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La simplicité joyeuse et volontaire

 

Circée de Paris ou Herbe aux sorcières (6).JPG

Comme je la vis et l’ai vécue avant même de l’avoir nommée, c’est savoir apprécier ce que l’on a, quels que soient nos moyens et ceci sur tous les plans. Pas dans l’idée d’une discipline qu’on s’impose, d’une vertu à cultiver, non, pas d’efforts qui finiront par nous dégoûter, nous révolter et nous faire retomber plus bas qu’au départ, mais une sorte d’initiation à l’essence du plaisir. C’est apprendre à regarder les choses à la loupe et à amplifier nos sensations. 
Lorsqu’on passe près d’une plante à toutes petites fleurs, souvent elle est tellement insignifiante qu’on ne la remarque pas ou à peine, mais si on prend le temps de se pencher et de la regarder de près, alors se révèlent des trésors de nuances, de finesse, de beauté. C’est pourquoi j’aime faire de la macro en photo. En macro une punaise devient un joyau, mais la macro, c’est aussi une façon de voir que l’on peut appliquer à tous les domaines de notre vie.
Pas seulement pour aller remuer ce qui ne va pas, ce qui manque, ce qui fait mal, ça on sait tous le faire et il faut parfois le faire, mais pour aller arroser les minuscules graines de joie inconditionnelle qui n’attendent que notre attention pour s’épanouir. Pas se forcer à être d’un optimisme béat ou se voiler la face, bien au contraire, plus on sait apprécier le minuscule, plus on voit aussi la moindre petite ombre triste de ne pas être prise en compte elle aussi. La vie est faite d’ombres et de lumière et les deux sont nécessaires pour prendre conscience, terme emprunté au latin classique « conscientia », la « connaissance en commun », donc quelque chose qui va au-delà de l’individu, quelque chose que nous partageons et devons alimenter autant que possible  afin que l’humanité dans son ensemble puisse évoluer. Ainsi la simplicité joyeuse et volontaire pourrait s’apparenter à une sorte de travail d’alchimiste, en plongeant dans l’infiniment petit, on dégage les éléments les plus élémentaires du réel et il nous est alors possible parfois de transformer le plomb en or.


Peut-être par exemple, que comme moi, vous n’avez pas les moyens de partir en vacances, ou alors seulement un jour par ci par là, voire deux ou trois jours consécutifs une fois tous les dix ans, c’est mon cas, mais finalement la notion même de vacances ne veut plus dire grand-chose si on vit pleinement sa vie et tout ce que l’on y fait au quotidien. Si on part ailleurs une seule journée, il est tout à fait possible de savourer ces moments comme s’ils étaient interminables. Un jour égale trois semaines avec le stress des préparations de longues vacances en moins. Chaque seconde, chaque minute alors, se déploient, prennent une saveur incroyable, tout devient intéressant, agréable, beau, le moindre détail est agrandi et révèle ses merveilles. On peut vraiment appliquer ça à n’importe quel domaine de notre vie, y compris à celui de nos relations, ainsi qu’à chaque période de notre vie. Imaginez quel trésor pourrait être le temps de la vieillesse avec cette façon de voir et de la vivre, à condition bien-sûr d'avoir la santé. Or la simplicité joyeuse et volontaire est une bonne façon de préserver sa santé.


Au lieu de courir sans cesse après quelque chose, d’essayer de retenir les choses ou de les figer, de se gaver, d’être dans une sorte de boulimie de plaisirs, de loisirs, de reconnaissance, de sécurité, pour au final cultiver une frustration souvent permanente de tout ce qui nous est impossible, inaccessible ou refusé dans l’instant ou en général, nous pouvons agrandir tout ce qui nous entoure, approfondir toujours plus. L’infiniment petit n’a pas plus de limites que l’infiniment grand, sans parler des univers qui sont en nous. Savoir vivre l’instant présent, être dans l’instant présent, ne pas trop laisser nos pensées nous embarquer n’importe où, ne rien regretter d’hier (ça ne sert à rien et puis hier a nourri nôtre expérience présente, remercions-le), de ne pas avoir peur de demain (ça ne changera rien). S’accepter aussi ici et maintenant, tel que l’on est, là où l’on en est, être fluide, laisser venir les humeurs, les émotions, les sensations, ne pas les juger, ne pas les bloquer mais ne pas s'accrocher à celles qui sont désagréables, les reconnaître, elles ont le droit elles aussi de passer. Les laisser et comme des nuages, elles finiront par s’effilocher. Attention à ne pas se croire supérieurs ou plus forts qu’elles cependant, elles ont un travail à faire elles aussi avec nous. Trop souvent on se trompe sur la « pensée positive », il ne s’agit pas d’être parfaits ou de ne soucier de rien mais d’être ce que nous sommes instant après instant et nous sommes changeants, impermanents, nous sommes nuages et sommes aussi le ciel.
Nous n’avons pas fini de découvrir des trésors en nous et plus nous découvrons de trésors en nous, plus nous pouvons les voir chez les autres. Nous ne pouvons voir chez les autres que ce que nous connaissons déjà, nous ne comprenons les autres qu’au travers de notre propre prisme, notre propre réalité alors plus on déploie notre réalité, plus il y a de la place pour les autres, tous les autres, changeants nuages dans le ciel de l’ici et maintenant.


La simplicité joyeuse et volontaire, ce n’est pas seulement consommer bio et moins gaspiller. Chacun de nos gestes, de nos pensées agissent dans plusieurs dimensions et la symbolique est tout aussi effective et agissante que les autres. Cela devient donc une sorte de philosophie pratique et spirituelle, ascétisme et hédonisme fusionnent, une simple bouchée de nourriture devient un festin, un parfum, un souffle d’air, une musique peuvent provoquer un orgasme sensoriel ou une illumination. Tous sens sont en éveil, nous découvrons leurs capacités d’extension insoupçonnées et nos capacités toutes aussi insoupçonnées pour faire face aux épreuves, à ce qui semble adversité, voir au-delà des apparences.


En simplifiant nos vies, nous arrivons à distinguer nos satisfactions réelles de celles qui nous sont présentées comme indispensables. Cela peut remettre en question bon nombre de ce que l'on croit être évidences concernant nôtre statut social par exemple, notre vie professionnelle, l’image que l’on pense devoir donner de soi. On se rend compte déjà que ce n’était que des croyances dont on avait hérité sans même s’en apercevoir de notre milieu familial, social, amical même. Nous ne gardons alors que celles qui restent d’elles-mêmes parce qu’elles sont justes. Notre détecteur de mensonges que l’on se fait à soi-même, s’affine de plus en plus et comme la simplicité réduit nos besoins, nous découvrons de plus en plus d’espaces de liberté, de possibles.


Quand on commence à s’engager sur ce sentier de simplicité joyeuse et volontaire, on fait rarement demi-tour. Nous ouvrons grand toutes les portes, les fenêtres, voire nous faisons tomber des pans de murs, nous savons que même avec un strict minimum, notre regard positionné en macro, nos sens démultipliés et notre source intarissable de joie inconditionnelle, nous offrent absolument tout ce que l’on pourrait souhaiter. 

 

21 juin 2017

 

(photo de l'auteur : Circée de Paris, herbe aux sorcières)

 

 

 

Vivre simplement pour que tout le monde puisse simplement vivre

Gandhi

 

 

 

Commentaires

  • Quelle belle Musique font ces mots et ces idées en ce jour le plus long dédié ... à la musique

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