage

Lawrence Ferlinghetti _n.jpgNous sommes tristes d'annoncer que Lawrence Ferlinghetti, distingué poète, artiste et fondateur des City Lights Books and Publishers, est décédé à San Francisco, en Californie. Il avait 101 ans.
Ferlinghetti a contribué à démocratiser la littérature américaine en créant (avec Peter D. Martin) la première librairie tout-papier du pays en 1953, en sautant un mouvement pour rendre des livres de qualité diversifiés et peu coûteux largement disponibles. Il envisageait la librairie comme un ′′ lieu de réunion littéraire," où les écrivains et les lecteurs pouvaient se réunir pour partager des idées sur la poésie, la fiction, la politique et les arts. Deux ans plus tard, en 1955, il lance City Lights Publishers dans le but de remuer un ′′ ferment dissident international." Son édition inaugurale était le premier volume de la série Pocket Poets de City Lights, qui s'avère être une force incontournable dans Façonner la poésie américaine.
Ferlinghetti est l'auteur de l'un des livres de poésie les plus vendus de tous les temps, A Coney Island of the Mind, parmi beaucoup d'autres œuvres. Il a continué d'écrire et de publier un nouveau travail jusqu'à ses 100 ans, et son travail lui a valu une place dans le canon américain.
Depuis plus de soixante ans, ceux d'entre nous qui ont travaillé avec lui à City Lights s'inspirent de sa connaissance et de son amour de la littérature, de son courage pour défendre le droit à la liberté d'expression et de son rôle essentiel en tant qu'ambassadeur culturel américain. Sa curiosité était sans limites et son enthousiasme était contagieux, et il va nous manquer énormément.
Nous comptons nous appuyer sur la vision de Ferlinghetti et honorer sa mémoire en soutenant City Lights dans l'avenir en tant que centre d'enquête intellectuelle ouverte et d'engagement envers la culture littéraire et la politique progressiste. Bien que nous pleurions son décès, nous célébrons ses nombreuses contributions et remercions pour toutes les années où nous avons pu travailler à ses côtés.
 
Nous t'aimons, Lawrence.

 

 
 

Lawrence Ferlinghetti

La poésie est le cri que l’on pousserait en s’éveillant dans une forêt obscure au milieu du chemin de notre vie. 

La poésie est le soleil qui ruisselle à travers les mailles du matin. 

La poésie, ce sont des nuits blanches et des bouches de désir. 

La poésie est l’argot des anges et des démons. 

La poésie est un canapé où s’entassent des chanteurs aveugles qui ont posé leurs cannes blanches. 

La poésie est le dérèglement des sens qui produit du sens. 

La poésie est la voix de la quatrième personne du singulier. 

La poésie ce sont toutes les choses nées avec des ailes et qui chantent. 

La poésie est une voix dissidente qui s’insurge contre le gaspillage des mots et la surabondance insensée de l’imprimé. 

La poésie est ce qui existe entre les lignes. 

La poésie est faite des syllabes des rêves. 

La poésie, ce sont des cris lointains, très lointains, sur une plage au soleil couchant. 

La poésie est un phare qui fait tourner son mégaphone au-dessus de la mer. 

Un poème peut être fait d’ingrédients ménagers courants. Il tient sur une seule page et peut cependant remplir un monde et se loger dans la poche d’un cœur. 

La poésie, ce sont des pensées sur l’oreiller après l’amour. 

La poésie est un chanteur des rues qui sauve les chats de gouttière de l’amour. 

La poésie est le dialogue des statues. 

La poésie est le bruit de l’été sous la pluie et la clameur de gens qui rient derrière des volets clos dans une rue étroite. 

La poésie est une grande maison résonnant de toutes les voix qui ont jamais dit quelque chose de fou ou de merveilleux. 

La poésie est la voix à l’intérieur de la voix de la tortue. 

La poésie est un livre de lumière la nuit. 

La poésie n’est pas que l’héroïne, les chevaux et Rimbaud. Elle est aussi le murmure des éléphants et les prières impuissantes des passagers aériens qui attachent leur ceinture pour la descente finale. 

Tel un bol de roses, un poème n’a pas à être expliqué.

