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RÉSONNANCE & COPINAGES

  • Jadd Hilal - Palestine : qui parle ? 

     

    Source : https://www.acrimed.org/

     

    Il est gênant de constater, aujourd’hui comme hier, que la question palestinienne n’est pas saisie par tous à la même vitesse. D’un côté, nous, Palestiniens, sentons bien qu’une reconnaissance est attendue de notre part, maintenant que nous ne sommes enfin plus les seuls à évoquer l’horreur sur nos territoires. Maintenant que des artistes, des footballeurs, des stars, nous portent leur soutien. De l’autre, ceux qui détournaient hier le regard s’emparent de la cause palestinienne avec un succès si déroutant qu’on se sent quelque part comme Cassandre. On a prédit le piège dans le cheval de Troie mais personne ne nous a écoutés. Et maintenant on écoute, seulement on ne nous écoute pas nous, on écoute d’autres dire ce qu’on disait. Et on applaudit. 

    Qu’on nous comprenne bien : personne ne refuse le soutien. Mais il existe une manière d’être soutenu qui ressemble à une dépossession. Quand la solidarité s’exprime à notre place, elle nous laisse entendre que notre voix seule ne suffisait pas ; qu’il fallait un relais, un visage connu, une caution venue d’ailleurs pour que l’on consente enfin à tendre l’oreille. Nous voilà devenus les bénéficiaires d’un combat qui est pourtant le nôtre, invités à remercier là où nous aurions voulu être lus. Le paradoxe est là : nous nous réjouissons que les mots circulent, tout en constatant qu’ils semblent devoir changer de porte-voix pour être entendus. Il ne s’agit pas de revendiquer un monopole sur la souffrance ou sur son interprétation, mais de rappeler qu’une solidarité digne de ce nom devrait élargir l’espace de notre parole, non s’y substituer. Ce n’est pas récent, bien sûr. Combien de Palestiniens ont prononcé le mot «  génocide » avant qu’on ne l’emploie aujourd’hui ? Combien ont évoqué bien avant cela l’apartheid, la colonisation, la Nakba ? Combien ont répété et répété ces termes des années durant pour les entendre n’exister que très récemment dans le discours public en France ? Edward Said le formulait dès 1984 : les Palestiniens se voient refuser la permission de raconter. Quarante ans plus tard, la permission semble accordée, mais à des conditions qui n’ont pas changé : que le récit passe par une bouche jugée plus fiable parce que plus lointaine, moins concernée. La distance serait un gage d’objectivité, la proximité un biais. Au témoin, on réserve le soupçon ; à celui qui n’a rien vu, l’autorité. Ce qui était vrai hier l’est plus encore aujourd’hui : l’information circule et pourtant, la parole palestinienne demeure frappée d’un discrédit persistant. Il y a quelque chose qui porte à croire davantage, à laisser moins de place à quelqu’un de là-bas plutôt qu’à quelqu’un d’ici. Comme si venir de l’endroit dont on parle était devenu la preuve la plus manifeste que l’on ne sait pas en parler. Être concerné ne signifie pourtant pas être incapable de penser, de décrire ou d’analyser.   

    Nous, les Palestiniens, avons vécu et continuons de vivre une censure à plusieurs étages. D’abord, par la place qu’on nous a donnée. Souvent occasionnelle. Il faut un temps fort sur la Palestine pour que nous soyons regroupés, étriqués dans un article ou autour d’un plateau. Notre présence devient alors liée à l’urgence, comme si nous n’avions rien à dire entre deux images de destruction, comme si nos analyses et nos vies ordinaires n’existaient pas hors de la séquence dramatique. Souvent, aussi, relative. Il s’agit de se tenir à un devoir de neutralité lorsqu’un Palestinien est rendu visible. On lui oppose quelqu’un du « camp » opposé, en commettant à cet égard une erreur double : confondre l’angle politique et l’angle humanitaire (qui est pour la mort de dizaines de milliers d’enfants ?) et oblitérer les rapports de pouvoir : la parole d’un Palestinien vaut-elle réellement autant, en France, que la parole d’un autre ? La symétrie du dispositif donne l’apparence de l’équilibre, mais ne garantit pas l’équité des conditions de parole. La contradiction est nécessaire ; l’effacement ne l’est pas.

