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14/08/2019

Patti Smith : « Evitez tout ce qui pourrait faire de vous des esclaves ! » - 2016

 

L’artiste américaine publie son deuxième livre : « M Train ». A 70 ans, après avoir survécu à plusieurs maladies, Patti Smith se confie : « Il est temps que je me confronte à ma propre chronologie. »

Propos recueillis par Annick Cojean  Publié le 15 avril 2016 à 17h45 - Mis à jour le 17 avril 2016 à 08h29

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Patti Smith. RICHARD DUMAS POUR "LE MONDE"

 


Je ne serais pas arrivée là si…

S’il n’y avait eu la détermination de ma mère à me mettre au monde et me maintenir en vie. J’étais tellement malade ! C’était en 1946, et on ne savait pas alors soigner l’infection broncho-pulmonaire avec laquelle je suis née. Les médecins ignoraient si je pourrais survivre et mon père, me tenant dans ses bras, a passé des heures et des heures dans la vapeur d’une baignoire afin que je puisse respirer. Il m’a sauvé la vie. C’est donc avec un immense sentiment de gratitude que j’ai entamé ma vie et s’il n’y avait eu d’autres raisons, la volonté de remercier mes parents aurait été suffisante pour me donner la rage de vivre. Je n’ai donc jamais fait de choses stupides qui puissent me mettre en danger, ni connu le moindre problème avec l’alcool ou la drogue. Au contraire ! J’ai toujours fait de mon mieux pour préserver cette vie si précieuse qu’ils m’avaient donnée. Et c’est encore le cas.

Votre génération a affronté beaucoup de périls, vos amis ont été décimés.

C’est vrai. J’ai perdu plein de jeunes amis au Vietnam. Beaucoup ont aussi succombé à la drogue, au sida. Et puis il y a eu le cancer… Mon petit bateau a affronté des mers houleuses que j’ai eu une chance folle de pouvoir négocier. Je suis toujours là.

Chance ? Force ? Volonté ?

Enthousiasme forcené pour la vie, les gens, la nature, les plantes, les arbres, les fleurs sauvages, les voyages. Et plus que tout, appétit insatiable pour le travail des autres. Vous n’avez pas idée de l’importance qu’ont eue les livres dans mon enfance. Je ne pensais qu’à ça : un nouveau livre ! Vite un nouveau livre ! Pinocchio, Peter Pan, Alice au pays des merveilles, Le magicien d’Oz, Les quatre filles du docteur March, des intrigues, des romans policiers, et au fur et à mesure que j’ai grandi, un flux sans fin d’ouvrages plus merveilleux les uns que les autres. Ils m’ont propulsée dans la vie. Et puis il a évidemment tout le reste : le rock and roll, l’opéra, la peinture, la photographie, le cinéma, Godard, Bresson, Kurosawa, Jackson Pollock et Sylvia Plath… Tout le génie de l’esprit humain. Toutes ces œuvres à découvrir qui me rendent heureuse d’être en vie et me donnent l’envie de poursuivre mon propre travail.


Plusieurs deuils vous ont terrassée. Où avez-vous trouvé l’énergie de vous redresser et l’envie de créer à nouveau ?

Après la mort de Fred, mon mari, suivie un mois plus tard de celle de Todd, mon frère bien aimé, j’ai été anéantie, physiquement, émotionnellement. Je ne pouvais plus rien faire, mais je savais que le désir et l’élan créatifs, bien qu’anémiés, étaient encore vivants. J’ai commencé à faire des Polaroids. C’était simple et immédiat. Et si la photo était bonne, je me sentais valorisée. Pendant plusieurs mois, j’en ai pris une à deux par jour. Une seule le plus souvent. Et ces photos ont contribué à mon salut. Ma première responsabilité était bien sûr de m’occuper de mes enfants et je n’avais guère la force de faire beaucoup plus. Mais ces photos furent de petits pas pour reconstruire mon énergie et me donner le courage de réaliser le disque que j’avais initialement prévu de faire avec Fred. En hommage. Des amis m’ont beaucoup aidée à me remettre sur pied. Mais j’aime tellement travailler !

Malgré cette énergie, intacte, il émane de vos poèmes et de vos livres une grande mélancolie.

Lorsque j’ai écrit M Train, je souffrais d’un malaise diffus que je ne parvenais pas à identifier. J’affrontais l’absence bien sûr, et une succession de deuils difficiles qui m’avaient fait perdre la joie. Mais ce n’était pas que cela. C’est vers la fin du livre que j’ai compris l’origine de ce malaise persistant. Mon âge ! Mon âge me rattrapait ! 67 ans à l’époque. Et bientôt 70. Oui, j’avais franchi une ligne. Et oui, je vieillissais ! Il était temps que je me confronte à ma propre chronologie. Temps que j’envisage le temps limité qu’il me restait sur cette planète pour voir mes enfants et réaliser tous les projets que j’avais en tête. Jamais je n’avais encore pensé à cela. J’ai toujours été insouciante de mon âge et de mon apparence. Puérile. Mais la froideur de la chronologie s’imposait brutalement. J’ai fini par accepter cette réalité, ou du moins me réconcilier avec elle. Et maintenant que j’ai identifié la racine de ce qui me rongeait, je me sens beaucoup mieux.

Comment peut-on pallier l’absence ?

J’ai appris que lorsqu’on perd des êtres aimés, l’amour qu’on a partagé avec eux ne meurt pas. L’amour ne meurt pas ! Votre mère peut mourir mais ça n’interrompt nullement son amour à votre égard. Il est là, il est en vous ! Il faut vous accrocher à cela. En écrivant mon livre, je sentais une chaleur qui envahissait mon cœur et j’ai compris que c’était l’amour de mon frère. Il aidait à raviver la petite flamme vacillante à l’intérieur de moi. Et je fais tout pour qu’elle ne s’éteigne pas. Parce que l’amour est autour de moi. Celui de mon père, de ma mère, de Robert Mapplethorpe, de mon mari, de mes chiens. Je suis peut-être seule, à ce stade de ma vie, en termes de compagnon, mais je ne suis pas sans amour ! Et le fait de pouvoir écrire et de sonder ma tristesse infinie, me permet de la retourner et de découvrir son pendant qui est la joie. Je n’écris pas intentionnellement une célébration de la vie. Mais le seul fait de travailler sur des impulsions créatrices prouve que la vie est là. Ardente.

Avez-vous l’impression de travailler sous le regard de vos disparus ?

C’est un sujet si délicat ! J’essaie de ne pas édicter de règle ou de dire quoi que ce soit de définitif là-dessus. Mais c’est vrai que je peux parfois sentir Robert juste à côté de moi, ou ma mère. Il n’y a pas si longtemps, j’essayais de prendre une photo et je n’y arrivais pas. Mon sujet était là, pourtant. Mais je ne parvenais pas à cadrer. Qu’est-ce qui cloche ? me disais-je, agacée. Et soudain j’ai senti la présence de Robert : « Bouge un peu, à gauche, là, un peu plus haut. » J’ai fait : « Ok. Oui, bien sûr. » Et c’était bon… Parfois, quand les choses se passent vraiment bien pour moi, presque trop bien, quand j’ai l’impression de sauter de pierre en pierre au-dessus du gué sans tomber dans l’eau, je me dis : « Tiens, c’est ma mère qui m’aide ». Ou quelqu’un d’autre. Et je sais qu’il arrive que William Burroughs ou mon mari marche avec moi. Ou moi avec eux. Mais c’est quelque chose de fragile, qui se dissipe rapidement si vous vous approchez de trop près. En tout cas, je crois dans ces choses. Je ne veux rien exclure.

Encore faut-il être attentif ?

On ne maîtrise rien. J’étais auprès de mon grand ami Allen Ginsberg quand il est mort. Et il y a eu quelques bouddhistes pour dire : « C’était sûrement un mauvais bouddhiste car il ne part pas ! Il semble vouloir rester ici ! » Et c’est vrai que j’ai pu sentir la présence d’Allen pendant des semaines. Quand Robert est mort, je l’ai senti à mes côtés pendant des mois. Je pouvais être occupée à plier des vêtements, et je le voyais. En revanche, d’autres personnes que j’ai aimées sont parties instantanément, loin, très loin, pfffttt ! Libérées de leurs chagrins ou de leurs souffrances physiques. On ne peut pas leur demander de se manifester, on ne peut que se tenir prêt. « Ce n’est pas que les morts ne parlent pas, disait Pasolini. C’est qu’on a oublié comment les écouter. » J’ai lu cette citation avant même d’être concernée par une perte douloureuse, et ce fut très instructif. C’est comme Jim Morrison qui chantait : « You can’t petition the Lord with prayers. » Il faut faire le vide en soi et attendre. De sentir Dieu en vous. Ou votre mère. Mais on ne peut rien exiger. Juste être ouvert à la visite et se sentir reconnaissant lorsqu’elle se produit. Ce n’est pas très différent de Jeanne d’Arc qui entendait des voix ou de Bernadette de Lourdes recevant la visite de la Dame. Elles ne commandaient rien. Ce n’est ni un tour de magie ni un spectacle de cirque. Ce n’est pas non plus scientifique. Mais c’est le côté poétique de la foi.

