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CITATIONS - Page 2

  • Jan Bardeau

    Tant de cieux qui nous épargnent de ce qui rôde au-delà, météores furieux, rayons mortels, nuées de gaz, nous ne survivons que dans cette boîte, entre la Terre, sa gravité, son champ magnétique, et l'atmosphère.
    (...)
    Je lève les yeux, je pressens cette coquille de noix qui file courageusement dans le danger, je tremble pour l'étanchéité de ses parois.

     

    in Journal, Urtica 2019

     

     

  • Kenneth White

    quand les routes furent construites

    et les codes de l'ordre

    enfoncés dans les crânes

    ce qui fut écarté

    devenant de plus en plus faible

    de plus en plus fou



    présent encore dans le cri des mouettes

    dans le fracas des vagues

    dans ces ombres, ces lumières

    mais qui entend ? qui voit ?

    qui sait dire ?

     

     

    in atlantica

     

     



  • Marguerite Yourcenar

    Tout se passait comme si, sur une route ne menant nulle part en particulier, on rencontrait successivement des groupes de voyageurs eux aussi ignorants de leur but et croisés seulement l'espace d'un clin d’œil. D'autres, au contraire, vous accompagnaient un petit bout de chemin, pour disparaître sans raison au prochain tournant, volatilisés comme des ombres. On ne comprenait pas pourquoi ces gens s'imposaient à vôtre esprit, occupaient votre imagination, parfois même vous dévoraient le cœur, avant de s'avouer pour ce qu'ils étaient : des fantômes. De leur côté, ils en pensaient peut-être autant de vous, à supposer qu'ils fussent de nature à penser quelque chose. Tout cela était de l'ordre de la fantasmagorie et du songe.

     

    in Un homme obscur

     

     

  • Marcel Moreau (1933-2020)

    La toute-puissance des mots est toujours là, mais c'est une toute-puissance ayant fait la preuve que les mots lorsqu'ils perdent toute authenticité, donc leurs racines viscérales, peuvent devenir les instruments indifférents, ou radicaux, d'une déshumanisation bien réelle. Sous la dictature, nous savons ce qu'il en est du langage : resserré sur son mensonge, calibré pour emprisonner soit l'âme, soit le corps ou les deux. En démocratie, le langage est vidé de ses sens importants. Il est désincarné, réduit à une parlote donc l'efficacité n'a d'égale que la médiocrité de ceux qui en commercialisent ou en politisent l'usage. La démocratie nous donne l'impression que la parole s'y libère. En fait, la parole ne libère que des pensées dont l'aventure est déjà terminée, qu'elles s'appellent préjugés ou à priori, issues du grand bazar des concepts immuables, à vocation dogmatique.

     

    in La libération de la parole

    Lettres vives éd., Coll. Entre 4 yeux, novembre 2000

     

     

  • Fernando Pessoa

    Roule, grande boule, fourmilière de consciences, terre,
    roule, teintée d'aurore, chapée de crépuscule, d'aplomb
    sous les soleils, nocturne,
    roule dans l'espace abstrait, dans la nuit à peine éclairée,
    roule...

     

    in Poésie d'Alvaro de Campos 

     

     

  • Fernando Pessoa

     

    Pouvoir rire, rire, rire effrontément,
    rire comme un verre renversé,
    fou absolument du seul fait de sentir,
    rompu absolument de me frotter contre les choses,
    blessé à la bouche pour avoir mordu aux choses,
    les ongles en sang pour m'être cramponné aux choses,
    et qu'ensuite on me donne la cellule qu'on voudra 
    et j'aurai des souvenirs de la vie.

     

    in Poésie d'Alvaro de Campos

     

     

     

     

  • Fernando Pessoa

    Rumeurs trafic charrette train autos je sens soleil rue
    feuillards cageots trolley boutique rue vitrines jupe yeux 
    rapidement caniveaux charrettes cageots rue traverser rue
    promenade boutiquiers «pardon » rue
    rue en promenade à travers moi qui me promène à travers
    la rue en moi

     

    in Poésie d'Alvaro de Campos 

     

  • Fernando Pessoa

    (...)

    Si je meurs très jeune, écoutez ceci :
    je ne fus jamais qu'un enfant qui jouait.
    Je fus idolâtre comme le soleil et l'eau
    d'une religion ignorée des seuls humains.
    Je fus heureux parce que je ne demandais rien,
    non plus que je ne me livrai à aucune recherche ;
    de plus je ne trouvai qu'il y eût d'autres explication
    que le fait pour le mot explication d'être privé de tout sens.

    in Poésie d'Alberto Caeiro - Poèmes désassemblés