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22/03/2017

Luis Alfredo Arango - Discurso de la resurrección

 
Discours de la résurrection
 

 
  
… et cette nuit
désespéré je me suis envoyé tout un pichet de limonade.
A bout d'un si grand nombre d'insomnies. A bout de tant de souffrances
                                                                                                 coutumières
j'ai senti que s'ouvrait un lac au fond de moi
et j'ai dormi !
J'ai senti m'emplir un lac étendu de San Pedro Necta à
                                                              Yupiltepeque,
de Sebol à Pajapita,
en passant par de douloureuses terres intimes...
J'ai mis à tremper mes entrailles : mes poumons, mes tripes,
les petites montres, les altimètres, le sternum,
le tableau de bord que j'ai à l'intérieur,
endommagé, cassé sans que personne ne le sache,
… mes instruments de vol !
Et j'ai dormi dans cette fraîcheur,
arrosé par ce liquide trouble
baignant légèrement mes artères
mes petits fils de fer brûlants et quel délice
ce fut de me sentir monter siroter les nuages
la brume fine et même les vers luisants,
les larves de fourmis attas et jusqu'aux chrysalides de la nuit.
Après ça, paraîtrait qu'il aurait plu mais je ne me suis rendu compte de
                                                                                                          rien.

La ville ainsi aurait coulé à pic !
Ainsi avec elle moi aussi j'aurais sombré !
JE ME SENS MAINTENANT RESSUSCITER !
Je sens qu'est venu le moment le plus glorieux, de loin le plus lucide et
raison pour laquelle
pas plus d'une ou deux fois par an
je m'enfonce dans les boues de la pire perdition terrestre,
dans les méandres du monde souterrain tant fréquenté par
Edgar Allan Poe, Rubén Darío,
Werner Ovalle López
(grands poètes que vous autres – excusez ma franchise,
n'avez jamais connu dans de telles transes).
Ah ! ça, des noms, il y en a plein ! Enrique Gómez
                                                             Carrillo,
le Chinois Pereyra, Manolo Herrarte...
Et Miguel Ángel Asturias ? Allez, c'est pas la question, d'aligner les noms !
On aurait tôt fait d'allonger la liste d'ici à Usumacinta...
Je vous dis que cette nuit je me suis imbibé les blessures à la
                                                                  limonade fraîche.
Cette petite jarre ! Ces quelques citrons ! L'eau, la sève et
les jus jaillissaient de la terre !
Et voilà que je suis en train AUJOURD'HUI de ressusciter !
Je sens.
Je jouis.
Je vis dans la fraîcheur de l'air,
dans un air de fruits, de verre, de grêle.
Je sens que je redécouvre le monde,
je sens que je le reconquiers avec des sens nouveaux,
moi-même me mettant au monde, moi-même à nouveau me faisant renaître, moi-même me reconnaissant,
me faisant joie du plus lointain désir,
dont je goûte l'innocence et la propreté même
parce que je me suis purifié.

