Anne-Marie Bernard
Ce temps repu d'angoisse
ressemble au passé
Un ruisseau de boue
sort des haillons d'une guerre
malade de son nom
la folie du poème
(...)
elle panse les plaies pauvrement
avec des mots de pluie
in Le silence du passé
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Ce temps repu d'angoisse
ressemble au passé
Un ruisseau de boue
sort des haillons d'une guerre
malade de son nom
la folie du poème
(...)
elle panse les plaies pauvrement
avec des mots de pluie
in Le silence du passé
un froissement d'épiderme
un long retournement d'ombre
le cri au loin des oiseaux de nuit
in Gaïa

Des femmes vinrent alors
essuyer leurs lèvres sur mon visage
femmes des rêves noirs et chauds
aux pans de chair fendus de terre humide
repartant d'un rire au milieu
des roulements de corps
sur le cuir tendu du sol
(...)
La mère est tout de suite lune
le père n'atteint son astre qu'en partant
(...)
Taches brunes la terre
broute la neige par dessous
pour que saigne la neige
(...)
Je sais pourquoi
autant se taire
Ne pas crier dans le désert
quand c'est chaque grain de sable qui souffre
ne pas parler aux vieux murs qui radotent
(...)
car on ne fait pas d'amulette
sans crever dieu
de préférence avec des serpents bien élevés
(...)
La mort me vient de derrière les étoiles
tapie dans l'ombre d'une terre jumelle
elle a lié mes jours au fagot des saisons
les a chargé sur des tombeaux
en procession que halent des haridelles
(...)
et les chevaux tressaillent laissant naître
d'autres mauvaises étoiles
du cliquetis des fers sur les galets
(...)
l'oiseau du jour
le serpent de la nuit
le coup de pied au cul de l'infini
(...)
Pour ne pas offenser le soleil
nous ne nous mouvons que la nuit
l'incandescence est notre ralliement
la fumée notre trace
(...)
Mains, fleuves, vallées
avec des orages de griffes...
Mains imaginaires gagnées au troc des ailes !
(...)
Il vient des bruits de l'entre-monde
c'est le cheptel des choses qui dorment
dans la cave où campent les cris
(...)
Un sycomore a largement déboutonné
le manteau de la cheminée éventrée
Un chêne a renversé la table sans colère
Un amandier a retourné le lit sans passion
(...)
Capricieuse chèvres, dit-on, j'ai tranché :
ce sera l'herbe
Et le linge.
Et l'herbe qui tache
la robe d'été au flanc du coteau.
Si la mienne a des reflets rouillés
si mon œil tient le diable en cabane,
c'est parce que c'est
celui qui me tue qui meurt.
Et je surgis, toujours du meilleur côté de la table,
ou dans un mur de pierre à la fenêtre,
drapé d'un vieux coin de ciel trop propre
que je mâche.
(...)
Tout un tas de chats lézarde
dans une ombre de pierre froide,
Dans un nid de serpents, une poule
a pris son tour de garde :
un lézard pétrifié s'acharne
à tenir tête au soleil,
tandis qu'une buse de son vol épuisant
nargue le sol et fait tourner le ciel,
comme un lait brûlant de pavot la tête.
Et c'est dans cette solitude
que j'ai pris la folle habitude
d'être plutôt différent qu'autre.
Ce que je raconte est bizarre,
je l'avoue ; parfois je m'égare
entre la cuisine et la chambre.
in Le jour prend l'eau
Ces épais traits oraux ressassés par des élus ayant pattes graissées sur perchoir; qui sollicitent la glu pour qu'ils s'y sauvegardent, et espèrent que nous y coulerons notre croire. La fragilité méfiante, discrète de notre croire. Et ils s'y entendent dans les édifices pour ne pas nous écouter. (...) Nous avons lâché les rênes, la charrette, seule, s'est fracassée sans guide contre la palissade d'un idéal meurtri.
in Tessons de vers après la casse, 2023
Bon voyage vers des dimensions meilleures mon ami, ta bonté, ta générosité qui n'ont d'égal que ta discrétion, ton humilité vont me manquer et ils manquent déjà à l'humanité. Je vais relayer tes mots encore et encore et tu seras dans Nouveaux Délits comme prévu, toi qui as soutenu sans faille ma petite revue depuis presque 20 ans !
Aujourd'hui, je suis bouleversée.
La force surprenante qui m’anime, c’est tout bêtement la volonté irréductible de refuser d’être complice du nouvel ordre autoritaire-marchand en cherchant à lui nuire joliment.
J'ai la mémoire des orages
du vol frénétiques des martinets aussi
cela peut emplir rassurer
comme rassurent
une épicerie d'un autre âge
ou une mercerie.
Le ciel tremblait comme un ciel de métal. On ne savait pas de quoi puisque tout était immobile, même le plus petit pompon d’osier. Ça n’était pas le vent. C’était tout simplement le ciel qui descendait jusqu’à toucher la terre, racler les plaines, frapper les montagnes et faire sonner les corridors des forêts. Après, il remontait au fond des hauteurs.
in Que ma joie demeure, 1935
Les grandes tragédies de l'histoire révèlent les grands hommes,
mais ce sont les minables qui provoquent toujours ces tragédies.
in Anthologie des discours de Thomas Sankara (2013)
Fermez les yeux. Songez une dernière fois
à mon profil de poète grec,
dans la plus pouilleuse île.
Je serai, à partir de ce jour, ciel, ciel et ciel.
Ciel au-delà de vos folies meurtrières.
Je serai ciel. Je serai éternel.
(...)
J’écris à partir d’un noyau de nuit.
J’écris à partir d’une tranchée noyée de boue.
J’écris corde au cou.
La trappe déjà tremble sous mes pieds.
Je longe le marbre froid qui donne le frisson
et chante une très étrange et vieille chanson,
qui dit qu’aujourd’hui et pour toujours
le ver est dans le fruit.
Oh cette lumière la richesse de ses dons
posée là pour nous sur les tables du monde
mais pourquoi en avoir rempli nos poches
in Gaïa
Les baraques bleues et vertes craquent dans le vent. L'herbe perlée de sel rêve de s'envoler. Il reste quelques collier de fées au ras des talus. (...)
(Marais de l'Ors, Île d'Oléron)
in Les herbes de safran, 2011
Et c'est comme un rasoir jouant avec la gorge, et c'est comme un canon glaçant la pommette. L'oppression cachée tisse une soumission qu'entretient fortement le faîte des réseaux.
in Tessons de vers après la casse
Le sublime est un départ
quelque chose de nous, au lieu
de nous suivre, prend son écart
pour s'habituer aux cieux.
in Chant éloigné
Car l'espoir ne fait pas vivre : il fait attendre. Et quand on attend, on ne vit pas.
in Tessons de vers après la casse