Les buveurs de lumière de Jenni Fagan
traduit de l’anglais (Écosse) par Céline Schwaller,
Métailié, 24 août 2017

304 pages, 20 €.
Si le contexte des buveurs de lumière est une dystopie - nous sommes en 2020 et la planète entière bascule dans une ère glaciaire -, ce qui nous est raconté est très intimiste et contraste nettement avec le chaos dans lequel plonge le monde. Bien que la plupart des personnages soient plus ou moins des marginaux, ils en ressortent surtout splendidement ordinaires, juste humains, avec peut-être un peu plus de courage, d’amour et de douceur que la norme, ce que les difficultés de la situation ne font que mettre en lumière.
Dans la petite communauté de Clachan Fells située au nord de l’Écosse, Stella et Constance, sa mère, vivent en caravane, dans un quartier de caravanes au pied des montagnes, entre des champs, une zone industrielle, une grande décharge et la mer. Quartier qui abrite une faune hétéroclite, star du porno, couple sataniste…, chacun vivant plus ou moins dans sa bulle sans déranger les autres et se débrouillant comme il peut. L’hiver est déjà habituellement rude dans la région, mais cette fois il est plus qu’hors norme. Les températures chutent peu à peu jusqu’à atteindre - 56 au mois de mars, un immense iceberg dérive vers le port et la petite vie de l’agglomération est complètement chamboulée. La situation est mondialement épouvantable mais à Clachan Fells la survie s’organise. Constance elle-même est une sorte de survivaliste, une femme libre, courageuse et débrouillarde, qui protège autant que possible sa fille Stella, son ex-petit garçon devenu une ado en pleine transition de genre, ce qu’acceptent mal les désormais anciens camarades de cette dernière, mais aussi son père, taxidermiste.
C’est dans ce quartier que débarque Dylan, après avoir hérité par surprise d’une des caravanes. Sa mère et sa grand-mère sont décédées l’une après l’autre, et il trimballe leurs cendres dans un tupperware et un pot à glace. Après avoir vécu toute sa vie à Londres, dans un petit cinéma d’art et d’essai de Soho, tenu par son aïeule et qui a été saisi à la mort de cette dernière, il est à la fois très malheureux et complètement paumé et ne comprend pas bien pourquoi sa mère avait acheté cette caravane au fin fond de l’Écosse, ni ce qu’elle pouvait bien y faire.
Stella va très vite lier connaissance avec lui, un nouveau venu n’étant pas de trop pour rompre son propre isolement et petit à petit, Dylan et Constance vont se rapprocher. Et dans ce bout du monde et cette atmosphère de fin du monde, petit à petit et goutte à goutte le bonheur se distille, comme le gin que Dylan se met à fabriquer comme le faisait sa grand-mère, pour tenir le coup et se réchauffer. Mais c’est surtout grâce à la chaleur du cœur et sans aucune prétention, que la vie continue à tenir la mort, les mauvaises nouvelles et le chagrin à distance. Il n’y a rien d’extraordinaire dans Les buveurs de lumière, juste des gens simples, un peu rudes même, qui se débrouillent avec leur douleurs, leurs fantômes et qui tiennent le coup avec du bric et du broc et beaucoup de tendresse. La vivacité, la force et l’humour féroce de Stella et l’amour absolu que mère et fille partage, sont assez vastes pour y accueillir un grand gosse barbu et tatoué, vraiment très grand et d’autres encore, comme le vieux voisin Bernache. Entraide et solidarité, pas de vains mots, juste des évidences, des actes de survie que vient couronner la splendeur d’une aurore boréale.
Un roman idéal à lire en période de canicule, qui donne envie d’avoir froid pour pouvoir se blottir contre celles et ceux que l’on aime, étrangement beau, sans aucune fioriture mais chargé d’une poésie un peu sauvage, avec des personnages tranchés, entiers, des femmes fortes, des hommes doux, qui dans la nuit de glace qui les envahit, apprennent à boire et partager la lumière.
Cathy Garcia
Jenni Fagan est née en Écosse en 1977. Elle étudie l’écriture créative à l’université de Greenwich, puis remporte une bourse pour la Royal Holloway de Londres. Elle a publié plusieurs livres de poésie, dont le dernier, The Dead Queen of Bohemia, se trouve parmi les Best Scottish Poems 2017. En 2013, elle figure sur la liste des jeunes écrivains britanniques les plus prometteurs publiée par Granta. Elle travaille comme écrivain en résidence dans des unités de néonatologie, des prisons pour femmes, avec des aveugles, des jeunes délinquants, des femmes en danger, et à l’université d’Édimbourg. En 2016, le Sunday Herald Culture Awards la couronne écrivain de l’année. La Sauvage (The Panopticon), son premier roman, traduit en neuf langues, bientôt au cinéma, est immédiatement encensé par la critique, qui la compare à Anthony Burgess (L’Orange mécanique) et Irvine Welsh (Trainspotting).



John Burnside a reçu le Forward Poetry Prizes 2011, principale récompense destinée aux poètes en Grande-Bretagne. John Burnside est né le 19 mars 1955 dans le Fife, en Écosse, où il vit actuellement. Il a étudié au collège des Arts et Technologies de Cambridge. Membre honoraire de l’Université de Dundee, il enseigne aujourd’hui la littérature à l’université de Saint Andrews. Poète reconnu, il a reçu en 2000 le prix Whitbread de poésie. Il est l’auteur des romans La Maison muette, Une vie nulle part, Les Empreintes du diable et d'un récit autobiographique, Un mensonge sur mon père
Walter Ruhlmann enseigne l’anglais. Il a dirigé mgversion2>datura de 1996 à 2017 et les éditions mgv2>publishing de 2008 à 2017. Walter est l’auteur de recueils de poèmes en français et en anglais et a publié des poèmes et des nouvelles dans diverses revues dans le monde entier. Son blog : 






Corinne Pluchart est née le 7 mars 1966, à Meaux, en Seine-et-Marne. Elle vit à Sains, où elle enseigne en école maternelle. Depuis l’adolescence, elle écrit, marche, interroge, observe le paysage, l’océan. Elle compose en écriture et peinture, mue par un profond désir de lumière. De l’abbaye du Mont-Saint-Michel jusqu’au lointain Finistère, son pays de cœur, le chemin la traverse dans une solitude amie. 
Edyr Augusto est né en 1954 à Belém. Journaliste et écrivain, il a débuté sa carrière en tant que dramaturge à la fin des années 1970. Il écrit toujours pour le théâtre et endosse parfois le rôle de metteur en scène. Edyr a également écrit des recueils de poésie et de chroniques. 
Né en 1955 à Buenos Aires, Carlos Bernatek a notamment été finaliste du prix Planeta en 1994 et premier prix du prestigieux Fondo Nacional de las Artes en 2007. Banzaï est son premier roman traduit en France. 


Jean Azarel
Dans le désert, nous sommes transportés, nuées, ombres, nous avançons dans la lecture comme on marche, lentement, avec cette sensation que l’espace s’ouvre tout autour et en nous et le sentiment de se dissoudre dans cette immensité. Nous nous sentons de plus en plus petits, insignifiants, à chercher des signes qui se font et se défont, désert que nul langage ne saurait contenir. 
Daniel De Bruycker
Maximilien Dauber