Le Complexe d’Eden Bellwether, Benjamin Wood
traduit de l’anglais par Renaud Morin - Ed. Zulma 2014

497 pages, 23€50
La vérité est la torche qui luit dans le brouillard sans le dissiper.
Helvétius
Ici, ce qui capte le lecteur sur presque cinq cent pages, ce n’est pas tant l’histoire elle-même, bien qu’elle soit absolument digne d’intérêt, mais bien l’art de l’auteur de lui donner une tension et un souffle vraiment très particuliers, et quand on sait que c’est un premier roman, on ne peut que saluer la prouesse. La plume de Benjamin Wood nous promène toujours sur le fil du rasoir, dans ce qui pourrait être un thriller cérébral, dans une ambiance qui frôle parfois le gothique, mais sans jamais basculer dedans.
Bien que l’intrigue prenne place à Cambridge en juin 2003, l’ensemble du roman semble légèrement teinté de sépia, sans qu’il ne sente pour autant la poussière. Il y a bien sûr en fond de décor l’illustre université, beaucoup de livres et une maison de retraite et puis, il y a la musique aussi, musique de chambre ou de chapelle, et l’instrument central du roman, presque un personnage à lui tout seul : l’orgue. Un orgue qui va servir à des rituels bien étranges, et peut-être même dangereux…
Le jeune Oscar Lowe n’est pas étudiant, il travaille à Cerdarbrook, dans une maison de retraite toute proche de l’Université, mais passionné de littérature, il se sent proche du Dr Paulsen, un des patients dont il s’occupe. Ancien professeur de lettres à Cambridge et chargé de cours à King’s College, aussi cultivé que caustique, voire grossier, seul Oscar peut l’approcher sans se voir méchamment rabroué, voire pire, car il « était le seul membre du personnel à savoir respecter son besoin d’intimité ». En échange, il peut emprunter au Dr Paulsen, les innombrables ouvrages de sa bibliothèque, ce qui permet à Oscar d’assouvir son immense soif de lecture.
C’est en rentrant chez lui un soir, fatigué après le travail, qu’Oscar, traversant le campus, va être irrésistiblement attiré par la musique émanant de la Chapelle de King’s Collège, quelque chose d’inexplicable et de fascinant qui le fera entrer, bien qu’athée, pour assister à l’Office, dans un état proche de l’extase. Il y remarquera aussi une jeune fille blonde dont il fera connaissance à la sortie : la troublante Iris Bellwether, étudiante en médecine et puis fera la connaissance, très vite aussi, du plus troublant encore, mais de manière plus irritante peut-être, Eden Bellwether, organiste prodige et frère d’Iris. Tous deux futurs riches héritiers d’une famille qui apprécie cependant autant, sinon plus, l’ouverture d’esprit que la bonne éducation et qui saura accueillir Oscar avec sympathie, de même que le petit cercle, plutôt fermé, d’amis qui gravitent autour du frère et de la sœur, et cela bien qu’Oscar soit de condition bien plus modeste et complètement étranger au monde étudiant.
Cette double rencontre va entrainer Oscar dans une relation amoureuse avec Iris, mais aussi dans une aventure de plus en plus oppressante, dans laquelle viendront s’emberlificoter d’autres histoires, dont celle de son patient préféré à Cedarbrook et d’Herbert Crest, un éminent psychologue atteint d’une tumeur maligne au cerveau.
Le pivot central étant Eden Bellwether, en qui génie et folie se disputent la vedette, et tout particulièrement au dépend de sa sœur Iris, avec qui il entretient une trouble relation.
« Parfois, les individus ayant une Personnalité narcissique essayent de faire la preuve de leurs talents, s’enfermant dans un cycle sans fin. Elles peuvent s’imposer des tâches extraordinaires, impossibles à réaliser ou à surmonter, et se débattent ensuite avec les sentiments d’échecs et d’incompétence que ces défis auto-imposés ont fait naître. Elle avait souligné la dernière partie de la citation plusieurs fois. Si cette fureur reste contenue, dirigée vers l’intérieur, elle peut conduire à l’automutilation et à l’idéation suicidaire. »
Le complexe d’Eden Bellwether nous entraine dans les méandres de la psychologie et de la morale humaine et pose des questions qui ne peuvent se satisfaire d’une seule et unique réponse, tant celles-ci sont complexes et Benjamin Wood fait tout cela avec talent et simplicité, sachant susciter sans faiblir l’intérêt du lecteur. On peut le dire : de façon magistrale.
Cathy Garcia
Benjamin Wood, né en 1981, a grandi dans le nord-ouest de l’Angleterre. Amplement salué par la critique et finaliste de nombreux prix, le Complexe d’Eden Bellwether est son premier roman.
Cette note a été publiée sur le site de La Cause Littéraire :
http://www.lacauselitteraire.fr/

