Albert Camus

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Diceria dell'untore, 1981, Palerme
10/18, 1989
Tout commence aux premières lueurs de l'aube, et l'on entend à travers son sommeil, les chiens se lamenter dans les oliveraies. Puis le soleil jaillit des toits, jaune d’œuf ruisselant, horrible menstruation du ciel. Le souffle qui naît alors ne fait même pas transpirer, mais serre le cœur dans un poing, envoie les hirondelles se briser contre les éclats de lave, partout où miroite, trompeuse, une inexistante palpitation d'eau. une heure, deux heures. Maintenant murmure doucement et s'éteint la traînée de vent qui s'était levée de la mer, semant du sable africain dans tous les replis de la peau et du sol; à côté des puits, les seaux dans lesquels s'enfile la vipère sont vides; sur les seuils, pareils à des morts, les pauvres dorment, un chiffon noir posé sur leurs paupières.
in Le semeur de peste


Vous dirais-je encore, poursuivit Toby-Chien lancé, la musique du crapaud obscur, qui égoutte de seconde en seconde sa note liquide, perle de cristal qu'on peut ouïr rouler entre l'herbe et s'y figer ?... Car je ne puis croire à une autre origine de la rosée étincelante !... Esquisserais-je pour vous l'harmonie modeste de la bouilloire, grillonne tapie dans les cendres ardentes, petite sorcière ventrue, bienveillante, quoiqu'elle crache la vapeur par sa lèvre en lippe ?
in Toby-Chien et la musique
in Les vrilles de la vigne
Tu la crois assise là, près de nous ? Elle est assise en même temps sur la roche tiède, au revers de la combe, et aussi sur la branche odorante et basse du pin argenté... Tu crois qu'elle dort ? elle cueille en ce moment, au potager, la fraise blanche qui sent la fourmi écrasée. Elle respire, sous la tonnelle de roses, l'odeur orientale et comestible de mille roses vineuses, mûres en un seul jour de soleil. Ainsi immobile et les yeux clos, elle habite chaque pelouse, chaque arbre, chaque fleur, – elle se penche à la fois, fantôme bleu comme l'air, à toutes les fenêtres de sa maison chevelue de vigne... Son esprit court, comme un sang subtil, le long des veines de toutes les feuilles, se caresse au velours des géraniums, à la cerise vernie, et s'enroule à la couleuvre poudrée de poussière, au creux du sentier jaune... C'est pourquoi tu la vois si sage et les yeux clos, car ses mains pendantes, qui semblent vides, possèdent et égrènent tous les instants d'or de ce beau jour lent et pur.
in Dialogue de bêtes
in Les vrilles de la vigne, 1908


in Les Forces


in Parti sans laisser d'adresse,
traduit de l'allemand par MarinaSkalova (Cheyne, 2025)
La poésie
C’est mon refuge en automne,
C’est mon bout de jardin
En été,
C’est mon coin d’atelier
En hiver.
Dédaignant toute école
Et loin de toute mode,
À mon gré,
Je bricole…
in sa revue Poésie et propos entre amis n°11

in Un carré de poussière
J'ai si longtemps respiré l'air des forêts, l'air vibrant de neige, je me suis si souvent mêlée aux
Blancheurs vastes et désertes, que mon âme est un peu l'âme des louves fuyantes.

in l'introduction de La pensée méridienne ou le monde vu du Sud
