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Louis Guillaume - Agenda 1966

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Subervie, Collection du Miroir, 1970

 

 

 

 

1



(...)

Soudain le vent se lève,

La mer s'enfle, le ciel

Se fane



2



(...)

Musique. Vagues venues de loin

Toujours jeunes. Éclairs en surface,

Échos noir

En profondeur. Musique

Ancienne et proche,

Lissant l'abîme par le dedans,

Éclatant soudain

vers le ciel.



3

 

(...)

De vous à moi, ces pensées

Que je n'avoue pas

Pour ne pas me faire peur,

Qui commandent sans lèvres

Et prennent leur revanche

Dans l'arène des rêves.



6



(...)

Vierge de regards, la mer

Encore appuyée à la nuit

Couve sa propre clarté

(...)

Les toits gardent le sommeil

Sous leurs écailles fraîches



7



(...)

Voici que tu plonges

Ailes ouvertes

Dans le soleil immobile des eaux.



10



(...)

Les rochers avancent

Dans leur rêve. Le sable

Prend la forme du silence

Grain à grain. Le sang

Explore à peine son désert.

Pistes, veines du vide.



13



(...)

Colliers noirs du varech

Où brille un os de seiche

Pour le bec du vent.



26



(...)

Trous des étoiles. Clous

Des étoiles. Main

Tendue de l'abîme.



27



(...)

Silex poli en mer,

Hache à millénaires.

Tenir dans la main

Des siècles de secondes

Le temps d'un éclair.

Du roc au sable,

Voyage d'un galet.



62



(...)

Le soir prend dans ses filets

Les saumons attentifs

Au chant des hulottes.

Chute des pommes mûres

Sur le vieux chaume.

Le chien ne sait pas

Que va éclater la guerre

 

 

68



(...) Main

De bois et de cuir,

de terre et de naseaux.

Caresse de corne



71



La forêt fond sur la langue

Dans le parfum d'une mûre.

Faucille d'une fougère

Sur la mousse où s'enchâsse

Un carabe. Un chêne voyage,

Centenaire, à bord d'un gland.

Biches secrètes,

Le cœur aux écoutes, l’œil

Pareil aux baies d'automne.

Pirogue d'un tronc

Dans la clairière

Près d'une bauge

Cuirassée d'épines.



72



(...)

Le dos de la ville

Luit comme un squale.

Étoiles en cage,

Coffre-forts muselés,

Veilleuse sous grillage.

(...)

Fuite des feux-rouges

Biffant la nuit. Partout

Des pièges où nul amour

Ne se prend. (...)



78



(...) Où les pins

Fixaient le sable des siècles,

L'homme couche les troncs,

Sème du béton

Éphémère. Déchets

où l'ajonc

Ardait. Cirque pour esclaves,

Un chien fou tourne en rond.



84



(...)

Un enfant dans une cour

Regarde la bétonneuse

Mâcher des rêves de pierre.

Un bloc aux veines de fer

Sevré de sève expose

À la hauteur des nids

Des pots de fleurs, des cages.



92



(...)

De plus en plus tendu

Ce lien avec la vie,

De plus en plus cassant.



93



(...)

Des fougères. Échappée

Soudaine sur la vallée

Où tout clocher épingle un village



104



(...)

Bouchons de bruit,

Lumières qui empêchent d'être.

Attendre la nuit pour voir,

Le silence pour écouter.

Basse continue du sang.

Les voix se lèvent en images

Sur l'écran des yeux fermés.

(...)

Voici venir les sabots

De l'ombre. Le sable craque

Sous les pas du souvenir.





113



(...)

L'épée était si petite

Qu'on aurait dit une épingle :

Celle qui la ramassa

La piqua dans ses cheveux

Sans savoir qu'elle était reine.





161



Une aile, coup de scalpel

Dans l'eau sans poids de l'aube

Et les lèvres de la plaie

Se referment dans un cri

Que boit vite le silence

(...)

Il est possible qu'un fou

Emporté par son élan

Crève cette pellicule

Plus blessante qu'une armure

Et vienne tomber saignant

Dans les bras de la lumière.





167



(...)

Et ceux qui tuent les forêts,

Ceux qui ne croient plus

Qu'à leur moteur,

Ne voit pas le dernier couchant

Appareiller.

 

 

 

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