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25/03/2018

Roxana Méndez (Salvador) - L'instant, la vie

 

Roxana Méndez.jpg

J'ai eu une belle vie :
dix ans de guerre
et trois tremblements de terre
qui ont jeté la ville à terre,
accomplissant la prophétie
de la grand-mère,
qui, plusieurs mois
auparavant,
nous avait annoncé
la destruction terrible
avec cette même voix
qui nous contait
les histoires douces
où tout était couleur
de noisettes sèches.

Mais j'ai eu une belle vie,
paisible, assise
à la table dans la cour,
ou bien cachée
entre les sacs de maïs,
dans l’attente que
les détonations
cessent, que les cris
s’interrompent,
dans cette obscurité
où le moustique
était un murmure
qui me faisait dormir.
Le moustique dont la piqûre
ne causait pas la mort.

Mais j'ai eu une belle vie,
un amour de mille ans
vrai et brillant
comme l'or qui a acquis
la forme d'une broche,
un hibou aux grands
yeux blancs,
allumé toujours
sous ma blouse, et pour lui
une goutte de sang
est ce qui reste
du passé, une goutte
suspendue
comme une planète froide.

Mais j'ai eu une belle vie,
une vie où la guerre
et l'amour
ont duré
le même nombre d'années.
Une vie où la mort
m'a assez peu rendu visite,
et où j'ai vu le monde
et écouté le son des grandes
eaux et des vallées
énormes, où les sabots
du cheval créole
et ceux du cerf me montrent
leur différence étrange.
J'ai vu et j'ai oublié
ce que j'ai vu
et à nouveau m'a étonné
ce que j'avais déjà
trouvé curieux auparavant.
Je ne me plains pas.
Les eaux continuent
à m'embrasser les pieds,
accrochées avec toute leur tiédeur
à la brièveté que je possède.

 

traduction : Laurent Bouisset

version originale, voir :

https://fuegodelfuego.blogspot.fr/2016/11/el-instante-la-...

 

 

 

 

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