Votre famille était extrêmement religieuse ?

Ma mère surtout. Ma sœur Linda l’est encore profondément. Et moi, enfant, j’étais fascinée par l’idée de Dieu. Dès que ma mère m’en a parlé, à l’âge de 2 ou 3 ans, j’ai adoré ce concept. Cela signifiait qu’il y avait quelque chose de plus grand que nous vers lequel pouvait flotter notre imagination et à qui nous pouvions parler. Et puis à mesure que j’ai vieilli, la religion avec son carcan de règles et d’intermédiaires entre Dieu et nous m’est devenue insupportable. Quelle tyrannie ! Je n’ai pas perdu de vue Dieu ou Jésus, mais j’ai abandonné la religion et ses règles qui me rendaient claustrophobe.

Quelle a été la plus grande chance de votre vie ?

D’avoir survécu à tant de maladies. Je ne peux pas vous dire le nombre de fois où ma mère a pleuré devant un médecin qui lui prédisait que je ne survivrais pas. Mais ce n’était pas que de la chance. Je voulais tellement vivre ! Et puis j’ai bien sûr eu le privilège de rencontrer Mapplethorpe à 20 ans et toute une série de gens merveilleux : Ginsberg, Burroughs, Corso, Sheppard… Mais peut-on parler uniquement de chance ? Car rien n’a été facile vous savez, rien ne m’a été offert sur un plateau. J’étais maigrichonne, ingrate, j’avais une vilaine peau, les gens se moquaient de moi. La vie aurait pu être très différente si je n’avais été une grande travailleuse et si je n’avais bossé toute ma vie. Avec cette conviction, acquise très jeune, que mon destin serait lié à l’art et que je serais un jour écrivain. Je l’ai désiré dès l’âge de 8 ou 10 ans. C’est peut-être ça ma plus grande chance.

D’où vous venait cette conviction que l’art était la chose la plus importante de la vie ?

C’est ce qui m’interpellait ! J’ai grandi dans ces années 50 où les gens, sortant de la guerre, et avec un conformisme inouï, croyaient embrasser la modernité en rêvant de maisons standards, de vêtements en polyester et d’objets tout neufs, de préférence en plastique. Tout ce que je détestais ! J’avais la tête plongée dans les photos de Julia Margaret Cameron et de Lewis Carroll, je rêvais de l’accoutrement des poètes du 19ème siècle, j’adorais les tasses en porcelaine anglaise dont les gens se débarrassaient dans les marchés aux puces et je me jetais sur leurs vieux livres dont ils préféraient lire un condensé dans le Reader Digest. Ce monde était évidemment dominé par les hommes, et les filles, maquillées et choucroutées selon des règles précises, ne pouvaient espérer devenir autre chose que secrétaires, cuisinières, coiffeuses ou mères. Insupportable pour moi ! Avec mes longues tresses, mes chemises de flanelle rouge et mes salopettes, je rêvais d’autre chose. Jo March écrivant son livre m’avait bouleversée, et puis Frida Kahlo, Marie Curie… Quelle bouffée d’air frais lorsque j’ai débarqué à New York en 1967. Quelle possibilité de se réinventer ou simplement d’être enfin soi-même !

Comment expliquez-vous que tant de jeunes gens de 20 ans suivent vos apparitions dans les concerts ou les librairies et vous considèrent comme une icône ?

Je me sens privilégiée car ils m’apportent leur énergie et peut-être se reconnaissent-ils un peu en moi ? Vous savez, quand j’ai fait mon album Horses en 1975, c’était à destination de tous ceux qui, comme moi, étaient un peu des moutons noirs, totalement en marge, et persuadés d’être seuls. J’ai fait Horses pour leur faire savoir que quelqu’un parlait leur langue. Et qu’il faut avoir le courage d’être soi. Mais le chemin que je propose n’est pas le plus facile ! La chanson My blakean year dit : « One road was paved in gold and one road was just a road. » Eh bien c’est le second que j’ai choisi, un chemin de dur labeur, un chemin de sacrifices. Mais un chemin plein de gratifications car suivre sa pulsion créative et aller au bout de ses rêves débouchent sur de la joie.

Vous leur parlez à ces jeunes ? Vous vous sentez une responsabilité à leur égard ?

Allons ! Ils expérimenteront par eux-mêmes les surprises que réserve la vie et ils apprendront de leurs propres erreurs. C’est ainsi qu’on grandit. Quand ils me demandent : « Patti, qu’est-ce qu’on devrait faire ? » mon message est modeste : « Lavez-vous les dents ! » Cela veut dire : prenez soin de vous-mêmes ! Soyez aussi sains que possible. Evitez les vices et tout ce qui pourrait faire de vous des esclaves ! C’est quelque chose que j’ai décidé très jeune en voyant ma mère sur le point de s’effondrer lorsqu’elle n’avait plus de cigarettes, elle qui pouvait fumer trois à quatre paquets par jour. J’ai choisi résolument d’être libre et de n’être dépendante de rien. Sauf de l’art peut-être. Ou de l’amour. C’est une philosophie de préservation de soi-même. Le reste…

Comment la jeune Patti Smith fauchée mais pleine d’espoir, vivant dans un squat de New York en 1967, regarderait-elle la star de 70 ans qui signe à Paris un livre chez Gallimard ?

Je crois qu’elle serait heureuse de ce que je suis devenue. Elle regretterait peut-être de me voir aujourd’hui sans boyfriend, mais elle se reconnaîtrait, dans mon travail et dans ma façon d’être. Je ne lui serais pas une étrangère.

Propos recueillis par Annick Cojean


« M Train », traduit de l’anglais par Nicolas Richard, vient de paraître chez Gallimard ; « Glaneurs de rêve » reparaît en Folio

 

 

 

 

10/08/2019

La Capitana d’Elsa Osorio

                   

traduction de l'espagnol (Argentine) par François Gaudry - Métailié 2014


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"Il y a des vies qui sont des romans qu’aucun romancier n’oserait écrire par crainte d’être taxé d’invraisemblance. Mika, la Capitana d’Elsa Osorio, semble avoir eu l’habitude de se trouver à l’épicentre des convulsions qui ont secoué le monde contemporain depuis les années 30.


Mika, Micaela Feldman de Etchebéhère (1902-1992), la Capitana, a réellement vécu en Patagonie, à Paris, à Berlin, en Espagne, elle a tenu toute sa vie des carnets de notes. À partir de ces notes, des rencontres avec les gens qui l’ont connue, des recoupements de l’Histoire, Elsa Osorio transforme ce qui pourrait n’être qu’une biographie en littérature. Mika a appartenu à cette génération qui a toujours lutté pour l’égalité, la justice et la liberté. Elle est allée à Paris avec son mari pour participer au mouvement intellectuel dans les années 30, ils ont fondé la revue Que faire ?. Puis ils sont allés vivre à Berlin dont les ont chassés la montée du nazisme, ainsi que les manipulations du mouvement ouvrier par le stalinisme. Enfin ils sont allés rejoindre les milices du POUM dans la guerre civile en Espagne.


Dans des circonstances dramatiques, elle, qui ne sait rien des armes et des stratégies militaires, se retrouve à la tête d’une milice. Son charisme, son intelligence des autres, sa façon de prendre les bonnes décisions la rendent indispensable et ce sont les miliciens eux-mêmes qui la nomment capitaine. Poursuivie par les fascistes, persécutée par les staliniens, harcelée par un agent de la Guépéou, emprisonnée, elle sera sauvée par les hommes qu’elle a commandés. Elle a fini sa vie d’inlassable militante à Paris en 1992. Elsa Osorio, portée par ce personnage hors du commun, écrit un roman d’amour passionné et une quête intellectuelle exigeante en mettant en œuvre tout son savoir faire littéraire pour combler les trous de l’Histoire."

 

 

 

 

24/07/2019

Pénélope Corps - Avec les pierres avec les pieds

 

 

 

 

19/07/2019

Jg Tartar(e)

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Jg Tartar(e)

 

 

- TARTAR(E), A QUOI TU PENSES ?


