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  • Raymond Devos

    Excusez-moi ! je suis un peu essoufflé, je viens de traverser une ville où tout le monde courait...Je ne peux pas vous dire laquelle... je l'ai traversée en courant. Lorsque j'y suis entré, je marchais normalement, mais quand j'ai vu que tout le monde courait... je me suis mis à courir comme tout le monde, sans raison !
    A un moment je courais au coude à coude avec un monsieur...Je lui dis : - - - -Dites-moi... Pourquoi tous ces gens-là courent-ils comme des fous ?
    -Parce qu'ils le sont !
    - Vous êtes dans une ville de fous ici... Vous n'êtes pas au courant ?
    - Si, si, des bruits ont couru !
    - Ils courent toujours !
    - Qu'est-ce qui fait courir tous ces fous ?
    - Tout ! Tout ! Il y en a qui courent au plus pressé. D'autres qui courent après les honneurs... Celui-ci court pour la gloire... Celui-là court à sa perte !
    - Mais pourquoi courent-ils si vite ?
    - Pour gagner du temps ! Comme le temps c'est de l'argent, plus ils courent vite, plus ils en gagnent !
    - Mais où courent-ils ? "
    - À la banque ! Le temps de déposer l'argent qu'ils ont gagné sur un compte courant... et ils repartent toujours courant, en gagner d'autre !
    - Et le reste du temps ?
    - Ils courent faire leurs courses au marché !
    - Pourquoi font-ils leurs courses en courant ?
    - Je vous l'ai dit... parce qu'ils sont fous !
    - Ils pourraient tout aussi bien faire leur marché en marchant...tout en restant fous !
    - On voit bien que vous ne les connaissez pas ! D'abord le fou n'aime pas la marche...
    - Pourquoi ?
    - Parce qu'il la rate !
    - Pourtant, j'en vois un qui marche !?
    - Oui, c'est un contestataire ! Il en avait assez de courir comme un fou. Alors il a organisé une marche de protestation !
    - Il n'a pas l'air d'être suivi ?
    - Si, mais comme tous ceux qui le suivent courent, il est dépassé !
    - Et vous, peut-on savoir ce que vous faites dans cette ville ?
    - Oui ! Moi j'expédie les affaires courantes. Parce que même ici, les affaires ne marchent pas !
    - Et où courez-vous là ?
    - Je cours à la banque !
    - Ah !... Pour y déposer votre argent ?
    - Non ! Pour le retirer ! Moi je ne suis pas fou !
    - Mais si vous n'êtes pas fou, pourquoi restez-vous dans une ville où tout le monde l'est ?
    - Parce que j'y gagne un argent fou !... C'est moi le banquier !
     
     
     
     

  • Crystal Neubauhr

     

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    En ce moment, elle a de l’argent, elle n’en a jamais eu autant si bien que ça n’a aucun sens. Et elle compte, additionne, soustrais des chiffres sur des bouts de papier. Bien-sûr, elle a acheté un matelas, une cuisinière, un aspirateur ! Bien-sûr c’est chouette…. Et il y a encore des sous, mais elle n’est tellement pas habituée qu’elle se dit que ça ne peut pas durer. Elle n’est pas faite pour être riche ailleurs que dans sa tête, et même ça, ce n’est pas sûr.

    Période de doute et de remise en question.

     

    Mais c’est bien, c’est bien. Il le faut, c’est normal.

     

    in Journal 1995

     

     

  • Atelier Collage & écriture du 10 octobre 2022

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    L.

     

    apesanteur_ douceur_ chocolat

     

     


    Bleu, bleu du ciel. Le temps s'est arrêté. Apesanteur de l'instant ouvert à la douceur. Tourne comme un derviche prieur l’improbable cosmonaute de ton songe, aérien et mystérieux. Enfoncée dans les coussins moelleux  du sofa, rêveuse, tu appelles une gourmandise, une énorme coupe de glace au chocolat, une autre de champagne qui stimuleraient ton désir. Tu accepterais enfin que la princesse russe qui sommeille en toi puisse accéder au septième ciel.

    O.

     

     

    Moment d’apesanteur dans le suave d’un hors-temps de volupté, fondant comme chocolat, luxueux et pétillant comme une coupe de champagne. Sortie dans l’espace du temps pour soi. Robe lumière de princesse, tapis moelleux de sultan, le geste lent, sensualité de l’instant, gourmand, hédoniste, égoïste, oui, oui, oui ! Laissons-nous planer au-dessus du malheur, bercés par le grand bleu de la douceur. Tchin mon amour !


