Saskia Boelsums

L'eau peut devenir une obsession
la désirer
la rêver
l'appeler
par toutes nos pores
de terre
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L'eau peut devenir une obsession
la désirer
la rêver
l'appeler
par toutes nos pores
de terre

Nous appartenons tous au même arbre.
Arbre de vie originel, arbre du péché d’oubli.
La folle feuille qui en tombant pense qu’elle est enfin libre.
Les feuilles passent, l’arbre demeure. Lent retour vers les racines pour celui qui cherche, se concentre, traverse la sève, retourne au point zéro de la poussée.
Plus bas encore, dans les entrailles de terre et de pierre, dans les sables, les schistes, les marnes, plus bas encore jusqu’au feu, noyau ardent où mugissent les chants des genèses.
in Chroniques du hamac, à tire d'ailes, 2008
Veille bassine de cuivre
confettis de prunier
sur l'eau des oiseaux

je suis un arbre
vieux seul tordu
dans l'espace nu
des herbes folles
des herbes sèches
un arbre
façonné
par les vents
seul
qui résiste
Lourde atmosphère
sensation indéfinissable
printemps précoce
mais silencieux
une abeille
un bourdon
et la guerre
s'asseoir
pleurer
lever les yeux
au ciel théâtre
de lumière
une plume
sur une tige
une bêtange
ébouriffée
Sur chaque soleil
une abeille
récolte
son butin d'or
Mère des millions
Plante chandelier
si loin
Kalanchoe delagoensis
de ta terre malgache
merci
de me faire enfin
l'honneur de tes fleurs
dont la couleur tendre
adoucit mes peines

Un oiseau sur la branche
un oiseau plutôt que rien
un simple trait
à la plume vive

L’ourse n’a jamais été bipolaire — polaire parfois, égarée sur les banquises du monde — mais c’est une ourse qui a toujours refusé le dressage pour le cirque et les barreaux des zoos, une ourse triste qui piste la source et une ourse de joie, oui, sauvage oui, et douce aussi comme le miel. Les griffes et les crocs, c’est surtout contre elle-même qu’elle les a usés. Aujourd’hui, c’est une vieille ourse — plus sage peut être — qui vous regarde et elle a enfin trouvé une tanière.
in ©Ourse (bi)polaire, à tire d'ailes, 2024

J'ai un oiseau dans l’œil
un jeune faucon
qui prend le soleil
à l'ombre de mes cils
j'ai un oiseau
juché
sur le bord
de ma prunelle
précieux
il fait entrer
la lumière
Buée matinale
traces mystérieuses
juste une impression

Les traces que laissent
les arraché.e.s
l'incendie qui couve
dans les charbons
Depuis ta mort
je ne peux plus voir
un arc-en-ciel
sans pleurer
mais cette émotion
qui m'étreint
est si belle

Vignes enfuies
des mémoires défuntes
paysages remués
de l'intérieur
éboulis de nuages
tout ce qui fut de terre
tout ce qui fut au ciel
les vins aigres
les larmes séchées