- Vite dit ? Aux chants du monde, aux drapeaux de prières tibétains, aux talismans gravés d’incantations : abraxas, ostracas, phylactères et autres pierres que les ancêtres glissaient entre les mâchoires des morts. On les appelle Loungta, ces drapeaux flottant sur les temples de l'Himalaya où les analphabètes passent courbés sous l'étagère de livres saints, où l'étudiant nettoie sa tablette d’écriture puis boit l’eau mêlée d’encre pour que les sons sacrés ne subissent pas l’outrage de l’égout, son maître a le corps tatoué du nom de son dieu répété 108 fois. Je pense aux Dogons, aux signes qu’ils dessinent sur le sol et qu’un renard transformera en récit divinatoire, je pense à l'Australie, au shaman assis en tailleur qui chante l’univers en lisant les veinures d’une pierre affleurante tandis qu’à Bora Bora, un Ariori enseigne l'astronomie à grand renfort de coquillages.

Je pense au cosmos tapi dans la lettre, fœtus lové dans le signe, et je m’interroge : le vent, le chant, la lettre, l’encre boisson, l’homme livre, le renard devin, le signe noir et son homonyme blanc. Le signe... le son « signe », le mot « signe » et son anagramme, « singe », je m’interroge sur la copulation des signes et la peau de banane sémiologique, je pense à cette famille amérindienne scalpant un typographe yankee pour lui piquer son matériel et inventer une nouvelle écriture, les mouches tournent autour du cadavre, combien d’alphabets sont morts, combien de fois la violence accoucha-t-elle de sublime dans les tempêtes de l’Histoire ? On s’en fout, comme dit Bruno, 20 ans : « chaque question est une apocalypse ». 
« Qui est lettré ? » demande Gengis Kahn aux vaincus de Samarcande. « Moi, je prends des cours » répond opportunément un malin qui craint la décapitation promise aux analphabètes... 
Me trouver face à un objet sans nom me rend perplexe, mais me trouver face à une définition sans nom, me rend fou ; qu’un seul mot m’échappe et je m’acharne, je veux tous les mots, tous les outils de la langue, les mots clefs, les mots à molette, les mots de serrage, à pipe, le mot de 13, mots crocodile, les mots dynamométriques, à griffes, à douille ou à mâchoires dentées. 
A mesure que se remplit ma boîte à mot, que s’équipe mon atelier de mocanique, mon fictionnaire, je trouve ça et là des brimborions, des machins inutiles mais que j’aime bien, j’ai trouvé "philtrum" et là... Je ne sais pas où il est, le nom de la chute de reins, j’ai trouvé sérendipité, périzonium et hapax, ça y est, la lordose, la chute des reins, c’est la lordose, et la taroupe qui buissonne sur la glabelle...

« Je suis épuisé » dit le grand lettré Littré ayant achevé son dictionnaire, épuisé d’avoir rameuté les mots, le troupeau est au complet. Oui... mais il manque pour nourrir son vertige d’autiste, de Noé sauvant les ani-mots, il manque les mots exotiques, 7000 langues, 100 000 mots par langue, 700 millions de mots, soit 1 milliard avec les mots disparus des langues connues, les mots des langues disparues, inconnues et inventées, novlangues pérennes, néologismes éphémères, protolangues évanouies, idiolectes secrets bavardages de aras, argots et jargons. Le dictionnaire universel pèsera 3 tonnes de papier, soit 60 000 arbres, un bois carré de 244 mètres de côté, 6 hectares de peupliers de 10 ans plus une étagère de 180 mètres linéaires soit deux sapins que l’on aura eu soin de planter à distance des peupliers pour leur éviter un stress acide. A raison d’un mot par minute, huit heures par jour, il faut mille ans pour achever cet ouvrage de 60 000 volumes et plus d’un siècle pour le lire, sans les citations qui pour faire complet ce dictionnaire devront être exhaustives, en rapportant tout ce que les hommes ont dit depuis qu’ils disent. Or chaque homme prononce 150 millions de mots dans sa vie. Multiplié par 14 milliards en ajoutant les morts, cela fait, soustraits les muets, les chartreux et autres profanateurs de boucan : à 15 mots par citation cela fait 15 fois 10 puissance 17 citations, divisé par 10 puissance 5 mots : 1500 milliards de citations par mot ce qui est excessif, on en conviendra, dommage que les hommes ne pratiquent pas l’antelogosheptagyrolingus, nom masculin, néologisme signifiant « tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler ». Ne nous laissons pas impressionner par ces nombres faramineux, l’infini est encore loin et une approximation nous révèle que ce qu’a dit l’humanité à raison de 3 postillons par mot remplirait à peine un volume de 1000 mètres cube, soit l’équivalent d’une mare de salive que j’imagine peuplée de rainettes en symposium, séminaire, colloque, coloc, coloc, coloc, batraciens suppliant l’homme, leur gargouille, de remplir leur mare de grenouille : coloc, coloc, parle, bavarde, babille, bavasse, bagoule, fais-en des tonnes, enfume embrouille endort étonne, cause débat discours jacte conférence, meuble le silence, clame réclame acclame déclame blâme, slame enflamme l’âme, roucoule chantre libéral, cigale du capital. Théorise rhétorise terrorise rhéteur retors, rétorque pied à pied, en prose ou vers à pieds. Harangue tribun, invective, parlemente, qu’importe pourvu que tu mentes ! Foudre d’éloquence et trait d’esprit, logorrhée loquace, boutade la répartie, patrocine ratiocine, sois épique et pique et calligramme, pointe parole et loquèle l’épigramme ! Coasse, sermonne, apologise en éloge volubile, faconde abstruse et verve féconde, scande scalde logographe aède abscons, laïus prolixe, verbum parnasse versificato logos, amen... ta fraise !

« Tu te souviendras et tu n’en finiras pas de raconter », tel est le sens du mot hébreu zakkor.

Mémoire et narration, zakkor, d’accord, je suis là, chauffé par une colère contre les CMPS, les couilles molles de la pulsion sécuritaire, vigiles qui m’ont brisé la mâchoire dans un festival de poésie. Il me fallait des mots contre ces vigiles, ces cerbères qui confient l’éthique aux chiens, des pierres contre leurs caméras de surveillance mais on ne dit plus caméra de surveillance, on dit caméra de protection et bientôt on dira caméra de survie, ce sera comme au Chili sous Pinochet, mais on ne dit plus Pinochet, on dit « sextoy ». Sextoy, c’est un xénisme, synonyme de pérégrinisme, signifiant « mot qui voyage », exemples : « dollar », « dealer », « harakiri » ou « Samlekhana », suicide par inanition, mot qui m’est tombé dessus à Sravanabelagola, Etat du Karnataka, en Inde, auprès d’un ascète mourant.

Assis en tailleur, n’ayant rien mangé depuis des semaines, il approche son visage du mien et parle : chaos de langue, humections, sussions de joues creuses, dentition en ruine, salivation brune, une haleine d’épouvante, exhalation de charnier, cliquetis, mâchouillage, mâchonnage de berblication, il ouvre, cale, aspire, renifle et crache !

Il... parle, mû par quelque urgence, en trahison de silence, en contorsion de langue qui bondit, colle au palais, racle une gencive, replace une dent et disparaît dans la béance de sa gorge où je m’engouffre, et je suis tout entier là-dedans, dans l’ahurissant slam de l’âme, d’où je m’arrache pour aussitôt me fracasser dans son regard de cobra millénaire. Œil pâle, étang de douceur… Bulle d’éternité. Mort. J’observe cela... Cette dépouille, me voici face à une définition... me manque le mot. C’est Shankar, l’épicier du village qui me l’a offert : Samlekhana, et depuis ce mot m’accompagne, il voyage jusqu’en cet instant, dans mon Zakkor qui se vide malgré moi, dans le non agir, Wu Wei disent les chinois, encore un pérégrinisme que je chevauche, comme la devise d’un FDM fouteur de merde ou, si vous préférez « fauteur de mésintelligence » qui se bat les couilles de toute préciosité, atticisme, artistisme, gongorisme, maniérisme, marinisme, mignardise, pétrarquisme et autres pindarisme cavalcadour.

Ainsi je définis les mots, je confesse que « définir » m'est le mot le plus précieux puisque je l’entends comme dé-finir, libérer un mot de sa fin, entendue comme but de l’auteur précipitant la fin du mot.

Je libère les mots de leur page, de leur cage. Page et cage étant voisins, j’appris par hasard qu’ils étaient paronymes, et je me mis à collectionner ces jumeaux : ataraxie/ataxie, sondage/bondage, chresmologie/chrestomathie, conjoncture/conjecture, escapologie/eschatologie, florilège/sortilège, idiologie/idéologie, périœcien/ périscien, copuler/poculer, subvention/subversion et puis je trouvai ces triplés : chéromanie, chiromanie et chironomie qui signifient masturbation, conduite d’un orchestre et gaité excessive, j’ai oublié dans quel ordre. 
Lautréamont me souffle : récolte et révolte. 
Me croirez-vous si je vous dis que mon ordinateur corrige automatiquement « chants de Maldoror en « chants de Marlboro » ?

