Thérèse Jolly - Les bergers

J'avais parlé de marie-terre trouvé dans une boite à livres, j'ai donc cherché le premier livre-témoignage de Thérèse Jolly, Les Bergers (1974), plus brut que marie-terre, émaillé de poèmes, c'est un récit de première main, précieux.
"Bergers de la Coopérative Ovine Vendéenne de 1948 à 1966, Thérèse et son mari Jean ont déménagé en Bretagne, pour s’occuper du troupeau d’un colon d’Afrique du Nord dans un premier temps ; à leur propre compte dans un second, à partir de 1970. Thérèse et Jean furent les premiers à créer en centre de Bretagne bretonnant "L’Accueil à la ferme ovine" : tables et chambres d’hôtes."
Madame et son teckel flânaient dans l'avenue.
Au fond du caniveau, affamée, demi-nue,
Une blondinette fouillait les résidus.
Étant déjà gavé, le chien de l'élégante
Refusa un gâteau qui roula sur la pente.
L'enfant d'homme, du chien dévora le surplus.
(...)
J'aimerais être ce soir un gisant de pierre. Je m'allongerais au côté de mon mari. Dans l'éternité, les foules touchées se répéteraient : " Comme ils sont unis ! Dieu qu'ils sont beaux !"
(...)
X a tué.
C'est un héros, dit la guerre.
Un criminel rétorque la mère du mort.
Que dit Dieu ?
Née le 19 novembre 1930, Thérèse Jolly, mère de cinq enfants, nous a quitté en 2018 à l'âge de 88 ans, deux ans après son mari et on peut dire, oui : quelle vie ! Quelle force pour endurer toutes les épreuves, la misère et ce qu'on sait moins, le mépris envers cette profession de bergers, surtout quand on est pas à son compte. Rude rude ruralité. Et clairement, Thérèse Jolly était une bergère atypique, une âme poète un peu sorcière, ce qui n'a pas dû aider.