Je suis descendu à Xibalba pour brûler l'homme vieux,
l'homme fatigué, névrosé ;
l'homme qui voyait tout contaminé ;
qui souffrait de voir tout taché, corrompu.
Non. Je ne veux pas, moi, glorifier la boisson mais la vie.
Jouer les machos qui se bourrent la gueule, c'est chose digne des porcs.
S'enfiler canon sur canon dans des virées insignifiantes
                                                                     le dernier des clampins en est capable !
C'est pas plus malin, picoler, que déborder de gnôle à des apéros snobinards
où font feu tamales et mariachis multicolores.
C'est foutre, qui plus est, le cul sur la tête au bon sens,
comme un con va te proposer un Cuba Libre au Pepsi,
quelle parfaite imbécillité !
Mon compadre le disait parfaitement : « C'est, tout ça, se vautrer dans la fange, et basta... »
Non. Ce qui nous anime, nous autres, c'est quelque chose de vrai. C'est quelque chose de très grave.
C'est comme un suicide. C'est une cérémonie.
C'est un authentique martyre.
C'est comme se faire revenir à feu lent...
Tous, on le sait, qu'on peut mourir,
que le prochain battement pourrait bien être le dernier,
qu'il y a une limite fatale
que celui qui la franchira ne se verra offrir aucun retour...
Tout le monde connaît cette horreur
et pourtant...
Et c'est qu'à l'intérieur nous sommes des souricières
ou des labyrinthes où s'entassent des traces,
des toiles, des os et des vestiges des crimes du monde
et nous devons, tout cela, le brûler !
Ah, mais j'avais dans l'idée de parler de la résurrection, de vous conter
comment je me suis enroulé dans des sensations neuves et oubliées
(entre autres la sensation étrange d'être en vie),
comment je me suis senti reconduit vers des dimensions oubliées, moi qui
suis maintenant un homme lucide, même secoué,
appelé, exigé par la lumière, par la couleur originelle du
monde
et chaque goutte d'eau, par les grains sombres et
                                      compacts de la terre,
et la sueur à flots jaillissant de mes pores !
Aujourd'hui je me suis réjoui à chaque instant et le mot jouissance
jouait avec des fanions à éventer mon front.
Aujourd'hui, parmi tant d'autres choses si bonnes,
ma femme m'a offert une gamelle d'atol de maïs
                                                        blanc,
qui contenait des haricots cuits et de la sauce piquante au fond
et je l'ai vue si belle
et je me suis senti sur le point de pleurer à chaque bouchée
et j'ai vu le lever du soleil si proche
parce que je l'ai vu dans son cœur
et j'ai mastiqué des chiltepes
et j'ai vu des petites abeilles qui avaient
forme et son d'avions
de l'époque du Capitaine Jacinto Rodríguez Díaz...
Des avions héroïques et solitaires glissant sur les jungles
                                                         du patio de ma maison...

Avant que ne se meure cette transparence
                                   incroyable,
avant que mes sens s'éteignent à nouveau,
s'étiolent,
avant de redevenir un homme normal, un pauvre
                                                            employé de bureau
bien gentil, ponctuel « un sourire s'il vous plaît ! » qui sait pointer
« le temps c'est de l'argent ! » la cravate et le chèque au cou
« tous ensemble et chacun pour soi ! » à la fin de chaque mois
croisement obligé – épargne, prends soin, protège bien ce qui est à toi
et jouis de ton Guatemala –
AVANT je veux vous demander que
nous fassions quelque chose pour enlever au monde
ce qui le corrompt...
Un jour, peut-être, nous, les hommes, nous n'aurons
plus à descendre à Xibalba pour nous soigner,
nous purifier.
Un jour, peut-être, nous vivrons RESSUSCITES
sur une terre renouvelée et authentique. 

 
 
 
Poème tiré du recueil "XICOLAJ & BORBON, con poemas tercermundistas y antidisneyworld", présent dans l'anthologie parue en 2009 aux éditions guatémaltèques Cultura - Traduction de Laurent Bouisset, http://fuegodelfuego.blogspot.fr/ avec quelques précieux conseils de José Manuel Torres Funes
 
 
 
 
 
 
 

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03/03/2017

Mémoire de sable par Jean-Louis Millet

 

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texte et photo   jlmi



Je suis là depuis des millénaires, je pourrais même dire depuis l’origine du monde. Pas le monde des hommes, si jeune, si puéril !

Non. Le monde minéral, celui de la concrétion d’après le grand barouf. Paf ! Boum !

Bien sûr, je n’avais pas la forme que j’ai aujourd’hui. Comme tous mes camarades de l’époque d’ailleurs. Nous étions tous très... unis. Nous étions même inséparables !!! Puis le temps a fait son œuvre, il nous a séparés, aidé en cela par ceux d’entre nous dont la nature était d’être fluides et ceux qui, dans un tel état d’excitation pour se faire une place à la surface, atteignaient la fusion avant de rejoindre les grands courants ascendants du magma.