Faut-il que je change d’ordinateur ou de siècle ? Peut-être de pays, ce qui est mon lot : errer en gyrovague.

Gyrovague : nom masculin, sorte de clochard céleste, nomade qui préfère donner de la paille au cheval que du blé au notaire. Le gyrovague a pour ancêtres le moine Chan, l’orphéotéleste grec, le yogin tibétain, le tantriste indien friand d’impureté anti sociale, le goliard, moine défroqué protestataire et libertin. Parmi ces musards des siècles et autres pérégrins de la planète, on rencontre encore l’Ariori tahitien, le rishi de purana dravidien, le baguenaudeur Baul, le bellure de hudhud, le griot niamakala guinéen, le flâneur de Namsandang Nori, le punake de lakalaka, le Babalawo Ifa, le griot burkinabé, le lybon massaï, le asik tatar, le saltigué Sérère et la folle de Toulouse ; tous trôleurs, galfâtres et frelampiers plus ou moins oracles métaphrastes, ovates parémiologues ou chrysologues déipnosophes comme le iourodivy yacoute tolstoïen tous aux semelles de vent comme le gymnosophiste, ascète jaïn, qui vagabonde nu...
destination le silence.

 

Jg T.

 

 

 

  

  

 

  

  

  

15/07/2019

HF Thiéfaine

Annihilation


Qu'en est-il de ces heures troubles et désabusées
Où les dieux impuissants fixent l’humanité ?
Où les diet-nazis s'installent au Pentagone
Où Marilyn revêt son treillis d'Antigone ?
On n'en finit jamais d’écrire la même chanson
Avec les mêmes discours les mêmes connotations
On n'en finit jamais de rejouer Guignol
Chez les Torquemada chez les Savonarole
 
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes ?
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête ?
 
Lassé de grimacer sur l'écran des vigiles
Je revisite l'Enfer de Dante et de Virgile
Je chante des cantiques mécaniques et barbares
A des poupées Barbie barbouillées de brouillard
C'est l'heure où les esprits dansent le pogo nuptial
L'heure où les vieux kapos changent ma pile corticale
C'est l'heure où les morts pleurent sous leur dalle de
granit
Lorsque leur double astral percute un satellite
 
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes ?
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête ?
 
Crucifixion avec la Vierge et dix-sept saints
Fra Angelico met des larmes dans mon vin
La piété phagocyte mes prières et mes gammes
Quand les tarots s'enflamment sur la treizième lame
On meurt tous de stupeur et de bonheur tragique
Au cœur de nos centrales de rêves analgésiques
On joue les trapézistes de l'antimatière
Cherchant des étoiles noires au fond de nos déserts
 
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes ?
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête ?
 
Je dérègle mes sens et j'affûte ma schizo
Vous est un autre je et j'aime jouer mélo
Anéantissement tranquille et délicieux
Dans un décor d'absinthe aux tableaux véroleux
Memento remember je tremble et me souviens
Des moments familiers des labos clandestins
Où le vieil alchimiste me répétait tout bas:
«Si tu veux pas noircir, tu ne blanchiras pas»
 
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes ?
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête ?
 
Je calcule mes efforts et mesure la distance
Qui me reste à blêmir avant ma transhumance
Je fais des inventaires dans mon Pandémonium
Cerveau sous cellophane cœur dans l'aluminium
J'écoute la nuit danser derrière les persiennes
Les grillons résonner dans ma mémoire indienne
Et j'attends le zippo du diable pour cramer
La toile d'araignée où mon âme est piégée

Qui donc pourra faire taire les grondements de bête
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes ?
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête ?
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes ?
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête ?
Qui donc ?

 

 

 

21/06/2019

Murièle Modély interprétée par Lionel Mazari

 

Texte : Murièle Modély
Interprétation et improvisation guitare : Lionel Mazari
Photo : Francesca Woodman

 

textes publiés sur le blog de JL Millet "Au hasard des connivences" :

http://auhasarddeconnivences.eklablog.com/l-oeil-la-plume...

 

 

 

 

08/06/2019

Fred Vargas - L'humanité en péril - Virons de bord, toute !

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« Mais bon sang, comment vais-je me sortir de cette tâche insensée ? De cette idée de m’entretenir avec vous de l’avenir du monde vivant ? Alors que je sais très bien que vous auriez préféré que je vous livre un roman policier. 
Il y a dix ans, j’avais publié un très court texte sur l ’écologie. Et quand on m’a prévenue qu’il serait lu à l’inauguration de la COP 24, c’est alors que j’ai conçu un projet de la même eau, un peu plus long, sur l’avenir de la Terre, du monde vivant, de l’Humanité.
Rien que ça. »

Ce livre, qui explore l’avenir de la planète et du monde vivant, souhaite mettre fin à la « désinformation dont nous sommes victimes » et enrayer le processus actuel.

 

parution le 1er mai 2019, 256 pages.

 

 

 

 

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29/05/2019

Douces et reconnaissantes pensées pour Jean-Pierre Hanniet

C'est en recevant le dernier numéro des Adex, ce journal poético-artistique du Pays de Valois dont il était avec son épouse fondateur, que j'apprends un peu tard que tous deux sont partis à quatre mois d'intervalle : Carole Harding-Hanniet en octobre 2018 et Jean-Pierre, le 8 février dernier. Je savais pour ce dernier que la santé était devenue fragile mais il y a pourtant des personnes qui sont tellement vivantes, qui mettent tellement en valeur ce mot 'vie", qu'on ne pense pas que cela puisse s'arrêter un jour. Jean-Pierre avec qui j'ai eu l'occasion d'échanger suffisamment pour voir en lui un grand homme, était un fervent soutien de ma revue Nouveaux Délits et de mon écriture par ailleurs, un soutien fidèle et discret. Nul doute que son voyage continue et que sa bonté continue à œuvrer, car rien ne se perd, tout se transforme et j'aime à croire que le meilleur de nous-mêmes est justement notre part d'immortalité.

Merci Jean-Pierre de tout cœur !

 

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Jean-Pierre HANNIET, né en 1937, élève de l’Ecole Normale d’Instituteurs de Beauvais, fera sa carrière d’instit dans le Valois. Il y animera diverses associations culturelles, une revue de poésie “Banderille” avant de se consacrer à une vie politique militante. Elu Conseiller général de l’Oise en 1970, il exercera des fonctions électives diverses vingt cinq ans durant et initiera des ouvrages scolaires consacrés à l’éducation civique, publiés chez Bordas. Il fonde en 1995 Les Adex.

Collections Tempoèmes :
« Les poélitiques » – © Les Adex 2006
« Sillages » – © Les Adex 2003
« De haut et de travers » – © Les Adex 1997
« Au fil de mes temps » – © Les Adex 1997

Collections Graphipoèmes :
« Couleur Safran » — Les Adex 2008
« Paroles Bleues » — Les Adex 2001
« Saisons de platanes II » — Les Adex 2001
« Saisons de platanes » — Les Adex 1999 (épuisé)

Associé à Lucas-Faytre dans la séries Les carnets qui rêvent : « Nus à la Grande Chaumière » – © ADAGP 2012

http://www.lesadex.com/

 

 

 

24/05/2019

Le cueilleur d'arbres de Steven Artels (2009)

 

Si vous êtiez à la vallée de Joux et que vous vous baladiez dans la forêt du Risoud, il se pouvait bien que vous tombiez nez à nez avec un véritable troll, un personnage fantastique aux mains de géant et aux yeux d'enfant. Cet homme de 80 ans qui grimpait encore aux arbres comme un écureuil s'appelle Lorenzo Pellegrini. Bûcheron à la retraite depuis 15 ans, il continuait à arpenter quotidiennement les bois pour s'occuper de ses compagnons de toujours : les arbres. Des milliers d'arbres avec lesquels il avait tissé une relation si intime qu'elle semblait magique... Steven Artels avait rencontré le cueilleur d'arbres pour nous faire partager son univers empreint de poésie.

Le retraité savait comment parler aux arbres, il les enlaçait et leur parlait presque avec les yeux. Ses journées étaient consacrées à dénicher les «bois de résonance», ces épicéas rouges aux propriétés si recherchées par les luthiers et fabricants de guitares. Les arbres devaient être droits, répondre au toucher: il n’y en aurait qu’un sur dix mille. L’homme du Brassus s’en est finalement allé dans sa 85e année, sans doute pour vérifier si les épicéas du paradis étaient bien entretenus.

