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  • Atelier d’écriture ludique et original à la Maison Jacob à Castelnau-Montratier

     

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    “aucune compétence littéraire n’est requise sinon l’envie de se divertir en se laissant guider dans une approche stimulante et ludique de la création littéraire sans effort…”
    L’atelier est ouvert aux petits (à partir de 6/7 ans) comme aux grands, adultes ou enfants . Vous pouvez venir seul(e) ou en famille. Il faut juste apporter de quoi écrire!
    La première séance aura lieu pendant les vacances de Pâques, le mercredi 24 avril de 15h à 17h dans la salle de réunion de la maisonJacob au deuxième étage.
    N’hésitez pas à en parler autour de vous!
    Nous vous attendons nombreux!

    NB: Tarifs: 12 euros la séance; 10 euros pour les adhérents de l’AMJ et les familles.

    Si vous désirez participer, nous vous demandons de bien vouloir vous inscrire par téléphone avant le 20 avril :
    06 73 27 44 79
    06 84 60 23 38

     

     

     

  • Audre Lorde

     

    Pour celles d’entre nous qui vivent sur le rivage
    debout, sur le dur rebord de la décision
    cruciale et seule
    pour celles d’entre nous qui ne peuvent pas s’abandonner
    aux rêves fugaces du choix
    qui aiment dans l’embrasure des portes, allant et venant,
    aux heures d’entre deux aubes
    regardant à l’intérieur et à l’extérieur
    à la fois avant et près
    cherchant un maintenant qui pourrait engendrer des futurs
    comme le pain dans la bouche de nos enfants
    pour que leurs rêves ne reflètent pas la mort des nôtres.

    Pour celles d’entre nous
    sur qui on a imprimé la peur
    comme une ligne fine au milieu de nos fronts
    une peur apprise dans le lait de nos mères
    car par cette arme
    cette illusion d’une certaine sécurité à trouver
    les pieds lourds espéraient nous faire taire
    Pour nous toutes
    ce moment et ce triomphe
    Nous n’étions pas censées survivre.

    Et quand le soleil se lève nous avons peur qu’il ne reste pas
    quand il se couche
    qu’il ne se lève pas le lendemain
    quand notre ventre est plein nous avons peur
    de l’indigestion
    quand notre ventre est vide nous avons peur
    de ne plus jamais manger
    quand nous sommes aimées nous avons peur
    que l’amour disparaisse
    quand nous sommes seules nous avons peur
    que l’amour ne revienne jamais
    et quand nous parlons nous avons peur
    que nos mots ne soient pas entendus
    ni bienvenus
    mais si nous nous taisons
    nous avons toujours peur

    Il vaut donc mieux parler
    sachant que
    nous n’étions pas censées survivre.

     

    Audre Lorde (1934-1992), était une femme de lettres et poétesse américaine noire, militante féministe, lesbienne, engagée contre le racisme. 


     

     

  • l'oeil & la plume... bouche pleine : Murièle Modély

     

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    texte de murièle modély (2012)                   ill. jlmi  2019

     

     

    tu es assise à table, à faire tourner entre ton pouce et ton index
    une coupe remplie d'alcool, disons... du champagne
    à laper, tu te reprends, à siroter quelques gorgées, entre deux rires et un regard

    /

    soudain tu te mets à tousser en postillons serrés, le rêve démesuré
    tu bois une bière dans un bock, assise à la table écaillée
    pendant que lui regarde dans l'autre pièce, un truc ou l'autre à la télé

    /

    tu tousses, mais ce n'est pas la bière ou la peur qu'il te voit
    à cette heure déjà en train de picoler, qui te fait crachoter
    la télé est à fond, il ne t'entend jamais

    /

    tu bois vite, tu manges vite, tu vis vite, faut faire passer tout ça
    lui ou un autre, tu avales, tousses, t'étouffes
    ton rêve comme une arête coincée en travers de la gorge

    /

    faut faire passer tout ça...
    t'avais dit ça aussi quand elle avait pris l'aiguille à tricoter
    t'avais dit ça tout pareil sans majuscule ni point d'exclamation
    l'aiguille à tricoter en métal blanc

    /

    l'envie de tricoter t'est d'ailleurs passé d'un coup
    quand ton regard se pose maintenant
    sur la pelote dans le panier
    c'est bizarre, tu penses à un crâne réduit en miettes
    les fils de laine en boule, comme du tissu cérébral, emmêlés

    /

    de toute façon, le tricot c'était pour faire plaisir à ta mère
    le genre de truc, penses-tu, qui plaît aux hommes, avec les turlutes
    le rouge te monte aux joues, parce que ce mot tu ne le dis jamais, ta mère si

    /

    ton assiette est rouge, tu pensais que peut-être
    la couleur passerait avec la mousse
    tu as beau picoler, toujours le rouge  devant toi
    les spaghettis figent dans la sauce grasse
    il est neuf heures, tu n'as pas faim

    /

    l'assiette te donne des hauts le cœur, il ne dit rien
    - il ne dit jamais rien
    il n'a rien dit la veille, quand tu t'es soudain arrêtée de manger
    quelque chose coincé dans l’œsophage
    il a juste frappé la table très fort
    du plat de la main

    /

    alors tu avais mis l'assiette au frigo, sans rien dire toi non plus
    parce que c'est toujours pareil, tu ne peux t'empêcher de faire tout de travers
    non contente de vivre aux crochets de la société, de ta mère, des hommes
    tu ne peux t'empêcher de te faire remarquer

    /

    le ventre
    la bouche pleine
    l'aiguille à tricoter
    tout ce que tu avales
    tu le recraches

    /

    ce matin, tu as ressorti l'assiette
    car tu ne peux pas passer ta vie à gaspiller
    tout ce qu'on s'échine à te donner

    /

    ce matin, tu regardes l'assiette
    au milieu de tes rêves qui hoquètent
    tu avales des bières, l'estomac au bord
    tout au bord des lèvres 
    en chipotant encore
    les restes du repas d'hier

     

     

    Au hasard des connivences

    http://jlmi22.hautetfort.com