Enfin, tout ça est tellement loin que je ne me souviens plus bien de tous les détails. Toujours est-il que l’érosion m’a donné une vie propre, en cela qu’elle m’a permis de voyager en banc de myriades de grains assemblés pour de grandes transhumances conduites par l’eau ou le vent.

Aujourd’hui, je m’étale en une longue et belle plage blanche et rose  entourée de mes parents chenus, ces somptueux blocs de granit rose aux formes arrondies que vous ne pouvez manquer d’apercevoir lorsque vous venez me rendre visite. Dans leurs jeunesses, vous auriez dû les voir, hauts et pointus, défiant le ciel et ses nuées. Plus de dix mille mètres. C’était quelque chose. J’avoue que maintenant ils font bien leur âge, ils souffrent d’arénisation. Tant mieux d’ailleurs ! Sans cela je ne serais pas là !!! Je m’égare, excusez moi, mais je n’ai que ça à faire…

Donc, je suis là. Sur la côte nord de la Bretagne, dans ce pays appelé France. Chaque jour, par deux fois, la mer vient me baigner, en douceur, souvent avec tendresse, vague après vague. Sauf quand elle est en colère bien sûr. Alors ces jours là, ça déménage, passez moi l’expression. Elle me brasse, me masse, me malaxe, me pitrouille, me papouille, me tourne et me retourne avant de m’abandonner hors d’haleine et trempée. Heureusement, j’ai plusieurs heures pour m’en remettre. Et puis elle n’est pas souvent furieuse deux fois de suite. Il faut bien lui reconnaître ça. Un autre avantage que j’ai omis de vous conter : la mer supprime toutes mes imperfections. Elle me retend la peau même si elle me laisse ici ou là des petits bourrelets, des ripple-marks dit-on je crois.  Enfin, c’est ma thalasso à moi !

Le vent aussi prend soin de moi. Il me sèche, peigne mes mèches de surface, les met parfois en désordre mais ses doigts sont si doux… Enfin c’est comme sa compagne. Quand elle est en boule, il l’est aussi. Je crois que dans tous les couples il y a ce genre de chose. Nul n’est parfait. Moi, je suis résolument célibataire, ouverte à toutes et à tous pour être plus juste…

La pluie aussi est une bonne compagne, mais passagère, irrégulière, quoique certains en disent sur ici. Bonne fille la pluie, elle s’adapte entre les grosses gouttes et la bruine, entre les averses – les grains – et le crachin. J’aime bien la pluie. Elle m’hydrate et me dessale un peu.

Ah ! et puis il y a le soleil. Lui aussi me sèche comme le vent mais en plus il me chauffe, tiédit ma peau, la blanchit ou la fait rosir. Un réel plaisir. Vous connaissez d’ailleurs, vous qui venez coucher avec moi, non ? C’est bien cela que vous venez chercher, bien plus que moi je le sais bien…

Tentez donc maintenant d’imaginer ce qu’aujourd’hui peut contenir ma mémoire. Disons sur les cent dernières années, c’est tout. Facile. La mémoire du sable.

Sa mémoire vous dites vous, mais elle a perdu le nord, c’est pas possible !

Mais si, c’est possible et je vais vous mettre sur la voie. Parce que c’est vous !

 

Lorsque vous arrivez juste après mon bain, ma peau est lisse, souple et tendre. Puis, vous marchez, vous courez, vous jouez au ballon, vous me percez de vos parasols et de vos tentes, vous laissez vos enfants me trouer, me couvrir de ces pustules qu’ils appellent châteaux, vous me ratissez pour soi disant pêcher, vous laissez vos chiens me salir, ( je n’ai pas de caniveau dites-vous ? Curieuse réaction lorsque l’on connaît vos trottoirs à ce que je me suis laissé dire… poursuivons…), vous faites rouler vos char à voile, vous traîner vos bateaux ou vos planches à voile… Certains soirs même, vous venez vous aimez, un bain de minuit dites vous, mon œil ! Enfin, c’est mieux que de venir picoler ou se shooter…