Il devait sa silhouette voûtée et ses incroyables mains à toute une vie passée dans les bois. Lorenzo Pellegrini est né dans une famille pauvre de Lombardie, au milieu de onze frères et sœurs. Il est placé dans une famille à l’âge de sept ans, et envoyé faire la saison dans les bois des Abruzzes. Le travail se fait à la hache, les mulets sont rares et le premier village à cinq heures de marche. Mais ses racines, il les prendra en arrivant à La Vallée dans les années 50, découvrant les épicéas quatre fois centenaires du Risoux qu’il entend jardiner et transmettre aux générations futures. «Il parlait peu, mais il a transmis beaucoup à ceux qui ont eu la chance de l’accompagner dans les bois, raconte le luthier Jeanmichel Capt. Il nous laisse ses coins à épicéas, mais nous a surtout appris à ne pas regarder seulement la réalité, aussi les informations non objectives de cette forêt.»

 

Lorenzo Pellegrini est décédé en 2014 à l'âge de 84 ans.

 

 

 

 

22/05/2019

Mon programme de chef...

 

Je viens de retrouver ce document qui date apparemment de l’an dernier, une liste non exhaustive d’idées que j’avais rassemblées dans ce fichier nommé - pour rigoler, parce qu’il faut rigoler hein aussi !! - : mon programme de chef.

Et donc, depuis il y a eu pas mal de choses qui se sont passées et ces élections européennes qui déboulent comme un ouistiti dans un container de bananes…. Alors bon, ça ne va pas changer la face (de cul) du monde mais pourquoi pas le partager finalement ce programme de (c’est moi l’) chef ? Il ne va pas servir à grand chose de toute façon sur mon disque dur qui s’en tape les algorithmes, alors allez, je le livre au vent virtuel, aux lecteurs éventuels, à la poussière du temps et à tous les ouistitis.

 

Allez c’est parti, voilà mon programme :

L’écologie, le social, la santé et l’éducation doivent être la priorité indépendamment de tout intérêt économique et privé et toute l’économie doit se réadapter en fonction, car ces quatre domaines doivent être considérés comme un tout et tous les moyens doivent être mis pour que cela se fasse sans que personne ne soit spolié ou mis en graves difficultés.

Interdiction totale des pesticides et autres produits toxiques (si on ne peut pas faire autrement et bien… on ne fait pas !) et favoriser clairement la transition écologique des agriculteurs et éleveurs, beaucoup moins d’élevage mais avec plus de qualité. D’un point de vue général, nous devrions passer à un régime de moins en moins carné, une fois par semaine, puis par mois, en multipliant les autres sources de protéines ; pareil pour le poisson, il faut absolument limiter la consommation et interdire la pêche industrielle, électrique etc., revenir à une pêche exclusivement artisanale et de saison, cela veut dire revoir entièrement notre façon de manger, mais c’est incontournable, moins de quantité, plus de qualité et moins d’emballages. De plus, le gaspillage des ressources, quelles qu'elles soient, n’est absolument plus envisageable, ceci est une priorité.

Le zéro déchet doit aussi devenir une priorité et ça passe par un changement d’habitudes au niveau individuel mais aussi et surtout au niveau des entreprises, favoriser les surfaces qui proposent du vrac comme c’est déjà le cas en bio, les circuits courts, directs, la relocalisation.

Soutien très appuyé à la production locale et à l'autonomie alimentaire par département, régions etc. et aux pratiques paysannes bio, à la permaculture, aux forêts comestibles etc. Revenir à une forme d’agriculture plus familiale, plus diversifiée et moins intensive, faciliter l’implantation des jeunes paysans qui veulent travailler en ce sens. Conversion à court ou moyen terme obligatoire pour les autres avec aide et accompagnement. Personne ne doit être laissé sur le carreau, au contraire, mais il faut accepter de changer de façon de faire et de penser. Et bien-sûr on doit arrêter de bétonner les terres et au contraire, faire des jardins partout, tout en laissant aussi des friches sauvages pour favoriser la biodiversité. On arrête aussi les jardins en ordre, les pelouses rasées, ce genre de pratiques dépassées.

Soutien aux métiers de l'artisanat et aux savoir-faire pour reconstruire un tissu social local, revivifier les centres-villes et les zones rurales.

Faire du « penser global, agir local » un leitmotiv éthique primordial.

Alléger au maximum la lourdeur administrative qui bloque les initiatives originales, permettre aux expériences alternatives de faire leurs preuves dans le temps. Plus de liberté, plus de confiance dans ce domaine.

Une lutte radicale et efficace contre l'évasion fiscale, la corruption et les caillots financiers, que tout lobbying qui ne peux pas prouver qu’il défend une cause éthique et bénéfique pour toute la population et l’environnement soit simplement interdit et du coup on n’aura plus besoin d’appeler ça du lobbying. Et gaffe au greenwashing !

Un soutien et une protection sans faille pour les lanceurs d’alertes, mieux encore : les encourager.

Que le brevetage du vivant soit impossible, que la spéculation disparaisse complètement (qu’on ferme les Bourses !), de même que la publicité à grande échelle : si on applique l’ensemble de ce programme, elles ne seront de toutes façons plus nécessaires.

Revoir entièrement le système économique basé sur l'actionnariat, que les entreprises ne puissent plus grossir à partir d’un certain point pour favoriser un partage plus équitable, de même pour les salaires, tout doit rester à taille humaine, être au maximum localisé et permettre ainsi de véritables échanges entre les personnes, les régions, les populations, les pays… La question de l’argent et de la monnaie doit de toute façon être mise sur la table partout et discutée.

Que le respect du vivant sous toutes ses formes soit enseigné dès le plus jeune âge et respecté par les entreprises sans écart ou magouille possible.

Favoriser un changement global de vie vers une décroissance qui permette à chacun de vivre dignement mais simplement, pour que tout le monde puisse simplement vivre (merci Gandhi). Redonner le pouvoir aux citoyens afin qu’ils apprennent à s’en servir et à le partager équitablement pour le bien de tous.

Que les plus riches reversent — au lieu de planquer leur argent dans des paradis fiscaux et autres montages financiers malhonnêtes — une somme conséquente à la communauté humaine, argent qui sera redistribué de façon transparente et selon les besoins ; une somme qui ne changera rien à leur train de vie démesuré (qui de toute façon décroîtrait naturellement si ce programme était appliqué) mais qui pourra résoudre des problèmes issus des inégalités croissantes : être milliardaire c’est bien (clap, clap, clap) mais sur une planète où des millions d’êtres humains n’ont rien, cela ne peut être toléré que si une partie conséquente de cet argent est systématiquement redistribué aux plus démunis (afin qu'ils ne soient plus des démunis) et pour la protection de l’environnement, parce que c’est tout simplement logique et éthique si on arrête de penser uniquement pour soi. Tout dans la vie est énergie, l’argent aussi est énergie, il doit circuler et irriguer toutes les parties du corps de l’humanité si on ne veut pas que ça explose par endroits et tout le monde sait qu’on ne devient pas milliardaire grâce à la compassion et à une éthique sans faille, il s’agit d’un jeu de casino, souvent cruel, qui doit être régulé par l’éthique et l’empathie, moins de frustration et de misère = moins de violence, plus de bonheur donc plus de richesse… humaine.

Dans la mesure où on continue avec l’argent : un revenu de base universel pour toute personne à partir de 16 ans sans contrepartie, qui sera automatiquement reversé à un fond social commun à partir du moment où cette personne gagne déjà suffisamment d'argent.

Rendre obligatoire une éthique (et tic et tic) sans faille du comportement des entreprises à l'étranger, afin de ne pas aggraver les problèmes qui suscitent de plus en plus de flux migratoires et fermeté sur les transactions avec d’autres entreprises au niveau international, sur le plan de l‘éthique toujours.

Accueillir dignement les migrants mais travailler au maximum sur les causes des migrations non volontaires, afin qu’on puisse parler d’expatriés pour tout le monde….

Soutenir aussi les femmes ou les hommes qui souhaitent rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants, il y en a beaucoup et c’est très honorable, mais elles/ils doivent pouvoir être indépendant(e)s matériellement. Le fait d’élever des enfants dans de bonnes conditions doit être reconnu comme un service rendu à la société et donc bénéficier d’une forme de revenu qui permette ce choix en toute liberté : elles/ils sont parents à temps plein et non pas chômeuses ou chômeurs, cela leur permet de développer aussi des savoir-faire, des compétences, de la créativité, qui pourront déboucher sur des projets par la suite et ne pas faire de ce retrait apparent (mais non réel) de la vie active, un handicap, mais au contraire un plus. La parentalité bien intégrée et bien assumée favorise le développement de tout un tas de compétences qui doivent être prise en compte dans un parcours de vie et être inscrit sur un cv (si on garde la pratique discutable du cv J).

