Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

RÉSONNANCE & COPINAGES

  • Chris Hedges & Joe Sacco - Requiem pour Gaza

    F00648.jpg

    éditions Futuropolis, 144 pages

     

    Requiem pour Gaza, qui réunit des textes du reporter Chris Hedges et des bandes dessinées de Joe Sacco, restitue les témoignages d’exilés de Gaza. La force du livre ne réside pas tant dans l’accumulation de récits terrifiants que dans la volonté de nommer sans faux-semblants ce qui s’y joue aujourd’hui : « génocide », « apartheid », « scolasticide ».

     

    En 2025, Chris Hedges et Joe Sacco se sont rendus en Égypte, dans un camp de réfugiés palestiniens, recueillir les témoignages de familles ayant dû quitter la bande de Gaza à la suite de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 par le Hamas et la riposte israélienne.

     

    « Joe Sacco a passé plusieurs mois à Gaza pour ses livres Palestine et Gaza 1956. J’ai couvert Gaza en tant que journaliste pendant sept ans. Tout ce qui nous était familier à Gaza a disparu, transformé en un paysage apocalyptique de béton brisé et de décombres. Mon bureau du New York Times au centre de la ville de Gaza. La pension Marna, rue Ahmed Abd El-Aziz, où après une journée de travail, je buvais le thé avec Margaret Nassar, la vieille dame qui en était la propriétaire, une réfugiée de Safad, dans le nord de la Galilée. Lors de ma dernière visite à la pension Marna, j’ai oublié de rendre la clé de la chambre. La numéro 12. Elle était attachée à un grand ovale en plastique sur lequel était inscrit « Marna House Gaza ». La clé se trouve sur mon bureau.
    La destruction de Gaza n’est pas seulement un crime contre le peuple palestinien. C’est un crime contre notre patrimoine culturel et historique, une atteinte à la mémoire. Nous ne pouvons pas comprendre le présent, en particulier lorsque nous rendons compte de la situation des Palestiniens et des Israéliens, si nous ne comprenons pas le passé. »


    Extrait de la préface de Chris Hedges

     

    Chis Hedges est un ancien correspondant de guerre (notamment pour le New York Times), à Sarajevo comme en Irak. Récompensé d’un Prix Pulitzer en 2002, il est reconnu pour ses analyses de la politique américaine comme de celle du Moyen-Orient.
    La Palestine est au cœur de l’œuvre de Joe Sacco avec deux livres (Palestine, une nation occupée et Gaza 1956) et un pamphlet : Guerre à Gaza. 

     

    En savoir plus : https://www.futuropolis.fr/9782754849630/requiem-pour-gaza.html

     

    attachement-AaDN6XurdQuSrliLtmKEXw.png

     

     

     

  • Gérard de Nerval

     

    Homme, libre penseur ! te crois-tu seul pensant

    Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?

    Des forces que tu tiens ta liberté dispose,

    Mais de tous tes conseils l'univers est absent.



    Respecte dans la bête un esprit agissant :

    Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;

    Un mystère d'amour dans le métal repose ;

    « Tout est sensible ! » Et tout sur ton être est puissant.



    Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t'épie :

    À la matière même un verbe est attaché...

    Ne le fais pas servir à quelque usage impie !



    Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché ;

    Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,

    Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres !


     

    Vers dorés in Les chimères

     

     

     

     

  • Colette Daviles-Estines

    Pierres

     

    On voudrait dormir
    comme on prend l’eau
    de toute part
    brasse couler dans l’eau de la nuit
    mais le plafonnier soudain aveuglant
    et l’aiguille dans la peau

    On voudrait écrire la lumière
    ou la nuit ou encore les pierres
    mais pas cette lumière-là
    qui sourd de cette nuit-là
    et pas cette pierre de plomb
    organique et toxique

    On voudrait écrire ce qui ne pèse pas

     

     

    Poème d'une amie poète, le cancer, elle connait, elle repart en résistance contre la récidive du dernier. Force de vie, une battante comme on dit, un bon cœur, moi je dis. Le cancer, maladie du siècle (et d'une bonne moité de celui d'avant), maladie du système, qui nous dit tous les jours "tu meurs", cancer qui abime et rafle les un.e.s et enrichit les autres.

    En ce jour une pensée pour toustes celleux qui...

