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22/05/2013

Elliott Erwitt et Les chiens

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 LES CHIENS

 

Il y a des chiens qui viennent et meurent au monde sans jamais connaître la joie d'une course en pleine nature. Ces chiens trottinent, pressés, compressés sur les trottoirs encombrés de chaussures. Des centaines et des centaines de chaussures, à talons carrés, pointus, hauts, crantés, compensés. Ils vont trottinant, leurs petits poumons haletants, au ras des pots d'échappement. Des petits chiens à frisettes, très attachés à leurs maîtres par une belle et longue laisse. Des petits chiens "fais risette", petits clowns aux yeux de billes. Des petits chiens aux canines limées, au poil ciré. Oui, ces cons de petits chiens qui adorent les ordres, pour qui la vie est un mouchoir de pelouse et donc le seul acte de rébellion sera d’y avoir déposé, au moins une fois et sans autorisation, une crotte fumante. Des toutous appâtés, des chéris, des bébés, des amours, des Riris, des Loulous, et peut-être vous ? Pas moi en toutous cacas, moi je suis un chat !

 

Cg in Un vanity de vanités (Asphodèle, coll. Confettis 2013)

 

 

 

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Elliott Erwitt - 1955

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A NOTRE NAUFRAGE

 

Un homme brisé la tête entre les mains

Passe un mirage un cargo fantôme

Une femme sur le quai se met à hurler

Juste une histoire d'amour en somme

 

Une histoire qui se fracasse

En mille chaloupes à la mer

Quelques couchants excessivement beaux

Entre deux tempêtes un verre d'eau

 

Un souffle agite la mémoire

Un désir qui ne s'explique pas

Je te cherche du bout des lèvres

Toi que j’ai cru rencontrer

 

Mais les rêves ont levé l’ancre

Il y a bien une île quelque part

Qui nous a connus amoureux

Mais ces îles là sont trop bleues

 

Ni toi ni moi

N’avons su qu’en faire.

 

 

in Histoires d'amour, histoire d'aimer

 

 

Emmanuel Correia - Old boat

 

emmanuel correia old boat. jpg.jpg

 

 

Intuitions et évidences tricotent leurs filets

pour les pêcheurs de mystères fugaces.

Le saisissement est tel, nul retour n’est possible.

 

 

Cg in Les mots allumettes (Cardère 2012)

21/05/2013

Caroline Huwart et Le dire

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LE DIRE

 

Vous laisserez-vous

Caresser allonger ?

 

Saurez-vous donner forme

Au large offert tendrement ?

 

Parlerez-vous

Les sources d’indicible ?

Les fioles

Au murmure d'océan ?

 

Entendrez-vous

Les langages tout puissants

Distillés goutte à goutte ?

 

Un chant juste en toutes langues 

Pour dissoudre

Mots sème-poison bruits cassés

Funambules qui s'égouttent

De nos masques conformes

Nos bâillons chloroforme

 

Saviez-vous que le mot

Est un signe vibratoire ?

 

Ainsi amour

Peut déplacer des montagnes

Purifier les liquides

Eau sang encre

 

Simplement savoir encore

Le dire

 

 

Cg in Mystica perdita, 2009

 

 

AJ Frena - Requiem, 2013

aj frena requiem  watercolor, gouache on paper + digital. 2013.jpg

 

 

RAVAGE

Partout là-bas
Des villes sombres dévastées
Epouvantables et brutales

Dans les rues tachées de sang
La haine se transmet
De père en fils

Avec quatre planches
Et quelques vis.


CG, 1994

 

in Guerre et autres gâchis

 

 

 

 

 

20/05/2013

AJ Frena - Sleipnir, 2012

AJ Frena Sleipnir graphite on paper. 2012..jpg


MOIRURE


et chaque fois je réapprends
à regarder ma peur qui me regarde
 
cette sensibilité
un peu idiote
l’humide d’un trop plein
de beauté
l’envie d’un regard
amoureux
petit cinéma personnel
qui fait salle comble
 
l’indécrottable romantisme
cet élan qui fait gicler
de nous-mêmes le meilleur
 
cet enfant en nous qui veut plaire
mais le monde peut bien hurler
il y a des crocs qui jamais ne lâchent
 
