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  • Jean-Christophe Belleveaux - L'imposture

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     Les carnets du dessert de lune, 2025

     

    J'avais eu le plaisir de publier des extraits de L'imposture avant parution, dans le n°79 de la revue Nouveaux Délits (novembre 2024), aussi c'est avec grand intérêt que je l'ai lu, j'en remercie les éditions Les Carnets du Dessert de Lune, et j'ai vraiment beaucoup beaucoup aimé. Le genre de recueil qui confirme que la poésie n'est pas forcément ennuyeuse, bien loin de là, et ici de la poésie, il en déborde l'air de rien et c'est justement cet air-là qu'il est si bon de respirer. De l'extrême quotidien aux extrêmes de la planète, de la poussière des jours et son "fouillis de linge sale" à "l'infini par l'infini multiplié", que je sois autant emportée par un recueil n'est pas si fréquent, aussi je ne peux que le recommander vivement.

    cgc

     

     

    Fragments :

     

    " je n'aime pas mon prochain ou trop. Aucune distance, un pas de danse fracturé.

     

    (...)

    Les herbes du jardin (beaucoup de graminées) s'élancent bien au-delà du mètre de haut. vieux rose des roses qui s'étiolent doucement, rouge sombre et flamboyant de celles en en plein éclat ou encore en bouton. Les draps mis à sécher sont huniers et perroquets. Le monde entier m'est un navire qui file cinq à huit nœuds (y compris celui gordien).

     

    (...)

    Parle-t-on des eaux saumâtres, des chiens, des fantômes, de la lune trop adjectivée, parle-t-on et qui se tait ?

    Paix sur tout : l'avenir trop large et les questions.

     

    (...) le vent qui chante dans les ralingues,la pluie qui crépite sur la tôle, le fracas des orages et celui de l'ogre Pacifique qui jette sa colère sur les plages écrasées de chaleur, le jazz de tout cela ; toujours m'ont ravi le parfum du chèvrefeuille, celui du jasmin et la fleur d'oranger.

     

    (...)

    Le fauteuil encombré de livres et le fauteuil bridge aux accoudoirs décollés s'agrippent à leurs contours de choses ; quant à moi, les merles s'en donnent à cœur joie, le jour descend, je farfouille à la lisière de l'anacoluthe, sédentaire comme un gisant

     


    (...) La boue d'écriture que l'on triture, que je pressure, la sale gadoue. J'y mets la course lente des loups, mon grain de folie à moudre, l'écume de la mélancolie, le mystère, aussi son ombre.

     

    (...)

    Un trousseau de clefs, une bougie, un jeu de Triomino, des briquets, de la poussière, un porte-feuille au cuir râpé, fatras sur l'étagère, dictature des objets dans leur peau d'érosion, deux heures après mon premier café, j'en prépare un autre, la vie s'effiloche un peu plus.

     

     


    De l'inépuisable combinaison des mots, comme de ces routes qui serpentent vers le Cachemire, le vertige vous prend ; je dégringole au milieu de la phrase, dans les ravins au fond desquels gisent des carcasses de jeeps, de camions.

     


    (...)

    Bruits d'un train. Statue éphémère de mon corps immobile, debout à côté du chardon, lutiné par la brise.

    Les craillements moqueurs d'une corneille.

    Réalité profuse dont je ne choisis que des bribes comme les éclaboussures rose soutenu des fleurs d'albizia ou la pâleur de l'astre gibbeux.

    La vie passe, en majesté, souple guépard dédaigneux, belle comme un trope ajusté.

     

     


    Le jour est précaire mais dure et se répète. Les pylônes semblent éternels. Je suis calé dans l'intervalle entre naissance et autolyse. Quand bien même je le bifferais dans la phrase, l'océan, ailleurs, insiste. Ailleurs, loin du texte.

     


    (...)

    Pourtant si j'écris nuages, roses trémières, cordages sur les quais, j'ai une représentation précise de ces éléments que j'hameçonne dans la phrase, avec toutes les émotions qu'ils ont suscitées en moi.

    Je flirte avec la normalité, sur le bord ébréché du monde, mordu par les mots.

     

     


    Certains noms, par leur seule sonorité évoquent la consistance et l'odeur de l'objet qu'ils désignent : varech, prairie, jasmin, finance, ours...

    Si l'on parle de monde réel, c'est qu'il en existe un autre au moins : a-t-il ou ont-ils également un équateur et des pôles ?

