Nouveaux Délits n°84

Que dire, sinon faire pour une fois abstraction du monde et partager ma joie renouvelée de concevoir et fabriquer cette petite revue ? Je l'appréhende parfois car c'est du temps et du travail mais je n'en reviens toujours pas de ne pas avoir flanché, malgré toutes les péripéties, épreuves, obstacles de la vie qui ne manquent pas et voir Nouveaux Délits tenir encore à bout de bras, 23 ans après son éclosion.
Avoir toujours eu la certitude que cela pouvait s'arrêter n'importe quand aide sans doute à tenir sur la longueur et puis peut-être aussi est-ce justement pour moi un repère au milieu du chaos. Et puis, surtout, jamais je ne me lasse de vous lire, d'être emportée, touchée, émue, enthousiasmée par vos textes, votre envie d'écrire. Je ne sais que trop à quel point cela peut être thérapeutique, parfois c'est tout ce qu'il nous reste dans les grandes dévastations et plus les textes sont à vif, sincères, imbibés de l'encre de l'urgence, plus ça me bouleverse et jamais je ne me lasse d'être bouleversée. J'aime accueillir les mots du corps et aussi les mots de la terre, les mots du simple, les mots de ce qui est à la fois fragile et solide, les mots arpenteurs, les mots paysans. Les mots qui foulent le sol et se font fleurs, mousse, écorce, vers, oiseaux, vent.
C'est peut-être là aussi le secret de la longévité. Nouveaux Délits a toujours eu vocation d'être une sorte d'auberge cosmopolite, de refuge pour toutes sortes d'écritures qui peuvent ne pas plaire à tout le monde. Le trop lisse, le consensuel, le "pour faire joli", ne m'intéressent pas. Voici donc encore un numéro éclectique, riche, et j'espère que vous aurez autant de plaisir à le lire que j'ai eu à accueillir toutes ces plumes vives. Pour octobre, un numéro spécial encore est en préparation, puissant et très précieux pour moi, j'ai hâte !
cgc
édito, sommaire et + de ce nouveau numéro, ici :