Beaucoup d’entre vous me laissent leurs détritus et ça, c’est pas sympa. Du coup vous faites venir des herses pour me nettoyer mais en même temps ces monstres énergivores détruisent tout le petit monde vivant que j’héberge car vous n’êtes pas les seuls sur Terre, vous n’avez jamais été les seuls et c’est tant mieux, sinon ce serait tout bonnement invivable. Même vos cargos me dégueulent dessus de plus en plus souvent. Le pétrole, ça on vous le dit. Ça vous touche. Ça fait de l’audience, il y en a pour des jours et des jours à me voir engluée et nauséabonde, pleine de cadavres d’oiseaux, et seulement quelques uns d’entre vous se débattant avec toute cette merde ( oh pardon !)… Mais ce n’est pas tout. Il n’y a pas que le pétrole. Tenez, la dernière fois, c’était une cargaison d’ananas. Bien sûr dit comme ça, ça prête à sourire. Moi, ça me donne envie de chialer !

Et ces derniers temps tout ça empire malgré tous les signaux d’alarme que nous vous envoyons avec mes camarades des quatre coins du globe. Surtout celui de la calotte et il y met le paquet. Tâchez de vous en souvenir à l’heure de l’apéro – avec ou sans alcool - quand vous agitez vos glaçons dans vos verres…

Enfin, vous n’êtes que des humains, on ne peut pas trop vous en demander, ça, on l’a compris depuis longtemps… Mais de vous à moi - car vous pouvez êtes sympa quand même - à faire les cons comme ça, vous allez disparaître, mais nous, même blessés, abîmés, saccagés, défigurés nous serons toujours là avec tout le temps devant nous pour nous refaire une beauté, pensez, sur un million d’années…

Allez, même si c’est grave, nous resterons en relation. Mes camarades et moi nous ne sommes pas rancuniers. Ni rapporteurs d’ailleurs. Car si je vous disais tout…

Enfin réfléchissez.

Ou plutôt, agissez !

 

 

Source : le site de jlmi "Au hasard de connivences"

http://jlmi22.hautetfort.com/

 

 

 

23:28 Publié dans RESONNANCE | Lien permanent | Commentaires (0)

02/03/2017

La revue du mois par Jacmo (Décharge), parle d'Yves Artufel

Chiendents n° 116 : Yves Artufel

publié le 2 mars 2017 , par Jacmo dans Accueil> Revue du mois

 

C’est Georges Cathalo qui a coordonné cette livraison consacrée à notre ami Yves Artufel. Comme souvent dans ce genre de cas précis et spécifique, il est difficile de distinguer l’éditeur du poète.

En effet, Yves Artufel, ça « parle » en poésie comme l’éditeur de Gros textes (200 auteurs, 400 livres). (Son aventure de revuiste est demeurée plus erratique, avec Gros textes, plusieurs séries, et Liqueur 44, et s’est achevée pour l’heure en 2011).

Il y a donc aussi, à part égale, le poète, qui s’est édité lui-même pour 4 recueils (alors que c’est Polder qui publiait son premier recueil en 1999, n° 101). Et quelque part, tout est dit, Yves Artufel qui se met au service des autres (et comment !) pousse la modestie et la discrétion à ne pas solliciter lui-même d’autres éditeurs et préfère ne déranger personne pour se publier tout seul.

