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CATHY GARCIA-CANALES - Page 1092

  • Diego Palavas - la poésie

       

    La mer a bavé sur la grève,

     Jusqu’à nos pieds,

    Nus sur le sable délavé

     Ecume blanche au coin des lèvres

    Elle a bu ravalé nos pas, 

    La mer a bavé jusque là

      

    La poésie n’existe pas

     

     Le ciel a pissé sur la ville,

    Sur les prairies du macadam

     Sans broncher, sans bouger d’un cil,

    Le cul planté sur le ramdam

     Vieillard ivrogne aux cheveux d’ange

    Titubant bouteille à la main

     Tout s’entremêle, tout se mélange

    Le ciel a frappé de ses deux poings.

     

     La poésie n’existe pas.

     

     

     in Punk plastic etc… 

     

     

     

  • Fabrice Fossé

     

    Feux rouges du centre-ville

    J’attends un océan

    J’entends les sirènes dans ma conduite intérieure

    au coin d’une rue

    un chien aboie une putain miaule

    yeux délavés

    je fonce au bleu

     

     

     

     

  • La voleuse de fraises de EUN Hee-Kyung

    Micro-fictions traduites du coréen par LEEMyung-eun et Anne-Marie Mauviel avec le concours de Jean Bellemin-Noël

    9782367270104.jpg

    Decrescenzo éditeurs, octobre 2013

    116 pages, 12 €.

     

     

    Cette phrase « Je ne peux pas dire que je sois quelqu’un de bien. Ce n’est pas non plus mon obsession. » qui inaugure la première nouvelle de ce recueil de micro-fictions, celle qui donne son titre à ce livre, donne le ton pour l’ensemble de ces textes, dans lesquels les personnages semblent évoluer comme dans des sortes d’aquariums et l’auteur donne au lecteur la possibilité de les observer ainsi, tels des poissons un peu blafards. Le quotidien de ces personnages est souvent morne et si ça change c’est pour passer au noir, voire au morbide, donnant une sensation d’absurdité. Absurde comme le moment où la mort sans prévenir vient frapper et mettre fin à toutes nos prétentions, mais ici c’est à chaque fois l’autre qu’elle vient frapper. Mort accidentelle et tragique quand il s’agit de celui ou celle que l’on désire « plus on se côtoie, plus on se désire et plus on finit dans une obsession qui ronge le cœur » ou criminelle quand il s’agit de celles et ceux qui nous insupportent. L’écriture de EUN Hee-Kyung, froide, détachée, clinique, appuie sur le malaise, elle rappelle parfois celle de l’écrivain Lee Seung-U.

     

    Ainsi malgré que La voleuse de fraises semble être une victime perpétuelle de la perfidie de son entourage, le style dénué d’émotion de l’auteur, qui ici utilise la forme du récit, ne favorise pas un sentiment inné de sympathie chez le lecteur, qui du coup ne ressent pas forcément de compassion, quand il découvre que cette voleuse de fraises a en fait réglé ses problèmes en développant les automatismes d’une serial killer, pas plus qu’un sentiment d’indignation. Une sorte de nausée le laisse entre deux.

     

    Une autre phrase tirée cette fois-ci de la deuxième nouvelle, Le voyage d’affaires, illustre encore parfaitement le propos de l’ensemble du recueil, « la moitié des pommes étaient gâtées. En les triant, elle s’était aperçue qu’elles aussi pourrissaient à partir du point de contact avec d’autres fruits : c’était comparable à ce qui se passe entre les êtres humains », car dans aucune de ces nouvelles les gens ne se font du bien, tout est voué à se corrompre d’une façon ou d’une autre. Les personnages semblent y perdre en permanence des morceaux d’eux-mêmes, que ce soit leur dignité, comme dans La voleuse de fraises, l’amant pour la protagoniste du voyage d’affaire, qu’elle perdra deux fois, une fois parce qu’il se marrie, même si leur liaison reprendra peu après et la deuxième fois dans un accident de la route dont elle se sentira coupable, tandis que par ailleurs sa fille avec qui la complicité s’étiole, perd symboliquement son enfance avec ses première règles. Enfin, dans la dernière nouvelle Le cirque du soleil, le personnage principal perd son travail et par extension sa vie et son niveau social et devient le simple instrument d’un autre qui perd celle qu’il aime au point d’avoir dérobé la caisse de son entreprise, pour partir avec elle en Australie. Celle qui voulait tant voir Le cirque du soleil périra à la place dans un incendie.

