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15/04/2021

Pauline Ohrel

Pauline Ohrel Magic Wire Mesh Sculpture.jpg

 

femme fantôme

aux yeux de cendres

 fruit de brume

à la bouche anémone

tu souffles

de douces spirales

sur mes insomnies

ton nom est gravé sur un os

enfoui quelque part

sous une colline

 

marquise vaporeuse

offre-moi

la dernière valse

un tour de passe-passe

car sur mes lèvres la vie

déjà se consume

 

in Mon collier de sel, à tire d'ailes 2020

 

 

01/04/2021

Auteur inconnu

 

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Saison des sauts

 

Les saisons sous les ponts

Tissent des vents bleus

Ensablent les mémoires

Dessèchent les instants

Soie coton et brindilles

 

Les monstres lèchent

Le tranchant du parapet

Lancent aux passants égarés

De fines aiguilles de pluie

 

Les poissons dévorent la pierre

Usent le temps

L’abîment en eau de prière

 

Un homme aveugle

Se jette dans le vide

Lové sur lui-même

Fragile coquille

 

in Mystica perdita, à tire d'ailes 2009

 

 

 

27/03/2021

Zdzisław Beksiński

 

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PLUS ENVIE 


Avant j’écrivais comme on dégueule, ça jaillissait, débordait, vomissait de partout, maintenant je retiens, je ravale, je n’en veux plus, écrire en moi c’était crier, trop de noir, trop de poisse, trop de poids, trop de larmes, des strates de mélasses et de poissons suffoquant. Avant j’écrivais, non, ça m’écrivait, me traversait, me transperçait, je n’avais pas de digues, je n’en voulais pas, aujourd’hui non plus je n’en veux pas, mais je ne veux plus écrire. Le noir me fatigue, le malheur aussi, la névrose, la déprime, la rage, les armes dont je ne voulais pas que j’ai retournées contre moi-même, à me forer jusqu’à l’os, à traquer sans répit le pourquoi. C’est vrai ça, pourquoi ? 

Aujourd’hui je n’écris plus, la source est retournée dans les limbes, et moi je cherche le neuf. Une place que je n’aurais pas eu à voler, une place pour laquelle je n’aurai pas à me raboter ou au contraire à me rajouter des parures, des enflures. Écrire m’ennuie, j’ai déjà tout dit et ça ne change rien. Plus envie de dire, envie de rire, de vivre. D’accomplir des gestes qui servent à quelque chose. C’est idiot. C’est dire à quel point je ne me sens toujours pas légitime.

 

2014

in Ourse bipolaire

 

 

26/03/2021

Auteur inconnu

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J’ai le cœur qui s’affirme maintenant

qui rayonne sans filtre, elle tourne bien ma petite centrale

j’ai le cœur qui bat à son propre rythme

qui ne s’emballe plus

à trop vouloir s’accorder

avec les uns avec les autres

avec ce qu’ils disent et son contraire

j’ai le cœur cristal

et toutes les fêlures

sont des tatouages

dont l’histoire n’a plus d’importance

ou presque

 

in Ourse bipolaire

 

 

Saskia Boelsums - Bargerveen

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Lasse des épaves, la fantaisie se cabre, glane des comas dans les chardons. On passe le gant de crin sur nos sourires de lézards, tout en ignorant les rituels des cyclopes qui gardent les mines de pollen.

 

in Aujourd'hui est habitable, Cardère 2018

 

 

 

 

25/03/2021

Judith en den bosh

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Je voudrais des ailes. Aile comme lumière, aile comme légère.

Hélas…. Mes ailes lasses.

 

Je touche aux bas-fonds où rampent fous et insanités. Tunnels lugubres, lancinants. Je me creuse au-dedans pour accueillir la vie mais mes yeux ne surprennent que la mort. Mort des mouches, mort du souriceau, mort dans l’âme que je traîne d’un matin à l’autre.

 

L’âme… Une superstition ?

 

Ainsi donc j’étais folle et je ne le savais pas. J’avais oublié. Je l’avais trop bien caché, dissimulé dans mes brouillards, mes fumées. Folle sans aile. Sans amour. Sans amour surtout. Toujours à me frotter au côté crin de la vie. 

 

Peau douce mais le cœur si friable. 

 

A force d’user ma solitude, elle est devenue fine et translucide. 

Fragile, si fragile…

 

 

2002

in Ourse bipolaire

 

 

Wolfgang Suschitzky

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enfouir dans l’argile

les cendres de palabres

quand l’onde fraîchit

courir vers la forêt

danse effilochée des sentiers

s’imprégner du chant

sur la peau de la pluie

foudre de joie

fulgurante lucidité

primitive

 

in Aujourd'hui est habitable, Cardère 2018

 

 

 

 

 

 

24/03/2021

Daniel Masclet - La fille au pot de confiture - Quai d'Orléans - Paris - 1950

Daniel Masclet-Quai-dOrléans,-Paris,1950-La-fille-au-pot-de-confiture.jpg

 

J'emmerde les artistes et les poètes qui se pensent à part.

Le mot ART ne devrait pas exister, à la place il faudrait lire VIE.

 

Pulvériser ces ghettos qui font que les poètes ne fréquentent que les poètes. Tracer, tresser des ponts, se faire passeurs d’ailes.

 

Que le poète s’enivre avec le plombier, que le plombier danse avec les ballerines, que les danseuses recoiffent les infirmières, que les infirmières peignent les maçons, que les maçons bâtissent des charpentes d’étoiles, 

que les étoiles fassent des confitures, que les grand-mères fassent la révolution, que les révolutionnaires fassent du yoga, que les yogis fassent des plans sur les comètes qui ouvriraient des bars pour les poètes qui s’enivreraient avec les policiers en tricotant des alouettes pour faire rire les plombiers. 