Les divers auteurs sollicités hésitent souvent entre l’hommage à l’un ou à l’autre de ce Janus moderne. Une façon d’éviter le hiatus, c’est de célébrer l’homme, le bonhomme qui n’est pas coupé en deux. Roland Nadaus fait la synthèse : Cher Poèteéditeurami… Jean-Pierre Lesieur titre son article : « Yves Artufel, homme à tout faire de la poésie » et conclut plus laudateur : …homme à tout faire et seigneur de la poésie de notre temps. Christian Bulting écrit une critique élaborée de son dernier recueil Il faut repeindre le moteur et souligne son côté « sauvagement libre ». Jean-Claude Touzeil donne trois qualités cardinales et voisines du personnage : « douceur, discrétion et humilité ». Ce que reprend à son compte Georges Cathalo : « Humilité, patience et modestie ». Thomas Vinau offre un poème : ...Il est le cœur battant / saignant / puant / vivant / de la poésie. Ses plus proches insistent sur l’aspect humain, comme Dominique Oury qui écrit : Yves c’est mon ami, ou bien Alain Sagault en écho : Yves, mon ami. Il conclut sa page : … la création la plus authentique consiste à voguer, modestement mais sans concession, à la découverte de l’essentiel tel qu’il peut s’incarner à travers chacun de nous. Jean-Claude Touzeil et François-Xavier Farine insistent sur l’inlassable militant de la poésie ou le militant des autres poètes.

Georges Cathalo a intercalé entre les hommages des auteurs Gros textes des pages tirées des recueils d’Yves Artufel. Christian Bulting et Jean-Claude Touzeil donnent quelques clés de cette poésie qu’on peut qualifier de mineure dans le sens où, comme on l’a compris, il ne s’agit pas d’une poésie sonore, tonitruante et tapageuse, qui prendrait tout le devant de la scène, mais toute la personnalité d’Yves Artufel s’y trouve. Sa fibre libertaire sait domestiquer la vanité qui entrave plus d’un poète. On peut parler de dérision, d’humour fin. Le poète à présent monte sur son cheval à bascule. Il espère qu’il va faire chavirer le monde. On peut parler de désillusion, de désenchantement, mais jamais d’amertume. Les déceptions qui nous sont communes dans le quotidien demeurent souvent l’objet de ses réflexions et de ses écrits. Et il sait en sourire, parfois âprement et nous en faire sourire de même, avec distance. Enfin, autre manière de ne pas se prendre au sérieux, c’est la longueur de plus en plus resserrée de ses poèmes. Et une véritable prédilection pour l’aphorisme, art compliqué de la densité qui doit faire mouche, sans concession, ni au style ni à l’impact sémantique. Conseil valable : fais ce que tu peux. Aux dernières nouvelles, il semblerait que Dieu en soit là. Par ailleurs, Yves sait trouver des métaphores inattendues qu’il file de même façon : Je vais penser à me refaire l’intérieur. Ca fait longtemps que je n’ai pas changé la tapisserie du cerveau, la moquette de l’âme, ni repeint le cœur. Cette façon de comparer deux domaines, de mélanger deux univers peut aboutir au court-circuit créatif et hallucinant : Mon ombre sur le mur se mit à saigner. En outre, Yves Artufel est commerçant-libraire, colporteur, comédien, lecteur…

Artisan-militant, et poète avant tout, poète à la base, poète primordial. Je vais jusqu’à l’horizon pousser ma brouette de décombres. Après on avisera.


Chiendent Yves Artufel : 6 €. 20, rue du Coudray – 44000 Nantes.

Editions Gros Textes, chez Yves Artufel, Fontfourane, 05380 - Châteauroux-les Alpes.
Rappelons que la collection Polder est une collection Gros Textes (en coédition avec la revue Décharge).

 

 

 

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25/02/2017

Alexo Xenidis

 

ET SI JE PARLAIS DE MOI POUR UNE FOIS

 

