Orides Fontela
Seulement parce que je me trompe
je rencontre ce qui ne se cherche pas.
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Seulement parce que je me trompe
je rencontre ce qui ne se cherche pas.


Une très particulière ambiance dans ce roman, nimbé par une sorte de douceur, sans doute due à l’atmosphère de bord d’océan dans le golfe du Bengale, dans la petite ville sainte de Jarmuli ; mais une douceur, une langueur même, qui contraste avec une vraie violence. Notamment celle d’un passé que Nomi, personnage central du roman, retourne chercher en Inde. Née là-bas, elle avait passé les dernières années de son enfance enfermée dans un ashram, alors que tous les siens avaient été avalés par la guerre.
Nomi est une jeune femme qui vit en Norvège où elle a été adoptée et c’est la première fois qu’elle retourne en Inde, officiellement pour y faire des repérages pour un documentaire. Sur place, elle est accompagnée par un assistant, Suraj, un homme un peu perdu qui fuit dans l’alcool. Dans le train pour Jarmuli, Nomi partage la cabine de trois femmes assez âgées, qui se font pour la première fois de leur vie une virée entre copines. L’une d’elle Gouri, commence à perdre la tête. Ces trois femmes, Nomi, Suraj et d’autres personnes encore, chacune aux prises avec ses espoirs, ses tourments ou un passé douloureux, vont pendant quelques jours se croiser et se recroiser à Jarmuli, leurs histoires individuelles tissant peu à peu une toile qui les relie.
Le lecteur à son tour se fait prendre dans cette toile et dans le va et vient entre le présent et le passé de Nomi, sombre passé qu’elle tente de faire ressurgir. L’ashram dirigé par Guruji, un gourou à la renommée internationale, dont les mœurs vis-à-vis de ses jeunes « élues » n’avaient pas grand-chose à voir avec la sainteté. Nomi était l’une d’elles.
L’écriture ici sous une apparence inoffensive est le miel qui nous englue dans la toile, et garde nos sens en éveil. Il y a une très grande sensualité dans ce roman et aussi une hypersensibilité, la blessure des corps et des âmes. La tête lit mais le corps tout entier éprouve ce que la tête lit, le désir qui se fait convoitise, la douleur, la lourde chaleur orageuse, l’humidité, le parfum et la saveur du chaï vendu sur la plage. Le lecteur se fait littéralement embarquer et la tête lui tourne un peu à lui aussi. Le roman baigne dans une sorte de flou, une brume de sons, de couleurs, d’odeurs, le tournis du foisonnement de ce vaste pays et des questionnements de chacun. Un danger rôde, omniprésent, telle la figure d’un grand homme debout dans l’océan, aux long cheveux blancs et au regard trop perçant. Et chacun vient chercher sans le savoir une forme de réconfort auprès du vieux Johnny Toppo, qui chante en préparant son chaï.
« – Si on trouve qu’une chanson est triste, c’est qu’on est soi-même triste. On ne pleure que lorsqu’on a déjà des larmes. Et pourquoi diable une fille comme vous serait-elle triste ? ».
Que vient-on fuir à Jarmuli, que vient-on chercher ? Sans doute le but principal de toute quête : vaincre sa peur.
Cathy Garcia

ce soir
la faim lui a carrément coupé l'appétit
ce soir
elle ne serait pas contre une petite cure d'intoxication
ce soir
il n'y a qu'elle et le vent
sur le balcon plein sud
elle et le vent et les bleus sur ses jambes
pas sûr que ce soit la parole du Seigneur
qui fasse fredonner son cœur

Merci au Musée Improbable !
Un extrait d'Alternances de Gérard Cléry, publié dans ce numéro de la revue Intervention à Haute Voix, paru en décembre 2016. Lu par moi-même, un des tableaux de ma série Indignation/insoumission figure en couverture, d'autres à l'intérieur, où sont également publiés des textes extraits de Qué wonderful monde ! Voir : http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/archive/2012/01/27/que-wonderful-world-collection-les-delits-vrais-n-1.html



Avec des linogravures originales de Bob de Groof - préfacé par moi-même.
éd. Les Carnets du Dessert de Lune, mars 2017.
Morceaux choisis et lus par moi-même.
http://lescarnetsdudessertdelune.hautetfort.com/


la Boucherie littéraire, coll. Sur le billot

24 octobre 2016. 64 pages, 12€.
Entre paganisme et mysticisme, la frontière est charnelle et Jean Azarel la franchit allègrement dans les deux sens, et en invente d’autres, des sens, dans une langue toute personnelle et s’il nous guide, tel le lapin d’Alice, c’est pour mieux nous perdre dans la touffeur du ciel du dessous. Là où il n’y rien à comprendre, mais beaucoup à capter, à sentir, voire à renifler, que ce soit l’origine du monde, façon Courbet ou sa fin.
J’ai connu un temps
où les forêts étaient épaisses,
le gibier joyeux.
Ce qui vivait au dessus
était mû par le règne
du dessous.
Mais nulle lourdeur, et surtout nul regret, remord ou autres bestioles du genre. Juste une ode à l’animalité des corps, à la jubilation des sens et aux racines qu’ils s’en vont planter bien profond dans l’humus des forêts. Savoureuse sauvagerie.
Courez lièvre des éboulis,
que s’accouplent partout
le souple et l’indécis
dans le bruissement
des fougères.
Ce recueil est une sorte d’hommage au livre de la suédoise Kerstin Ekman, Les brigands de la forêt de Skule, pour celles et ceux qui l’auront lu (et si vous ne l’avez pas lu, alors lisez-le !). L’exultation des corps, c’est aussi la conscience qui s’envoie en l’air, paradoxe des trois cieux, dessus dessous milieu et par-dessus tête, ce qui n’empêche qu’il y a un prix à payer pour toute transgression, que le temps fait son racket et que la chair est corruptible de bien des façons, la dernière étant la plus pourrie.
L’un avec l’autre,
couchés.
Valse finissante des draps,
au mitan dépassé
de l’arbre de vie,
la chair encore si chaude
en son achèvement.
Mais qu’importe la fin, régalons-nous de poésie qui gambade fesses à l’air, y trace des signes magiques et fond tous les cieux en un seul, le poète lui n’est pas dupe, il sait bien que :
Celui qui croit écrire
ne fait que raboter
les mots trouvés
en soulevant la chape
de ses effritements.
Par bonheur, le cheminement intérieur
oublie sa fin.
Cathy Garcia
Jean Azarel est né en 1954 à Montréal au Canada. Il vit dans un village proche d'Uzès. Dans la filiation d’un père journaliste, poète et écrivain, il gribouille des petits romans policiers et des histoires de cow-boys et indiens dès l’âge de 8 ans. Il puise son inspiration dans la comédie spectacle du quotidien, la musique pop-rock et le cinéma d’auteur, la baie d’Audierne, les pentes granitiques du Mont Lozère pour fabriquer des œuvres initiatiques et éclectiques où se côtoient humour acide, témoignages de vie, et romantisme quasi mystique. L’écriture est pour lui un mode de survie où comme dans le patinage artistique les figures imposées alternent avec les figures libres.