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CITATIONS - Page 2

  • André Laude

    Fermez les yeux. Songez une dernière fois
    à mon profil de poète grec,
    dans la plus pouilleuse île.
    Je serai, à partir de ce jour, ciel, ciel et ciel.
    Ciel au-delà de vos folies meurtrières.
    Je serai ciel. Je serai éternel.

    (...)

    J’écris à partir d’un noyau de nuit.
    J’écris à partir d’une tranchée noyée de boue.
    J’écris corde au cou.
    La trappe déjà tremble sous mes pieds.
    Je longe le marbre froid qui donne le frisson
    et chante une très étrange et vieille chanson,
    qui dit qu’aujourd’hui et pour toujours
    le ver est dans le fruit.

     

     

  • Michel Cosem

     

    Les baraques bleues et vertes craquent dans le vent. L'herbe perlée de sel rêve de s'envoler. Il reste quelques collier de fées au ras des talus. (...)

    (Marais de l'Ors, Île d'Oléron)

     

    in Les herbes de safran, 2011 

     

     

  • Patrick Trochou

    Et c'est comme un rasoir jouant avec la gorge, et c'est comme un canon glaçant la pommette. L'oppression cachée tisse une soumission qu'entretient fortement le faîte des réseaux.

     

    in Tessons de vers après la casse

     

     

  • Ile Eniger

    Mes mots
    De pulpe acide 
    D'osier vert 
    De pierre captive 
    De robe déchirée 
    D'insolents coquelicots sur la table
    De chair et d'air
    ces mots, 
    A toi seul, appartiennent.


    in La parole gelée

     

     

  • Thierry Metz

    C'est dans ce jeu des hommes vieux que la mémoire se sclérose. Au lieu d'être le terrain nourrissant d'un avenir qui se construit, elle entretient des greffes monstrueuses aussi destructrices que possible d'un avenir de l'homme. Là où se joue ce qui veut être l'enjeu, se produit l'inverse. Ce monde est dangereux puisqu'il n'est pas le Monde ; et la soi-disant lucidité de ceux qui le conduisent n'est qu'aveuglement et entêtement. Elle l'habite comme la mort.
    Son issue n'est pas au seuil de la maison fécondée mais dans la tombe. Elle est le sans-issue. L'Homme qui ne s'interroge plus sur l'Enjeu, se retrouve derrière une porte qu'il tient à bout de bras, qui avance avec lui et ne s'ouvre pas.

     

    in Avec Kostas Axelos et les Problèmes de l'Enjeu (entretien avec Jean-Cussat-Blanc)

     

     

  • Raoul Vaneigem (1934- 28 juillet 2026)

    Confinés dans une chambre où l'air se raréfie, les intellectuels discutent à perte de vie des causes de l'asphyxie. Pousser la porte pour aller respirer est ce qu'ils appellent une utopie.

     

    *

    À quoi reconnaît-on la fin d'une époque ?
    À ce qu'un présent soudain insupportable condense en peu de temps ce qui fut si malaisément supporté par le passé. De sorte que chacun se convainc sans peine ou qu'il va naître à lui-même dans la naissance d'un monde nouveau, ou qu'il mourra dans l'archaïsme d'une société de moins en moins adaptée au vivant.
    Aux premières lueurs de l'aube, une lucidité se fait jour. Elle montre en un instant à quel écartèlement l'histoire de tous et l'enfance d'un seul ont porté le désir d'être humain et l'obligation quotidienne d'y renoncer.


    in Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l'opportunité de s'en défaire.

     

    *

     

    Se sentir bien ne résulte pas d’une prise de médecine, d’alcool, de drogue, de spiritualité ou d’un hédonisme de marché. C’est établir une relation avec ce que l’on éprouve en soi de plus vivant, jusqu’à cette vibration issue de tout ce qui vit, où le corps et le monde se découvrent un langage commun, une musique ou une poésie de l’action unanime.
    Telles sont les impulsions de l’enfance, que l’adulte prend tant de temps et d’énergie à redécouvrir, sans le plus souvent savoir qu’en faire.

    in Nous qui désirons sans fin

     

    *


    Les constats procèdent par substantifs, ils s'encombrent de mots.
    La poésie pratique cherche le verbe. Un seul parfois suffit à ébranler le monde.

    in, Journal Imaginaire - Contre l'intellectualité.

     

     

     

  • Kostas Axelos (1924-2010)

    Nous autres humains, dans une relation bien plus qu'intime à la folie et dans nos vies et nos villes folles, nous cherchons par "tous" les moyens à aller de l'avant et nous voulons écraser ceux qui ne sont pas conformes aux plans de ceux qui sont censés avancer. Néanmoins, le pas suivant est un pas qui rétrocède et la notion de l'avancée en général ne peut que demeurer énigmatique. Ainsi l'issue est plus ce qui se ferme à nous que ce qui s'ouvre.

     

     

  • Jan Bardeau

    Tant de cieux qui nous épargnent de ce qui rôde au-delà, météores furieux, rayons mortels, nuées de gaz, nous ne survivons que dans cette boîte, entre la Terre, sa gravité, son champ magnétique, et l'atmosphère.
    (...)
    Je lève les yeux, je pressens cette coquille de noix qui file courageusement dans le danger, je tremble pour l'étanchéité de ses parois.

     

    in Journal, Urtica 2019

     

     

  • Kenneth White

    quand les routes furent construites

    et les codes de l'ordre

    enfoncés dans les crânes

    ce qui fut écarté

    devenant de plus en plus faible

    de plus en plus fou



    présent encore dans le cri des mouettes

    dans le fracas des vagues

    dans ces ombres, ces lumières

    mais qui entend ? qui voit ?

    qui sait dire ?

     

     

    in atlantica