Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Bernard Werber

    Notre système de surveillance fonctionne trop bien, et la population est en mode paranoïaque constant. Le nuage électronique stresse, là où le nuage psychologique, la Noosphère* à la possibilité de nous apaiser. Et si les gens ont oublié l’importance du contact avec la Noosphère, ils n’oublient pas en revanche, de regarder chaque soir les actualités télévisées, qui n’annoncent que des catastrophes et les maintiennent dans la peur.

    (…) Quand on a l’impression d’être attaqué, nous avons un noyau dans le cerveau, l’amygdale, qui envoie un signal mettant le corps en mode combat ou fuite. C’est une sorte de mode alerte. Le cœur bat plus vite, les poils se dressent, la vigilance est accrue, de la cortisone est envoyée dans le sang pour apaiser la douleur de futures blessures potentielles. Pour que cela fonctionne, il faut que le cortex préfrontal, siège de la raison, s’éteigne, car réfléchir ralentit l’action. Une fois le danger passé, l’hippocampe envoie un produit calmant, ralentit le cœur et permet au cortex préfrontal de fonctionner à nouveau.

     

    - Donc ce mode alerte nous empêche de réfléchir ?


    - Oui. Et puisque les actualités nous envoient en permanence un signal de danger, à force, nous sommes toujours sous tension, comme si nous étions agressés. Et notre cortex préfrontal reste en veille.
     

    in Le sixième sommeil

     

    * Noosphère : l'hémisphère gauche de notre cerveau est dévolu à la logique, c'est le cerveau du chiffre. L'hémisphère droit de notre cerveau droit est dévolu à l'intuition, c'est le cerveau de la forme. Pour une même information, chaque hémisphère aura une perception différente pouvant déboucher sur des conclusions absolument contraires. Il semblerait que, la nuit seulement, l'hémisphère droit, conseiller inconscient, par l'entremise des rêves, donne son avis à l'hémisphère gauche, réalisateur conscient, à la manière d'un couple dans lequel la femme, intuitive, glisserait furtivement son opinion à son mari, matérialiste. Selon le savant russe Vladimir Vernadski (aussi inventeur du mot "biosphère") et le philosophe français Teilhard de Chardin, ce cerveau droit intuitif serait doté d'un autre don encore, celui de pouvoir se brancher sur ce qu'ils nomment la "Noosphère". La Noosphère pourrait être représentée comme un grand nuage cernant la planète tout comme l'atmosphère. Ce nuage sphérique immatériel serait composé de tous les inconscients humains émis par les cerveaux droits. L'ensemble constituerait un grand ensemble, l'Esprit humain global en quelque sorte. C'est ainsi que nous croyons imaginer ou inventer des choses alors qu'en fait, c'est tout simplement notre cerveau droit qui va les chercher dans la Noosphère. Et lorsque notre cerveau gauche écoute attentivement notre cerveau droit, l'information passe et débouche sur une idée apte à se concrétiser en actes. Selon cette hypothèse, un peintre, un musicien, un inventeur ou un romancier ne seraient donc que cela: des récepteurs radio capables d'aller avec leur cerveau droit puiser dans l'inconscient collectif puis de laisser communiquer hémisphères droit et gauche suffisamment librement pour qu'ils parviennent à mettre en œuvre ces concepts qui traînent dans la Noosphère à la disposition de tous.

     

     

  • Pablo Santis

     

    Il y a une tristesse que seuls peuvent provoquer en nous les cirques, les théâtres, les carnavals, les gens déguisés, toute tentative de représentation : comme si les artistes sous leur maquillage et leurs masques voulaient convoquer les choses mauvaises du monde pour les vaincre et les exiler, mais finissent toujours vaincus.

    in La fille du cryptographe

     

     

     

  • Sagesse animale de Norin Chai

    éd. Stock, mars 2018

    9782234084964-001-T.jpeg

    270 pages, 19,50 €.

