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Laurent Bouisset - Matin clone

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 éd. Parole d'auteur, Toulon, 2023

 

 

 

 

la lumière devant nous naissait

ou du moins s'efforçait de naître

les photons avaient pris du tramadol



(...)



le train s'appelle la bestia c'est un dos



de métal angoissé

sur lequel des humains

s'agrippent à mort

et mangent la faim

sirotent la soif

en priant dieu comme ils respirent

pour éviter les narcos la flicaille

gare aussi aux branches calmes des arbres

pouvant crever un œil... SOUDAIN



les femmes de la gare APPARAISSENT

las patronas, on les appelle

elles ont les bras tendus

et leur filent au passage

un sac plein d'bouffe en un centième

ou le jettent au hasard sur le dos de la bête



c'est un éclair seulement de générosité

ces affamés de la bestia n'ont pour elle aucun nom

aucun visage ému disant gracias



(...)



pis la physique quantique aux toilettes arrange pas ta nébuleuse

t'as paumé maintenant le verbe paumer

tu cherches autour le verbe chercher



(...)



l'immense est où ? L'immense, bon sang

dans cette vie de tiroir, ce monde à plat

où la seule altitude est celle des dos d'âne

(...)

peut-être est-il égaré dans l'infime

et je n'ai pas de loupe

(...)

non, c'est bien lui... c'est bien

son eau que j'entends remuer

dans la conque d'un moment seul



l'immense existe

l'immense est là



(...)

la terre n'est pas le contraire de la mer

dis-tu dans un mail envoyé au vent

(...)

l'eau bat les cartes

et si l'as sort

tu disparais ou tu t'enflammes



(...)

ta main se vêt d'écailles étranges

torrent mixture excès fissures

la lenteur d'un corbeau te berce

autant qu'elle te chavire



(...)



poétique ? non, réel



l'intérieur d'une baleine

redevient sans éclat

un parking souterrain



chiottes pas lavées / machines à tickets /néons sales

et les rivières de l'indicible sont des fumées

d'échappements crachées

à la gueule des humains

allongés insomniaques sur le bitume



un seul édredon : l'amertume

(...)

les plus fortunés ont calé

sous leur crâne ensuqué

un peu d'carton ;

quelques-uns sont couchés

à même le sol rugueux

sans oreiller

(...)

tout pue la mort

ici

bien sûr / mais la main touche un corps



et le regard ému

d'un homme à terre

pulvérise à lui seul

un astre immense





(...)



le Big Bang est le responsable de ça

le Big Bang a fait succéder atomes et matières aux seules particules

avant lui pas de vaisselle à minuit

pas d'engueulades l'après-midi non plus

même pas de couples à priori

ni même de nuit ou juste nuit?

nuit était-elle avant son contraire

éponge arrache encore des morceaux minuscules au plat

dire que des planètes se formèrent à partir des résidus aussi nazes

poussières errant de-ci de-là sans grille horaire



(...)



c'est plus ou moins l'heure ou l'infime et l'infini ont les joues proches



(...)



la splendeur dont tu parles

qui te dit que les renards la voient pas ?

bon, ces rouquins fabriquent pas d'art

l'argument est de taille

mais c'est peut-être qu'ils jugent la beauté

suffisante

autour d'eux

ils se contentent de laper le monde

nous, on sale l'horizon

on sucre à mort

 

 

 

 

Commentaires

  • Intéressant

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