Nenad Bacanovic

Les traces que laissent
les arraché.e.s
l'incendie qui couve
dans les charbons
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Les traces que laissent
les arraché.e.s
l'incendie qui couve
dans les charbons
Depuis ta mort
je ne peux plus voir
un arc-en-ciel
sans pleurer
mais cette émotion
qui m'étreint
est si belle

Vignes enfuies
des mémoires défuntes
paysages remués
de l'intérieur
éboulis de nuages
tout ce qui fut de terre
tout ce qui fut au ciel
les vins aigres
les larmes séchées

Dans les landes
de ses rêves
elle erre
en longue robe noire
son cri muet
ses yeux de brumes
et de broussailles
Que transperce la lumière
nos vieux hivers
nos silences
ont assez duré !

Fournaise dans les veines
du grand dragon
qui se réveille

Elle arrive de loin
envoyée des profondeurs
catasismiques
des genèses prolifiques
elle arrive
écume légère
langue de lumière
pour lécher les ténèbres
elle arrive la toute douce
inspire
ouvre tes poumons
à la puissance
de son déferlement
sens battre dans tes reins
le vieux tambour
de toutes les origines

Caput corvi
le temps de la putréfaction
a commencé
nigredo
vieux Mercure
de la renonciation
mon beau corps beau
échangeons nos souffles
je confie la douleur
au chaudron
de la Materia prima
cuisson lente
de l'âme
jusqu'à désincarcération
en échange tu m'insuffles
nouvelle vie

Ponction
suppression
annulation
abandon
destruction
ne voyez-vous pas
ne sentez-vous pas
ce qui suce
ce qui pompe
et qui ne laisse
que coquilles
vidées
les miettes
de nos mythes
d'humanité
?

Non ce ne sont pas des mots croisés
ni la grille du solitaire
de la solitude peut être
celle des villes
à capsules
à mégots
que l'on jette
parce que le sol
n'est qu'un réceptacle
une poubelle
un cendrier
et qui sera assez mal payé
pour déloger les déchets
d'un calendrier de l'avent
du néant perpétuel ?
(Merci au Musée improbable pour la photo)

J'aime les anges
que nous imaginons
tissés de plumes
et de lumière
j'aime le mot ange
oui mésange
et je feins d'ignorer
que deux lettres
en étau
disent danger
d'anges heureux
qui d'un seul f
une seule flamme
se fangent
j'aime les anges
qui se mangent
des cieux
anges de lumière
de plumes bleues
ces étranges
êtres anges
étrangers
qui dérangent
donnent langue
à l'échange
et nous changent
l'eau du cœur
et ce monde a bien besoin
d'une bonne vidange

L'accepter cette nudité
ce dépouillement
et accueillir
recueillir
ce
qui s'écoule
du réel fracturé
flux aléatoire
d'une paix silencieuse
une joie pauvre
qui concentre pourtant
l'exultante puissance
des torrents
le profond intense
des océans

L'absence
le vide
la sonnerie occupée
pas de sonnerie du tout
un appel lointain
qui n'a pas abouti
la brume du passé
le bruit des pas
qui s'éloignent
l'absence de pas
sous la pluie
d'une nuit
qui ne finit pas

Comme une vague pétrifiée
par le gel du sensible
je suis à l'arrêt
souffle coupé

Debout au centre du carrefour du vide
seule une maison plus loin
abri antinéant ou piège cossu
se tenir là debout
au centre du carrefour du vide
proie pour les serres
des ombres à venir