 

Que tout se mêle se mélange, semer l’ange bleu de chez Armani, costard de travail, babouches bleu blanc rouge et baguette au sésame. Que tout s’enlace dans l’immense orgie de l’humanité réconciliée et dans un grand feu de joie à ciel ouvert, toutes les machinations du monde seraient jetées.

 

in Chroniques du hamac

 

 

19/03/2021

Gustave Gain - Femmes sur la plage de Siouville-Hague vers 1908

Gustave Gain, Femmes sur la plage de Siouville-Hague (50) vers 1908,.jpg

 

AMER PÂLE

 

Si pâles, toutes ces pages que le vent tourne

Si sale, la plage où la viande se retourne

A l'abandon vont les vieux bateaux

Leurs grandes voiles tombées en lambeaux

 

Les flots tournent en rond, à genoux

Jusqu'au fond des draps

Et les femmes pleurent tous les époux

Qu'elles n'épouseront pas

 

Mais allez venez, n'y pensez plus

Allez dansez, dansez pour la mer

Même si tout l'amour semble perdu

Tournez, tournez trop blanches pages

Que le vent jaloux balaie sur les plages

 

Femmes, laissez coulez vos flots amers

Qu'ils s'en retournent à la mer pâle

Laissez partir toutes ces pages

Que le vent tourne, tourne encore.

 

 

in Au fond du tiroir, Livre d'artiste n°2, 2012

http://cathygarcia.hautetfort.com/archive/2012/11/27/livre-d-artiste-n-2-au-fond-du-tiroir.html

 

 

 

 

18/03/2021

Edvard Munch - The girl at the window - 1894

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Je ne suis pas faite pour observer le lent écoulement des jours au travers d'un encadrement de fenêtre...

Tout se fond dans l'informe, uniforme! Je me lasse de ce petit bout de ciel, aussi changeant puisse t-il être ! J'ai un besoin vital d'horizons nouveaux, d'espaces inconnus surtout quand l'hiver approche, traînant ses heures froides, sombres, interminables de puits sans fond. Je crains la petite mort de cette morne saison, celle qui jette sur les rêves des pelletées de mélancolie.

 

in De la vie et de l'amour, inédit 1989

 

 

 

 

15/03/2021

Johan Dahl - Ausbruch des Vesuvs - 1823

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voyageurs des limbes
hissons les voiles de l'oubli
traversons le Léthé
cherchons le bleu des mers
sous la cendre des volcans

voyageurs perpétuels
entre la vie et la mort
derrière nos masques
nous n'avons pas d'autre visage
que celui que nous prête
l'imagination des mouettes.

 

in D'ombres, à tire d'ailes 2017

 

 

 

03/03/2021

Sappho - Fresque de Pompei - entre 55 et 79

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LE PORT DE CYTHÈRE
 
Là sont les étoiles ! Sur ta peau si douce où ma bouche se hâte vers des contrées particulières, terres sauvages, inondées, pleines d’oiseaux spongieux, de gémissements enfouis.
 
Bouche en proue, je remonte tes estuaires où, selon la légende, vivent les marins perdus. Agenouillé dans tes lagunes, je bois le sel de tes péchés. Enlacé par tes vagues, je m’élève, jeune soleil gorgé d’un suc qui n’en peux plus de voir tes côtes tanguer sous la houle, ta douce crique enchantée où pleurent les mouettes.
 
Je prends sur ma langue tous les bateaux amarrés à la frange humide de tes cils, prêt à partir encore et encore pour l'amour du large. Je bois l’écume de ce ravissant coquillage, je cherche la perle qui se cache tout au fond, la perle de satin rose et j’arrache des rafales de cris à ta gorge haletante.
 
La tempête se lève, mon amour, mais je tiens le cap, à la pointe de la langue et du sextant. Je t’emmène jusqu’au bout de la nuit, là où la jetée se confond avec le ciel mais avant ça, ma lune, tu m’auras donné ton miel.
 
Je veux jouer avec toi à la joie du monde, je veux entrer dans la vieille danse, accroche-toi ! Je frotterai mon jus sur tes lèvres affligées d’amour. Je suis lame de fond qui harponne tes vaisseaux, je suis pirate sans scrupule qui pénètre ta chambre au trésor. L’huile de mes reins vient mouiller tes rives, se mêler à tes cascades de cyprine. Je jouirai à ton port, ma belle pieuvre, enlacé par tes bras multiples, au flux et reflux de nos baisers dissolus.
 
*
août 2000

 

 

Edward Hald - Sky Globe - verre gravé, 1920

Sky Globe par Edward Hald, verre gravé, 1920._n.jpg

 

 

la vie s'éclaire,

l'homme devient sage

chaque fois qu’il franchit

le passage

 

cg in Les années chiennes, à tire d'ailes 2007

 

 

 

 

Piet Mondrian - Arbre

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j’aime la grâce du vent

dans tes branches

j’aime ton silence et le battement

de mon cœur contre le tien

 

cg in Je l'aime nature

 

 

 

17/02/2021

Tania Font

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Apprendre à tisser des toiles, à capter la rosée. Manger l’herbe neuve. Faire de sa vie un art d’aimer. Ma solitude est hors d’usage.

 

Je suis humus, humaine.

 

Quelle est ma graine ? Ma fleur, mon arbre, mon fruit ?

Qu’est ce qui en moi n’est pas fumier mais graine ?

 

Comment cultiver mes jachères, me respecter ? 

 

Je crois savoir, saisir parfois, mais le savoir ne vaut rien pour lui seul. Terre stérile.

 

in Celle qui manque