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Un café
une pincée de cannelle
et oh ! surprise !
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Il reste à dévisager
le plâtre unique
où vient prendre la mort


Pocket 1977 (rééed. 1998)
J'ai vu enfant le célèbre Zorba le Grec en film, mais je ne connaissais pas l'auteur du livre et encore moins ses autres livres. Je découvre donc une écriture flamboyante, 460 pages d'une police minuscule, un beau et dense roman que Nikos Kazantzaki a écrit en 1948, à Antibes et dans lequel je ne me suis pas ennuyée une seconde. Satyre à la fois grave et cocasse, un réquisitoire contre l'ignominie de l'homme contre l'homme, inspiré par la foi de l'auteur que n'aurait pas reniée la théologie de la libération, un christianisme exalté au plus près de ses racines : fraternité, solidarité, hospitalité, amour du prochain. Si bien, qu'on finit par les traiter de bolcheviks ici.
C'est donc une revisitation de la passion du Christ qui de représentation traditionnelle théâtralisée qui a lieu tous les sept ans devient réalité. Nous sommes en 1922, à Lycovrissi, petit village grec en Anatolie sous dominance turque mais ce n'est pas cette domination qui est ici le seul fléau. Tous les dits péchés capitaux jusqu'au meurtre collectif, mais aussi et surtout la lâcheté, le mensonge et l'hypocrisie sont ici personnifiés par des habitants, pope en tête, du village et par l'agha turc qui adore les côtes de porc (que sa vieille servante roumie ‒ grecque ‒ et bossue doit appeler "côtes de chameau"), un violent mais pas "méchant homme" pourvu qu'on ne l'oblige pas à quitter son divan, son raki et son chibouk qui doit être allumé par un jeune et joli turc à la peau douce. Mais parmi les habitants, il y a aussi ceux qui viennent d'être appelés à figurer lors de la prochaine représentation du drame mystique, les quatre principaux apôtres et le Christ lui-même pour lequel a été choisi le jeune berger Manolios, ancien novice d'un monastère. Une très jeune et belle veuve sera naturellement la Marie-Madeleine, elle qui obsède jour et nuit Panayotis, une grande brute et occasionnellement un de ses amants bien qu'il soit marié et qui lui a été désigné, très contre son gré, comme le Judas de l'année. Tout aurait sans doute suivi un cours à peu près tranquille si un autre village n'avait pas été brûlé et saccagé par les Turcs, obligeant les survivants à errer, cherchant refuge et hospitalité, guidé par une autre pope, le père Photis, jusqu'à Lycovrissi...
« Les autorités voient en ces réfugiés des intrus, des gêneurs, alors que les acteurs de la Passion, et particulièrement le personnage qui assume le rôle du Christ, imprégné de l'esprit évangélique, se comportent charitablement. »
Anthologie dirigée par
Marilyne Bertoncini
Les Cahiers de Poètes & Co, 2024
15 x 21 cm, 142 p., 14 €
J'y figure avec ce poème :
FAIRE CORPS
Poète pris
dans le corps
du poème
poème accouché
du corps poète
la poésie
désincarnée
n’existe pas
la plume plantée
flèche dans la chair
il y a toujours
un peu de sang
dilué dans l’encre
les cellules pulmonaires
pour contenir le souffle
habea corpus de l’inspiration !
il y a des flux des sucs des poils
et des crocs pour mordre les mots
les mâcher les recracher
la poésie désincarnée
n’existe pas
13/12/23