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Samuel Martin-Boche - La ballade Ridgeway Street

Boche 1.jpg

 

 

Polder n°186, 2020

parfait à lire pendant la canicule,

immersion irlandaise authentique.

C'était le premier recueil de Samuel Martin-Boche, dans lequel sont rassemblés des souvenirs de sa vie d'étudiant à Belfast. Brique rouge, brouillard, ivresses, rues mouillées, spleen, paix fragile et des échappées sauvages.

 

 

 

Fallait-il un cuir tanné

pour endurer l'eau quotidienne

du ciel la buée des lacs tout autour

le ressac que roulent les montagnes

essuyer les mille intempéries

de la langue avec les rigueurs de l'accent

boire sec par temps de détresse ou

de fête garder le cap sous l'adversité des vents

jusqu'au retour chez soi sans chavirer tourner

en rond

pour vivre sur une île il faut le pied marin



(...)



En ville la nuit commençait par glisser sur

les toits puis

le long des cheminées se faufilant sous

la paupière des vitrines encore animées

pendue

un instant aux murs de brique un sang noir

versé

au passage des tessons et des barbelés

pour avertissement

des pans entiers retenus aux grilles des parcs

puis

qui déborde l'asphalte et les caniveaux telle

que nappant les avenues obliques

son règne comme un un linge en travers de

l'arrière-cour

des pubs ou au fond d'impasses sans voix enfin

goutte

à goutte à l'intérieur du cœur

la nuit qui fond sur nous jusqu'où

dévalera-t-elle ?

 

(...)



Au printemps bruyère aubépines et genêts

sur la lande brune

entonnent un hymne ancien

derrière la voix du vent le long

des murets de pierre sèche éboulés

leurs paroles t'échappent

elles s'éteignent sous les mousses

ou dans les tourbières fragiles



(...)



Comment savoir si c'était la guerre

ou la paix

dont les slogans sur les façades

en lettres capitales

alternativement menaçaient

les piétons à bout

portant

le temps de descendre la rue pas un mur peint

qui ne t'ai couché en joue



(...)



Tresser des paniers en osier filer la laine

et le temps à l'écart des villes

en prévision de l'hiver transparent

danser sur les falaises vivre de pêche et

d'impossibles questions

l'été parcourir l'étrangeté des champs

féconds de pierres seules

par suite des murs qu'on élevés

contre le mugissement ininterrompu

sur la lande chauve

 

 

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