Les Falaises de Wangsisina de Pavan K. Varma
traduit de l’anglais (Inde) par Sophie Bastide-Foltz

Actes Sud, mars 2014.
240 pages, 21 €.
« Resserre ton monde et regarde comme il s’étend
Un œil plein de ciel, un monde dans tes bras »
Nida Fazli
Voici un roman rafraichissant, profond, drôle, d’une haute teneur en vitamines spirituelles, dans la trame duquel viennent très naturellement s’insérer des fragments de ghazal, la poésie indienne :
Ce que nous appelons le monde est un jouet magique :
Un tas de sable quand on l’a, une pièce d’or quand on le perd
Un roman qui propose sans avoir l’air un enseignement précieux, imprégné de sagesse hindoue et de philosophie bouddhiste, en équilibre sur le fil fragile entre dukkha, la tristesse et ananda, la joie.
Au départ, Anand est un jeune et brillant avocat de New Delhi, qui a tout sacrifié à une ambition qui ne le mène à rien, sinon à être le pantin d’un associé moins compétent que lui qui l’humilie et se prend pour le patron. Aussi quand Anand apprend brutalement qu’il est atteint d’un cancer du pancréas et n’en a plus que pour quelques mois, il apprend aussi dans la foulée que sa femme le quitte pour épouser Adi, cet associé justement, dont elle est la maîtresse. D’un coup, tout s’effondre en lui et autour de lui. Passés le choc, la colère et le refus de se savoir condamné et abandonné de surcroit, mourant, par sa femme pour son meilleur ennemi, ce chaos total lui ouvre les yeux sur ce qu’a été sa vie jusque là, le non-sens de sa vie et de l’univers factice dans lequel il évoluait. Il réalise avec cet arrêt obligatoire combien il est passé à côté de tout, pour courir après des chimères, plus qu’amères à l’heure où il s‘en rend compte.
Il n’y a qu’aux êtres condamnés qu’est donnée la lucidité de voir à quel point ce qui leur avait paru important n’est que foutaise.
Anand cependant, nourri de poésie indienne, commence à entrevoir les prémisses d’une paix dans l’acceptation de ce qui est. Aussi, quand son médecin le rappelle pour lui dire qu’en fait, il s’était peut-être trompé, et que suite à une opération, il s’avère qu’effectivement ce n’était pas ce qu’on pensait, c’est comme une nouvelle naissance pour Anand, et cette fois il est bien décidé à vivre vraiment. Pleinement.
Il règle ses comptes, soulage son cœur et ne retourne pas travailler, refuse même de nouvelles offres encore plus avantageuses et comme il en a pour l’instant les moyens, il décide de ne rien faire, laissant ainsi son esprit se tourner vers des questionnements plus spirituels. Il prend enfin ce temps qu’il ne s’était jamais accordé, ni à lui, ni à sa femme, pour flâner, méditer, observer, humer et se laisser guider par l’instant présent. Ses pas le mènent ainsi plusieurs fois auprès du tombeau d’un grand saint soufi indien. C’est là qu’il fera la rencontre de l’ambassadeur du Bhoutan, rencontre qui va le propulser dans une toute nouvelle et très surprenante direction.
C’est là-bas, dans ce pays à la nature extraordinaire, où le bonheur national brut remplace le PIB, où les façades des maisons et des temples s’ornent d’imposants phallus magnifiquement colorés, que sa renaissance va vraiment avoir lieu, grâce à une vallée merveilleuse, à une rivière qui court aux pieds de falaises vivantes et de deux femmes. L’une, Chimi, sera celle qui lui louera une petite maison dans cette vallée et qui l’initiera à l’esprit des lieux. L’autre, Tara, est une Indienne comme lui, qui veut laisser définitivement derrière elle le monde et son lot de douleurs et de déceptions, en devenant nonne dans un monastère tout près de là. Anand va tomber fou amoureux d’elle, mais Tara ne veut pas renoncer à son vœu.
Leur rencontre étonnante avec un disciple de Drukpa Kunley, ce yogi tantrique tibétain du XVIe siècle, connu sous le nom de « fou divin », initiateur irrévérencieux, en apparence, d’une sage philosophie de liberté fondée sur le rire et le sexe, va les bouleverser tous deux et les emmener au plus près de la connaissance de soi et peut-être aussi au plus près d’ananda.
Ô Khusro, la rivière de l’amour suit sa propre loi
Ceux qui l’ont traversée s’y sont noyés à coup sûr
Ceux qui s’y sont noyés l’ont traversée
Amir Khusro
Il n’y a pas à hésiter, c’est un livre dans lequel il fait très bon plonger !
Cathy Garcia
Diplomate, essayiste, traducteur, Pavan K. Varma est aujourd’hui ambassadeur de l’Inde au Bhoutan. Actes Sud a déjà publié Le Défi indien (2005, Babel n° 798), La Classe moyenne en Inde (2009) et Devenir Indien (2011). Les Falaises de Wangsisina est sa première incursion dans la fiction.
Cet article sera en ligne sur le site de la Cause Littéraire.