Je
Regarde

Avec des sentiments mélangés
Découragement colère beaucoup de lassitude et la sensation de mes vanités
Cet énorme tas de papiers ce vomi de mots qui s’incruste
Le monde que je mâchonne et qui ne passe pas
Cette voix de l’habitude parce que j’écris le matin tous les matins
Comme si c’était hygiénique je me lève je pisse je fais un café j’écris
Je ne trouve pas la paix
Je ne trouve pas la paix
Je
Regarde
L’énorme tas de papiers cette bouillasse de sentiments mélangés
Le découragement la colère qui s’enfuit la lassitude qui prend la place
Toute. Toute la place.
Dis Il faut corriger
Enlever tailler couper refaire casser que la fin plaise à Tartempion Que le début soit agréable à Ducon
Foutre aux poèmes des corrections qu’ils chialent un bon coup s’en souviennent
Qu’ils te regardent comme si tu leur faisais peur
Miskin les poèmes comme tout aujourd’hui
Et puis être guerrière et martiale et belliqueuse parler des combats sacrés
Sauf dans la vie bien sûr
In real life tu t’écrases tu lèches ta peine à l’abri des regards
Et tu nettoies derrière
Je
Regarde
Ma vie on dirait l’avant-guerre qui était déjà l’après d’un autre bordel
Les années quarante que je n’ai pas connues
Les fêtes décaties la fièvre des bons mots qui s’empare des foules
On se congratule on moque on se déclare déprimé mais pas dépressif
J’ai envie d’appuyer sur le bouton marche rapide en avant voir
Les fêtes sombrer dans le noir les foules devenues muettes le silence
La terreur soudaine entendre les Si j’avais su
Cesser d’être Cassandre
Ne plus dire je vous l’avais bien dit en pensant je ne l’ai pas assez bien dit
Justement
Je ne trouve pas la paix
Je ne trouve pas la paix
Je ne sais pas où la chercher ni même si elle existe ailleurs que dans mes contorsions
Ces cabrioles de mots ces vieilles grammaires du malheur décaties agitées qui font des phrases
Au Guignol du jardin du Luxembourg quand j’étais petite je me souviens de ma terreur
Il y avait une marionnette qui chaque fois perdait la tête on savait qu’elle allait la perdre
Elle était faite pour cela, son cou s’étirait s’étirait puis sa tête sautait hors du corps
Poupée décapitée je hurlais de peur et je continue à hurler
Le long des sabres qui se soulèvent et des pleutres qui les acceptent en cadeau
En remerciant pour l’honneur qui leur est fait
Je ne trouve pas la paix
Non je ne trouve pas la paix
Juste par instant un répit un moment bref dans un coin du ring sur le tabouret
On me passe une éponge sur le visage et des mains me recousent prestes
Avant que ne sonne le gong pour la reprise pour tituber une fois encore
Les mains brisées sous les gants la bouche qui saigne les yeux qui ne voient plus
Juste un répit le temps que je croie encore à la douceur avant d’oublier
Et que tu me dises que toi et moi ce n’est qu’un intermède une façon de passer le temps
En attendant des amours sérieuses des vraies des qui font rêver et pleurer
Je boxe des fantômes, shadow boxing, jusqu’à l’épuisement, le corps se dérobe
Se défait, s’effiloche, part en fumées en souvenirs s’effondre tombe
Puis repart prendre sa ration de coups dans la gueule et en redemande
Alors la paix
La paix, pourquoi la trouver,
Pourquoi vivre autrement qu’un enfant qui commence un dessin
Puis insatisfait arrache la page et recommence sur une belle page neuve
Le même gribouillis qui soulève le cœur
Je ne me soucie plus d’en être aux dernières pages presque à la couverture
Presque au moment de refermer le cahier
Je marquerai à la place du mot fin
Ceci est recyclable Je recommencerai
Et, de nouveau,
Je ne trouverai pas la paix

 

A.X.

 

 

 

 

 

 

 

 

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07/02/2017

Rencontre avec Jacques Auberger et Alexandre Gain, chercheurs au Centre National de Recherche du Vortex, pour une analyse détaillée de leurs expériences du Vortex

 

 

31/01/2017

Myriam OH

 

MÊME LA PIERRE TREMBLE (PARFOIS)