L’allaitement doit être favorisé si une femme souhaite travailler et allaiter, aménagements d’horaires etc. et la possibilité de prendre son bébé avec soi si le métier le permet (métier qui ne mette pas en danger le bébé) et d’allaiter un bébé n’importe où sans que cela ne choque personne. La vraie vie doit être réintégrée aux mieux dans le milieu professionnel et non l’inverse. Pas de retour sur les droits à l’avortement bien évidemment, toute personne doit pouvoir être libre de disposer comme elle l’entend de son corps et d’avoir le look et le genre (et le sexe) qu’elle souhaite qu’elle que soit son activité professionnelle par ailleurs. Sortir du diktat de l’apparence pour s’intéresser plus à l’intériorité des personnes. Leur permettre d’être comme elles se sentent, d’être elles-mêmes ne peut que servir favorablement l’ensemble d’une communauté et cela doit commencer à l’école.

Soutien appuyé à toutes les alternatives et initiatives en tout domaine favorisant l'économie solidaire et locale, la protection de l'environnement, du vivant, la culture, l’artisanat, la création, l'éducation, le rapport au corps, à la sexualité, à la différence et donner aux associations qui travaillent sur le terrain les moyens d'agir pleinement.

Intégrer et développer dans tous les établissements scolaires, les méthodes d'éducation alternative qui existent déjà et ont largement fait leurs preuves et permettre à chaque enfant de développer ses propres qualités et compétences sans pression de réussite : la seule réussite étant de devenir un être humain accompli utile à lui-même et par conséquence à la société. Suppression des examens pour une évaluation plus globale des compétences, favoriser les initiatives personnelles des enseignants même si elles sont hors programme dans la mesure où elles sont acceptées et appréciées par les élèves.

Intégrer les élèves à partir du primaire et de plus en plus jusqu’au lycée, dans les prises de décisions qui les concernent : la vie de l’établissement, la charte, la façon dont se déroule les cours, leur contenu, l’emploi du temps, les repas, etc. etc. Demandons leur avis, leur propositions, écoutons leurs critiques, qu’ils soient beaucoup plus impliqués dans la vie de leur établissement où ils passent une grosse partie de leur temps chaque année.

Explorer l'histoire de toutes les religions, philosophies et spiritualités humaines dès le primaire afin de permettre à chaque enfant d’y puiser connaissances, esprit critique, nourriture personnelle et surtout une liberté de penser et de puiser ce qui leur parait bon pour eux-mêmes en toute connaissance de cause, indépendamment du milieu dont ils sont issus. Leur permettre de développer une vision plus équilibrée de l’existence entre valeurs spirituelles et valeurs matérielles et de se réaliser donc plus pleinement.

Donner aux créateurs, aux artistes, aux artisans, aux écrivains, à tous les acteurs culturels, une place plus prépondérante dans l'éducation et la vie sociale locale, leur donner les moyens pour cela, multiplier les échanges, oser des passerelles entre des domaines en apparence sans lien les uns avec les autres, savoir mettre en valeur toutes sortes de compétences humaines au service de la communauté, ne plus cloisonner autant les secteurs d’activités.

Intégrer systématiquement les pratiques qui harmonisent corps et esprit telles que le yoga, la méditation, le chi qong, les massages etc... dans tous les établissements scolaires, pénitentiaires, les maisons de retraite, les hôpitaux, notamment en psychiatrie etc. et mettre en place des formations rémunérées et sérieuses dans ces domaines.

Faire des jardins potagers dans toutes les écoles, en pots s’il n’y a pas de terre et dans tous les autres établissements publics qui accueillent et hébergent des personnes. Redonner toute sa place à l’herboristerie.

Repas bio, de saison et avec un maximum de provenance locale dans tous les établissements publics : scolaires, hôpitaux, maisons de retraite, administrations....

Favoriser partout et éduquer au zéro déchet, que les grosses entreprises et les institutions publiques donnent l’exemple. Réfléchir partout à la notion de consommation et de croissance et changer progressivement mais sûrement de paradigme.

Permettre à chacun de choisir la médecine qui lui convient, rembourser les soins médicaux alternatifs de type phyto-aromathérapie, shiatsu, ostéopathie, réflexologie, massages, soins ayurvédiques etc. Avec un encadrement de professionnels déjà reconnus pour éviter les dérives et les proposer systématiquement en alternative au tout allopathique, organiser des formations sérieuses et rémunérées dans ces domaines. Revoir de fond en comble les études de médecine et de pharmacologie en ce sens pour harmoniser toutes les médecines et pouvoir tirer le meilleur de chacune.

Ouvrir des centres d’accueil pour les personnes en rupture qui ne soient pas sinistres, mais avec une vraie vocation de leur redonner confiance et dignité : des lieux qui proposent des choses valorisantes à faire et en lien avec d’autres problématiques à résoudre ; bibliothèque, ateliers, trouver comment échanger des services, que ce ne soit pas seulement une « prise en charge ». Cela peut être de s’occuper d’animaux issus de refuge, l’animal est un vecteur de ré-humanisation, s’occuper d’un jardin collectif pour manger, recyclage etc. Prendre le temps qu’il faudra pour savoir qui sont ces personnes, les aider à guérir de leur histoire et définir ce qu’ils savent ou veulent faire : tout individu a un talent particulier, il faut former des personnes pour les accompagner véritablement (pas juste administrativement) et permettre à ces talents d’éclore, ainsi elles peuvent retrouver de la dignité et une place qui leur correspond réellement. Ne plus jamais considérer un seul être humain comme « inadapté ». N’enfermer les personnes que lorsqu’elles sont réellement dangereuses pour les autres et pour elles-mêmes et mettre un max de moyens dans l’accompagnement psychiatrique (sortir autant que possible de la solution camisole chimique) et pénitentiaire. Dans une société juste, de toute façon, il y a forcément moins besoin de prisons.

Leur offrir un accompagnement santé en privilégiant une approche douce et des outils de développement personnel, que des personnes soient formées spécifiquement dans ce cadre, prendre soin de son corps, de son esprit, c’est la base pour retrouver confiance en soi.

Si on commence à l’école, petit à petit c’est toute la société qui se transformera de toute façon et il y aura peut-être moins de soi-disant inadaptés.

Intégrer des animaux domestiques issus de refuges dans les EHPAD, prisons et tous lieux où les personnes sont enfermées.

Faire des ponts entre les problématiques de société pour en résoudre plusieurs en même temps, les animaux et la nature sont des vecteurs de guérison de beaucoup de problèmes sociétaux.

Mélanger les générations quand on pense les lieux : personnes âgés et enfants de maternelle par exemple, de même avec les exclus, les migrants etc., pensons l’humanité comme un tout et arrêtons de spécialiser (= cloisonner). Ne plus favoriser les ghettos mais faire de la mixité sociale intelligente afin que nul ne se sente spolié, humilié ou mis en danger par autrui.

Mettre l’humain au centre de la société, ne plus prendre le prétexte de l’argent pour ne pas le faire. Dans une société où les individus sont amenés à être réellement solidaires parce que naturellement empathiques et où nul n’est laissé de côté pour une question purement matérielle, l’argent devient secondaire : la richesse est un résultat naturel et non plus un but qui autorise toutes les turpitudes et peut facilement conduire à la malhonnêteté, quelle que soit la classe sociale.

Favoriser une vision de plus en plus holistique de la société, agir localement en fonction des spécificités locales, recréer un véritable tissu social en favorisant au maximum la production locale et l’économie circulaire et solidaire, en soutenant et valorisant les compétences uniques de chaque individu, ne plus fabriquer des laissés pour compte car nous sommes tous reliés, et cela commence donc dès le plus jeune âge, chaque être humain avec ses forces et ses faiblesses doit avoir et a forcément sa place dans la société.

Le respect, la bienveillance envers soi-même et les autres, la confiance en soi et dans les autres, doivent devenir des bases d’éducation.

Ne plus voter pour des personnes mais pour des idées précises et concrètes derrière lesquelles les individus s’effacent : écouter et servir, tel devrait être le rôle de tout élu. Transparence absolue, toute personne qui endosse un rôle d’élu doit pouvoir être immédiatement déchu de ce rôle au moindre écart. Tolérance zéro pour les magouilles et les mensonges. Ces personnes doivent être exemplaires. Elles ont avant tout des devoirs et doivent avoir les compétences requises pour ce dont elles s’occupent : politicien n’est pas un métier mais une fonction. Il faut donc que cette fonction soit une vocation qui n’attend rien en retour sinon la satisfaction personnelle d’être réellement utile et de participer au mieux vivre et au mieux être de l’ensemble d’une communauté, ce qui veut dire qu’il faut aussi avoir des compétences donc utiles en ce sens, pas seulement de la loquacité verbale.