     

     

  • Clémentine Pons

    Je me réveille
    le cœur comme un sac plastique
    gonflé / vide / collé au visage
    y’a des oiseaux qui chantent plus
    juste du bruit de moteurs
    et de climatiseurs qui crachent l’apocalypse
    ...
    même dans les forêts
    ça sent le neuf
    le détergent
    la mort
    j’ai peur pour l’eau
    j’ai peur pour l’air
    j’ai peur pour le gosse qu’on fera peut-être pas
    parce que le monde est trop chaud
    trop cher
    trop tard
    c’est comme bouffer un fruit moisi
    et dire merci
    parce qu’y a plus rien d’autre

     

  • Anne-Marie Bernard

    Ce temps repu d'angoisse
    ressemble au passé
    Un ruisseau de boue 
    sort des haillons d'une guerre
    malade de son nom
    la folie du poème
    (...)
    elle panse les plaies pauvrement
    avec des mots de pluie

     

     in Le silence du passé

     

     

  • Patrick Trochou (1958-2026)

    J'ai besoin de ces voix qui s'éreintent à se taire; comme s'échoue le souffle ultime de la vague
    J'ai besoin de ces voix qui s'offrent jusqu'à la fêlure; comme si le lendemain allait définitivement les éteindre
    J'ai besoin de ces voix dont le fil défie le rasoir; quoiqu'elles sachent qu'il le coupera tôt ou tard.
    J'ai besoin de ces voix que n’effraie pas l'erreur qui les fait balbutier; qui désobéissent à l'harmonie.
    J'ai besoin de ces voix de rez-de-chaussée, car celles de étages parfois percent le plafond à en réjouir la pluie.
    J'ai besoin de ces voix non affermies qui endossent au plus franc leur inconfort; leur précaire solide.
    J'ai besoin de ces voix qui honorent le simple, n'en espérant ni prime ni ristourne.
    J'ai besoin de ces voix soutenant l'ordinaire pour échapper aux règles de l'extra.
    J'ai besoin de ces voix sans habit ni parure, qui ne se mêlent pas à celles trop vêtues.
    J'ai besoin de ces voix que ne parviennent à apprivoiser ni l'instrument ni la note - mais qui ont néanmoins leur musique.
    J'ai besoin de ces voix se voulant passerelles, mais avec lesquelles on coupe souvent les ponts.
    J'ai besoin de ces voix qui ne s'abaissent pas à prouver; et dont les éclats vibrent sans rien démontrer. Voix que ne dompte aucun fouet de tutelle.
    J'ai besoin de ces voix qui avouent carrément leurs trous et demandent poliment à celles qui en ont moins de les combler.
    J'ai besoin de ces voix dont certains disent qu'elles n'ont pas de couleur - surtout quand elles sont blanches.
    J'ai besoin de ces voix qui n'ont jamais appris à se poser - d'où qu'elles retiennent leur vol - et dont le cri rentré aspire à une étendue d'ombres.
    J'ai besoin de ces voix ayant le sommeil angoissé et dont l'enrouement au lever est déjà chargé de ce qu'elles endureront.
    J'ai besoin de ces voix qui se tiennent assises sur la langue de celle ou de celui qui vivent debout.
    J'ai besoin de ces voix dont le timbre ne colle pas au pavillon des hauteurs - d'où qu'on les oblitère.
    Nombreuses elles sont, ces voix; mais l'oreille ne s'y prête plus guère lorsqu'elles se libèrent.
    Leurs inquiétudes, bien sûr, peinent à se marier à d'autres qu'aiguise la meule des heures qui ne sait pas d'usure.
    Constance des heurts qui modifient les voix, précipitent la venue de la muance.
    Ma voix comme celles au-dessus, en quelque lieu du temps, ne sait plus où parler. S'adresser; oui, s'adresser ! Y compris à un âge où l'on gouverne son fluide oral, s'adresser vous semble une montagne à gravir; tant vers vous déferlent les éléments que l'on presse et propose en substituts du langage.
    J'ai besoin de ces voix tendues comme un bonjour, à quoi la mienne répond par une bonne poignée.
    J'ai besoin de ces voix qui bafouillent, qui marmonnent, qui hésitent, qui fourchent l'intransitif; qui trébuchent, balbutient, se donnent au murmure et à l'involontaire spontané de la faute. J'en ai plus qu'assez de cet insécable discours enrubanné, des performances hurlées, chantées, formatées et code-barrées en quoi toise toujours un orgueil à trouer le ciel.
    Quand même l'écoute se penche rarement sur elles, je veux entendre savourer les voix humaines.

     

     in Vers ce point à quoi ne suivra plus la ligne

     

     

  • Lionel Mazari

    l-impossible-sejour.png

     

     

    Des femmes vinrent alors
    essuyer leurs lèvres sur mon visage
    femmes des rêves noirs et chauds
    aux pans de chair fendus de terre humide
    repartant d'un rire au milieu
    des roulements de corps
    sur le cuir tendu du sol

     


    (...)