 

 

texte paru dans le supplément « La poésie est partout » de Courrier International ( 18-24 novembre 2004 ; paru initialement dans le San Francisco Chronicle), « Quelques définitions de la poésie à l’usage du XXIe siècle »

 

merci à Jlmi !

 

16/02/2021

Narki Nal - Carnaval

Bientôt une surprise??
Oyez, oyez gens les plus fols, Carnaval est de retour !
Carnaval aux origines lointaines
Païen !
Carnaval, la chair exulte avant que l’Église ne te l’enlève
Peut-être que ton carn nous parle de la corne, de ce mois de février où elle tombe
Carnaval archaïque lié au cycle des saisons, à l’éternel retour
Carnaval, carrus navalis, char de la mer, bateau monté sur roues, des processions de Dionysos Fais raisonner tes chants satyriques contre les tyrans, c’est ton heure,
Direct successeur du vieux roi des saturnales, le maître des bacchanales
Carnaval de l’abus et des transes, délirante fête des renversements
Où l’homme est femme et femme est l’homme
Dérision des institutions les plus hautes
Qui vient avec les masques de ces êtres surnaturels que sont nos démons et esprits des éléments de la nature
Carnaval burlesque, grossier, de débauche, Carnaval, bouffon lascif des orgies
Carnaval de la déraison, des bêtises, de la FOLIE
Carnaval, la RUE est à toi, prends-la donc sans que l’on ne te la donne !
Mais à la fin du Carnaval ce qui fut bouleversé pendant- l’ordre- est reconstitué.
Carnaval est brûlé, ou noyé ou décapité…
Rappelons nous que nous sommes libres de faire bouger les traditions.
Peut-être Carnaval ne lira pas son testament
Peut-être n’y aura-t-il pas ses funérailles
Peut-être ne voudrons-nous pas reconstituer l’ordre, rendre ce qui est à nous !
Peut-être que Carnaval verra l’été
Qui sait ?
 
 
 

01/02/2021

Lhasa de Sela - Anywhere on This Road

 
 
I live in this country now
I'm called by this name
I speak this language
It's not quite the same
For no other reason
Than this it's my home
And the places I used to be
Far from are gone
You've travelled this long
You just have to go on
Don't even look back to see
How far you've come
Though your body is bending
Under the load
There is nowhere to stop
Anywhere on this road
My heart is breaking
I cannot sleep
I love a man
Who's afraid of me
He believes if he doesn't
Stand guard with a knife
I'll make him my slave
For the rest of his life
I love this hour
When the tide is just turning
There will be an end
To the longing and yearning
If I can stand up
To angels and men
I'll never get swallowed
In darkness again
You've travelled this long
You just have to go on
Don't even look back to see
How far you've come
Though your body is bending
Under the load
There is nowhere to stop
Anywhere on this road
 
 
 

Magali Roussilhe

Magali Roussilhe.jpg

 

https://www.facebook.com/lavoieinterieure/

 

 

 

 

 

08/01/2021

Vladimir Holan, poète tchèque (1905-1980 )

SOUVENIR

Après avoir combien d'heures en long et en large
sans en trouver des pimprenelles, nous sommes
sortis des bois,
et nous nous sommes arrêtés à midi juste dans les
bruyères.
L'air était sec jusqu'au fer blanc. Nous regardions
vers l'autre pente, couverte d'une épaisse végétation,
de différents buissons et arbres. Ils étaient stupéfaits
comme nous.
Je voulais justement demander quelque chose,
quand parmi cette masse immobile, droite, ensorcelée
jusqu'à frémir de froid,
un arbre,
et cela dans un seul endroit,
commença soudain à frissonner,
comme un accord de sixte, mais qui n'eût émis aucun son.

Tu aurais dit un cri de l'allégresse du cœur,
et donc l'aventure elle-même,
mais cet arbre se mit ensuite à murmurer,
comme murmure l'argent parce qu'il noircit,
comme tressaille la jupe d'une femme qui touche
les vêtements d'un homme en lisant des livres dans un asile.

Mais cet arbre se mit ensuite à trembler et à s'agiter,
mais comme s'il était tremblé et agité par quelqu'un
qui eût regardé jusqu'au fond de l'abîme aux yeux 
noirs de l'amour ...
c'était pour moi
comme si j'avais dû mourir à l'instant même ...

