Dans la lumière de Barbara Kingsolver
traduit (USA) par Martine Aubert, Edition Rivages, août 2013

560 pages, 24,50 €
Voici un étonnant roman, un pavé même, qui au début peut faire peur. En effet, on se demande un peu ce qu’on fait là, plongé brusquement dans le quotidien d’une famille américaine moyenne, éleveuse de moutons dans les Appalaches, un milieu rural et clos dont la vie est rythmée par les saisons et l’Église.
Tout démarre au moment où Dellarobia s’apprête à commettre l’irréparable. Dellarobia est la mère de deux jeunes enfants, Cordelia et Preston et l’épouse presque accidentelle de Cub, suite à une grossesse à 17 ans, dont l’enfant mort-né a basculé dans le silence et un oubli imposé. Ce mariage précipité l’avait empêchée, elle qui était plus brillante que la moyenne locale, d’aller étudier à la fac, pour se retrouver à la place, jeune épouse installée dans la chambre d’enfant d’un jeune homme bon mais lourdaud, écrasé par son père mais surtout sa mère, Hester, une femme de poigne, rude et méprisante. Les parents de Dellarobia étaient morts, la belle-famille était propriétaire d’une exploitation, c’était donc à considérer comme une chance.
Tout démarre donc au moment où Dellarobia est sur le point d’envoyer tout valser, faire craquer ce vernis familial étouffant sous lequel elle dissimule tant bien que mal un ennui abyssal. Elle est en chemin pour aller rejoindre un homme plus jeune qu’elle dans une cabane de bûcherons et tout bascule effectivement, mais pas dans le sens où elle l’imaginait. Ce qui l’attend sur la montagne, ce n’est pas un homme, mais un spectacle aussi éblouissant que bouleversant. La montagne est en flammes, un incendie qui lui semble comme un signe quasi mystique, car il ne s’agit pas de feu, mais de millions de papillons orange vif accrochés aux arbres.
Ce sont des King Billies, des monarques qui habituellement se regroupent l’hiver au Mexique.
Cet évènement hors du commun va bouleverser les habitudes et la vie de cette petite communauté rurale, et encore plus celle de Dellarobia, celle qui a eu la « vision » et qui bien-sûr ne peut révéler pourquoi elle était là-haut à ce moment-là sur la montagne, ce qui va déchainer toutes sortes de délires à son sujet, dont les médias vont s’emparer. La vie de Dellarobia bascule donc du tout au tout et plus encore lorsqu’un séduisant professeur d’université, Ovid Byron, spécialiste des monarques, va débarquer et installer un labo dans une grange de la propriété, en l’embauchant comme aide-laborantine.
Il est impossible de résumer ce roman d’une telle densité en quelques mots, mais l’auteur a réussi le prodige, vu le sujet très centré sur un espace-temps réduit, de faire que très vite on ne pense plus du tout qu’on en arrivera jamais au bout. Outre une façon de saisir le quotidien des plus banals d’une mère de deux jeunes enfants, avec une grande justesse et vraiment beaucoup d’humour, ce roman brasse avec autant de justesse de nombreux sujets qui posent question : changements climatiques et environnementaux, opportunisme politique et médiatique, fracture sociale, société de consommation et précarité, rapports entre monde rural et éducation ainsi qu’entre religion, tradition et science, sens de la vie de couple, dilemme entre maternité et épanouissement personnel…
Bien que tout cela se déroule donc chez les red-necks, comme ils se nomment eux-mêmes non sans ironie, même si le terme peut avoir une conation péjorative, Barbara Kingsolver réussit à donner à ce roman une envergure universelle dans laquelle beaucoup pourront se reconnaître.
De plus, toute lectrice et lecteur deviendra ainsi un(e) spécialiste confirmé(e) des monarques, ces merveilleux papillons migrateurs qui hibernent en grappes, toujours sur les sommets du centre du Mexique - leur installation dans les Appalaches étant pour l’instant heureusement pure fiction - avant de s’envoler mystérieusement par millions pour un trajet de plus de 4000 kms vers le Nord, d’où les générations suivantes reviendront pour hiberner sur les mêmes lieux que leurs parents, sans jamais y être allés auparavant.
Cathy Garcia
Barbara Kingsolver, est née le 8 avril 1955 aux États-Unis, à Annapolis, dans le Maryland. Journaliste, poète et romancière, elle a écrit une dizaine de livres, tous publiés chez Rivages. Connue pour son engagement écologiste, elle tient une place à part dans la littérature américaine. Que ce soit sous forme de romans, d'essais, de nouvelles ou encore de poèmes, ses écrits reflètent son intérêt pour la justice sociale et la biodiversité. En 2010, elle a obtenu le prestigieux Orange Prize pour Un autre monde.