Né en 1945, Selden Edwards est professeur. Il vit en Californie, à Santa Barbara. L’Incroyable Histoire de Wheeler Burden est son premier roman. Il y a travaillé pendant près de trente ans.
Romancier, poète du spoken word, nourri de jazz et de blues, Nii Ayikwei Parkes est né au Ghana en 1974. Il partage sa vie entre Londres et Accra. Notre quelque part, est son premier roman, très remarqué, finaliste du Commonwealth Prize.


Thomas Vinau est né en 1978 à Toulouse.


Né à Port-au-Prince, Gary Victor est plébiscité par les lecteurs en Haïti. Après des études d’agronomie, il exerce le métier de journaliste durant de nombreuses années et a occupé des postes importants dans la fonction publique haïtienne. Fils de René Victor, qui est peut-être le sociologue le plus important de son pays, l’écrivain en a hérité un regard lucide sur sa société. Ses créations explorent sans complaisance aucune le mal-être haïtien pour tenter de trouver le moyen de sortir du cycle de la misère et de la violence. Son roman, À l’angle des rues parallèles, a obtenu le prix de fiction du livre insulaire à Ouessant 2003. Il a fait également l’objet d’une adaptation au théâtre. Outre son travail d’écriture, Gary Victor est scénariste pour la radio, le cinéma et la télévision. Esprit rebelle, indépendant, ses réflexions sur la société haïtienne ont quotidiennement fait des vagues sur les ondes de l'une des stations de radio de Port-au-Prince, et son feuilleton télévisé sur les mœurs de la petite bourgeoisie haïtienne a été adapté au cinéma.
Murièle Modély est née en 1971 à Saint-Denis, à l’île de la Réunion et vit maintenant à Toulouse. Bibliothécaire de profession, elle commence à explorer l’écriture poétique sur son blog (www.l-oeil-bande.blogspot.fr.) avant de participer à des revues telles que Nouveaux Délits, Les tas de mots, Poème sale, Microbe, ou encore Traction Brabant.
Né en 1968 en Bretagne, Thierry Roquet vit à Malakoff (banlieue sud de Paris). Après une adolescence boutonneuse et solitaire, des études assez vite écourtées, divers boulots alimentaires, des lectures marquantes, une belle histoire d’amour, un enfant et un licenciement (presque) à l’amiable, s’oriente vers l’écriture (du quotidien) petit format… mais longue durée. Ne compte pas s’arrêter là. Inch’allah !


Marlène Tissot est venue au monde inopinément le 10 juin 1971. A cherché un bon bout de temps avant de découvrir qu'il n'y avait pas de mode d'emploi. Sait dorénavant que c'est normal si elle n'y comprend rien à rien. Raconte des histoires depuis qu'elle a dix-ans-et-demi et capture des images depuis qu'elle a eu de quoi s'acheter un appareil. Ne croit en rien, surtout pas en elle, mais sait mettre un pied devant l'autre et se brosser les dents. Écrira un jour l'odyssée du joueur de loto sur fond de crise monétaire (en trois mille vers) mais préfère pour l'instant se consacrer à des sujets un peu moins osés.


Elisabetta Bucciarelli écrit pour le théâtre, le cinéma et la télévision. Elle a également de nombreux romans noirs à son actif, primés en Italie et traduits en espagnol et en allemand. Elle vit à Milan où elle donne des cours d'écriture.
Barbara Kingsolver, est née le 8 avril 1955 aux États-Unis, à Annapolis, dans le Maryland. Journaliste, poète et romancière, elle a écrit une dizaine de livres, tous publiés chez Rivages. Connue pour son engagement écologiste, elle tient une place à part dans la littérature américaine. Que ce soit sous forme de romans, d'essais, de nouvelles ou encore de poèmes, ses écrits reflètent son intérêt pour la justice sociale et la biodiversité. En 2010, elle a obtenu le prestigieux Orange Prize pour Un autre monde.