     

    Ce livre est un témoignage personnel, celui de Norin Chai, un vétérinaire ayant pas mal travaillé à l’étranger avant de devenir le vétérinaire en chef de la « Ménagerie du Jardin des Plantes », ce terme de ménagerie a d’ailleurs une résonance bien obsolète et bien éloignée de la façon dont Norin Chai aborde son travail. Il voue un véritable amour aux animaux et ce n’est pas juste une façon de parler, mais bien d’un amour au sens le plus élevé du terme, ce qui lui a permis de s’ouvrir à cette sagesse animale dont il est question dans ce livre. Ce n’est pas sans rapport avec sa pratique bouddhiste : né au Cambodge, cette pratique le rapproche également de ses racines tout en nourrissant sa conviction que le vivant est sacré, sacré au sens le plus simple du terme. Ce qui est sacré provoque en nous de la joie, de l’émerveillement, de l’humilité et donc du respect, il n’y a plus de hiérarchie, la vie est la vie quelle que soit sa forme et elle ne peut qu’être respectée et protégée.

    Ce témoignage d’un professionnel qui consacre sa vie à comprendre et soigner les animaux, à prendre soin de leur bien-être et pas seulement sur un plan purement physique, fait écho au Plaidoyer pour les animaux de Matthieu Ricard, qui est cité entre autres sources recensées en fin de livre, ouvrant d’autres pistes à une compréhension plus juste, plus sensible, plus intelligente et donc plus humaine — au sens le plus élevé du terme —  de notre rapport aux animaux et de notre responsabilité vis-à-vis de tout le vivant, y compris donc vis-à-vis de nous-mêmes.

    Nous vivons au pays de Descartes. Descartes et sa thèse de l'Animal-machine, juste un assemblage de pièces et rouages, dénués de conscience ou de pensée, thèse qui aujourd’hui pourrait paraître totalement dépassée, ridicule même, mais en sommes-nous vraiment sortis de cette vision purement mécaniste du XVIe siècle ? Pas sûr quand on examine en toute conscience l’industrialisation de l’élevage et l’exploitation animale sous toutes ses formes — qui n’est pas sans lien avec l’exploitation de l’humain par l’humain — et « Il a quand même fallu attendre le 28 janvier 2015 pour que notre Parlement considère les animaux comme des "êtres vivants doués de sensibilité" ».

    C’est donc une très bonne chose que ce livre, surtout quand il est écrit par un vétérinaire qui a aussi un impact médiatique, puisque il coanime également une émission sur Antenne 2 : Pouvoirs extraordinaires des animaux et on sait à quel point les idées sont plus massivement intégrées quand elles sont vues à la télé…

    Ceci dit, ce livre n’a pas la prétention d’être plus que ce qu’il est, ce n’est pas un ouvrage technique spécialisé mais un témoignage personnel et engagé qui se lit facilement, avec plein de petites anecdotes tirées de l’expérience directe de l’auteur et qui est lié à sa propre quête de sagesse. Ce témoignage bouscule les idées reçues, les préjugés — notamment à propos de l’homosexualité que trop encore considèrent comme « contre-nature » — et nous ouvre à un questionnement plus profond sur notre rapport au vivant, un questionnement essentiel qui détermine notre propre évolution en tant qu’humain ou notre propre déclin — et pas seulement sur un plan moral — si nous ne sommes pas capables d’en saisir l’urgence.

    Divisé en plusieurs chapitres (la morale, la politique, la science, la métaphysique des animaux, en passant par les animaux médecins...), l'ouvrage permet de comprendre comment les animaux peuvent nous rendre plus humains. Le dernier chapitre s’intitule : L’homme, un animal en quête de bonheur.

    Alors, qu’est-ce qu’on attend pour renouer avec nous-mêmes ?

     

    Cathy Garcia

     

    000000221324_L_CHAI+Norin+%A9+Philippe+Matsas.jpgNorin Chai est né au Cambodge en 1969. Adepte de la méditation depuis l’âge de 10 ans, moine bouddhiste à 20 ans, il est aujourd’hui vétérinaire en chef de la Ménagerie du Jardin des Plantes à Paris. Il est coanimateur avec Michel Cymes et Adriana Karembeu des « Pouvoirs extraordinaires des animaux » sur France 2.

