Yevgeniya Mikhailik

Pression
compression
de tout ce qui nous
serre trop fort
étau
de concrétions
à créations
nous ressortons
plus solides
plus précieuses
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Pression
compression
de tout ce qui nous
serre trop fort
étau
de concrétions
à créations
nous ressortons
plus solides
plus précieuses

Dans le drap froissé
le temps
à jeté son encre
Tout brûle
hectares
arbres
végétaux
animaux
maisons
des gens aussi
des pompiers
tout brûle
l'enfer programmé
de la bêtise humaine
multipliée
par le coefficient
des marées de nullité
quelques abrutis
pyromanes
mégots jetés
par des écervelés
nos étincelles
d'inadvertance
rarissimement
cause naturelle
si ce n'est
la fièvre de la Terre
tout brûle
et les incapables
opportunistes assassins
les fauteurs de pas de moyens
qui détiennent les pouvoirs
partout continuent
à arroser à l'essence
de leur avidité
de leur corruption
de leurs mensonges
et s'empiffrent
des cendres
et chiffrent
les bénéfices
de nos larmes
il ne fait pas beau non
il fait cauchemar
il fait noir noir noir
dans les fumées
des désastres
il fait douleur
charbon du vivant
il fait crève-cœur
240726

Quand elle fusionna
avec la forêt
elle offrit ses yeux
à la nuit
et libéra
les oiseaux du jour

Un dragon respire
dans les branches
de la nuit

Quand il n'y aura plus rien
qu'une terre nue
un chemin ascendant
vers le néant
que les nuages
ne seront plus
gorgés de pluie
que les corbeaux
s'entretueront
pour un grain
imaginaire
nous nous partagerons
le vent sec
à la table du silence

Échouée sur le sable
enlisée jusqu'au squelette
devenir plage

L'eau peut devenir une obsession
la désirer
la rêver
l'appeler
par toutes nos pores

Nous appartenons tous au même arbre.
Arbre de vie originel, arbre du péché d’oubli.
La folle feuille qui en tombant pense qu’elle est enfin libre.
Les feuilles passent, l’arbre demeure. Lent retour vers les racines pour celui qui cherche, se concentre, traverse la sève, retourne au point zéro de la poussée.
Plus bas encore, dans les entrailles de terre et de pierre, dans les sables, les schistes, les marnes, plus bas encore jusqu’au feu, noyau ardent où mugissent les chants des genèses.
in Chroniques du hamac, à tire d'ailes, 2008

je suis un arbre
vieux seul tordu
dans l'espace nu
des herbes folles
des herbes sèches
un arbre
façonné
par les vents
seul
qui résiste
Lourde atmosphère
sensation indéfinissable
printemps précoce
mais silencieux
une abeille
un bourdon
et la guerre
s'asseoir
pleurer
lever les yeux
au ciel théâtre
de lumière

Un oiseau sur la branche
un oiseau plutôt que rien
un simple trait
à la plume vive

L’ourse n’a jamais été bipolaire — polaire parfois, égarée sur les banquises du monde — mais c’est une ourse qui a toujours refusé le dressage pour le cirque et les barreaux des zoos, une ourse triste qui piste la source et une ourse de joie, oui, sauvage oui, et douce aussi comme le miel. Les griffes et les crocs, c’est surtout contre elle-même qu’elle les a usés. Aujourd’hui, c’est une vieille ourse — plus sage peut être — qui vous regarde et elle a enfin trouvé une tanière.
in ©Ourse (bi)polaire, à tire d'ailes, 2024

J'ai un oiseau dans l’œil
un jeune faucon
qui prend le soleil
à l'ombre de mes cils
j'ai un oiseau
juché
sur le bord
de ma prunelle
précieux
il fait entrer
la lumière
Buée matinale
traces mystérieuses
juste une impression