Tout progrès technologique doit être interrogé en rapport avec tout ce qui précède afin de servir et non asservir l’humanité. Toute technologie dangereuse, pour elle ou pour l’environnement, ne doit pas être poursuivie. La fabrication d’armes pour commencer, le nucléaire, les pesticides, tous les produits toxiques, etc. Notre mode de vie doit s’adapter à ce qui est bon pour nous et pour l’environnement sur un plan global et mondial et ce ne sera pas un problème si encore une fois, l’argent n’a plus le pouvoir qu’on lui prête et si nous cessons de consommer comme des forcenés.

L’humanité doit maintenant se considérer dans sa globalité, les replis sur soi ne nous mènerons à rien sinon au pire et il nous faut franchir collectivement un seuil de conscience pour agir avec l’intelligence dont on est capable individuellement (certains en tout cas J).

Rien ne nous oblige à vivre dans un monde d’horreurs et d’injustice et il n’y aura aucune paix possible tant que ce sera le cas : ces horreurs et ces injustices créent de la violence, alors que l’on sait très bien, quoiqu’en dise ceux à qui cela profite, qu’il est tout à fait possible de se nourrir et de vivre dignement, partout dans le monde, à condition de changer radicalement de paradigme. Les changements climatiques entre autre, vont nous obliger à encore plus de souplesse et d’adaptabilité mais aussi à plus d’empathie.

Nous sommes devant un choix crucial et tout ce que nous pensons savoir et connaître va être balayé par ce qui EST et il est évident que nul pouvoir actuellement ne semble avoir encore compris qu’il fait désormais partie du passé.

 

CG

 

 

 

20/05/2019

Sorcières - La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet

 

9782355221224.jpgEd. de la Découverte, septembre 2018


Qu’elles vendent des grimoires sur Etsy, postent des photos de leur autel orné de cristaux sur Instagram ou se rassemblent pour jeter des sorts à Donald Trump, les sorcières sont partout. Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure. La sorcière est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femme ces siècles de terreur ont-ils censurés, éliminés, réprimés ?
Ce livre en explore trois et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante — puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant — puisque l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur.
Enfin, il sera aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.


Prix de l’essai Psychologies-Fnac 2019


Version papier : 18 €
Version numérique : 12,99 €

 

 

 

19/05/2019

Grâce à leurs pétales qui leur servent « d’oreilles », les plantes « écoutent » ce qui se passe autour d’elles

 

 

 

 

08/05/2019

Biodiversité ou Extinction : que choisirons-nous ? Par le Capitaine Paul Watson

 

Depuis plus de 40 ans, je parle, j'écris et je mets en garde contre l'effondrement de la biodiversité et j'ai toujours été pris pour un extrémiste radical de l'environnement.

Aujourd'hui, cette extinction de masse fait la Une des médias alors qu'ils ignorent l'information depuis des décennies et il y a de forte chance que d'ici quelques semaines, on sera passé à autre chose.

Les politiques n'en parlent pas, les professeurs très peu et les médias rarement et pourtant il s'agit de la plus grande menace qui pèse sur la survie de l'Humanité. La diminution de la biodiversité est synonyme de la diminution de l'Humanité. Nous ne survivrons pas sur cette planète sans abeilles, sans arbres, sans baleines, sans escargots, sans poissons, sans vers de terre et sans bactéries.

J'en suis venu à la conclusion que l'Humanité s'en fout complètement. Il me semble clair que nous en sommes en train de faire l'expérience d'une folie écologique collective.

Depuis 1950, plus de 40% du phytoplancton a disparu et ce phytoplancton produit plus de la moitié de l'oxygène que nous respirons. Si le phytoplancton disparaît des écosystèmes océaniques, l'Humanité disparaît !

La "Grande Faucheuse" est en chemin. On l'appelle l'Anthropocène ou la 6ème grande extinction et la majeure partie de l'Humanité est trop stupide pour se rendre compte de ce qui est en train de se jouer.

Notre espèce est droguée au pétrole, à la consommation, au travail, au divertissement et aux fantasmes délirants.

Regardons-nous en face. Partout dans le monde, nous détruisons les écosystèmes, nous assassinons des milliards d'êtres sensibles, nous nous bombardons et nous tuons les uns les autres pour des idéologies, des ressources et des territoires. Nous massacrons des animaux pour le plaisir, nous gaspillons notre temps dans des jeux politiques absurdes, nous déversons nos excréments, nos produits chimiques, nos drogues et des radiations dans les réserves mondiales d'eau potable.

Nous sommes une espèce qui crache du poison partout où nous allons. Nous vomissons la mort et la destruction en érodant les systèmes immunitaires d'innombrables écosystèmes. Nous nous comportons comme un virus insidieux et si nous ne changeons pas, la Nature voudra éradiquer cette espèce qui viole sans retenue les lois naturelles de l'écologie.

Depuis des décennies j'ai été témoin du déclin constant de la biodiversité, un déclin qui s’accélère à mesure que nous nous habituons à cet effondrement - simplement en l'acceptant et en l'oubliant.

En ce moment même des dizaines de bénévoles de Sea Shepherd travaillent de longues heures dans des conditions dangereuses pour confisquer les filets illégaux de la réserve des vaquitas (marsoin du pacifique). Nous n'avons pas l'intention de regarder les vaquitas disparaître et rejoindre la longue liste des espèces disparues.

Nous avons aussi des bénévoles qui traquent les braconniers en Afrique de l'Ouest et de l'Est, nous exposons les massacres des baleines en Islande, des dauphins en France, aux îles Féroé et à Taiji. Nous avons passé des années à combattre les baleiniers du Japon, de la Norvège et de l'Islande. Nous protégeons les tortues marines à Mayotte, au Costa Rica et au Nicaragua. Nous avons empêché les forages de BP dans la Grande Baie australienne. Et nous menons encore beaucoup d'autres actions.

Pourtant tous les ans nous avons du mal à réunir les fonds nécessaires pour mener nos opérations, dans un monde où des milliards sont dépensés pour le divertissement, le sport et l'art. Nous agissons en dépit de tous les obstacles, nous faisons ce qui s'impose face à une opposition écrasante, l'apathie collective et le manque de moyens.

En tant qu'écologistes, nous n'avons pas d'autres choix que de gagner du temps pour les espèces menacées jusqu'à ce que l'humanité revienne à la raison ou que nous soyons victimes de notre propre stupidité écologique.
Si nous voulons survivre, la biodiversité doit survivre et pour cela nous devons cesser de laisser piller les mers par des millions de navires de pêche industrielle, nous devons mettre un terme à la folie de la chasse, nous devons stopper le massacre annuel de 60 milliards d'animaux d'élevage, une industrie qui contribue plus au changement climatique que celle des transports. Nous devons éradiquer l'utilisation des herbicides, des pesticides et des fongicides. Nous devons stopper la destruction des habitats naturels.

Nous devons nous rebeller contre l'extinction. La rebellion contre l'extinction est une guerre pour nous protéger de nous-mêmes. C'est une lutte pour protéger la diversité de la vie de l'Humanité.

Comme je le dis depuis des années, si les Océans meurent, nous mourrons tous !
Prenez-en conscience, impliquez-vous, soyez actif, faites partie de la solution, battez vous pour assurer la survie du Vivant sur cette planète.

PW

 

 

 

29/04/2019

Laurent Bouisset - LE PESSIMISME N'EST PAS UNE OPTION POUR LES PAYS PAUVRES

 

(Titre traduit d'un poème de l'écrivain guatémaltèque Julio C. Palencia, exilé au Mexique.)

 

On revenait d'un festin de mole et de chiles en nogada, quand on a vu les profs lever le poing devant la cathédrale. On était au Mexique, dans la ville de Puebla, à l'automne 2013. Le massacre d'Ayotzinapa n'avait pas encore effaré le pays – ce serait pour un an plus tard en fait –, mais déjà voletaient des griffes dans l'air, contre la sidérante réforme éducative et autres sujets de discorde pas vraiment anodins, comme par exemple la privatisation désastreuse du pétrole, tant attendue perfidement par le vautour-voisin gringo – mais la liste est immense et rude de ce qui donnait l'envie d'arracher des pavés au silence, alors couper. Revenir à cette nuit d'octobre où l'on a pris le temps de converser avec les profs, d'appuyer leur combat comme on pouvait – on pouvait pas tellement –, d'une poignée de main, d'un salut franc, avant de reprendre avec eux en chœur : « Se ve, se siente, un burro es presidente ! » / « Ça s'voit, ça s'sent, on a un âne pour président ! » Pris le temps d'apprécier surtout à quel point ce voyage de noces, ou plutôt cette lune de miel ! entamée sous le soleil de Peña Nieto et des narcos, comment dire ? accusait quelque tracas dans les pétales, ou mieux dit : rechignait à gondoler sans heurt...

