Michal Tercjak - Kerry, Irlande

Échouée sur le sable
enlisée jusqu'au squelette
devenir plage
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Échouée sur le sable
enlisée jusqu'au squelette
devenir plage

L'eau peut devenir une obsession
la désirer
la rêver
l'appeler
par toutes nos pores

Nous appartenons tous au même arbre.
Arbre de vie originel, arbre du péché d’oubli.
La folle feuille qui en tombant pense qu’elle est enfin libre.
Les feuilles passent, l’arbre demeure. Lent retour vers les racines pour celui qui cherche, se concentre, traverse la sève, retourne au point zéro de la poussée.
Plus bas encore, dans les entrailles de terre et de pierre, dans les sables, les schistes, les marnes, plus bas encore jusqu’au feu, noyau ardent où mugissent les chants des genèses.
in Chroniques du hamac, à tire d'ailes, 2008

je suis un arbre
vieux seul tordu
dans l'espace nu
des herbes folles
des herbes sèches
un arbre
façonné
par les vents
seul
qui résiste
Lourde atmosphère
sensation indéfinissable
printemps précoce
mais silencieux
une abeille
un bourdon
et la guerre
s'asseoir
pleurer
lever les yeux
au ciel théâtre
de lumière

Comme des taches
qui se répandent
des molécules qui
éclatent
un retour à
l'indifférencié
juste un frisson

Un oiseau sur la branche
un oiseau plutôt que rien
un simple trait
à la plume vive

L’ourse n’a jamais été bipolaire — polaire parfois, égarée sur les banquises du monde — mais c’est une ourse qui a toujours refusé le dressage pour le cirque et les barreaux des zoos, une ourse triste qui piste la source et une ourse de joie, oui, sauvage oui, et douce aussi comme le miel. Les griffes et les crocs, c’est surtout contre elle-même qu’elle les a usés. Aujourd’hui, c’est une vieille ourse — plus sage peut être — qui vous regarde et elle a enfin trouvé une tanière.
in ©Ourse (bi)polaire, à tire d'ailes, 2024

J'ai un oiseau dans l’œil
un jeune faucon
qui prend le soleil
à l'ombre de mes cils
j'ai un oiseau
juché
sur le bord
de ma prunelle
précieux
il fait entrer
la lumière
Buée matinale
traces mystérieuses
juste une impression

Les traces que laissent
les arraché.e.s
l'incendie qui couve
dans les charbons
Depuis ta mort
je ne peux plus voir
un arc-en-ciel
sans pleurer
mais cette émotion
qui m'étreint
est si belle

Vignes enfuies
des mémoires défuntes
paysages remués
de l'intérieur
éboulis de nuages
tout ce qui fut de terre
tout ce qui fut au ciel
les vins aigres
les larmes séchées

Dans les landes
de ses rêves
elle erre en longue
robe noire
in De Charybde en Scylla suivi de Puiseuse (à paraître, octobre 2026)
Que transperce la lumière
nos vieux hivers
nos silences
ont assez duré !