Lionel Mazari

Des femmes vinrent alors
essuyer leurs lèvres sur mon visage
femmes des rêves noirs et chauds
aux pans de chair fendus de terre humide
repartant d'un rire au milieu
des roulements de corps
sur le cuir tendu du sol
(...)
La mère est tout de suite lune
le père n'atteint son astre qu'en partant
(...)
Taches brunes la terre
broute la neige par dessous
pour que saigne la neige
(...)
Je sais pourquoi
autant se taire
Ne pas crier dans le désert
quand c'est chaque grain de sable qui souffre
ne pas parler aux vieux murs qui radotent
(...)
car on ne fait pas d'amulette
sans crever dieu
de préférence avec des serpents bien élevés
(...)
La mort me vient de derrière les étoiles
tapie dans l'ombre d'une terre jumelle
elle a lié mes jours au fagot des saisons
les a chargé sur des tombeaux
en procession que halent des haridelles
(...)
et les chevaux tressaillent laissant naître
d'autres mauvaises étoiles
du cliquetis des fers sur les galets
(...)
l'oiseau du jour
le serpent de la nuit
le coup de pied au cul de l'infini
(...)
Pour ne pas offenser le soleil
nous ne nous mouvons que la nuit
l'incandescence est notre ralliement
la fumée notre trace
(...)
Mains, fleuves, vallées
avec des orages de griffes...
Mains imaginaires gagnées au troc des ailes !
(...)
Il vient des bruits de l'entre-monde
c'est le cheptel des choses qui dorment
dans la cave où campent les cris
(...)
Un sycomore a largement déboutonné
le manteau de la cheminée éventrée
Un chêne a renversé la table sans colère
Un amandier a retourné le lit sans passion
(...)
Capricieuse chèvres, dit-on, j'ai tranché :
ce sera l'herbe
Et le linge.
Et l'herbe qui tache
la robe d'été au flanc du coteau.
Si la mienne a des reflets rouillés
si mon œil tient le diable en cabane,
c'est parce que c'est
celui qui me tue qui meurt.
Et je surgis, toujours du meilleur côté de la table,
ou dans un mur de pierre à la fenêtre,
drapé d'un vieux coin de ciel trop propre
que je mâche.
(...)
Tout un tas de chats lézarde
dans une ombre de pierre froide,
Dans un nid de serpents, une poule
a pris son tour de garde :
un lézard pétrifié s'acharne
à tenir tête au soleil,
tandis qu'une buse de son vol épuisant
nargue le sol et fait tourner le ciel,
comme un lait brûlant de pavot la tête.
Commentaires
Bel & bon