Saïd Mohamed
la rue rouillée par la mer
in L'éponge des mots
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la rue rouillée par la mer
in L'éponge des mots

Tandis que par la fontanelle, la sainte banquise déverse ses poissons, les écrans phosphorescents clignotent, tranquillisants. La palpitation lasse des jardins hallucinés trace un pont, entre cimes et cimetière, vers le calme éternel.
cg in Surréel des surrénales

je garde d’un narval la longue dent
sorcière et je monte sur boucle
l’anneau blanc des atolls
à mes doigts coraliers
Pour moi tout est dérive
in Corps seul amer

SPAGYRIE
Une infusion de toi excite mon esprit
Une décoction de toi anime mon essence
Une macération de toi illumine ma vie
cg in Petit livre des illuminations

Solitude. Je recherche cette division en moi. Je recherche cette tension et ces multiples directions dans ma vie. C’est là l’expression véritable de mon moi. Lorsque je marche seule pendant des heures, je m’accepte telle que je suis. Je ne m’interdis rien et ne laisse pas les autres m’interdire quoi que ce soit. Obéissance au mystère que le journal s’emploie seulement à décrire et non pas à expliquer.

Voici mes dessous blancs,
Symboles de ma mue.
Je n’en ai plus besoin,
Maintenant je vais nue.
Je vais par les forêts
De charmes et châtaigniers,
Je fuis par les clairières,
Je fraie par les rivières
Pour tenter d’apaiser
Le phosphore à mon front,
Pour chérir et cacher
Le tendre et rude affront.
Non, je ne suis plus femme
Et pourtant je suis Vive.
Tu as tué la femme…
À présent je suis Vouivre !
18 août 2012






Sorcières, meneuses de nuées, batteuses d’eau
Panseuses de secret, remégeuses, rebouteuses
Le serpent lové dessine un sein
Femme, terre, serpent
Maudite par l’homme
cg in Universelle

L’art et la poésie sont des compagnons,
créer c’est se nourrir à la source,
l’abondance est intérieure.
cg in A la loupe

Nous sommes coupées en deux, songe-t-elle, nous sommes distendues, nous sommes magnifiées. Nous nous asseyons au creux de fontaines d’où l’eau jaillit par trop d’orifices. Nous posons la machine à écrire à même le sol, sous la table de la salle à manger, et vivons là. En sécurité avec le bois au-dessus de nos têtes. Nous restons assises là onze jours et onze nuits de rang, à nous perforer les veines des bras et des jambes. Nous écrivons des poèmes, à l’encre de sang. Nous nous croyons alors justifiées. Nos bras sont infectés. Nous savons bien n’être pas tout à fait à l’image de Dieu. Nous, profusions de trous. Notre genre est monumental. N’est-ce pas d’ailleurs ce que notre sculpture nous raconte ? Nous sommes l’appétit dépourvu de crâne. Nous sommes amputées. Nous enfantons sans maris. Nous donnons naissance à nos bébés dans la solitude absolue, comme une espèce de renégats. Nous n’avons ni tribus ni totems. Aucun rituel de consolation. Lorsque nous naissons ou mourrons, personne n’allume de cierge. Plus personne ne se souvient des litanies, des formules pour invoquer et divertir les dieux. Nous vivons seules. Célibataires durant des décennies. Larguées sur Terre puis désertées. Peut-être sommes nous une mélopée ? Quelqu’un nous a écoutées choir. Peut-être sommes-nous une forme de pluie avilie ?
in Bleu éperdument