"N'aies pas peur," dit mon père, " c'est un tremble ! "
Mais encore aujourd'hui je me souviens comme il a pâli
quand nous y sommes arrivés un peu plus tard
et quand nous avons aperçu sous lui une chaise vide ....

 

Traduction : Dominique Grandmont

 

 

 

20/12/2020

Alberto Blanco

 
VIDE
 
Il n'y a pas d'alternative : nous ne sommes là qu'un moment.
Peu importe que ce moment dure 10, 20, 30, 40 ou 100 ans,
en tout état de cause et de toute manière
c'est un moment exceptionnel.
La vie est merveilleuse, nous le savons...
ô combien merveilleuse...
mais l'impermanence est la règle.
L'impermanence et le vide.
Sans ce changement constant de tout
nous ne serions pas ici aujourd'hui.
Et pour que la vie continue
nous devrons nous aussi partir,
comme l'ont fait des milliers, des millions d'êtres humains,
et d'innombrables êtres de toutes sortes et de toutes constitutions.
Mais la vie continue.
La mienne, la tienne, celle de tout le monde.
Nous ne sommes séparés de rien ni de personne.
Le vide est en toute chose, mais pas l'inexistence.
Le vide est seulement celui d'une identité éternelle.
Vide et changeante : telle est la merveille de la vie.
Le début et la fin de la vie sont les deux grands mystères.
Et entre les deux, toute la boutique de jouets est pour nous !
Nous sommes une vague au milieu de l'océan.
Pour un instant, nous avons une forme et même un nom.
Pour un instant, nous pouvons imaginer nombre de choses...
mais nous continuons à être, tous, par essence, de l'eau.
 
*
 
VACÍO
 
No tiene vuelta de hoja: estamos aquí sólo un momento.
Da igual si este momento dura 10, 20, 30, 40 o 100 años,
de todas formas y en todas formas
se trata de un momento excepcional.
La vida es maravillosa, lo sabemos...
muchas veces maravillosa...
pero la impermanencia es la regla.
La impermanencia y la vacuidad.
Si no estuviera cambiando todo
nosotros no estaríamos hoy aquí.
Y para que la vida siga
nosotros tendremos que pasar también,
como lo han hecho miles, millones de seres humanos,
e incontables seres de toda laya y de toda constitución.
Pero la vida sigue.
La mía, la tuya, la de todos.
No estamos separados de nada ni de nadie.
Todo está vacío, pero no es inexistente.
Sólo está vacío de una identidad eterna.
Vacío y cambiante: así es la maravilla de la vida.
El principio y el final de la vida son los dos grandes misterios.
Y en medio, ¡toda la juguetería es para nosotros!
Somos una ola en medio del océano.
Por un momento tenemos forma y hasta nombre.
Por un momento nos podemos imaginar muchas cosas…
pero seguimos siendo, todos y en esencia, agua.
 
(Traduction : Laurent  Bouisset)
 
 
Pendant le confinement, Mexique

18/12/2020

Yeux de Neptune

Davide Bozzani_n.jpg

©Davide Bonazzi

 

 
Ils ne m'ont pas parlé à l'école
de la Lune et de ses phases,
de la Terre et de ses cycles,
comment distinguer les arbres
et respecter les animaux, la
Nature avec son écosystème.
Ils ne m'ont pas parlé de la mort
comme une naissance,
Ils ne m'ont pas parlé de la sexualité
comme Sacrée,
Ils ne m'ont pas parlé du corps
comme temple émotionnel.
 
Ils m'ont parlé de m'adapter,
de s'adapter,
Ils m'ont dit de m'asseoir
Toujours à la même place

et de ne voir toujours qu'un seul
côté des choses.
Ils m’ont jugé avec des chiffres,
m’ont parfois fait me sentir plus
mais souvent moins qu’un autre.
Parfois, je le méritais,
d’autres fois non.On m’a dit que j’étais distraite.
Rebelle et irrespectueuse.
Ils m’ont dit de me taire.
D’étudier ce que je n’aime pas
autrement ils tiraient une feuille
comme menace.
Ils m’ont fait peur
Ils ont voulu me soumettre
Ils m’ont voulue systémique
Ils m’ont voulue sans discuter
Ils m’ont voulue obéissante
Ils me voulaient en ordre.

