Jean-Damien Roumieux
Les martinets s’insurgent en jouant contre la suie qui recouvre le ciel. Les pieds couverts de boue, nous rêvons, seulement rêvons, d’une échappée, d’un défi aux clôtures qui soit définitif.
in Veille le vent
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Les martinets s’insurgent en jouant contre la suie qui recouvre le ciel. Les pieds couverts de boue, nous rêvons, seulement rêvons, d’une échappée, d’un défi aux clôtures qui soit définitif.
in Veille le vent

Je marche.
Je dois marcher.
Le ciel a mordu. Les chiens sont lâchés.
Dans les poitrines, les cœurs s’épavent.
On offre les hirondelles aux crocs du boucher.
Partout, s’installent des cirques funèbres.
Les ébréchés se font berner par les miroirs.
Torpeur... Foutoir irrespirable.
Je dois marcher.
cg in Fugitive, Cardére 2014

Et ceux qui en ce moment font tomber les nids d’hirondelles de leurs façades ? Faut-il être crétins insensés pour à ce point ne rien comprendre !
cg in Calepin paisible d'une pâtresse de poule (Ed. Nouveaux Délits 2012)
Edition: Gros Textes

S’embarquer avec Cathy Garcia dans sa Trans(e)efusée, c’est faire un voyage d’humour et de non-sens, ponctué de belles images en pleine page (collages et gouaches de l’auteur qui les appelle des gribouglyphes) mêlant lettres et figures dans un joyeux désordre coloré qui donne le ton de ce recueil ludique et surréaliste, regroupant une trentaine de textes écrits entre 1993 et 2013.
Surréaliste ? Dada même, tant l’auteur se joue des codes de la bien-disante bienséance, dans ces poèmes et images en liberté, qui ne sont pas tant dénués de sens qu’ils ne secouent les clichés et tics du langage, pour en faire sourdre un sens autre, ordinairement inaccessible sous les couches policées du discours ou du jargon fleuri d’une certaine littérature – Langue embrouillée de poètes. Ici Une guêpe allumée dessine des jarretelles sur les pattes d’une musaraigne. Les laitues sont aux champs, les biches aux abois. Les murmures pourrissent sur des chemins d’épines.
Entre hypallage et contre-emploi des images, on a une idée de l’imagerie bouffonne qui accompagne le lecteur, partagé entre le rire et le plaisir de découvrir les contraintes d’écriture qui président aux poèmes – à-peu-près, logorallye… – on pense à Oulipo, à Prévert, à Raymond Roussel aussi, évidemment, dans ces textes qui ne se prennent pas le chou, ainsi que nous le précise l’auteur à sa façon dans le poème liminaire, fort justement intitulé D’Asile à Zoo : C’est en toute quiétude que je ne fais nulle rature à ce texte savant. / J’étais déjà têtue dans l’utérus, malle à la dextre, à espérer n’importe quel joueur de yo-yo ou de balafon qui m’emporterait au Zaïre ou au plafond.
Extravagantes, ces jongleries nous promettent « trente essais de décollage du réel » – et nous promènent dans un cirque de mots, par-delà le cercle rugueux du réel, entre rêverie fantaisiste et réalités hétéroclites, où jongle la peau-était-ce ? (titre d’un poème) – amenant le lecteur à se demander si ce recueil – par ailleurs mine d’idées pour l’animation d’ateliers d’écriture – n’est pas aussi l’envers d’un art poétique – art peau-éthique en liberté – selon des termes proches de ceux utilisés par Cathy Garcia – par ailleurs rédactrice de la revue Nouveaux Délits – comme slogan de son blog : Une quête d’éthique plutôt qu’une étiquette.
Marilyne Bertoncini
en ligne sur : http://www.lacauselitteraire.fr/transefusee-cathy-garcia
Tu sais qu’en fin de compte
Le mystère l’emportera
Sur l’évidence ou la raison.