Né en 1976 en banlieue parisienne, Colin Niel vit aujourd’hui en Guadeloupe. Ingénieur en environnement, spécialisé dans la préservation de la biodiversité, il a quitté la métropole après ses études pour travailler en Guyane durant six années qui lui ont permis de côtoyer les nombreuses cultures de la région et notamment les populations alukus et ndjukas du fleuve Maroni. Il a voulu faire partager, sous la forme d’un roman policier profondément social et très documenté, le destin parfois tragique d’une partie des habitants de Guyane qui l’ont tant marqué.


Daniel Biga est né à Nice en mars 1940 où il est revenu vivre aujourd’hui. Après une enfance Varoise (Fayence puis Ste Maxime) il vit l’exil citadin et le « lycée buissonnier » (ou plutôt portuaire) dans sa ville d’origine où il découvre la poésie et l’art. Il poursuit ses études à l’École Municipale de dessin (Villa Thiole) à Nice puis accomplit son service militaire (en Algérie en guerre). À son retour à Nice, il pratique des dizaines de petits métiers et passe une licence de lettres. Il peint et expose dans « les marges » de l’École de Nice et publie en 1966 son premier recueil, Oiseaux Mohicans, qui, réédité à la Librairie St Germain des Prés en 1969, sera salué par la critique comme un événement poétique. Il enseignera ensuite à l’École Régionale des Beaux Arts de Nantes, puis sera président de la Maison de la poésie de Nantes. Il a publié plus d’une trentaine d’ouvrages.




Écrivain et ethnologue, Jean-Yves Loude est l’auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels une série publiée chez Actes Sud, dans laquelle s’inscrit cet opus, consacrée aux mémoires occultées de l’Afrique : Le Roi d’Afrique et la reine mer (1994), Cap-Vert, notes atlantiques (1997), Lisbonne, dans la ville noire (2003), et Coup de théâtre à São Tomé (2007). Cet ouvrage a été réalisé en collaboration avec sa compagne, Viviane Lièvre, ethnologue et photographe. Tous deux témoignent depuis trente ans de la diversité des cultures du monde – lointaines ou proches – à travers leurs livres, études, romans adultes et jeunesse, leurs photos et leurs conférences. Leurs terrains d’investigations sont les Kalash du Pakistan, le Maghreb, l’Afrique de l’Ouest, le Cap-Vert, Lisbonne, São Tomé, le Brésil.
Jean-Baptiste Pedini, né à Rodez en 1984. Vit et travaille en région toulousaine. Publication dans de nombreuses revues dont Décharge, Voix d’Encre, Arpa,… Des parutions également chez Encre Vives, Clapàs et -36° édition. Un second recueil publié en 2012, prendre part à la nuit, dans la collection Polder coédité par Gros Textes et Décharge.
Corine Sombrun passe son enfance en Afrique à Ouagadougou (Burkina Faso). De retour en France elle se consacre à des études de Musicologie, piano et composition. Lauréate de concours nationaux et internationaux, elle obtient une bourse de l’Office Franco Québécois pour la Jeunesse et part à Montréal, étudier auprès de performers multimédia et de compositeurs. En 1999 elle s’installe à Londres, où elle travaille comme pianiste et compositrice : 



