Barbara Bargiggia - Woods



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Ne juge pas chaque jour à la récolte que tu fais,
mais aux graines que tu sèmes

Seule une grande peine ou une grande joie peuvent révéler ta vérité. Si tu désires être révélé, tu dois danser nu au soleil ou porter ta croix.
in Le sable et l'écume


Loin devant marche le primitif éclaireur. Visionnaire, il conserve quelques braises sous ses paupières. Il ne les rendra aux hommes que lorsqu’ils cesseront de souffler sur les cendres.
La connaissance est périlleuse.
cg in Les mots allumettes (Cardère 2011)


LÀ-BAS
Le cri du coq jaillit du bord de l'aube
Il y aura des œufs à ramasser
Une gamine dans la cour tire sur sa robe
Et s’en court au pré pas encore fauché
Des nuées d'oiseaux sur son passage
Croassent de sombres avertissements
Là-bas au loin la grande faucheuse
Cogne aux tambours de l’enfer
Mais l’enfant ignore le présage
Elle court et saute les barrières
L'air est suave, pur, ni fumées, ni poudre
La folle fillette papillonne en chantant
Une comptine à conjurer la foudre
Sur ses lèvres rose sang
Elle a les joues rouges et les yeux qui brillent
Quand elle atteint le ruisseau
A son front des gouttes perlent et scintillent
Elle sourit, elle est joyeuse, il fait chaud
A genoux sur le sable au bord de l'eau
Elle ferme les yeux et offre un beau visage
L’oreille aux bruissements des roseaux
Aux fleurs, au soleil nouveau-né
Avec toute la ferveur de son âge
Au vent qui chuchote leurs secrets
Promet d’être sage comme une image
Et envoie au ciel un vœu de paix
Le monde soudain déboule en rafales
L’enfant sans un cri bascule en arrière
Tombe comme tombent aussi les pétales
Des petites fleurs changées en suaire
Pas de place pour l’enfance à la saison des guerres
Et pas de tombeau pour les fillettes inconnues
Seuls des fleuves de haine qui s’en retournent à la terre
Et des fleurs qui saignent sous les balles perdues
Le cri du coq jaillit du bord de l'aube
Il y aura des corps à ramasser.
cg, texte original de 1994, paru dan Pandémonium 1 (ed. Clapàs 2001)
version remaniée pour Guerre et autres gâchis (Ed. Nouveaux Délits 2014)


On ne sait s'il est risible ou bien sinistre, lors d'une perpétuelle, indéracinable et croissante pénurie d'emplois, d'imposer à chacun des chômeurs décomptés par millions – et ce, chaque jour ouvrable de chaque semaine, chaque mois, chaque année – la recherche " effective et permanente " de ce travail qu'il n'y a pas.
L'horreur économique, 1996

Je bois pour oublier mes années d´infortune
Et cette vie commune
Avec toi mais si seul
Je bois pour me donner l´illusion que j´existe
Puisque trop égoïste
Pour me péter la gueule
Et je lève mon verre à nos cœurs en faillite
Nos illusions détruites
A ma fuite en avant
Et je trinque à l´enfer qui dans mon foie s´impose
En bouquet de cirrhose
Que j´arrose en buvant
Je bois au jour le jour à tes fautes, à mes fautes
Au temps que côte à côte
Il nous faut vivre encore
Je bois à nos amours ambiguës, diaboliques
Souvent tragi-comiques
Nos silences de mort
A notre union ratées, mesquine et pitoyable
A ton corps insatiable
Roulant de lit en lit
A ce serment, prêté la main sur l´Evangile
A ton ventre stérile
Qui n´eut jamais de fruit
Je bois pour échapper à ma vie insipide
Je bois jusqu´au suicide
Le dégoût la torpeur
Je bois pour m´enivrer et vomir mes principes
Libérant de mes tripes
Ce que j´ai sur le cœur
Au bonheur avorté, à moi et mes complexes
A toi, tout feu, tout sexe
A tes nombreux amants
A ma peau boursouflée, striée de couperose
Et à la ménopause
Qui te guette au tournant
Je bois aux lois bénies de la vie conjugale
Qui de peur du scandale
Poussent à faire semblant
Je bois jusqu´à la lie aux étreintes sommaires
Aux putes exemplaires
Aux froids accouplements
Au meilleur de la vie qui par lambeaux nous quitte
A cette cellulite
Dont ton corps se rempare
Au devoir accompli comme deux automates
Aux ennuis de prostate
Que j´aurais tôt ou tard
Je bois à en crever et peu à peu j´en crève
Comme ont crevé mes rêves
Quand l´amour m´a trahi
Je bois à m´en damner le foie comme une éponge
Et le mal qui me ronge
Est le mal de l´oubli
Je m´enivre surtout pour mieux noyer ma peine
Et conjurer la haine
Dont nous sommes la proie
Et le bois comme un trou qu´est en tout point semblable
A celui que le diable
Te fait creuser pour moi
Je bois mon Dieu, je bois
Un peu par habitude
Beaucoup de solitude
Et pour t´oublier toi
Et pour t´emmerder toi
Je bois, je bois