accueillir donc
ouvrir se fondre à l’appel
briseur de sirènes
se couler dans le courant
d’une non-réalité
s’allonger sur le fond
et du coup sur les formes
 
danser la danse dissolue
des algues amnésiques
 
des traces des marques des signes
à tâtons je cherche
puis ne cherche plus
trouve la paix
sur les ailes d’un délire

un sourire qui s’étire
comme chat reptile
œil vif
 
cheval blanc
brin d’herbe entre les dents
guérisseur
 
ouvrir la fenêtre
du bout des lèvres happer la lune
la laisser fondre sous la langue
manger la nuit
recracher ses étoiles
ces milliards de soleils dans les yeux
dans nos yeux
toujours noirs
 
et que vienne la relève
les nouveaux dieux
barbares et bandant
qui marqueront nos lèvres
d’une sève profane
 
feu
averse
vapeur
la traversée
l’entre-deux mondes
 
je sens la force qui émane
des anciens sillons
je sens la chaleur
des entrailles
la rougeur organique
les flux de la peur
et du désir
qui tressaute

les muscles épices
le regard perforateur
du cheval écarlate
trempé de sueur
qui se cabre
 
juste le souffle
pour dompter
ce cheval fou
ce cheval ivre
de cette puissance
qu’est vivre
 
et chaque fois je réapprends
à regarder ma peur qui me regarde


Cg in Salines, 2007

 

 

 

 

 

 

 

Caroline Huwart et Les mots

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LES MOTS

 

Les mots sont des lames qui laissent des traces, de vilaines cicatrices

Les mots sont des bombes à explosion différée

Parfois même mines anti-personnelles

 

Les mots sont cruels mais sont aussi

Des baumes pour le cœur, des bonbons qui fondent en bouche…

(mhmmmmm c’est bon ça, me dit ma toute petite fille).

 

Les mots sont des perles qui parfois font de beaux colliers

(comme pour mettre aux oreilles, me dit-elle encore).

 

Les mots sont des véhicules non polluants, les mots sont parfois trop salés

Les mots sont des animaux dociles ou sauvages et les poètes d'étranges bergers

 

Les mots sont points

De vue de croix de suture

 

Les mots sont fils conducteurs qui peuvent nous égarer

Les mots sont perches et parfois perchés

Tentatives pour se relier, se dire, se comprendre

Les mots sont ce que nous voulons qu'ils soient, mais trop souvent, ils nous échappent

Et souvent ils n'y sont pas quand l'essentiel est à dire

 

Les mots dès qu’ils prennent l’air, sont moRts

 

Les mots sont bouts de bois, cailloux, ficelles avec lesquels se construit l'humanité

 

Les mots sont étranges

Les mots en folles orgies de lettres

Les mots sont musique, ils chantent, enchantent

 

Et parfois, ils tuent.

 

 

Cg in Complainte du poète

19/05/2013

Elmer Batters et M'aimes-tu ?

Elmer Batters1.jpg

 

M’AIMES-TU ?

quand je suis
 
l’eau
roule galets
hanche qui bondit
remous secrets
eau    sable    lumière
qui t’envahissent
la bouche

fauve
aux griffes d’air
ciel fendu
terre foulée
avec des crocs des serres
à déchirer le cœur
d’un soleil

baiser serpent
flamme fumée
la chanson
le parfum
qui te font
pleurer
 
chatte
de gouttière
vagabonde
folle de lune
rêve tordu
fugue éclopée
semeuse d’espoir
sur laine de verre

quand je ris sans savoir
pourquoi
quand j’ai peur
de tout     de vivre    de moi
et  rage de ne pouvoir
fuir encore et encore
faire tourner le monde
à l’envers

quand je trépigne et cabriole
sans bouger d’un cil
d’un fil
quand je dis
le convenu
le superflu
et omets
l’essentiel
 
quand j’entends des violons
inexistants
et oublie ces mots ces gestes
qui bafouillent  
je t’aime

je naufrage au revers
d’un alcool de brume
ma robe est noire
mes yeux brûlés
des accents nomades
me font couler

mes sourires
tournent grimaces
et  je tremble et grince
le vent se lève
tempête dans ma tête
gicle à mes lèvres
un jus noir amer

quand tes mots ne m’atteignent pas
quand tes mots ne m’atteignent plus
qu’explosent les ponts
les piliers de compréhension

un samouraï délirant
à la douceur assassine
s’arrache les entrailles
pour dérouler à tes pieds
l’histoire d’une vie
ratée

ma vie  

m’aimes-tu dis
m’aimes-tu
encore ?