Et c'est un fait heureux, car le bonheur des sphères privées me blesse. Et voyager pour le plaisir, on n'est pas non plus cons à ce point, disait Beckett. Et puis franchement, vous voudriez que... quoi ? que je reste à lécher la partie restaurant de mon guide du routard quand, tombés de partout, en tas, les destins crient la dalle ? et vous alpaguent au tomber de vos rêves de prince pour vous fourguer combien de trucs idiots à Veracruz ? La Parroquia exactement. Retournons-y, sans violoner, au gran café del centro de la ville. De la ciudad, ils disent là-bas. J'essaie d'écrire. Le vent, lui, jette à terre mes pages, tandis qu'elle, Anabel, ma femme, s'épuise à traquer la photo de l'autre côté du port, et voilà qu'un premier vendeur s'amène... et voilà qu'un deuxième vendeur s'amène... et voilà qu'un troisième vendeur me fait chialer... et voilà qu'un dixième au moins me tient la jambe, et la tient ferme ! et même l'étreint ! pour quoi au juste ? Deux, trois radis... mais n'en démordrait pas, le bougre ! mais s'arracherait là, devant moi, le cœur pour un euro – pour moins que ça : dix centavos... Arrive une vieille. Une qui se dit voyante. Elle voudrait lire mes mains, qui voudraient trafiquer de l'émoi, du poème, mais ne le peuvent, parce que constamment rappelées à la foutue réalité de la misère et du déséquilibre noir entre les mondes qui tout aurait le potentiel requis pour me faire recracher ma tequila, là, sur la page... Mais lui répondre à la dame, elle me parle. Elle me propose de m'apprendre mon futur, je fais quoi d'elle ? Je lui réponds, pour commencer, que je m'en tamponne de connaître l'avenir ! que mon ego d'Européen voudrait surtout pouvoir l'écrire ! et j'en ai honte. J'en ai des cheveux blancs (déjà) de me voir asséner de l'intellect à cette vieillarde qui cherchait juste à passer une nuit de plus sur terre. A pas crever demain matin, c'est ça, qu'elle cherche. Alors mes bons mots d'écrivain...

Je les termine aux chiottes, après quoi, boitillant dans le vent fou, je croise Anabel à l'autre bout, et la croise... alpaguée par un torse nu ! qui sans transition lui demande de lui jeter son aumône à la flotte !
- J'irai la chercher tout au fond de l'eau, madame !
- Mais ça va pas ? T'es pas mon chien, je l'entends l'engueuler en espagnol.
- Mais si, vas-y, madame, envoie la pièce ! il insiste, affamé, le bougre.
- Je te la donne, la pièce, d'accord ? Je te la donne, mais sans que tu te jettes, ça va, comme ça ?
- Ça va très bien ! Mais vas-y, jette-la dans le port quand même ! Tu vas voir : je la trouve facile !

L'impression qu'un vautour est là, partout, plutôt qu'un dieu, et nous regarde, ou nous savoure. Ou juste un rat... Un rat se marre à déglutir au loin nos rêves d'amour. Mais le poisson quand même à la façon de Veracruz, il a de la gueule ! sous les oignons bien rissolés et les tomates au chile tout au bord du riz et des avocats en lamelles, qui constituent tout de même au Mexique un problème sacré ! en tout cas, bien plus mûr et savoureux qu'au marché à Marseille. Presque, attablés, on y re-croit à ce bas-monde, ce monde des profondeurs. Mais j'ai pas dit non plus qu'on re-croyait en l'être humain, j'exagère pas, mais enfin bon, on se retape ! On va de l'avant. Je veux dire : vers un bar. Deux Corona bien fraîches ou trois, et on voit pire : face à nous, un bonhomme, un peu âgé, enfin âgé... la soixantaine tassée, grimé en clown, il fait quoi donc ? Il tend deux cordes entre deux arbres. Il avance là-dessus en funambule, on croit rêver. On pense à rire. A prendre goût à ses foirades, mais on s'enterre. On perd la frite et l'envie retrouvée de tout. On se met sous la table à deux, on se sent pâles, quand le pauvre gars, qui pourrait être mon père – qui parfaitement aurait l'âge d'être mon père – s'approche de nous, chapeau en main, et pas tant qu'il nous gratte une dizaine de pesos pour son spectacle, mais plutôt qu’il assène à nos demandes d'explications sur ce cirque à la gomme un sidérant : « J'essaie simplement de survivre. »

La nuit tranchée. La lune et le miel entaillés par ce vieux clown, qui près de deux ans plus loin re-déboule, et me le crache à nouveau dans les yeux, qu'il essaie de survivre, que là est la raison de ses pieds sur ce fil instable. Est-il en vie seulement, à l'heure où j'écris ça ? Je ne sais pas son nom. Je ne sais rien de lui, mais sais que j'ai à l'abriter dans mes écrits. Que si je ne le fais pas et le passe à la trappe, ce type, mes écrits pourriront à la surface, au lieu d'éclater tout en bas de l'ombre en corail vif... Mais le bus, il fait quoi sur l'autoroute ? Me dites pas que ce malade, sous la pluie, vient d'enclencher la marche-arrière ! Et c'était pas un rêve pourtant... Pas non plus qu'ils auraient shooté la coke au fond du poisson frit... Plutôt que les cars ADO, ben c'est comme ça, quand ils ont un peu peur d'avoir raté la bonne sortie, vroum ! ils enclenchent la marche-arrière ! et après ça, faudrait pas se plaindre ! trop rien gueuler et gentiment étreindre la mort, comme les zombies qu'on verra par la suite, dans le bus de la mort entre Antigua et Ciudad de Guatemala. Je veux parler de ces types trop blasés ou trop crevés, conduits par un chauffard droit vers Satan, mais disant rien, mais rien du tout, juste attendant, menton baissé, que ça se passe enfin, voilà, pour de bon l'accident ! La nuit s'éteint.

Mais pas non plus tout de suite. On débarque même vivants à Villahermosa où il pleut trop, alors on met les bouts pour Palenque, où les ruines mayas me renseignent sur là où nous allons : DROIT SANS TARDER AU TAS DE RUINES ! Mais avant ça : San Cristobal de las casas, haut lieu de la rébellion zapatiste, ou plutôt : néo-zapatiste, celle de Marcos, le révolutionnaire à la cagoule, depuis le soulèvement du premier jour de janvier 94, où ils ont pris les armes, exigé tant et tant de dignité pour finir à l'état de grand musée, ou j'exagère peut-être – ou j'exagère sûrement, mais quand même putain : des porte-clés Marcos ! et des poupées Marcos ! et des posters Marcos ! et des soucoupes Marcos sous les tasses et les mugs Marcos ! Et comment tu voudrais qu'on n'arrive pas un jour au slip Marcos ? au point critique où ça marchande, dans les rues de cette ville oh bien léchée ! mignonne et lentement rachetée par les Européens, ou bien les Nord-Américains, mais Nord-Américains du nord, je veux dire des États-Unis ou bien du Canada... enfin, du Premier Monde.

Les autres déchargent, ou non plutôt sont déchargés au petit jour des fourgons à bestiaux en provenance de leur village. Certains disent : leurs communautés... Enfin voilà, les Indiens viennent à vous. Les Indiens viennent à vous vous vendre. Les Indiens viennent à vous vous vendre encore. Mais pas seulement vous vendent... Mais s'ils vendaient seulement, s'il étaient seulement là à vendre, sentirais-je cette envie tenace de tout casser ? Ce qui se trame ici ne correspond même plus à du travail. J'emploie le mot « humiliation ». J'emploie le mot « supplication » – et pas non plus huit heures par jour ! De l'aube au soir, je les vois harceler le vide, ces hommes, ces femmes et ces gamins dépités comme le clown... ou l'affamé qui voulait plonger comme un clebs... ou la vieille prosternée qui voulait déchiffrer mes mains...

Personnages forts. Personnages rudes et malmenés. Personnages déchirant sans plus compter l'heure du tourisme. Et même m'arrachant la lune ! Et faisant de ce miel à dormir... du pétrole. Mais me taire maintenant. Mais les laisser poursuivre eux-mêmes au fond de mes poèmes. Qu'ils se gênent surtout pas et fassent un vrai Bronx de manif au creux du vers ! Je leur laisse le lieu et la place. Je leur laisse mon stylo et même mon livre. Et n'ai plus qu'à laisser venir le flux de ce qui voudrait s'assembler en moi d'eux-mêmes, de ce qui de moi à eux s'agglomère et voudrait briller, mordre et dépasser l'écho de bien des foudres ! Mais nos pas dans la rue déjà se perdent, et le cœur du touriste est plus pesant quand il a faim... et sent devant lui qu'on prépare des frites.

 

Laurent Bouisset, Marseille, février 2015

 

(Texte écrit à la demande de Patrice Maltaverne pour le numéro 62 de son poézine Traction-brabant)

 

 

 

 

 

09/04/2019

Blanche Gardin - Être une femme /un homme