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  • Michel Cosem

     

    Les baraques bleues et vertes craquent dans le vent. L'herbe perlée de sel rêve de s'envoler. Il reste quelques collier de fées au ras des talus. (...)

    (Marais de l'Ors, Île d'Oléron)

     

    in Les herbes de safran, 2011 

     

     

  • Patrick Trochou

    Et c'est comme un rasoir jouant avec la gorge, et c'est comme un canon glaçant la pommette. L'oppression cachée tisse une soumission qu'entretient fortement le faîte des réseaux.

     

    in Tessons de vers après la casse

     

     

  • André Laude - Testament de Ravachol

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    suivi de Corps interdit et de Bannière de colère

    Illustrations de Corneille, Plasma éd., 1975

     

     

     

    Dans le vent de mes os
    Il y a l'aile de l’abîme

     

    (...)

    je connais l'imbécile heureux
    il a du sang plein la tête
    le sang des autres des inconnus
    sa voix de papier journal 
    résonne en lugubres sentences
    ses mains sculptent dans l'air
    le château des lieux-communs

     

    (...)

    L'alcool dans ma tête crache mille minuscules soleils
    qui vont se perdre du côté des zones obscures
    Une araignée grignote l'ampoule du plafond
    Un rat aux yeux amicaux cherche sa place

     

    (...)

    Nous n'habitons nulle part nous ne brisons de nos mains rouges de ressentiment que des squelettes de vent nous tournoyons dans un désert d'images diffusées par les invisibles ingénieurs du monde de la séparation permanente retranchés dans les organismes planétaires planificateurs infatigables du spectacle

    nous ne sommes rien nous ne sommes qu'absence une brûlure qui ne cesse pas nous n'embrassons nulle bouche vraie nous parlons une langue de cendres nous touchons une réalité d'opérette

    nous n'avons jamais rendez-vous avec nous-mêmes nous nous tâtons encore et toujours

    nous errons dans un magma de signes froids nous traversons notre peau de fantôme

     

    (...)

    Il ne fait pas assez nuit sur la terre
    de cette nuit où la terre monte telle un cœur aux lèvres de la femme-oracle

     

    (...) 

    Un jour j'aurais mon Jour les grands sphinx de larmes se coucheront
    à jamais rendus aux ordres du silence les épées parleront la langue des oiseaux
    l'haleine des pommiers touchera mes lèvres en signe de connivence
    (...)
    mes doigts tambourinent la mort une musique douce presque émouvante sur le pelage d'octobre je sais qu'il me reste peu de lampes et quels périls circulent dans les ruelles mal famées de l'air

     

     

    CORPS INTERDIT

     

    (...)
    je dessine sur les carreaux du vertige
    les foules d'un exode sans terminaison

     

    (...)

    Tout le monde ignore qu'il n'y a pas de chauffeur dans la locomotive. Quand quelqu'un a la migraine, on lui administre un dépliant publicitaire et tout rentre dans l'ordre.

     

     

  • Roger Caillois - Trois leçons des Ténèbres

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    Fata Morgana, 2018

    Illustrations de Pierre Albuisson.

     

    Quelle aubaine pour les vivants qu’une planète terraquée ! Composée d’eau pour leur soif et d’humus à plantes vivrières, à racines et à fruits, sans compter l’air qu’ils respirent, mais du même coup, et plus spécialement pour l’homme, fournie de bassins, de fleuves navigables et d’un sol spacieux, solide, pour y bâtir de simples abris comme des édifices sophistiqués à l’extrême, propres à y conserver, à y développer presque indéfiniment le savoir, la puissance ou la beauté. Des hangars ouverts à toutes les richesses et qui en multiplient le présage.

    Trois nouvelles réunies par l'auteur qui ont pour point commun le minéral : D’après Saturne, Arc-en-ciel pour la Melencolia et La sécheresse et qui annoncent en quelque sorte le livre absolument splendide sorti en 1987 chez Flammarion : L'écriture des pierres (Flamarion, 1987).

    Voir :  http://cathygarcia.hautetfort.com/archive/2023/12/08/roger-caillois-l-ecriture-des-pierres-6474816.html

     

     

     

     

  • La renouée des oiseaux - Paola Pigani

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    La Boucherie Littéraire, 2019

     

     

     

    Dans la buanderie il y a
    un brouillard d'âme
    ça monte des lessiveuses
    on nous donne des remords de savon
    il faut faire avec
    j'entends les brosses
    arracher les souvenirs de peau

     

    (...)

     

    Parfois il neige dans ma mémoire
    Il neige du sel sur ma langue
    quand je crie dans la nuit

     

    (...)

    On me donne des barbituriques
    pour oublier le petit corps d'os et de ténèbres

     

    (...)

    Mon cœur me lance
    les murmures qui me viennent 
    sous la peau
    ça tourne en fièvre

     

    (...)

     

    Dans la galerie des femmes
    je marche à pas de louve tarie
    mes épaules sous le poids
    de la joie défaite

     

    (...)

    Les cris laissent des traces
    sur les poignets
    là où la corde a serré

     


    Les jours de cris 
    la peau est à vif
    rouge d'effroi
    ma soif aussi
    à vif

     

    (...)

    Les jours de lessive
    mon corps s'égoutte
    pendant des heures

     

    (...)

     

    C'est l'heure des vêpres
    à l'office des femmes

    Il y a leurs dos courbés
    leurs prières en bouche

    La faim toujours
    le jour
    à genoux

     

    (...)

    Maintenant
    dans ma bouche
    un silence d'argile

    Je me suis fait terre