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25/06/2016

Lionel Mazari

 

On nous a mis des lunettes barbelées,
non pour nous empêcher de voir
mais pour qu'on sache que nos regards sont interdits.
Nos paroles ont été déformées,
on a cousu nos lèvres avec des élastiques
afin que nos sourires n'aillent pas trop loin.
Au fond de notre gorge étroite
est une rivière asséchée
où s'essoufflent les mots des autres.
Depuis qu'on nous travaille le corps,
nos cris se font aussi douloureux que la blessure.
Dedans, dehors, c'est toujours le même,
le mauvais côté de la grille ;
les forçats affranchis ont ôté leurs rayures.
Mais ils ont conservé l'uniforme
et se nomment apôtres de l'exil ;
la prison ouverte est leur église.
Dehors, dedans, où qu'elles aillent,
nos jambes sont des clôtures ;
à chaque fois qu'on s'éloigne, on parque.
Nos mains sont devenues des gants,
nos caresses de grands oiseaux effarouchés
qui prennent le ciel pour un avion fantôme.
Nous sommes libres, quelqu'un y veille ;
mais nous allons dormir entre des murs.
Le sexe des garçons, tombé, sèche au grand jour ;
celui des filles a disparu
volé par des enfants qui partent naître ailleurs,
de vrais enfants et non plus ces maladies
qui nous poussaient dans le ventre.

 

 

 

 

Commentaires

Plein de vraies choses ici aussi.

Écrit par : jl | 26/06/2016

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Lionel sera au menu du prochain ND ;-)

Écrit par : Cathy | 26/06/2016

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