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29/05/2013

George Inness - Royal Beech in New Forest, Lyndhurst - 1887

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 ARBRE

 

 J’aime ta présence apaisante

Les trilles des multitudes que tu abrites

Cette tendre complicité du bois et de la plume

J’aime les lignes de ta silhouette

Quand elle puise à l’encre de la nuit

J’aime l’indécence de tes étirements

J’aime le chant de l’eau, la mélopée de la sève

Dans ton corps élancé

Sous ton écorce de pachyderme

J’aime ton étreinte avec le ciel

Tous les bijoux dont il te pare

J’aime la grâce du vent

Dans tes branches

J’aime ton silence et le battement

De mon cœur contre le tien

 

J’aime ta force tranquille, cette folie des hauteurs

J’aime le charnel de tes racines

Ta complicité avec les profondeurs

 

J’aime ton rêve d’alliance

Entre mes hauts

et mes bas

 

 

cg , 2006

in Je l'aime nature

 

 

John Jude Palencar - Someplace Flying

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http://www.johnjudepalencar.com/

 

 

 

DES AIRS DE SABLE NOIR

 

vague abonde en mon sang

immensité oppressante

y’a t-il quelqu’un ici ?

 

thébaïde

 

pas même un mensonge un mirage humain

le ciel me couve de doigts sombres

la lumière cherche à percer

la chair de l’intérieur

 

amour

 

et me voilà à genoux vaste désert

j’attends la pluie y cacher mes larmes

que ma rage infinie daigne rendre les armes

guerrière assagie accroupie sur le sable.

 

y pisser en paix

 

 

in Mon collier de sel

 

 

 

28/05/2013

Jim Holyoak

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 Fièvre blanche. Au centre des pupilles, la veine de nuit.

A la fourche des doigts, mes flocons d’encre bleuissent.

 

 

Mise au pas. Marcher tout droit.

Révolution. Tourner en rond.

 

 

Attaquer le chat au chalumeau pour qu’il en sorte un chameau.

 

Jouer avec les mots.

Balles au bond, rebonds.

Au vol et revol vers quoi ?

 

Nous brocantons le futur tandis que décantent les souvenirs dans la cuvette sacrée.

Aujourd’hui je lave mon sang.

 

cg in Le poulpe et la pulpe (Cardère 2011)

 

 

 

 

Eric Rose - Kirby's Rock, Coos Bay, Oregon

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 Ecoutez ! J’entends le sanglot des papillons dans la caverne.

La lente trajectoire hivernale. Ressac, sel et sang sous les paupières.

 

 

 L’horloge folle fait le grand saut quantique.

 La terre s’offre à l’espace. Les paroles se cristallisent. L’eau dénoue le vent.

 

  

Dans l’échancrure de la lumière,

La graine de beauté.

 

 

 

cg in Le poulpe et la pulpe (Cardère 2011)

 

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Joël Delamarre

Joël Delamarre femme-naja-serpent.gif

 

 

MATER TENEBRARUM

 

 

Noir peau sang racine originelle cœur sueur

 

Palpitant de terre suc ma terreur absolue

 

Crue d’un fleuve mes artères

 

Boue limon de nos chairs affolées

 

 

 

 

J’aborde un estuaire neuf

 

 Cosmos brise-moi

 

Comme un œuf que se répande

 

Le vivant

 

 

 

Rien n’est jamais pour RIEN

 

 

 

 Je te reconnais

 

Tu m’as reconnue

 

Posons le masque

 

 

 

 Pourquoi es-tu revenue toi

 

Source ?

 

 

 

La leçon est infinie

 

Déroule ses fresques mouvantes

 

Mère serpent ta peau ma peau

 

Ombre lumière

 

 

 

 

Nos lunes conjointes

 

Insufflent à mon ventre

 

De gigantesques marées

 

 

 

Est-ce temps de la mue ?