     

    En fait, il s’agit de personnages qui ne cessent de perdre leurs illusions et EUN Hee-Kyung est sans pitié, elle les dépouille sans aucune contrepartie.

     

    Un livre à déconseiller aux dépressifs.

     

     

    Cathy Garcia

     

     

    EUN Hee-Kyung .pngEun Hee-kyung est née en 1959 dans la région de Gochang, Jeollabuk-do. Elle fait ses débuts littéraires en 1995 avec le court roman Duet et reçoit le premier Prix Munhakdongne du Roman la même année pour Le Cadeau De l’Oiseau, qui séduit tant les critiques que les lecteurs. Elle fait aujourd’hui partie des auteures les plus célèbres de Corée. Elle a reçu de nombreux prix, dont le Prix de Littérature Dongseo en 1997, le Prix de Littérature Yi Sang en 1998 et le Prix Coréen de Littérature en 2000. Ses œuvres les plus représentatives incluent les recueils de nouvelles To Talk With Strangers (1996), Happy Ones Do Not Look At The Clock (1999), Inheritance (2002) et Beauty Despises Me (2007), ainsi que les romans Le Cadeau De L’Oiseau (1995), Save The Last Dance For Me (1998), Minor League (2001) et Secrets And Lie (2005).

     

     

    Bibliographie :

    Secrets, Philippe Picquier, 2014 La Voleuse de fraises, Decrescenzo Éditeurs, 2013 Qui a tendu un piège dans la pinède par une journée fleurie de printemps, Decrescenzo Éditeurs, 2013 La beauté me dédaigne, Cocktail sugar, Zulma, 2011 Les boites de ma femme, Zulma, 2009 Le cadeau de l’oiseau, Kailash Editions, 2002.

     

     

    Cette note paraîtrai sur le site de la Cause Littéraire.

  • Georges Jacquemin

     

    Les horloges sont fatidiques

    elles mordent notre chair

    qui est du Temps provisoire

     

    Elles durent par caprice

    et s’arrêtent

    les yeux fermés

     

    quand elles l’ont décidé

     

    d’un coup de dent

    définitif

     

     

  • Jack Birns - Les momies de Venzone, Italie - 1950

    jack Birns les momies de Venzone Italie 1950.jpeg

     

    Venzone est une commune italienne de la province d'Udine dans la région Frioul-Vénétie julienne en Italie.

    Face à la Cathédrale Saint-André, la Chapelle San Michele datant du XIIIème siècle abrite en sa crypte une quarantaine de momies dont l'origine est restée longtemps mystérieuse. On peut y admirer entre-autre un noble originaire de Venzone, Paolo Marpillero.

    C'est en 1647 que la première momie fut retrouvée, on l'appela "Mummia del Gobbo" (le bossu) en raison de sa difformité qui d'ailleurs a été provoquée par une mauvaise posture lors de l'enterrement.
    Cette découverte attira  l'attention des soldats de Napoléon qui durant l'occupation française en 1797, en taillèrent des lambeaux de peau en guise de souvenirs macabres.

    Dès cette première trouvaille, les momies furent l'objet de curiosité et d'études. Au lieu de se décomposer normalement, les corps alors enterrés dans les tombes sous la cathédrale ont été parfaitement conservés et restaient reconnaissables des décennies plus tard. Ce phénomène conduisit les habitants à récupérer périodiquement leurs parents afin de communier avec leurs proches décédés.

    L'origine de cette momification naturelle est un champignon "Hipha Bombicina Pers", présent dans le sol de la cathédrale voisine d'où proviennent les momies. Ce champignon parasite parvient à déshydrater un corps en un an en absorbant leur fluide corporel. Les corps conservent leur squelette, la peau, les organes internes et dans certains cas les cheveux et les organes génitaux.

