Violette Leduc
Être désespérée ne veut pas dire qu'on n'espère plus.
in Ravages
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Être désespérée ne veut pas dire qu'on n'espère plus.
in Ravages
Nous avons roulé enlacées sur une pente de ténèbres.
in Thérèse et Isabelle


La connaissance intérieure et les expériences extérieures anormales leur montrent un côté de la réalité que les autres ignorent et commencent ainsi leur voyage vers l’éveil.
Chaque étape du voyage est faite en suivant le cœur au lieu de suivre la foule et en choisissant la connaissance et non pas les voiles de l’ignorance.
Et je me demandais si je veillais ou si je dormais, - si c'étaient les pâleurs de la
lune ou de Lucifer, - si c'était minuit ou le point du jour !
in Gaspard de la nuit
Structurellement, l’équivalent politique de l’entreprise est l’état totalitaire.
in La fabrication du consentement



À l’origine était le Vide, et la Nuit, et le noir Erèbe, et le large Tartare ; la Terre, l’air ni le ciel n’existaient pas encore. Mais dans les profondeurs infinies de l’Erèbe, la nuit aux ailes noires enfanta un œuf sans germe, d’où sortit, à la saison fixée, Eros le désirable, le dos resplendissant de deux ailes d’or, pareil aux tourbillons rapides comme le vent. S’étant uni de nuit au vide ailé, dans le large Tartare, il façonna notre race (à nous les oiseaux) et la fit surgir la première à la lumière. Celle des Immortels n’existait pas avant qu’Eros n’eût opéré l’union de toutes choses : du mélange progressif des éléments entre eux sortirent le Ciel, l’Océan, la Terre, et la race impérissable des dieux bienheureux.
in Les Oiseaux
Le poème
Aigremoine, aristoloche, benoîte, bétoine, bleuet, condamine, chélidoine, chiendent, cigüe, colchique, consoude, dauphinelle, digitale, euphorbe, fenouil, ficaire, fumeterre, germandrée, guimauve, lamier, liseron, mélilot, mercuriale, millepertuis,
achillée, absinthe, angélique, arum sauvage, aspérule, berce, bourrache, bryonne navet, capucine, carvi, chicorée, datura, trigonelle, jusquiame, laitue, marguerite, menthe, moutarde, orties, pensée, romarin, roquette, rue, safran, sarriette, sauge,
trique madame, verveine, aneth, armoise, bardane, belladone, cerfeuil, coquelicot, joubarbe, jonquille, lavande, lierre, mauve, myosotis, marjolaine, persil, pervenche, sorcière, molène, morelle, narcisse, orchidée, origan, centaurée, pissenlit,
pulmonaire, salicaire, saponaire, scabieuse, séneçon, souci, tanaisie, tussilage, valériane, véronique, violette, vipérine, pimprenelle, rhubarbe, raifort, thym, gaillet, mélisse, pariétaire, cassa, ail, genêt, éricale, solanée, primevère, balsamine, herbes Saint-Jean…
in De brins et de bribes
avec Jean-Louis Millet, encres
éditions du Cygne

"Naïa la noire, la sorcière de Rochefort-en-Terre, intrigue depuis plus d’un siècle. Sorcière sans sabbat, sans diable et bien sûr sans balai, elle continue à s’environner de mystère… On ne trouve nulle part sa trace, il semble que son apparition et sa disparition soient advenues comme par surprise, et sans témoins. On lui prête beaucoup de talents qui relevaient de la sorcellerie : elle prédisait l’avenir, maudissait en invoquant le démon Gnâmi, et ne mangeait jamais. Dotée du don d’ubiquité, elle était insensible à la douleur, et ne craignait pas le feu. Elle soignait les villageois de manière empirique, mais pas forcément magique : elle réparait les entorses et les fractures, soulageait les maux divers, du ventre ou de la poitrine, fabriquait ses remèdes. Les légendes des cartes postales qui la représentent divergent sur sa fonction : sorcière, guérisseuse, vieille femme, ou simplement servante… L’une d’elles la représente s’apprêtant à lire dans la main d’une jeune paysanne."
Dans "La Vieille France Qui S'en Va", Charles Géniaux décrit sa rencontre au début du XXième siècle avec la sorcière du village.
" Elle me parut une femme robuste de soixante années. Ses traits, son front ridé, pouvaient être d'une centenaire, cependant que ses mains charnues et solides démentaient la vieillesse précoce du haut de son visage".
Vieille femme à l'allure sévère, dotée du bâton noueux des sorciers, Naïa s'était fait la maîtresse d'un lieu digne de son personnage, vieux, intemporel et mystérieux : le château de Rieux. On la disait immortelle. Car de mémoire d'homme, on avait toujours connu la même silhouette vieille, sombre et vigoureuse. Naïa semblait échapper aux lois du temps. Elle ne mangeait ni ne buvait car, disait-elle, "Est-ce que les anges mangent ? Nous n'en avons pas besoin non plus." Et jouait ainsi de son rôle de sorcière presque avec amusement.
Car on racontait beaucoup sur Naïa. Ses exploits fascinaient les populations alentours. Elle possédait le don d'ubiquité, faisait parler les feux dont le cuir de sa peau était insensible, lisait l'avenir, communiquait avec l'esprit de "Gnâmi" : "J'ai la puissance et Gnâmi est plus fort que la mort !". A la question de qui était Gnâmi, elle répondait : "Gnâmi est Celui qui peut, Celui qui veut, Celui qu'on ne voit pas."
En réalité, Naïa était une femme intelligente et instruite. Charles Géniaux rapporte qu'elle lisait même les journaux. C'était la fille d'un rebouteux de Malensac et avait hérité de dons de ventriloques et de plusieurs tours de saltimbanques. Ainsi s'était construite et perpétuée la légende de Naïa, la "chaman" de Rochefort en Terre.
L'éditeur Stéphane Batigne a traduit le récit de Charles Géniaux (1899) jusque là non disponible en français et l'a publié en 2019 :
À la toute fin du dix-neuvième siècle, l’écrivain et photographe Charles Géniaux séjourne à Rochefort-en-Terre. Il y découvre l’existence d’une mystérieuse créature rôdant dans les ruines du vieux château de Rieux : Naïa. Cette femme sans âge et sans domicile connu manipule les braises, voit dans l’avenir, ne mange jamais et a le don d’ubiquité. Il n’en faut pas plus pour qu’on lui prête une réputation de sorcière. Avec ce récit, publié en anglais en 1899 dans la revue britannique Wide World Magazine, Géniaux mène une véritable enquête sur le personnage de Naïa. Il va à sa rencontre, recueille des témoignages, croise les informations. Sans oublier de prendre des photos de la «sorcière de Rochefort».
"Elle se tenait là, dans sa majestueuse laideur, solennelle et imposante comme une pythie des anciens temps. Nous nous observâmes l’un l’autre en silence. Ses yeux inspiraient l’effroi : enfoncés dans leurs orbites, de teinte crémeuse, vitreux comme ceux des morts. Ses mains, larges et osseuses, reposaient sur un bâton épineux et une sorte de châle sans couleur, couvrant en partie sa tête et ses épaules, tombait jusqu’à ses pieds. De longues mèches de cheveux blancs s’échappaient en désordre de sa capuche. Une volonté indomptable était imprimée sur son visage ridé, avec une expression d’intelligence encore plus frappante que l’affreuse laideur de son apparence."