 

 

Cg, 2006

 

 

 

 Joël Delamarre femme-serpent.gif

Terre cuite patinée

photo (c) Frédéric WATBLED

Jiri Vyvial - Touha

Jiri Vyvial Touha.jpg

 

LES AMANTS

  

Elle

se meut sans s'émouvoir

à la surface des miroirs

lèche tendrement l’écorce

des arbres nouveau-nés

 

 

Lui

se sert de fontaines javelines

pour toucher le cœur des pierres

 en faire naître des statues

tremblantes et dociles

 

 

Elle

s'évade en brassant l’encre

du pinceau de ses cils

secoue ses colliers de rosée

qui tintent au vent comme du cristal

 

 

Lui

se soûle de parfums

écharpes de soie liquide

qui s'enroulent se déroulent

en chevelures entrelacées

 

 

Elle

imagine des futurs

dans des petites boites de verre

qu’elle aligne en sifflotant

sur d’invisibles rayons

 

 

Lui

polit le feu de ses songes

en retire des pépites

qui s’en vont rouler

au fond de son regard

 

 

Elle

ses doigts sont comme

autant de pupilles

qui interrogent et fouillent

jusqu'à la meurtrissure

 

 

Lui

 ses doigts dérobent enrobent

et s'infiltrent

jusqu’à la source

pour cueillir le miel ardent

 

 

Elle

Lui

leurs âmes

s’aimantent

 

 

Cg 1996

in Tobogan de velours

 

 

 

 

25/05/2013

Erik Johansson

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Jardin du causse, au couchant. Des rayons de miel coulent à la cime du bouleau revêtu d’une robe d’automne, cousue de sécheresse.  

 

Cg in Jardin du causse, 2005

 

Jérome Bédes - Interdépendance

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RÉNITENCE

 

 

= propriété d’un organe ou de la peau à résister à la pression

 

À vrai dire la question n’est pas de savoir s’ils sont faits pour être ensemble. Elle n’est faite pour personne. Et qu’il s’en trouve un de fait pour elle, elle en doute.

 

Fiction. Conte détourné de sa première et véritable vocation : l’initiation.

 

Mystères de vie, de mort, de la mort-vie…

 

Il est sa douleur fraîche. Le mal qui creuse plus loin, plus profond.

 

Combustion nucléaire. Avec lui elle meurt ou elle guérit !

 

Cg in Le baume, le pire et la quintessence

 

 

 

 

 

 

 

 

23/05/2013

Eric Rose

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 FEMME-FEUILLE

 

Cette flamme, fièvre, folie fœtale que l’on contracte dans le ventre des femmes : la vie !

La vie fière, farouche, fatale ! La vie comme un pyjama tout brisé…

 

Si les mots étaient matière, les maisons en ruine dessilleraient leurs fenêtres mais la petite araignée dans la paume de ma mère, me lorgne toujours du coin de ses regards multiples. Mes combats sont vains, mon armure est de papier, ma lance n’est que plume et mes larmes, un peu d’eau pour faire tourner mon moulin. Tourner, tourner de plus en plus vite, tourner, tourner de plus de plus fort.

 

Tout est dans ma tête, autant dire nulle part, éparpillé aux quatre coins du vide :

le passé et sa violence dont l’écho me blesse encore.

 

Rebelle parce qu’il croit encore avoir des ailes, l'humain ! Les ailes c’est comme un aller sans retour. Le sage sourit, faut bien que jeunesse se passe… Oui, mais voilà, ça ne passe pas ! Alors humaine puisque que derrière les mots il y a le cœur qui cogne, derrière la plume il y a la main, tendue, offerte, griffue peut-être.

 

Femme…c’était pile ou face. Femme déracinée ou femme champignon…

Chair des dieux, vénéneuse peut-être.

 

Femme sans autre fruit que celui de l’imagination.

Femme feuille emportée par le vent. Femme encrée.

 

Juste un tatouage au bras du néant.

 

Cg, 2001

 

Erin Mulvehill

 

Erin Mulvehill.jpg

 

RIEN ET MEME PAS ÇA !