    La nuit, ici, a capturé la rue, les bambous, les voitures endormies. Juillet a-t’il un sens dans les autres mondes ?

     

    (...)

    La Raison dans l'Histoire :
    les défilés militaires
    les dortoirs du goulag
    des angles droits la dictature des dogmes
    aussi la pensée libre la transgression

    et les méandres du fleuve

     

    (...)

    la fenêtre ouverte
    intraduisible
    sur l'intraduisible jardin

     

    (...)

    une salade de pissenlit
    le tas de charbon dans la cour
    (...)
    je savais m'envoler ne le fis jamais
    la preuve eût été sacrilège

     


    (....)

    je compris  que
    dans toutes les configurations
    lyriques absurdes métaphysiques
    le vide n'aurait besoin
    que de ses quatre lettres
    pour dynamiter le mot-même
    qui le désignait

     


    (...)

    l'enfer n'a point de professeurs
    pour en évaluer les dimensions

    son volume distendu
    contourne et englobe 
    les verres à pied le canapé
    le croissant de lune l'océan les dunes
    les images le son la télévision
    l'autre et le même
    l'absurde et le théorème

     


    (...)

    les morts sous la terre
    les lits les planchers les mers

    je demeure pour l'heure
    perpendiculaire

     

    (...)

    réalité fracturée, brisure de mots,
    esquilles fichées dans le cortex"



     

    Jean-Christophe Belleveaux est né en 58 dans le département 58. Il a publié une vingtaine de recueils de poésie, dont / Géographies furtives, éditions Gros Textes/La Dipso, 2025 ; indigo, c'est le titre, Pierre Turcotte éditeur, 2024 ; Les lointains, Éditions Faï fioc, 2023 ; Comment dire ? co-écrit avec Corinne Le Lepvrier, Éditions La Sirène étoilée, 2018 ; Territoires approximatifs, Éditions Faï fioc, 2018. Il a animé la revue Comme ça et Autrement durant sept années. De racines nivernaises et polonaises, il fait des études de lettres à Dijon et apprend la langue thaï à l' Institut National des Langues et Civilisations Orientales à Paris. Grand voyageur et a aussi animé la revue Comme ça et Autrement pendant 7 ans.

     

     

  • Daniel Simon

    Dans son jardin

    il est tombé

    bras étendus

    sur la terre noire

    c'était une belle et forte image

    ce corps

    mêlé aux feuilles mortes

    comme son chien

    l'année dernière

    au même endroit du cœur

    un battement de trop

    de moins juste

    après il a fermé les yeux

    sans voir l'image

    sans se préoccuper

    des matières couleurs

    lignes de fuite

    simplement

    une dernière esquisse

    un crayonné inachevé

    les jambes dispersées

    hors cadre

    dans un sourire d'herbes

    et la nuit

    qui posait sa couverture

    délicatement

    une dernière fois

    sous sa nuque.

     

    in C'est ici

    Les Carnets du Dessert de Lune, 2025

     

     

     

     

  • Stève Wilifrid Mouguengui - L'énigme des ruines

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    La Kainfristanaise, 2021

     

     

     

    Ce n'est qu'une cabane, posée sous les pins, au

    bord du ruisseau qui cueille la lumière

    Elle attend le promeneur et ce matin-là, j'ai poussé

    la porte et j'ai dévalé des jours

    des années

    des siècles d'enfance.

     

    (...)

     

    Longtemps, j'ai voulu démêler l'ombre de la lumière. Comme on sépare le

    mauvais grain de l'ivraie. J'ignorais alors qu'elles étaient l'endroit et l'envers,

    l'étoffe de nos vies.

     

    (...)

     

    J'écris des cahiers de brume avec ta silhouette

    dessinée à la lisière du poème

    ta voix mêlée au ruisseau qui ne s'éteint pas

    il n'y a que toi pour donner ce chant à la lumière

     

    (...) des ruines sous leur voile de mousse

    Tu verrais comme elles nous ressemblent

    Elles portent la fragilité des choses et l'amour

    égaré du monde

    la force et la vanité de l'homme

     

    (...)

     

    Je suis l'enfant de la pleureuse de l'aube

    et du tam-tam qui battait au loin dans la nuit

    diaphane

    Savais-tu toi que les rivières se tordent parce

    qu'elles partent seules ?