 

le cœur est un muscle
si on l'entraîne, si on en prend soin
il devient capable de déplacer des montagnes
à la seule force
de ses élans bestiaux
(qu'aucune tête
aussi faite aussi pleine soit-elle
ne saurait dompter)

parfois je pense à ces cœurs
que nous nous sommes taillés dans la pierre
parce que le monde nous pousse
à avoir un temps d'avance
à prendre de la hauteur
ou peut-être du recul
bref à être là
où le cœur ne sait plus vibrer
à être là
je ne sais pas exactement où
mais quelque part
qui n'a rien à voir avec l'ici et le maintenant
où il exulte
parfois je pense à ces cœurs
que nous nous sommes taillés dans la pierre
à force d'user de l'ironie
et d'abuser du second degré
pour ne pas pleurer / rire / gifler / embrasser
parce que nous nous sentions
bien bêtes
avec ce truc au fond de nous
qui griffait qui mordait
parce que nous nous sentions
comme le monde
nous a appris à ne plus savoir
nous sentir

parfois je pense à ces cœurs
de champion d'antan qui battaient la chamade
comme on bat la pâte
on se moquant des crampes
et des cloques
comme on bat le fer
tant qu'il est chaud pareil à cette vie
toujours sur le feu
qui nous brûlait le gosier
qu'on la gardait pourtant en bouche
pour la savourer
comme un fruit sucré qu'on suce
jusqu'au noyau
parfois je pense à ces cœurs
de champion d'antan qui battaient la chamade
comme ils se foutaient
éperdument
de la juste mesure que le monde
s'échine à battre
au rythme du temps qui passe
et éteint le feu
et étanche la soif
et fait tomber la fièvre
parfois je pense à ces cœurs
de champion d'antan qui battaient la chamade
et qui ont battu en retraite

un cœur qui ne bat plus
ce n'est rien
qu'un morceau de bidoche
alors parfois
devant l'étal du boucher
je pense à toutes ces montagnes
que personne n'a bousculées
(et mon cœur frémit)

 

 

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28/01/2017

Alexo Xenidis

 

AMER

Est-ce bien ce que nous sommes
Ces cadavres en lambeaux qui se battent
S’empoignent se jettent
Leurs chairs arrachées à la tête
S’entredévorent en ricanant
S’attroupent autour d’un homme qui se noie
Et lui lancent des injures des bons mots des pierres
Nous embrassons la police
Nous frottons le museau sur ses bottes
En réclamant des hommes forts à notre tête
Pour régner sur les ruines
Est-ce bien ce que nous sommes
Ces chiens terrorisés espérant des lynchages
Qui mordent le premier qui passe à portée de nos crocs
Puis grattons, sur nos cous, la marque de la chaîne

Ne rêvons plus jamais
D’être des hommes

 

 

 

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26/01/2017

Miroslava Rosales

 

« Le gilet pare-balles est nécessaire »
m'a dit un journaliste
Et je ne l'ai pas cru

San Pedro Sula
ville de défaites et d'os accumulés
ville d'ambulances
de cadavres comme des fruits sur le trottoir
ville aux nuits se voulant serpents
ville au bruit recraché par la phtisie

« Ici, m'a dit le journaliste,
on te fait cadeau d'un cercueil
pendant la campagne électorale »

« Quelles tempêtes de pus dissimules-tu dans ton ventre enflammé par tant de cocaïne ? »
ville braise
ville charbon
ville carburant
ville tonnerre
ville glaire
ville cafard
ville massacreuse d'espoir
ville chœur de mutilés
ville plaie
ville poussière
ville urine
ville grouillement de clous
ville chienne enragée
ville millions de joies décapitées
ville fourneau
ville balle tirée par la colère
ville suie
ville avec du calcaire dans les artères
ville boucherie de biches
ville gangrène
orpheline de lune et de miel
orpheline des mélodies et de la douceur de la pêche
orpheline de la brise
qu'est-ce qui pourrait te soulever ?
quels rêves de cloches conserves-tu encore dans tes labyrinthes tatoués ?
quelle main saura trouver la caresse d'un talisman à la place d'un scorpion ?
quels après-midis te couvriront avec la splendeur d'un oiseau multicolore ?