     

     

     

     

     

     

     

  • Aujourd’hui est habitable lu par Lieven Callant

    Une chronique de Lieven Callant

    https://revue-traversees.com/2018/11/17/cathy-garcia-canales-aujourdhui-est-habitable-poesie-cadere-editeur-36-pages-2018-12e/

    Cathy Garcia Canalès, Aujourd’hui est habitable, poésie, Cadère éditeur, 36 pages, 2018, 12€

    « Aujourd’hui est habitable » affirme le titre de ce recueil de poésies. Reste à savoir par qui et comment? 

    Pour le savoir, il faut peut-être se rendre au jardin. En ce jardin intérieur aussi. Apprivoiser son regard, être capable de distinguer sans juger, sans abattre, sans disqualifier. Utiliser le silence pour lancer ses messages, attendre, comprendre. Redouter et douter encore. Se mettre à la place de l’arbre, de l’autre. Suivre les racines au-delà des tourbes noires, des terres bouillies par la pluie. Contourner les dires « D’austères marionnettes (qui) attendent à la porte avec leur couteau à moelle »

    Se délester, se désengluer, s’estomper en commençant par les angles. L’être humain est plein de contradictions. Il n’est pas facile de savoir ce qui se cache sous les mots qu’il nous donne ou nous lance telles des graines qui devraient nous nourrir. Tellement de phrases finalement blessent, ne sont pas à leur place. Tellement de lucioles se font passer pour des étoiles.

    J’ai le sentiment que c’est contre cela que s’élève la poésie de Cathy Garcia Canalès. Elle témoigne d’un travail personnel complexe. En quelques pages, elle invente son langage avec ses références propres, ses significations spécifiques, ses jeux de contrastes ou ses potions de mots presque semblables. C’est finalement entre les lignes, au détour d’un assemblage de mots que l’on découvre l’humain, le végétal, la vie suintant autour du minéral. Les astres, les mots, la vie se cache dans le jardin de Cathy Garcia Canalès. Le jardin du poème, le jardin de l’écriture. 

    « nos mains dépliées

    les dés d’argile roulent

    comme des perles »

    Habiter la poésie ce n’est pas qu’habiter une prison obscure, ce n’est pas chercher d’une manière sournoise sans jamais oser se l’avouer qu’on ne désire que la gloire. Obtenir le pouvoir sur les mots. Nous forcer à les boire. 

    « tandis que s’envole la chimère

    libre et merveilleuse

    nous secouerons la pesanteur

    pour fuir l’étreinte des goudrons

    roulerons sous les horizons

    tranchants comme des rasoirs

    à la gorge du ciel »

    Le travail poétique de Cathy Garcia Canalès explore l’aujourd’hui. La brièveté omniprésente. Explore les chemins jonchés de ronces, de racines, de sources entravées, de saisons qui se mélangent. L’auteur avance sans machette, sans s’empêcher de regarder, de comprendre que son amour est un combat et que rien n’est gagné d’avance.

    « bientôt nous irons nous aimer

    la tête ourlée de pluie »

    La poésie de Cathy Garcia Canalès au même titre que deux des images qui accompagnent les textes ne montre pas uniquement ce qu’elle donne à voir ou décrit avec une précision tranchante. Elle canalise des zones de flou, de brumes et devient en certains points abstraite, inimaginable. 

    Cette semi-abstraction devient habitable il faut juste franchir une clôture, nos frontières. 

    « la rumeur fauve du soir

    perce la gangue du monde »

    « dans la cuve des constellations

    un dangereux morceau d’immensité

    oeuvre et s’enroule »

    Toutes les clés de cet endroit habitable ne nous sont pas offertes car les serrures changent d’un individu à un autre mais aussi parce qu’il nous faut apprendre que ces clés n’ont pas à tomber dans les mains de n’importe qui. Cet espace habitable se préserve. Se cache là où on ne le soupçonne pas. 

    Quelque chose de ce livre et sans doute l’essentiel s’échappe toujours. Est au delà de ce chemin défriché. Quelque chose nous pousse à nous demander: « Vais-je bien? »

    Lieven Callant