    (...)

    Nous étions champs de rêves sous le soleil

     

    (...) Il suffit d'une luciole pour ébrécher l'obscurité

     

    (...)

     

    Les ruines sont l'avenir du monde

    L'homme c'est le temps qui s'effondre

    Les heures qui se vident

    Je sais des chemins

    Ceux que j'aime sont d’encre

    Parfois de brume

    Le sel répandu dans la nuit

     

    (...)

     

    Écrire

    Ma corde sur l’abîme de l'exil

    J'ai habité le faîte des grandes solitudes et les

    mirages

     

    (...)

     

    Je partirai en prenant sous mon bras mon ciel mes oiseaux et les fleurs du

    printemps

    La route sera un long sillon qui fissure la nuit

    Je partirai pour la ville comme le fleuve à la mer

    Jeté dans l'immensité

     

    (...)

    Quels mots peuvent recueillir la déflagration du silence

     

    (...)

     

    À la lune là dehors je demande

    Qui suis-je ?

    Je ne vois qu'un être fragile qui marche dans un monde friable

     

    (...)

     

    Je voulais une nuit au cœur des Pyrénées

    Loin de tout ce qui nous agite

    La fureur des horloges et le rite de la vitesse

    Le déluge des images et l'empire des choses

     

    (...)

     

    Je me suis assis sur une pierre en face du ciel bleu

    J'ai vu passer sous mes paupières close

    La silhouette au bord du puits

    Le garçon aux pieds nus derrière la maison de terre

     

    (...)

     

    Crois-tu que l'écriture puisse être une patrie

    Le même vertige me saisit quand je me tiens au bord du gouffre de la page

     

     

     

    Stève Wilifrid Mounguengui est né en 1976, à Mouila, dans le sud du Gabon. Il vit en France depuis 2002. Après des études de philosophie et de sociologie, il travaille dans le milieu éducatif et social. Il vit en Seine et Marne, à Lieusaint. Il a publié plusieurs recueils de poésie, dont L’Énigme des ruines (La Kainfristanaise) et L’Autre rivage de la nuit (Unicité). J’ai toujours marché avec ses rêves en moi (Mauconduit, 2025) est son deuxième récit, après Tu as fait de moi celui qui enjambe le monde (Mauconduit, 2023).

     

     

     

  • Multinationales. Une histoire du monde contemporain

     

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    sous la direction d'Olivier Petitjean, Ivan du Roy

    éditions de la Découverte, février 2025

     

     

    Qu’on consomme leurs produits, qu’on admire leurs marques ou qu’on dénonce leurs pratiques, les multinationales sont omniprésentes. Mais les connaît-on vraiment ? Comment sont-elles devenues ce qu’elles sont aujourd’hui ? Cette somme ambitieuse, associant chercheurs et journalistes, offre une fresque mondiale et une généalogie critique inédites. Elle inscrit les entreprises et les marques dans la « grande histoire » et raconte les choix économiques, politiques, juridiques, techniques, financiers ou culturels qui ont rendu possible leur essor.

    De la Compagnie française des pétroles à Total, des premiers câbles télégraphiques sous-marins aux géants du Web, de Rockefeller à Elon Musk, de la Compagnie des Indes orientales au « Commodity Trading », de IG Farben au RoundUp, de la machine à coudre Singer à ChatGPT, des « républiques bananières » au lobbying intensif, ce livre retrace la montée en puissance progressive des multinationales, de la seconde moitié du XIXe siècle jusqu’à nos jours, à travers une série de dates emblématiques complétées par des portraits et le récit de plusieurs épisodes clés.

    L’histoire des multinationales épouse celles des relations entre États, des conflits et des grandes crises, qui sont souvent des moments d’enrichissement et de rupture. Elle suit de près la trajectoire des changements technologiques, que ces entreprises ont contribué à orienter et accélérer. Elle accompagne la transformation de nos vies quotidiennes, à travers l’avènement d’une société de consommation de masse à l’échelle du globe, et aujourd’hui le tout-numérique. Elle est aussi l’histoire de la transformation de notre environnement naturel, de l’extraction des matières premières, de la production d’énergie à une échelle toujours plus importante, jusqu’à engendrer des menaces inédites.

    L’histoire des multinationales est donc notre histoire.

     

    Voir : https://www.editionsladecouverte.fr/multinationales-9782348077074