 

 

 

cg in Salines, 2007

 

 

 


 

ako Takaishi

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Lui

 

Elle l’a vu

il lui a plu

 

dès la première fois

donné ce désir étrange

d’un chemin à ses côtés

 

voir où il mène

avec le cœur qui bat

l’envoûtant tempo

 

de ce nous

qu’elle pressent

 

cg in Le baume, le pire et l'essence

 

18/05/2013

Ellen Auerbach - Sulpher bath - Big Sur, 1949

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Elle est entrée en silence comme dans un bain d’huiles, quand les parfums se font médecine. Elle est entrée en silence et n’en est plus ressortie. Certains disent qu’elle s’est noyée, d’autres — mauvaises langues —, que le bain a refroidi. Tout cela est faux. Elle est entrée en silence et elle y a découvert un vaste univers, nul besoin de revenir puisque elle n’est même pas partie. Elle est simplement entrée. Entrée en silence. Les pieds léchés par les vagues, la place immense où il ne fait jamais nuit, pas plus que jour d’ailleurs, il y fait seulement un léger, un merveilleux, un dense silence. Elle y est entrée comme on entre dans son lit, comme on glisse en soi. Elle n’est pas partie. Elle est là, minuscule et immense, en silence.

 

 

Cg in Le baume, le pire et la quintessence

 

Berenice Abbott - Soap Bubbles, New York, 1945

berenice abbott Soap Bubbles”, New York, 1945.jpg

 

Argile des pieds, musique des toiles d’araignées. Le chant des sphères, le chant des bulles.

Non je n’ai pas oublié le sang des champs noirs mais je fabrique une énergie de contrebande, distille le peu que je sais de l’amour. Je poissonne, frissonne, électrise l’eau de mon corps pour la rendre vivante.

 

cg In Chroniques du hamac, 2008

Ayako Takaïshi

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 Encre noire

Sur neige blanche

Devient plume

Vivante

L'oiseau

yin

est yang

 

 

CG, 2013

 

 

 

 

 

15/05/2013

Alex Majoli

alex majolil.jpg

 

 

Voilà longtemps sans doute que JE attend qu’on vienne le chercher.

Très longtemps. Depuis le premier appel aux étoiles et plus tard d’innombrables fusées.

 

Quels rêves ? Quelles mathématiques ? Quels mystères cachés par quelles formules ?

Qu’est ce qui nous meut ? Nous émeut ? Qu’est ce qui meurt ?

 

Docteur ?

 

 

 

Cg in Le Poulpe et la pulpe (Cardère 2011)

 

 

 

14/05/2013

Elio Luxardo

Elio Luxardo.jpg

 

 

AQUARIUS = OLIBRIUS D’EAU

 
fleuve dans la poitrine
débâcle grande fonte déglaçage
le souffle ouvre l’espace
je suis ce que je rêve
 

de la réalité au rêve
fallait oser…
une enfant par la main
au confluent du savoir


je n’ai rien vu rien su
oser voir rien vu
aveugle je taupe
crapahute quelques pas


je voudrais danser
clochettes
clochettes

 
écartelée
je reçois toutes les eaux
toutes les rivières
dans mes veines grossies


et  je ne puis résister
à la vague à la poussée
traversée de port en port


que faire alors
des merveilleux coquillages
qui s’accrochent à mes ongles
et de cette longue et si belle
queue de sirène ? 

 

 

 

cg in Mystica perdita (2009)

 

 

 

Eliane Excoffier et L'isthme d'Eros

 

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L’ISTHME D’EROS

 

 

l’amour a des lèvres

ravageuses

un sourire tueur

 

 une tendresse pornographe

un souffle brûlant

des mains qui fouillent

des venins illicites

 

dans ma tête obsession

charnelle

rythme transe

trésor d’entre les cuisses

 

collusion

collision

corps à cœur

 

l’amour se cache

dans l’un dans l’autre

je le poursuis

enfiévrée intoxiquée

 

je me pends

il me traîne

et j’aime ça

 

le tranchant de ses doigts

 

je suis le beurre

qui fond à sa flamme

 

cg in Salines (2007)