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CITATIONS

  • Gesualdo Bufalino

     

    Gesulado Bufalino le semeur de peste georges stubbss.jpg

    Diceria dell'untore, 1981, Palerme

    10/18, 1989

     

     

    Tout commence aux premières lueurs de l'aube, et l'on entend à travers son sommeil, les chiens se lamenter dans les oliveraies. Puis le soleil jaillit des toits, jaune d’œuf ruisselant, horrible menstruation du ciel. Le souffle qui naît alors ne fait même pas transpirer, mais serre le cœur dans un poing, envoie les hirondelles se briser contre les éclats de lave, partout où miroite, trompeuse, une inexistante palpitation d'eau. une heure, deux heures. Maintenant murmure doucement et s'éteint la traînée de vent qui s'était levée de la mer, semant du sable africain dans tous les replis de la peau et du sol; à côté des puits, les seaux dans lesquels s'enfile la vipère sont vides; sur les seuils, pareils à des morts, les pauvres dorment, un chiffon noir posé sur leurs paupières.

     

    in Le semeur de peste

     

     

  • Colette

    Vous dirais-je encore, poursuivit Toby-Chien lancé, la musique du crapaud obscur, qui égoutte de seconde en seconde sa note liquide, perle de cristal qu'on peut ouïr rouler entre l'herbe et s'y figer ?... Car je ne puis croire à une autre origine de la rosée étincelante !... Esquisserais-je pour vous l'harmonie modeste de la bouilloire, grillonne tapie dans les cendres ardentes, petite sorcière ventrue, bienveillante, quoiqu'elle crache la vapeur par sa lèvre en lippe ?

     

    in Toby-Chien et la musique

    in Les vrilles de la vigne

     

  • Colette

    Tu la crois assise là, près de nous ? Elle est assise en même temps sur la roche tiède, au revers de la combe, et aussi sur la branche odorante et basse du pin argenté... Tu crois qu'elle dort ? elle cueille en ce moment, au potager, la fraise blanche qui sent la fourmi écrasée. Elle respire, sous la tonnelle de roses, l'odeur orientale et comestible de mille roses vineuses, mûres en un seul jour de soleil. Ainsi immobile et les yeux clos, elle habite chaque pelouse, chaque arbre, chaque fleur, – elle se penche à la fois, fantôme bleu comme l'air, à toutes les fenêtres de sa maison chevelue de vigne... Son esprit court, comme un sang subtil, le long des veines de toutes les feuilles, se caresse au velours des géraniums, à la cerise vernie, et s'enroule à la couleuvre poudrée de poussière, au creux du sentier jaune... C'est pourquoi tu la vois si sage et les yeux clos, car ses mains pendantes, qui semblent vides, possèdent et égrènent tous les instants d'or de ce beau jour lent et pur.

     


     in Dialogue de bêtes

    in Les vrilles de la vigne, 1908

     

     

  • Serge Lardans (1937-2005)

    La poésie 
    C’est mon refuge en automne,
    C’est mon bout de jardin
    En été,
    C’est mon coin d’atelier
    En hiver.
    Dédaignant toute école
    Et loin de toute mode,
    À mon gré,
    Je bricole…


    in sa revue Poésie et propos entre amis n°11

     

     

     

  • Renée Vivien

    J'ai si longtemps respiré l'air des forêts, l'air vibrant de neige, je me suis si souvent mêlée aux

    Blancheurs vastes et désertes, que mon âme est un peu l'âme des louves fuyantes.

     

     

     

  • Anna de Noailles


    Ces enfants, bondissant, partaient, contents de plaire
    Au devoir, à l’honneur, à l’immense atmosphère,
    Aux grands signaux humains brûlant sur les sommets.
    Ils dorment, à présent, saccagés dans la terre
    Qui fera jaillir d’eux ses rêveurs mois de mai…
    — Songeons, le front baissé, au glacial mystère
    Que la Patrie en pleurs, mais stoïque, permet.

    Ils avaient vingt ans, l’âge où l’on ne meurt jamais… 


    in La jeunesse des morts