Mais jamais personne n'a voulu
qu'on me découvre.
Personne ne m'a attendue
Personne ne m'a demandé
Personne ne m'a regardé.
Quand y aura t-il une école
qui nous regarde,
qui regarde vraiment chacun d'entre nous ?
Quand est-ce qu'ils arrêteront
de nous vouloir 

Tous les mêmes ?
Quand commenceront-ils
à accepter notre diversité
notre égalité ?
Jusqu'ici nous arrivons
avec cette méthode
et nous sommes des loups baptisés comme des chiens.
Je veux hurler à la lune
sans qu'on me dise folle,
Je veux vivre à mon rythme.
Pas d'autre but.
Je veux sentir sans peur.
Je vous offre ma force.
Je vous offre ma créativité
Laissez-moi.
Libre,
Créative,
et même si ça ne vous plait pas,
et même si ça vous dérange,
laissez-moi.
Sauvage.
.
 
Yeux de Neptune

 
 
*
 
A scuola non mi hanno parlato
della Luna e delle sue fasi,
della terra e dei suoi cicli,
di come distinguere gli alberi
e rispettare gli animali, la
natura con il suo ecosistema.

Non mi hanno parlato della morte
come nascita,
non mi hanno parlato della sessualità
come Sacra,
non mi hanno parlato del corpo
come tempio emotivo.

Mi hanno parlato di adattarmi,
di adattarsi,
mi hanno detto di sedermi
sempre nello stesso banco
e vedere ripetutamente un solo
angolo delle cose.
Mi hanno giudicato con i numeri,
mi hanno fatta sentire a volte di più
ma quasi sempre meno di un altro.
A volte meritavo,
altre volte no.

Mi hanno detto che ero distratta.
Ribelle irrispettosa.
Mi hanno detto di stare zitta.
Di studiare anche quello che non mi piace
altrimenti tiravano fuori un foglio
come minaccia.
Mi hanno voluto far paura
Mi hanno voluta sottomessa
Mi hanno voluta sistemica
Mi hanno voluta senza discutere
Mi hanno voluta obbediente
Mi volevano in ordine.
Ma mai nessuno ha voluto
che mi si scoprisse.
Nessuno mi ha aspettata
Nessuno mi ha chiesto
Nessuno si è fermato a guardarmi.
Quando ci sarà una scuola
che ci guardi,
che ci guardi davvero ciascuno?
Quando smetteranno
di volerci
tutti uguali?
Quando cominceranno
a volerci accettare nella diversità
e parità?
Fin qui arriviamo
con questo metodo.
Siamo lupi battezzati come cani.
Voglio ululare alla luna
senza che mi dicano pazza,
voglio vivere al mio ritmo.
Nessun altro obiettivo.
Voglio sentire senza paura.
Ti regalo la mia struttura.
Ti regalo la mia produttività.

Lasciami.
Libera,
Creativa,
e anche se non ti piace,
e anche se ti infastidisce,
lasciami pure.
Selvaggia.

Occhi di Eptune
 
 
 

12/12/2020

Vivre en pleine conscience par Thich Nhat Hanh

 

 

 

02/12/2020

Ilarie Voronca

PRÉPARATIFS DE DÉPARTS

 

Parmi les branches tremblantes
La visage de l'orage se montre.
Mais dans tes yeux revient la lumière.

ici il y a des îles très belles
Elles ont des boucles. Elles savent sourire,
Un navigateur passe, les salue.
Et longtemps encore leur crépuscule persiste
Parmi les églantiers ou les groseilles.

Arrêt aux frontières du sommeil
Là où les troupeaux se mirent dans les nuages
Et les bergers effrayés en même temps que les bateliers
Lisent les destins tracés par la foudre.

Les montagnes se regarderont-elles face à face ?
Ou seulement les eaux reposées dans les tuyaux de la
ville ?

Et pourtant les fleuves
Mourront comme des volailles ;
Des grandes forêts, les parfums
S'en iront vers les scieries avec les arbres.

