Sophie Cauvin

Sec
sec
sec
du roc nu
poussière
dedans
dehors
se racler
encore et encore
sec
sec
sec
se racler la gorge
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Sec
sec
sec
du roc nu
poussière
dedans
dehors
se racler
encore et encore
sec
sec
sec
se racler la gorge

Avancer dans le brouillard
sans trop comprendre
ce qui est là
ce qui n'y est pas
des amas
des constructions
des vestiges
et cet étouffement
qui nous déchire
perdu.es
nous sommes
égaré.es
nous sommes
au carrefour du néant
où sifflent les douleurs

Ces jours où mon âme
est une petite dame
si vieille
si fatiguée
appuyée contre un mur
qui l'avale

Je cueillerai des bouquets de guérison
que je plongerai dans un vase de feu
et qu'on en finisse avec les sanies
des ténèbres
Au galop doux
les nuages
entre chien et loup
peinture fraîche
au plafond
des rêves

Pression
compression
de tout ce qui nous
serre trop fort
étau
de concrétions
à créations
nous ressortons
plus solides
plus précieuses

Dans le drap froissé
le temps
à jeté son encre
Tout brûle
hectares
arbres
végétaux
animaux
maisons
des gens aussi
des pompiers
tout brûle
l'enfer programmé
de la bêtise humaine
multipliée
par le coefficient
des marées de nullité
quelques abrutis
pyromanes
mégots jetés
par des écervelés
nos étincelles
d'inadvertance
rarissimement
cause naturelle
si ce n'est
la fièvre de la Terre
tout brûle
et les incapables
opportunistes assassins
les fauteurs de pas de moyens
qui détiennent les pouvoirs
partout continuent
à arroser à l'essence
de leur avidité
de leur corruption
de leurs mensonges
et s'empiffrent
des cendres
et chiffrent
les bénéfices
de nos larmes
il ne fait pas beau non
il fait cauchemar
il fait noir noir noir
dans les fumées
des désastres
il fait douleur
charbon du vivant
il fait crève-cœur
240726

Quand elle fusionna
avec la forêt
elle offrit ses yeux
à la nuit
et libéra
les oiseaux du jour

Un dragon respire
dans les branches
de la nuit

Quand il n'y aura plus rien
qu'une terre nue
un chemin ascendant
vers le néant
que les nuages
ne seront plus
gorgés de pluie
que les corbeaux
s'entretueront
pour un grain
imaginaire
nous nous partagerons
le vent sec
à la table du silence

Échouée sur le sable
enlisée jusqu'au squelette
devenir plage

L'eau peut devenir une obsession
la désirer
la rêver
l'appeler
par toutes nos pores

Nous appartenons tous au même arbre.
Arbre de vie originel, arbre du péché d’oubli.
La folle feuille qui en tombant pense qu’elle est enfin libre.
Les feuilles passent, l’arbre demeure. Lent retour vers les racines pour celui qui cherche, se concentre, traverse la sève, retourne au point zéro de la poussée.
Plus bas encore, dans les entrailles de terre et de pierre, dans les sables, les schistes, les marnes, plus bas encore jusqu’au feu, noyau ardent où mugissent les chants des genèses.
in Chroniques du hamac, à tire d'ailes, 2008

je suis un arbre
vieux seul tordu
dans l'espace nu
des herbes folles
des herbes sèches
un arbre
façonné
par les vents
seul
qui résiste