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17/09/2012

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepulveda

Note parue sur : http://www.lacauselitteraire.fr/histoire-d-une-mouette-et...

Illustré par Miles Hyman, Seuil Jeunesse & Métailié, 23 août 2012. 112 p. 25 €

 

Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler, Luis Sepulveda

Encore un très beau collector en série limitée, pour fêter les 20 ans de Seuil Jeunesse, en collaboration avec les Éditions Métailié qui ont publié Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler, pour la première fois, en 1996. On connaît le talent de conteur de Sepúlveda, et quand ce talent est mis au service des enfants, fidèle à lui-même, cela donne une fable intelligente, écologiste, drôle et poétique qui plaît autant aux petits qu’aux grands. On y parle d’amitié, de courage, de confiance, d’entraide et de l’amour de l’autre dans sa différence.

Avec une couverture en toile sérigraphiée et un tiré à part, le tout est présenté dans une pochette transparente fermée par un autocollant signé Muzo. Un écrin à la hauteur, pour cette nouvelle édition grand format, avec de très belles illustrations de Miles Hyman.

Zorbas, est un bon gros chat noir heureux, qui a une belle vie, depuis qu’un jeune garçon l’a sauvé, tout petit, du bec d’un pélican pas très futé. Quand son jeune maître s’apprête à partir en vacances pour deux mois, Zorbas sait qu’il va pouvoir lui aussi profiter d’un temps rien que pour lui, car tout est parfaitement organisé pour son confort : logis, nourriture, et la liberté d’aller et venir comme bon lui semble.

Il ne se doutait pas encore de ce qui l’attendait : une mouette piégée par une marée noire, échoue, engluée et mourante, sur sa terrasse. Zorbas est un chat digne et plein de compassion, aussi il voudrait tout faire pour l’aider, la sauver, mais hélas il est déjà trop tard. Avant de mourir, elle lui confie son plus précieux trésor et lui fait promettre trois choses : ne pas manger l’œuf, s’en occuper jusqu’à la naissance du poussin et lui apprendre à voler. Désireux de bien faire, Zorbas a promis.

« Zorbas prit l’œuf entre ses pattes de devant et vit comment le poussin donnait des coups de bec pour faire un trou par lequel sortir sa petite tête blanche et humide.

– Maman, cria le poussin de mouette ».

Voilà Zorbas bien embêté, être une maman mouette déjà, ce n’est pas courant pour un chat, mais apprendre à un oiseau à voler ?! Heureusement la plupart des chats du port peuvent être solidaires quand il faut aider un camarade. Même les rats peuvent collaborer, moyennant quelques arrangements.

« Les problèmes d’un chat du port sont les problèmes de tous les chats du port, déclare solennellement Colonello ».

C’est l’occasion de découvrir toute une faune du port de Hambourg, et des personnages plus pittoresques les uns que les autres et tout particulièrement le Colonello et son Secrétario, chats d’un restaurant italien et Jesaitout, chat d’un grand bazar tenu par un vieux loup de mer, qui vont aider Zorbas à accomplir sa mission impossible. Jesaitout est un chat savant, qui consulte à tout propos une encyclopédie en plusieurs tomes.

« Pardon. Mais pour moi l’encyclopédie est irrésistible. Chaque fois que je regarde dans ses pages j’apprends quelque chose de nouveau. Morue. Mouette. On y est ! »

Mais les encyclopédies ne savent pas tout, et il faudra donc en recourir à la poésie pour arriver à bout de cette aventure, et qui connaît mieux la poésie que les poètes ? Mais pour cela il va falloir briser la tabou et miauler la langue des humains. Mais un poète, c’est un humain pas tout à fait comme les autres, il est un peu bizarre, n’est-ce pas ?

« – Il ne sait peut-être pas voler avec des ailes d’oiseau, mais en l’entendant j’ai toujours pensé qu’il volait avec ses mots, répondit Zorbas.

(…)

C’est ainsi que Zorbas fut autorisé à miauler avec le poète.

(…)

Écoute, chat. Je vais te lire quelque chose d’un poète appelé Bernardo Atxaga. Des vers d’un poème intitulé “Les Mouettes”.

Mais leur petit cœur

– cœur d’équilibristes –

Ne soupire jamais autant

Que pour cette pluie bête

Qui amène le vent presque toujours

Qui amène le soleil presque toujours

– Je comprends. J’étais sûr que tu pouvais nous aider, miaula Zorbas en sautant du fauteuil ».

Et c’est comme ça qu’Afortunada, la mouette élevée par Zorbas le chat, s’envolera une nuit depuis la Tour St Michel dans le ciel de Hambourg.

« Je vole ! Zorbas ! Je sais voler ! criait-elle euphorique depuis l’immensité du ciel gris ».

Oui, vraiment, l’Histoire de la mouette et du chat qui lui apprit à voler est une grande et belle histoire, de celles qui font battre le cœur un peu plus fort et mettent un peu de pluie dans les yeux pour les faire briller.

 

Cathy Garcia

 
 

A propos de l'écrivain

Luis Sepulveda

Luis Sepulveda

 

Luis Sepúlveda est un écrivain chilien né le 4 octobre 1949 à Ovalle. Son premier roman, Le Vieux qui lisait des romans d’amour, traduit en trente-cinq langues et adapté au grand écran en 2001, lui a apporté une renommée internationale. 1975 : il a vingt-quatre ans lorsque, militant à l’Unité populaire (UIP), il est condamné à vingt-huit ans de prison par un tribunal militaire chilien pour trahison et conspiration. Son avocat, commis d’office, est un lieutenant de l’armée. Il venait de passer deux ans dans une prison pour détenus politiques. Libéré en 1977 grâce à Amnesty International, il voit sa peine commuée en huit ans d’exil en Suède. Il n’ira jamais, s’arrêtant à l’escale argentine du vol. Sepúlveda va arpenter l’Amérique latine : Équateur, Pérou, Colombie, Nicaragua. Il n’abandonne pas la politique : un an avec les Indiens shuars en 1978 pour étudier l’impact des colonisations, engagement aux côtés des sandinistes de la Brigade internationale Simon-Bolivar en 1979. Il devient aussi reporter, sans abandonner la création : en Équateur, il fonde une troupe de théâtre dans le cadre de l’Alliance française. Il arrive en Europe en 1982. Travaille comme journaliste à Hambourg. Ce qui le fait retourner en Amérique du Sud et aller en Afrique. Il vivra ensuite à Paris, puis à Gijon en Espagne. Le militantisme, toujours : entre 1982 et 1987, il mène quelques actions avec Greenpeace. Son œuvre, fortement marquée donc par l’engagement politique et écologique ainsi que par la répression des dictatures des années 70, mêle le goût du voyage et son intérêt pour les peuples premiers.

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