La nuit essayera les fenêtres
Elle y mettra des cadenas de pluies
Il y aura des vents plus grands que les villes,
Des oiseaux becquetteront tes larmes.

Sauras-tu alors ramasser les paroles
Comme des ailes, en toi-même
Et ton cri écraser le silence
Comme un vin dans le grain de raisin ?

Mais seule, la voix restera
Comme le sel d'une mer assassinée.
Et les murailles s'en iront dans la nuit
Comme des barques détachées des rivages.

 

in Patmos, 1977

 

 

 

 

 

01/12/2020

Antonin Artaud - Tutuguri ou le rite du soleil noir

 

 

 

27/11/2020

Et pourquoi moi je dois parler comme toi ? - Anouk Grindberg

Magnifique Anouk Grindberg. Ce qu'elle ne dit pas dans cet interview, c'est que c'est un sujet qui la touche très directement en rapport avec l'histoire de sa mère et le rejet qu'elle-même a eu en tant que fille par rapport à ce qui a été perçu comme folie par les codes d'une société qui a empêché sa mère d'être ce qu'elle était, de se déployer dans son être, quand on nous empêche de voler, alors on peut se laisser submerger par les forces destructrices du repli.

 

Et-pourquoi-moi-je-dois-parler-comme-toi-1e-Couv.jpgSorti le 15 octobre dernier aux éditions Le Passeur.

Anouk Grinberg propose une constellation de textes d'art brut, des bijoux d'inventivité et de liberté, textes écrits par des hommes et des femmes relégués dans les marges des institutions psychiatriques.

 

 

Chez eux, l’imagination est en tête, les visions débordent, les identités sont multiples, et les sens sont à nu. L’enfance est partout, le réel est augmenté de dialogues avec des esprits et ils parlent couramment la langue du chaos ; le dedans est dehors. On dit d’eux qu’ils sont fous ou idiots.

 

À leur façon, ils portent aussi le monde. Ils disent, à corps et à cri : « Je ne suis pas ce que vous
croyez », ils font des danses de vie pour éclairer leurs chambres noires, ils écrivent au monde et le monde
n’entend pas ; ils créent sans le savoir, et nous nous inclinons devant la vie qu’ils portent en eux. Ils ont eu la pulsion d’écrire, comme on a la pulsion de la vie. Ils se fichaient d’écrire « comme il faut » ; ils
obéissaient à d’autres lois, inventaient des langues pour se tenir au plus près d’eux-mêmes. Ça jette des étincelles.

 

Nos cœurs sont à la fête, même quand c’est triste. On retrouve des frères, des sœurs, ou bien nous-mêmes, épluchés de nos falbalas. Avec les écrits bruts, on est à la source de pourquoi l’écriture vient, pour faire monter la vie, pour s’ébrouer du malheur et en faire des feux de camps, pour faire vivre l’esprit.

 

On ne comprend pas comment le manque de tout l’élémentaire produit cet oxygène. C’est un mystère. Et
en attendant de comprendre, je tourne autour et avec eux, je me sens vivante.

 

 

Anouk Grinberg est comédienne et artiste peintre. Ce recueil est un complément au spectacle qu’elle jouera en France en 2020-2021.

 

 

https://www.le-passeur-editeur.com/les-livres/litt%C3%A9r...

 

 

 

 

24/11/2020

Blanche

 

 

On voit de drôles d’oiseaux échoués sur nos plages
De drôles d’oiseaux !
Ils ont de l’écume plein les plumes
Ils ne bougent plus
Du sel plein les yeux qui ne s’ouvrent plus
…Au moins ils ne souffrent plus

Leur ramage se rapporte à leur plumage
On voit de drôles d’oiseaux
Qui arrivent par vagues
Corps mourants qui dansent
Bal atroce
Ils viennent chanter sans voix
Nous parler d’espoir et d’errance
De leur avenir pris dans des ronces
Ils viennent perdre nos regards dans l’vague
Et Bam ! En réponse
On ferme nos ports
Nos cœurs, nos portes
Ils s’enfoncent

