CITATIONS - Page 191
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Le missionnaire européen était assis accroupi avec les Indiens Hurons en grand cercle autour d’un feu de camp. C’était une position à laquelle il n’était pas habitué, et il avait le sentiment qu’elle ne l’aiderait pas à convaincre les Indiens de partager son point de vue. Néanmoins il leur a exposé courageusement l’idée selon laquelle il n’était pas un mais deux. En l’entendant les guerriers ont... éclaté de rire et ont commencé à jeter de gros bâtons et de la poussière dans le feu. Un étrange mélange de terreur et de ressentiment a alors envahi le cœur du missionnaire. Lorsque les rires ont cessé, il a poursuivi son exposé. Avec patience, il a expliqué aux sauvages que ce corps fait de chair et de sang qu’ils voyaient assis devant eux n’était qu’une coquille extérieure, et qu’en lui un corps invisible plus petit habitait, qui un jour s’envolerait pour vivre dans les cieux. Les Hurons ont gloussé de plus belle, en se faisant des signes de tête entendus tout en vidant les cendres de leurs pipes en pierre dans le feu crépitant. Le missionnaire avait le sentiment d’être profondément incompris, et était sur le point de se lever pour regagner sa tente, vexé, lorsqu’un vieil homme près de lui l’a arrêté en lui saisissant l’épaule. Il lui a expliqué que tous les guerriers et les chamans présents dans le cercle connaissaient l’existence de ces deux corps et qu’ils avaient également de petits êtres qui vivaient en eux, au cœur de leurs poitrines, et qui s’envolaient eux aussi au moment de la mort. Cette nouvelle a réjoui le missionnaire, et l’a convaincu que les Indiens étaient désormais sur le même chemin spirituel que lui. Avec un zèle renouvelé, il a demandé au vieil homme où, selon son peuple, ces petits êtres intérieurs s’en allaient. Les Hurons ont tous recommencé à rire, et le vieil homme a désigné du doigt la cime d’un énorme cèdre millénaire dont la silhouette se dressait dans la lueur du feu. Il a dit au missionnaire que ces « petits êtres » allaient au sommet de cet arbre puis descendaient dans son tronc et ses branches, où ils vivaient pour l’éternité, et que c’était pour cela qu’il ne pouvait pas l’abattre pour construire sa petite chapelle.in Chroniques des jours enfuis
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Hermann Hesse
Si la majorité a raison, si cette musique dans les cafés, ces divertissements de masse, ces êtres américanisés aux désirs tellement vite assouvis représentent le bien, alors, je suis dans l'erreur, je suis fou, je suis vraiment un loup des steppes, comme je me suis souvent surnommé moi-même ; un animal égaré dans un monde qui lui est étranger et incompréhensible.~~
in Le Loup des Steppes -
Antoine de Saint-Exupéry
Je te le dis, la grande erreur est d'ignorer que recevoir est bien autre chose qu'accepter. Recevoir est d'abord un don, celui de soi-même. Avare non pas celui qui ne se ruine pas en présents, mais celui qui ne donne point la lumière de son propre visage en échange de ton offrande.
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Philippe Claudel
Elle a lampé à la bouteille un oubli aux couleurs de lune morte
in Barrio Flores
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Pascal Perrot
Comme si nos révolutions s’étaient accomplies avec des anges de pureté, pas avec de sales types dépenaillés et sectaires, qui faisaient rouler des têtes dans des paniers pleins de son. Dont le ventre gargouillait. Qui pour briser le néant qu’on avait donné pour prix de leur existence, pillaient, violaient, massacraient !
in Rupture des stocks
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Raymond Abélio
L'éclat de la lumière qu'un être est capable de tirer de soi en se meurtrissant aux silex de la route se mesure à l'épaisseur de la nuit, à la profondeur des abîmes dans lesquels il peut avancer sans sombrer.
in Les Yeux d'Ezéchiel sont ouverts
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Laurent Fadanni
je veux chanter le dépouillement
l’abandon
les chemins avalés à nu
je veux chanter la pierre sur laquelle mon pied a buté
car c’est elle qui m’a appris à danser
à dégager mon corps de l’attraction des astres
c’est elle qui a réveillé l’acrobate qui dormait en moi
qui m’a sculpté des ailes
et je sais le prix des envolées à l’ampleur de la chute
chaque fois que je suis tombé
j’ai laissé un peu de moi sur la route
voilà pourquoi je vais léger
et démultiplié
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Proverbe ashanti, Ghana
Nul ne connaît l’histoire de la prochaine aurore
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Proverbe moru, Mali
C’est bien d’avoir une femme, même si elle ne fait rien,
elle peut au moins te couvrir de ses gros seins
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Thomas Grison
Reste que les oies sauvages
N’ont d’yeux que pour le ciel
Du haut de leur mille ans d’oisiveté
in Sans aucun doute peut-être
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Laurent Fadanni
Le vent redouble
Tu dis que tu as froid
Pourquoi ne deviens-tu pas vent
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Ludovic Kaspar
Il y eut brutalement un désert impeccable
in Le décapsuleur
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Béatrice Gaudy
Le coquillage a traversé
Des millénaires
Pour jaser à ton oreille
Il connaît la source
D’où jaillissent les étoiles
in Fossile
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Patrice Blanc
Ma nuit……
Ma nuit
M’habille en colt
En souris
En vertèbres
Joyeuse impatiente et nue elle
Digère ma vie
Ma nuit
m’habille de plumes
de morves
et de larmes
gigantesque présence elle
dégaine mes nerfs
Ma nuit
s’esquive en moi
en cratères
en orient
magnifique lumière nue elle
assoiffe ma vie
Ma nuit…
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Patrice Breno
Les orbites grandes ouvertes
Tous fils de Hyeronimus Bosch
Essuyant douleur, souffrance
Où est le bien, où est le mal
Leurs membres deviennent mandibules et pattes d’insectes
Leurs corps se couvre de plumes et d’écailles
Leur bouche se fait bec ou persifleuse
Ils sont oiseaux, reptiles ou batraciens
Ils sont chaos
Jugement dernier
Ou fin du monde