    De nos jours, seules quelques momies sont encore exposées en la Chapelle San Michele. Plusieurs ont d'ailleurs été disséminées dans des Université en Europe et certaines sont exposées au Invalides de Paris.

     

     

  • Raymond Douillet

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    Cœur au ventre agacé par des spasmes violents, la vie qui veut sortir, qui veut naître à elle-même. Les monstres innocents enfantés par les humains, le génie atroce. La vraie beauté est terrifiante, elle surgit du chaos quand elle n’y conduit pas, création et destruction dansent ensemble jusqu’à la fin des temps. Vie et mort indissociables, tellement que c’en est inconcevable, terrible ! C’est pourquoi nous jurons du contraire, à corps et à cris, amour et haine.

     

    cg, Aurillac, décembre 1999  

    in Calepins voyageurs et après ?

     

     

     

     

     

     

  • Artiste médium – L’Art fantastique… entre vision et rébellion d’Élisa Amaru et Odile Alleguede

    Ed. TrajectoirE, juin 2014.

    artite médium n.jpg

    208 pages, 19 €.

     

    Voici un ouvrage très intéressant qui donne un bon panorama d’une forme de création insolite, parfois appelée spirite ou médium, souvent touchant à l’art brut, mais qui s’exprime aussi ou s’est exprimée chez des musiciens, comme Robert Schumann, des écrivains comme William Blake, Robert Desnos et Fernando Pessoa dont peu connaissent le syndrome de multi-personnalités avéré et dont il a usé pour écrire des ouvrages fort différents sous différents noms, et puis des artistes qui par ailleurs ont vécu une vie très simple ou d’autres encore ayant connu la célébrité. Art spirite, art brut, art fantastique, art visionnaire, autant de termes décrivant un domaine où la conscience laisse place à quelque chose de plus incontrôlable, aux prises avec des dimensions invisibles, souvent mystiques ou obsessionnelles, mais pas toujours imaginaires. Beaucoup de questions aujourd’hui encore restent sans réponse, tellement nous en savons peu finalement sur le cerveau et le psychisme humains quand il s’agit de pénétrer et comprendre des domaines considérés comme irrationnels.

     

    Ce livre est plus un inventaire qu’une véritable recherche de fond, mais il ouvre cependant pas mal de pistes en ce qui concerne la création atypique, compulsive, la création spontanée, incompréhensible, inexplicable, lorsqu’elle s’empare par exemple de personnes qu’absolument rien ne destinait à devenir des artistes. L’expression artistique comme exutoire, auto-thérapie, moyen de survie ou bien véritablement un pont entre différentes formes de réalités ? Sans doute un peu tout à la fois, et bien d’autres choses encore.

     

    Ainsi nous découvrirons et redécouvrirons, classés dans un ordre chronologique, les univers à la fois insensés au premier abord mais exigeant des capacités hors normes, de ces artistes malgré eux, internés ou pas, comme le mineur Augustin Lesage (1876-1974), peintre et guérisseur, le cantonnier Marcel Storr (1911-1976), le plombier-zingueur Fleury Joseph Crépin (1875-1948), Fernando Nanetti (1927-1994) et ses graffitis spirituels ; Yayoi Kusama née en 1929, dont l’obsession des pois a fait sa célébrité et qui est un étonnant exemple d’artiste assimilée à l’art brut, vivant depuis 1975 dans un hôpital psychiatrique de Tokyo, mais qui a également trouvé sa place et sa renommée dans les milieux huppés de l’art contemporain ; d’autres qui semblent véritablement possédés par des artistes disparus, comme l’incroyable brésilien – le Brésil étant la terre spirite par excellence -le peintre entrancé Luiz Antonio Alencastro Gasparetto, né en 1949, qui réalise, parfois dans l’obscurité la plus complète, avec une rapidité stupéfiante, des tableaux reproduisant à la perfection le style d’une cinquantaine de grands peintres disparus de différentes époques, avec jusqu’à leur propre signature authentifiée par des spécialistes, tableaux qui seraient donc réalisés par ces maîtres eux-mêmes canalisés par le médium en transe ; et donc des artistes médiums au sens littéral du terme, comme la suédoise Hilma af Klint (1862-1944), pionnière de l’abstraction moderne avant Kandisky à qui on en a attribué la paternité, la suissesse Catherine Élise Müller (1861-1929), Victor Simon (1903-1976) ou Marjan Gruzewski (1898- ?). Il est d’ailleurs question aussi de Chico Xavier (1910-2002), le scribe psychopompe, le plus célèbre des médiums brésiliens.