« C'est une ville morte »
m'a dit le journaliste
en éteignant sa cigarette
C'est un cratère duquel on voudrait s'extirper
avec le moins de blessures possibles

« Ça, c'est une énorme fosse commune
qui ne se referme jamais »
m'a dit le journaliste
en continuant à prendre des notes devant les cadavres

 

traduction : Laurent Bouisset

http://fuegodelfuego.blogspot.fr/2016/10/cinq-poemes-de-m...)

 

 

 

 

 

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23/01/2017

"L'autre et la connaissance de soi", par Fabrice Luchini

 

 

 

 

 

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Alexo Xenidis

Sens giratoire

Quelqu’un me demande
Si je ne serais pas perdue
Si je n’ai pas de mal à donner aujourd’hui un sens à ma vie
Comme si je devais dire ma vie deux points et énoncer la définition
Dire, Ma vie c’est ceci cela,
Pas autre chose
Comme si c’était un voyage entre un point a et un point b
Comme si je visitais un pays que je connais déjà
Alors que des vies avec des sens j’en ai déjà tellement
Derrière moi et peut-être autant devant moi
Et qu’elles n’ont pas plus de sens les unes que les autres
Sauf et je n’en suis pas même sûre
Marcher
Avancer
Puisque la joie n’est pas encore au rendez-vous
Et que si elle existe c’est ailleurs
L’aiguille dans la botte de foin

 

 

 

 

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17/01/2017

Jean-Louis Millet

 

 

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L'ami Jlmi
 
qui a illustré un bon nombre de mes livres et de numéros de la revue Nouveaux Délits,
artiste, auteur, chercheur, dénicheur, passionné et engagé dans le processus d'humanité
 

Son site http://zen-evasion.com/

Son Musée improbable http://jlmi94.hautetfort.com/

Voix Dissonantes  http://jlmi.hautetfort.com/

Au hasard de connivences http://jlmi22.hautetfort.com/

 

 et d'autres encore, soyez curieux !

 

 

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30/12/2016

Tribute to Native American tribes - les plus anciennes séquences filmées et enregistrements de musique vintage rares

 

 

Auteur inconnu - Frances Denmore enregistre Mountain Chief, Blackfoot- 1916

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Frances Densmore (May 21, 1867 - June 5, 1957) était une ethnographe et ethnomusicologue américaine, deux divisions d'études de l'anthropologie. Elle a travaillé comme enseignante de musique avec des Natifs Américains dans tout le pays, tout en apprenant, enregistrant et transcrivant leur musique, et compilant des informations sur son usage dans leur culture. Elle a aidé à préservé cette culture à une époque où la politique du gouvernent était d'encourager les Natifs Américains à adopter les coutumes occidentales. Elle commença à enregistrer de la musique officiellement pour le Smithsonian Institution's Bureau of American Ethnology (BAE) en 1907. En plus de cinquante ans d'études et de préservation de la musique amérindienne américaine, elle a collecté des milliers d'enregistrements. de nombreux enregistrements qu'elle a faits sont conservés à la Library of Congress. Alors que les enregistrements originaux étaient souvent sur des cylindres de cire, un bon nombre d'entre eux ont été reproduits sur d'autres média et inclus dans d'autres archives. Elle est morte en 1957 à l'âge de 90 ans. 

 

Frances Densmore with American Indians outside of a tipi, 1900.jpg

 Frances Densmore with American Indians outside of a tipi, 1900

 

 

 

 

 

 

14:51 Publié dans RESONNANCE | Lien permanent | Commentaires (0)

Aaron Huey - La vraie histoire des prisonniers de guerre indigènes des Etats-Unis

 

L'effort d'Aaron Huey pour photographier la pauvreté en Amérique l'a conduit dans la réserve indienne de Pine Ridge, où la lutte du peuple indigène Lakota — ignorée malgré la situation effroyable — l'a forcé à ré-orienter son travail. Dix ans plus tard, ses photos obsédantes s'entremêlent avec une leçon d'histoire choquante (la vraie histoire) dans cette allocution à TEDxDU.

 

 

Honor the Treaties, un documentaire d'Eric Becker (2012)