 

même si c'est dingue

même si tu m'aimes 

laisse

laisse filer le vent

je ne suis rien, même pas ça

juste lumière qui se noie

dans un fol océan

rêves tragiques

trêves magiques

 le va et vient

dans mes veines

est effarant

 j'ai le monde

au bout des doigts

et je ne suis rien

même pas ça !

 

 in Mon collier de sel

 

 

 

Jérome Bedes - Nouvelle lune

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Jeter les nuits vermoulues dans un sac de suie puis jeter le sac dans le puits.

Scander la fin de ce monde et de son encre boueuse, redessiner l’infini.

 

 Je me prête à vos jeux

Ô mes petits compagnons

 

 

Et j’en invente aussi.

 

 

J’écarquille mes perceptions, je lèche la lumière. Je trace au pinceau des sentiers échevelés,

des seins de lune où je dilue les abysses.

 

 

CG in Le poulpe et la pulpe (Cardère 2011)

22/05/2013

Elliott Erwitt et Les chiens

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 LES CHIENS

 

Il y a des chiens qui viennent et meurent au monde sans jamais connaître la joie d'une course en pleine nature. Ces chiens trottinent, pressés, compressés sur les trottoirs encombrés de chaussures. Des centaines et des centaines de chaussures, à talons carrés, pointus, hauts, crantés, compensés. Ils vont trottinant, leurs petits poumons haletants, au ras des pots d'échappement. Des petits chiens à frisettes, très attachés à leurs maîtres par une belle et longue laisse. Des petits chiens "fais risette", petits clowns aux yeux de billes. Des petits chiens aux canines limées, au poil ciré. Oui, ces cons de petits chiens qui adorent les ordres, pour qui la vie est un mouchoir de pelouse et donc le seul acte de rébellion sera d’y avoir déposé, au moins une fois et sans autorisation, une crotte fumante. Des toutous appâtés, des chéris, des bébés, des amours, des Riris, des Loulous, et peut-être vous ? Pas moi en toutous cacas, moi je suis un chat !

 

Cg in Un vanity de vanités (Asphodèle, coll. Confettis 2013)

 

 

 

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Elliott Erwitt - 1955

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A NOTRE NAUFRAGE

 

Un homme brisé la tête entre les mains

Passe un mirage un cargo fantôme

Une femme sur le quai se met à hurler

Juste une histoire d'amour en somme

 

Une histoire qui se fracasse

En mille chaloupes à la mer

Quelques couchants excessivement beaux

Entre deux tempêtes un verre d'eau

 

Un souffle agite la mémoire

Un désir qui ne s'explique pas

Je te cherche du bout des lèvres

Toi que j’ai cru rencontrer

 

Mais les rêves ont levé l’ancre

Il y a bien une île quelque part

Qui nous a connus amoureux

Mais ces îles là sont trop bleues

 

Ni toi ni moi

N’avons su qu’en faire.

 

 

in Histoires d'amour, histoire d'aimer

 

 

Emmanuel Correia - Old boat

 

emmanuel correia old boat. jpg.jpg

 

 

Intuitions et évidences tricotent leurs filets

pour les pêcheurs de mystères fugaces.

Le saisissement est tel, nul retour n’est possible.

 

 

Cg in Les mots allumettes (Cardère 2012)

21/05/2013

Caroline Huwart et Le dire

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LE DIRE

 

Vous laisserez-vous

Caresser allonger ?

 

Saurez-vous donner forme

Au large offert tendrement ?

 

Parlerez-vous

Les sources d’indicible ?

Les fioles

Au murmure d'océan ?

 

Entendrez-vous

Les langages tout puissants

Distillés goutte à goutte ?

 

Un chant juste en toutes langues 

Pour dissoudre

Mots sème-poison bruits cassés

Funambules qui s'égouttent

De nos masques conformes

Nos bâillons chloroforme

 

Saviez-vous que le mot

Est un signe vibratoire ?

 

Ainsi amour

Peut déplacer des montagnes

Purifier les liquides

Eau sang encre

 

Simplement savoir encore

Le dire

 

 

Cg in Mystica perdita, 2009