     

    On y trouvera également l’américain Louis Wolfson, le « Transchizo «, né en 1931 et aujourd’hui millionnaire (grâce à une méthode pour faire mentir les jeux de « hasard »), écrivain « fou » et génie des langues qui haïssant obsessionnellement la langue maternelle a mis au point un incroyable système de conversion d’une langue à l’autre par le son et le sens, malgré qu’il ait eu, après avoir été déclaré schizophrène, le cerveau toasté au cours de son enfance et adolescence, interné pour un total de 18 mois en plusieurs fois avec force électrochocs, insulinochocs, médications abrutissantes et pire…

     

    Il est évident que chaque siècle pose sa marque et aussi donc la façon dont ont été appréhendées, voire provoquées, ces expériences hors normes, ainsi le XIXe siècle fut le siècle des tables tournantes, le siècle spirite, le XXème plus celui des traumas de guerre, de l’art brut et des internements abusifs et le XXIe ?

     

    La liste n’est pas exhaustive, vous en découvrirez bien d’autres ainsi que des liens, des lieux et une riche biblio/vidéo/audiographie, dans ce livre abondamment illustré qui a le mérite d’attirer l’attention sur des phénomènes que trop souvent on a eu tendance à ranger dans des dossiers classés, estampillés du terme générique de « maladie mentale », parce que cela dérangeait ou dérange encore (bien que le travail de Dubuffet pour mettre en valeur l’art brut a conduit aussi à l’excès inverse) certains dogmes du milieu de l’art d’une part et des milieux médico-scientifiques d’autres part. Nous pouvons espérer cependant que le XXIe siècle sera justement le siècle où il sera possible de faire de la véritable recherche sur ces manifestations, en ne fermant aucune porte mais bien au contraire en ouvrant bien grandes toutes les portes de toutes les perceptions...

     

    « Si les portes de la perception étaient nettoyées, chaque chose apparaîtrait à l'homme telle qu'elle est, infinie »

     

    William Blake

    in Le Mariage du Ciel et de l’Enfer.

     

     

    Cathy Garcia

     

     

     

    Élisa Amaru 5.jpgÉlisa Amaru est journaliste orientée web et presse écrite. Elle se consacre à la gestion de contenu éditorial et digital. Pour cela, elle fonde en 2010 le blog Le Mot et la Chose sur le portail de LeMonde.fr. Dédié aux actualités littéraire et artistique, Le Mot et la Chose agit comme une vitrine numérique, dans le but de renvoyer de l'information ciblée au plus grand nombre. Passionnée depuis longtemps par le monde de l’Art et ceux qui le font, Élisa Amaru continue à tisser des liens étroits avec les grands acteurs de la scène artistique et culturelle internationale. 

     

    odile alleguede_.jpgOdile Alleguede est journaliste indépendante à Paris, responsable de collections éditoriales, écrivain, et en charge d'une agence de communication éthique et collaborative. Ingénieur et universitaire, elle collabore en permanence avec diverses publications, des magazines de presse papier et web, et plusieurs éditeurs, touchant aussi bien les domaines scientifiques et culturels, que littéraires. Membre des JNE (journalistes de la nature et de l’environnement), sa curiosité englobe des domaines aussi différents que l’histoire, les arts, la psychologie, la philosophie, l’écologie, les sciences humaines et sociales, etc. Notamment passionnée par les démarches originales et les initiatives marginales, elle s’intéresse aux pistes alternatives de la société, aux tendances émergentes et, en particulier à tous ceux qui les initient, ces hommes et femmes qu’un parcours atypique loin des consensus continue, parfois, à transformer en parias.

     

     Cet article sera en ligne sur le site de la Cause Littéraire.