    La mère est tout de suite lune
    le père n'atteint son astre qu'en partant

     

    (...)

    Taches brunes la terre
    broute la neige par dessous
    pour que saigne la neige

     

    (...)

    Je sais pourquoi
    autant se taire

    Ne pas crier dans le désert
    quand c'est chaque grain de sable qui souffre
    ne pas parler aux vieux murs qui radotent

     

    (...)

    car on ne fait pas d'amulette
    sans crever dieu
    de préférence avec des serpents bien élevés

     

    (...)

    La mort me vient de derrière les étoiles
    tapie dans l'ombre d'une terre jumelle
    elle a lié mes jours au fagot des saisons
    les a chargé sur des tombeaux
    en procession que halent des haridelles
    (...)
    et les chevaux tressaillent laissant naître
    d'autres mauvaises étoiles
    du cliquetis des fers sur les galets

     

    (...)
    l'oiseau du jour
    le serpent de la nuit
    le coup de pied au cul de l'infini

     

    (...)

    Pour ne pas offenser le soleil
    nous ne nous mouvons que la nuit
    l'incandescence est notre ralliement
    la fumée notre trace

     

    (...)

    Mains, fleuves, vallées
    avec des orages de griffes...
    Mains imaginaires gagnées au troc des ailes !

     

    (...)

    Il vient des bruits de l'entre-monde
    c'est le cheptel des choses qui dorment
    dans la cave où campent les cris

     

    (...)

    Un sycomore a largement déboutonné
    le manteau de la cheminée éventrée
    Un chêne a renversé la table sans colère
    Un amandier a retourné le lit sans passion

     

    (...)

    Capricieuse chèvres, dit-on, j'ai tranché :
    ce sera l'herbe
    Et le linge.
    Et l'herbe qui tache
    la robe d'été au flanc du coteau.

    Si la mienne a des reflets rouillés
    si mon œil tient le diable en cabane,
    c'est parce que c'est 
    celui qui me tue qui meurt.

    Et je surgis, toujours du meilleur côté de la table,
    ou dans un mur de pierre à la fenêtre,
    drapé d'un vieux coin de ciel trop propre
    que je mâche.

     

    (...)

    Tout un tas de chats lézarde
    dans une ombre de pierre froide,
    Dans un nid de serpents, une poule
    a pris son tour de garde :
    un lézard pétrifié s'acharne
    à tenir tête au soleil,
    tandis qu'une buse de son vol épuisant
    nargue le sol et fait tourner le ciel,
    comme un lait brûlant de pavot la tête.

     

     

  • Lionel Mazari

     

    Et c'est dans cette solitude
    que j'ai pris la folle habitude
    d'être plutôt différent qu'autre.

    Ce que je raconte est bizarre,
    je l'avoue ; parfois je m'égare
    entre la cuisine et la chambre.

     

     in Le jour prend l'eau

     

     

  • Patrick Trochou

     

    Ces épais traits oraux ressassés par des élus ayant pattes graissées sur perchoir; qui sollicitent la glu pour qu'ils s'y sauvegardent, et espèrent que nous y coulerons notre croire. La fragilité méfiante, discrète de notre croire. Et ils s'y entendent dans les édifices pour ne pas nous écouter. (...) Nous avons lâché les rênes, la charrette, seule, s'est fracassée sans guide contre la palissade d'un idéal meurtri.

     

    in Tessons de vers après la casse, 2023

     

     

    Bon voyage vers des dimensions meilleures mon ami, ta bonté, ta générosité qui n'ont d'égal que ta discrétion, ton humilité vont me manquer et ils manquent déjà à l'humanité. Je vais relayer tes mots encore et encore et tu seras dans Nouveaux Délits comme prévu, toi qui as soutenu sans faille ma petite revue depuis presque 20 ans !

    Aujourd'hui, je suis bouleversée.

     

     

     

     

     

     

     

  • Jean Giono

    Le ciel tremblait comme un ciel de métal. On ne savait pas de quoi puisque tout était immobile, même le plus petit pompon d’osier. Ça n’était pas le vent. C’était tout simplement le ciel qui descendait jusqu’à toucher la terre, racler les plaines, frapper les montagnes et faire sonner les corridors des forêts. Après, il remontait au fond des hauteurs. 

     

    in Que ma joie demeure, 1935

     

     

  • Thomas Sankara

    Les grandes tragédies de l'histoire révèlent les grands hommes,

    mais ce sont les minables qui provoquent toujours ces tragédies.

     

    in Anthologie des discours de Thomas Sankara (2013)