Je revois ce petit rouge gorge
Allongé sur le sable
De loin on dirait la ruine d’un monde qui fait l’mort
Oui mais de près c’est un enfant
Qui dort qui dort
Petit prophète deplumé
Craché par la tempête
Minuscule poète
Petit rêve depouillé

On voit de drôles d’oiseaux échoués sur nos plages
Avant sur la rive
on trouvait des bouteilles et on lisait les messages
Mais les prières roulées dans des flacons de chair
On préfère les laisser couler
On laisse les chagrins se noyer
En pleine mer
Y’a tant de sos qui s’perdent
En pleine merde
D’oiseaux messagers qui viennent se crasher sur nos ombres
Et on oublie qu’dans c’monde
On est tous mi-grands mi-p’tits
Mi-grands mi-p’tits

Nous, On voudrait se reposer de nos soucis
Le plus loin possible des bains d’sang
Et ça s’comprend
Ici on d’vient barges alors comment devenir berges ?
On peut pas voir large
On peut que gamberger, se murger
Et puis, Bâtir des murs qui dissimulent mal le murmure de l’animal
Pour oublier que dans c’monde
On est tous mi grands mi p’tits
Mi grands mi p’tits

En restant mutique on s’mutile
En même temps que dire ?
J’me sens si impuissante c’est épuisant
Comment être utile ?
Ni mystique ni politique
Mon seul pouvoir est poétique
Et ce soir très hypothétique
Peut être que mon premier devoir
C’est juste de voir
Et de dire ce qu’en penserait
La petite fille que j’ai été :
Y’a des hommes à la mer
Des enfants en bas âge à bâbord
Et des mères dont les larmes débordent des canots de sauv’tage
Alors pour rester debout demain, humains
Faudra jeter des bouées
Et tendre des mains
Des mains !

Le cœur en miettes sur la main
C’est la que les oiseaux viennent se mourir
La voix tremble, s’étrangle et demande
Sans plier
Quitte à supplier
« Ouvrez les ports
Laissez nous dev’nir terres d’asile
Je me doute bien qu’ c’est compliqué
Mais on peut plus vivre comme des îles…
L’humanité est en péril
Si elle laisse ne serait-ce qu’un d’ces Hommes périr sans pleurer
Quand des corps coulent à pic
C’est l’urgence on agit
Toi tu prends l’temps d’reflechir
Mais leurs poumons qui s’ remplissent sont le sablier
Leurs poumons sont le sablier !
bordel ce gosse ça pourrait être ton fils
T’as toujours pas pigé ?!
Tu oublies qu’ dans c’monde
On est tous mi grands mi p’tits
Mi grands mi p’tits
…Raisonnement elliptique

Je vois de drôles d’oiseaux échoués
Sur mes pages
J’voudrais leur donner des noms
Des noms d’Hommes
Mais ils restent anonymes
Sans figure et sans âge
Masse informe qui dérive
Comme une tache de pétrole, de chloroform’ et d’bile

J’ai le cœur mazouté
On compte les morts !
Humanité j’écris ton nom
Mais je sais pas où t’es…
Alors les yeux salés
Mi ouverts, mi clos
Je rêve
Je vois de drôles d’oiseaux
Je vois de drôles d’oiseaux qui voguent
Et guident des bateaux qui volent
De drôles d’oiseaux qui voguent et guident des bateaux qui volent…
Je rêve et je me souviens
Que dans cette vie
on est tous
Si p’tits et si grands
Si p’tits mais si grands…
Ensemble

 

 

 

16/11/2020

Jeu de société de Guillaume Desjardins & Jérémy Bernard (2016)

 

 

 

15/11/2020

Victor Ozbolt  

 

Il y aura toujours

Ce rien qui nous échappe

Cette couleur qui fuit

Là-bas au crépuscule

Cette corde qui vibre

Dans des cœurs enflammés

Ces amours qui façonnent

Leurs corolles secrètes

Cette encre qui frémit

Envoûtée par les mots

Cet enfant qui déchiffre

Des fragments d'univers

Ces êtres chers qui glissent

Vers un astre inconnu

Il y aura toujours

Ce rien qui nous échappe

Nous ronge ou nous fascine

Sur les marches des jours

 

  

Merci à jlmi et Au hasard des connivences