    C.

     

     

    Planant dans la stratosphère, l’astronaute hallucine. L’oxygène vient à manquer. En apesanteur, son cerveau en roue libre confond le bouton d’arrêt d’urgence avec une grosse boule de glace vanille entourée de chocolat. Il salive d’avance. Les morceaux de cacao éclatent comme un hublot. À ses côtés, Aladin chevauche son tapis volant. Sa visière se craquèle et des bulles de champagne s’échappent de son casque. La main de la dame du lac infini émerge des profondeurs cosmiques. Le velours de sa robe aux arabesques chocolatées est d’une grande douceur. Et de sa voix onctueuse, elle l’apaise : « Ne t’en fais pas, tout va bien se passer. Tu reprendras bien un peu de glace… ».

     

    L.

     

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    O.

     

    cinéma_sable_manivelle

     

     

    La séance peut commencer au cinéma « Paradisio ». La vieille manivelle va encore une fois être actionnée. Dans la pénombre, les habituels amoureux s’enlacent. Ils sont là depuis le début. Ça fait un siècle. Leur passion a jalonné le sable du désert où le taxi pour Tobrouk s’est enlisé. Ou bien est-ce la voiture de James Dean ? Elle a calé sous l’impact de son illustre conducteur. Des hippies dans l’Hair du temps l’ont recouverte de messages de paix et d’amour. Et la pellicule déroule sa bobine inlassablement : science-fiction, drame, péplum… Tout y passe et tout se mélange. C’est Halloween au pays de Mme Butterfly. Hollywood sans le chewing-gum. Peu importe, les amoureux ne se lassent pas. Ils desserreront leur étreinte juste pour les pop-corn et une glace café-vanille. Pour reprendre des forces. Dans un siècle, ils seront toujours là.

     

    L.

     

     

     

    Un coup de manivelle et les voilà partis ! Cinéma, voyage, la même aspiration à l’évasion. Salon de sable, rêve d’ailleurs, le monde par un seul baiser est renversé. Road-movie intérieur en quadrichromie, le style baroudeur des sensations. Un coup de manivelle et les voilà de retour. Écran noir, le rêve a fleuri.


    C.

     

     


    Les acteurs ont déserté les feux de la rampe, mais la voiture oubliée, abandonnée sur le sable par quelques truands, ronronne. Qu’ont-ils fait de l’arme qui a explosé le pare-brise ? Moteur ! Tourne, tourne la manivelle. Les masques tombent. La machine immobilisée prend vie, ouvre la route aux amoureux transformés en statue de sel, à mes divagations fiévreuses… Je fais du cinéma. Le vent du large décape la scène. Mirage ou changement de décor ? Quelle est donc cette jeune femme brune ? Anna, Anna Magnani, c’est toi ?...

     

    O.

     

     

     

     

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    C.

     

    vol_carcan_hémoglobine

     

     

    Un vol d’oies sauvages a fendu le ciel comme on te fend ton âme, à toi, la femme lésée, prisonnière de ton carcan, ta burqa imposée, pendant que les autres femmes, celles de l’autre monde usent de leur corps, le bougent sans savoir, et la vie coule sous les gourmandises, la luxure ou la nudité permise. Le caprice est de mise, à moins que pour elles aussi la vie ne se complique et s’achève sur un tapis de roses dans un flot d’hémoglobine

     

    O.

     

     

    Dans le crâne venteux subsiste la mémoire d’un vol dans le couchant. Le guerrier a mené sa vie d’une poigne de fer. Il a parcouru des endroits immuables où aujourd’hui encore les anges côtoient les tortionnaires. Où les rêves pavés de roses se mêlent aux flaques d’hémoglobine. Le rouge cerise fissure le sourire et les mains tendues à travers les âges tentent toujours de soulever les herses. Des mains d’où surgit l’art pour combattre les larmes, les armes. La lumière vient de là : les deux femmes sont nues et claires comme l’air, libérées de leur carcan. Elles volent dans le couchant.

     

    L.

     

     

     

     

    Par le pouvoir des crânes de nos grandes mères, jaillissement des sucs et des perles ! Par le pouvoir du jus de cerise et de la Fortune qui veille sur le sourire de nos petites filles, vol au-dessus des carcans ! Par le pouvoir des forges solaires, des roses pourpres et du lait blanc de lune, frottements d’ailes à infuser dans l’hémoglobine des mâles endormis. Par le pouvoir des évidences : femme, vie, liberté ! Le règne des assassins est terminé !


    C.