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CATHY GARCIA-CANALES - Page 1113

  • Khalil Gibran

     

    Seule une grande peine ou une grande joie peuvent révéler ta vérité. Si tu désires être révélé, tu dois danser nu au soleil ou porter ta croix.

     

    in Le sable et l'écume

     

     

  • Adolph Gottlieb - Burst

    Adolph Gottlieb Burst.jpg

     

    LÀ-BAS

     
    Le cri du coq jaillit du bord de l'aube
    Il y aura des œufs à ramasser

    Une gamine dans la cour tire sur sa robe
    Et s’en court au pré pas encore fauché
    Des nuées d'oiseaux sur son passage
    Croassent de sombres avertissements
    Là-bas au loin la grande faucheuse
    Cogne aux tambours de l’enfer
    Mais l’enfant ignore le présage
    Elle court et saute les barrières


    L'air est suave, pur, ni fumées, ni poudre
    La folle fillette papillonne en chantant
    Une comptine à conjurer la foudre
    Sur ses lèvres rose sang
    Elle a les joues rouges et les yeux qui brillent
    Quand elle atteint le ruisseau
    A son front des gouttes perlent et scintillent
    Elle sourit, elle est joyeuse, il fait chaud


    A genoux sur le sable au bord de l'eau
    Elle ferme les yeux et offre un beau visage
    L’oreille aux bruissements des roseaux
    Aux fleurs, au soleil nouveau-né
    Avec toute la ferveur de son âge
    Au vent qui chuchote leurs secrets
    Promet d’être sage comme une image
    Et envoie au ciel un vœu de paix


    Le monde soudain déboule en rafales
    L’enfant sans un cri bascule en arrière
    Tombe comme tombent aussi les pétales
    Des petites fleurs changées en suaire
    Pas de place pour l’enfance à la saison des guerres
    Et pas de tombeau pour les fillettes inconnues
    Seuls des fleuves de haine qui s’en retournent à la terre
    Et des fleurs qui saignent sous les balles perdues

     
    Le cri du coq jaillit du bord de l'aube
    Il y aura des corps à ramasser.

      

       cg, texte original de 1994, paru dan Pandémonium 1 (ed. Clapàs 2001)

    version remaniée pour Guerre et autres gâchis (Ed. Nouveaux Délits 2014)

     

     

     

     

  • Viviane Forrester

     

    On ne sait s'il est risible ou bien sinistre, lors d'une perpétuelle, indéracinable et croissante pénurie d'emplois, d'imposer à chacun des chômeurs décomptés par millions – et ce, chaque jour ouvrable de chaque semaine, chaque mois, chaque année – la recherche " effective et permanente " de ce travail qu'il n'y a pas. 

     

    L'horreur économique, 1996

     

     

  • Charlez Aznavour - Je bois

     

    Je bois pour oublier mes années d´infortune
    Et cette vie commune
    Avec toi mais si seul
    Je bois pour me donner l´illusion que j´existe
    Puisque trop égoïste
    Pour me péter la gueule

    Et je lève mon verre à nos cœurs en faillite
    Nos illusions détruites
    A ma fuite en avant
    Et je trinque à l´enfer qui dans mon foie s´impose
    En bouquet de cirrhose
    Que j´arrose en buvant

    Je bois au jour le jour à tes fautes, à mes fautes
    Au temps que côte à côte
    Il nous faut vivre encore
    Je bois à nos amours ambiguës, diaboliques
    Souvent tragi-comiques
    Nos silences de mort

    A notre union ratées, mesquine et pitoyable
    A ton corps insatiable
    Roulant de lit en lit
    A ce serment, prêté la main sur l´Evangile
    A ton ventre stérile
    Qui n´eut jamais de fruit

    Je bois pour échapper à ma vie insipide
    Je bois jusqu´au suicide
    Le dégoût la torpeur
    Je bois pour m´enivrer et vomir mes principes
    Libérant de mes tripes
    Ce que j´ai sur le cœur

    Au bonheur avorté, à moi et mes complexes
    A toi, tout feu, tout sexe
    A tes nombreux amants
    A ma peau boursouflée, striée de couperose
    Et à la ménopause
    Qui te guette au tournant

    Je bois aux lois bénies de la vie conjugale
    Qui de peur du scandale
    Poussent à faire semblant
    Je bois jusqu´à la lie aux étreintes sommaires
    Aux putes exemplaires
    Aux froids accouplements

    Au meilleur de la vie qui par lambeaux nous quitte
    A cette cellulite
    Dont ton corps se rempare
    Au devoir accompli comme deux automates
    Aux ennuis de prostate
    Que j´aurais tôt ou tard

    Je bois à en crever et peu à peu j´en crève
    Comme ont crevé mes rêves
    Quand l´amour m´a trahi
    Je bois à m´en damner le foie comme une éponge
    Et le mal qui me ronge
    Est le mal de l´oubli

    Je m´enivre surtout pour mieux noyer ma peine
    Et conjurer la haine
    Dont nous sommes la proie
    Et le bois comme un trou qu´est en tout point semblable
    A celui que le diable
    Te fait creuser pour moi

    Je bois mon Dieu, je bois
    Un peu par habitude
    Beaucoup de solitude
    Et pour t´oublier toi
    Et pour t´emmerder toi
    Je bois, je bois