Eun Hee-kyung est née en 1959 dans la région de Gochang, Jeollabuk-do. Elle fait ses débuts littéraires en 1995 avec le court roman Duet et reçoit le premier Prix Munhakdongne du Roman la même année pour Le Cadeau De l’Oiseau, qui séduit tant les critiques que les lecteurs. Elle fait aujourd’hui partie des auteures les plus célèbres de Corée. Elle a reçu de nombreux prix, dont le Prix de Littérature Dongseo en 1997, le Prix de Littérature Yi Sang en 1998 et le Prix Coréen de Littérature en 2000. Ses œuvres les plus représentatives incluent les recueils de nouvelles To Talk With Strangers (1996), Happy Ones Do Not Look At The Clock (1999), Inheritance (2002) et Beauty Despises Me (2007), ainsi que les romans Le Cadeau De L’Oiseau (1995), Save The Last Dance For Me (1998), Minor League (2001) et Secrets And Lie (2005).
Élisa Amaru
Odile Alleguede
Philip Le Roy est un auteur français de polars, né en 1962 à Toulouse. Autodidacte doublé d'un globe trotteur. Touche-à-tout, il est à la fois adepte des arts martiaux (viet vo dao), bassiste rock à ses heures, ancien publicitaire et auteur de romans (très) noirs depuis 1997.Après Pour adultes seulement, lauréat du Prix du polar de Toulouse et Couverture dangereuse, deux premiers romans noirs, il est révélé en 2005 par le Grand Prix de littérature policière pour Le Dernier Testament, où apparaît pour la première fois Nathan Love. En 2007 paraît La Dernière Arme, deuxième enquête du profiler zen. Ses livres sont publiés dans la collection Points Thriller et sont traduits en Italie, Espagne, Russie, Allemagne, Corée…
Diplomate, essayiste, traducteur, Pavan K. Varma est aujourd’hui ambassadeur de l’Inde au Bhoutan. Actes Sud a déjà publié Le Défi indien (2005, Babel n° 798), La Classe moyenne en Inde (2009) et Devenir Indien (2011). Les Falaises de Wangsisina est sa première incursion dans la fiction.


Né en 1945, Selden Edwards est professeur. Il vit en Californie, à Santa Barbara. L’Incroyable Histoire de Wheeler Burden est son premier roman. Il y a travaillé pendant près de trente ans.
Romancier, poète du spoken word, nourri de jazz et de blues, Nii Ayikwei Parkes est né au Ghana en 1974. Il partage sa vie entre Londres et Accra. Notre quelque part, est son premier roman, très remarqué, finaliste du Commonwealth Prize.


Thomas Vinau est né en 1978 à Toulouse.


Né à Port-au-Prince, Gary Victor est plébiscité par les lecteurs en Haïti. Après des études d’agronomie, il exerce le métier de journaliste durant de nombreuses années et a occupé des postes importants dans la fonction publique haïtienne. Fils de René Victor, qui est peut-être le sociologue le plus important de son pays, l’écrivain en a hérité un regard lucide sur sa société. Ses créations explorent sans complaisance aucune le mal-être haïtien pour tenter de trouver le moyen de sortir du cycle de la misère et de la violence. Son roman, À l’angle des rues parallèles, a obtenu le prix de fiction du livre insulaire à Ouessant 2003. Il a fait également l’objet d’une adaptation au théâtre. Outre son travail d’écriture, Gary Victor est scénariste pour la radio, le cinéma et la télévision. Esprit rebelle, indépendant, ses réflexions sur la société haïtienne ont quotidiennement fait des vagues sur les ondes de l'une des stations de radio de Port-au-Prince, et son feuilleton télévisé sur les mœurs de la petite bourgeoisie haïtienne a été adapté au cinéma.
Murièle Modély est née en 1971 à Saint-Denis, à l’île de la Réunion et vit maintenant à Toulouse. Bibliothécaire de profession, elle commence à explorer l’écriture poétique sur son blog (www.l-oeil-bande.blogspot.fr.) avant de participer à des revues telles que Nouveaux Délits, Les tas de mots, Poème sale, Microbe, ou encore Traction Brabant.
Né en 1968 en Bretagne, Thierry Roquet vit à Malakoff (banlieue sud de Paris). Après une adolescence boutonneuse et solitaire, des études assez vite écourtées, divers boulots alimentaires, des lectures marquantes, une belle histoire d’amour, un enfant et un licenciement (presque) à l’amiable, s’oriente vers l’écriture (du quotidien) petit format… mais longue durée. Ne compte pas s’arrêter là. Inch’allah !