Toutes les choses qu'on a oubliées hurlent à l'aide dans nos rêves
Ne pas s’attarder
sur les traces du malheur
car il pourrait faire volte-face
in Naissance quotidienne


Dents de mousse, doigts de laine, foie mi-cuit
Et le cerveau parti un jour je ne sais très ailleurs
Où vaguent les chimères
Tout au bout de ma laisse
Pour ne pas déranger
Cathy Garcia a fait paraître en mars 2014 aux éditions Cardère « fugitive ». Avec ce livre elle parvient à la plénitude de son art. Très beau livre dont les illustrations originales de l’auteure, artiste accomplie, sont elles aussi comme dans le livre de F. Ricard en noir et blanc et font de ce livre, un véritable livre d’artiste à la portée de tous (12€).
Lecture de « fugitive » par Christian Saint-Paul à écouter ici dans l'émission du 20 août :
http://les-poetes.fr/emmission/emmission.html
Purgatoire du quotidien, éditions A tire d’ailes, 2014, 22 pages, 5 €
Un « Purgatoire du quotidien »en rien soporifique, où la marque de fabrique de cet humour caustique pratiqué par l’éditrice-poète autodidacte des Nouveaux Délits, Cathy Garcia, se reconnaît dès l’ouverture de ce court et dense opus rafraîchissant, jubilatoire, couleur soleil noir. Un florilège de notes journalières sur la vie, le temps, le monde, les autres, etc. Roboratif, hors des sentiers battus, parfois subversif, toujours salutaire !
Cathy Garcia en annonce la couleur : « Si nous vivions au paradis, je répondrais moi aussi à l’appel, mais nous vivons au mieux au purgatoire ».
Nous savons où nous situer, à la frontière entre le désarroi et la dérision, dans une COURSE QUOTIDIENNE où
Sur la ligne de départ
Comme pour une course,
L’athlète au foyer compte mentalement
Les sauts d’obstacle.
Et si notre foi dans le présent n’a pas été tout à fait sauvegardée, on se range entre la solitude que l’on sait rendre librement nombreuse, le découragement et le rire mais jamais du côté de la résignation : La résignation est un suicide quotidien, lit-on dans l’exergue de l’opus, citation du romancier Balzac. La vie une comédie humaine, soit. Mais l’écriture recoud les déchirures. Comble chaque
LACUNE
Il me manque des pages au manuel de la vie,
entre autres celles concernant le logiciel
de compression des choses à faire.
Les rebonds sont au rendez-vous pour repartir de plus belle, avec un bouquin, un crayon, un cahier, même la figure copieusement aspergée par les phéromones d’un chat (p.11), et l’on parle de l’avenir, malgré tout :
NO FUTUR
Famille motoculteur et tronçonneuse se lancent à l’attaque
et vas-y que se lamentent les moutons en ces temps
foutuistes. Les nuages arrivent de partout, meutes aux
ventres sales. Souffle, fraîcheur, caresse et les antennes nous
grillent.
L’humour ici se pratique en solo, en famille, avec une « madeleine Thaï »,dansune « minute zen », entouré pourquoi pas de chats, au pire de « gens qui vous quotidiennent le quotidien. / On appelle ça des cons » et même au sein du « purgatoire vert » autour de chez soi ; en prose, en distiques, en tercets, avec l’air quotidien d’un haïku ou l’air haïku du quotidien, tout dépend de l’humeur de chacun(e) – par exemple :
PANACHÉ ZEN
Il fait très beau, le ciel est très bleu, les oiseaux chantent très
bien. C’est le jour du premier passage du nuage nucléaire
japonais.
Humour en touches de petites vérités journalières assénées « on the road »,en hamac (« machine à suspendre le temps »), à l’endroit, mieux, à l’envers sans manquer de diffuser pourquoi pas, par-ci par-là – voire en épilogue – comme une petite leçon de vie à celles et à ceux qui n’auraient pas encore compris à quoi elle tient : à presque rien. Un fil. Celui d’un micro-poème pourquoi pas. Un microcosme d’immanquable et féroce bêtise, un monde fait de beautés paradoxales ravissantes et/ou ravies. Le bonheur. Un bonheur immense dans notre décor minuscule.
TROP MINUSCULES
D’un beau vert pomme mais si minuscule, vraiment la moitié
d’un puceron, le voilà sur mon doigt. J’ai soufflé mais il est
resté là, alors je l’ai poussé un peu, et encore un peu et il a
fini par avoir l’air……. Mort. Alors je l’ai poussé pour de bon,
avec tout de même un genre de remords, et c’est alors que ça
m’est venu, je me suis dit que toutes les injustices de notre
condition humaine viennent peut-être de ça… Nous sommes
simplement trop minuscules !
Murielle Compère-Demarcy
Source : http://www.lacauselitteraire.fr/purgatoire-du-quotidien-cathy-garcia