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CITATIONS

  • Colette

    Vous dirais-je encore, poursuivit Toby-Chien lancé, la musique du crapaud obscur, qui égoutte de seconde en seconde sa note liquide, perle de cristal qu'on peut ouïr rouler entre l'herbe et s'y figer ?... Car je ne puis croire à une autre origine de la rosée étincelante !... Esquisserais-je pour vous l'harmonie modeste de la bouilloire, grillonne tapie dans les cendres ardentes, petite sorcière ventrue, bienveillante, quoiqu'elle crache la vapeur par sa lèvre en lippe ?

     

    in Toby-Chien et la musique

    in Les vrilles de la vigne

     

  • Colette

    Tu la crois assise là, près de nous ? Elle est assise en même temps sur la roche tiède, au revers de la combe, et aussi sur la branche odorante et basse du pin argenté... Tu crois qu'elle dort ? elle cueille en ce moment, au potager, la fraise blanche qui sent la fourmi écrasée. Elle respire, sous la tonnelle de roses, l'odeur orientale et comestible de mille roses vineuses, mûres en un seul jour de soleil. Ainsi immobile et les yeux clos, elle habite chaque pelouse, chaque arbre, chaque fleur, – elle se penche à la fois, fantôme bleu comme l'air, à toutes les fenêtres de sa maison chevelue de vigne... Son esprit court, comme un sang subtil, le long des veines de toutes les feuilles, se caresse au velours des géraniums, à la cerise vernie, et s'enroule à la couleuvre poudrée de poussière, au creux du sentier jaune... C'est pourquoi tu la vois si sage et les yeux clos, car ses mains pendantes, qui semblent vides, possèdent et égrènent tous les instants d'or de ce beau jour lent et pur.

     


     in Dialogue de bêtes

    in Les vrilles de la vigne, 1908

     

     

  • Serge Lardans (1937-2005)

    La poésie 
    C’est mon refuge en automne,
    C’est mon bout de jardin
    En été,
    C’est mon coin d’atelier
    En hiver.
    Dédaignant toute école
    Et loin de toute mode,
    À mon gré,
    Je bricole…


    in sa revue Poésie et propos entre amis n°11

     

     

     

  • Renée Vivien

    J'ai si longtemps respiré l'air des forêts, l'air vibrant de neige, je me suis si souvent mêlée aux

    Blancheurs vastes et désertes, que mon âme est un peu l'âme des louves fuyantes.

     

     

     

  • Anna de Noailles


    Ces enfants, bondissant, partaient, contents de plaire
    Au devoir, à l’honneur, à l’immense atmosphère,
    Aux grands signaux humains brûlant sur les sommets.
    Ils dorment, à présent, saccagés dans la terre
    Qui fera jaillir d’eux ses rêveurs mois de mai…
    — Songeons, le front baissé, au glacial mystère
    Que la Patrie en pleurs, mais stoïque, permet.

    Ils avaient vingt ans, l’âge où l’on ne meurt jamais… 


    in La jeunesse des morts 

     

     

  • Bruno Sourdin

     

    Le monde est plein de bruits et de fureur
    Il fait froid
    Trop paresseux pour me lever
    Les pensées en désordre
    J’ouvre mon vieux livre de poèmes
    Je pense à l’endroit où personne ne vient
    Je pense aux arbres, aux nuages et aux rochers
    Je pense à l’odeur des herbes
    Je pense aux corbeaux de la montagne
    Je pense au jardin de Lo Yang
    Je pense aux deux grues qui savent danser

     

     

  • Jean Bédard

    Chaque matin, se lever et nourrir les chèvres, travailler aux champs et au jardin. Participer. Insérer les grains entre les lèvres tièdes de la terre. Refermer avec la paume. Sentir les lèvres de la terre jouir un instant de la semence.

    in Marguerite Porète