    Aujourd’hui, une nouvelle censure a libre cours : on veut bien entendre nos mots, mais on ne veut pas nous entendre nous. Cette mise à l’écart des personnes, malgré l’acceptation de leurs idées, est encore à l’œuvre dans bien des rédactions, des milieux artistiques et politiques. Nous voyons régulièrement la preuve de notre inexistence dans l’estime accordée à ceux qui disent la même chose que nous sans être nous. La couverture de certains grands médias ainsi récemment accordée à Delphine Horvilleur, et plus précisément autour de son point de vue sur Gaza, pose une question qui dépasse sa personne. Pourquoi ce récit en particulier devient-il un événement médiatique quand la parole de Palestiniens, pourtant premiers concernés, et décrivant depuis longtemps la réalité de leur territoire, peine encore à bénéficier d’une reconnaissance comparable ? Poser cette question, du reste, vise moins à blâmer les médias en question qu’à encourager une forme d’autocritique, salutaire et nécessaire, pour espérer tout progrès dans le traitement de la question palestinienne.

    Nous, les Palestiniens, faisons face en somme à ce sentiment que tout le monde connaît et que nous éprouvons quant à nous chaque jour : la frustration. Celle que chacun a déjà ressentie une fois dans sa vie, en demandant ou en se demandant : « Mais, n’est-ce pas exactement ce que je viens de dire ? ». Celle de Cassandre, donc. Mais cette frustration ne concerne pas seulement ceux qui la vivent : elle révèle une dérive plus générale, qui devrait alarmer tous ceux qui ont en partage le souci d’informer. Veut-on réellement, enseignant, journaliste, que l’information importe moins que la personne qui la donne ? N’est-ce pas la mort de l’information elle-même ? Le début de l’opinion ? N’est-ce pas, au fond, la fin de l’histoire qu’on raconte, et le début de celle qu’on se raconte ?

     

    Jadd Hilal, écrivain franco-libano-palestinien

     

     

     

  • Hermann Hesse

    Et si, entre-temps, l'humanité avait progressé, c'était seulement dans les domaines qui ne le touchaient pas et lui paraissaient inutiles et superficiels, comme la construction de machines et d'armes pour la guerre, la transformation de la substance vivante en matière morte, de la nature en chiffres et en argent.



    in L'homme aux livres in Souvenirs d'un Européen (1952)

     

     

  • Florentine Rey - Monoculture

    Une blague salace
    on laisse filer
     
    Une main aux fesses
    on laisse tomber
     
    Un S.D.F sur le trottoir
    on ignore
     
    Des noyés, des noyés, des noyés
    on s’y fait
     
    Inégalités de taux, de peaux, de genres
    on sait
     
    L’insupportable sédimente
    Bientôt plus rien ne pourra pousser

     

     

    Merci à Au hasard de connivences

    https://auhasarddeconnivences.eklablog.com/

     

     

     

     

  • Hermann Hesse



    Il était devenu un original, un demi-fou. Il sortait en hiver quand le temps était gris et froid, humant avec passion les coloris et les odeurs de cette atmosphère hivernale ; il lui arrivait de courir après un petit enfant qui fredonnait « lala » pour lui tout seul, il restait des heures à fixer du regard une eau verte, une plate-bande de fleurs ou encore, pareil au liseur absorbé par son livre, il se plongeait dans la contemplation des lignes qu'il découvrait à l'intérieur d'un éclat de bois, d'une racine ou d'une betterave.



    in Le peintre in Souvenirs d'un Européen (1952)

     



     

  • Anne-Laure Delatte - Riches ensemble

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    Seuil, 11 septembre 2026

     

     

    Non, la France n’est pas au bord de la faillite. Non, les dépenses sociales ne dérapent pas. La récit qui oppose le « courage » de l’austérité au « déni » des réalités budgétaires est mensonger.
    Anne-Laure Delatte démonte, données et travaux de recherche à l’appui, les idées préconçues qui minent le débat public. En confrontant le modèle français aux autres pays européens, cet essai incisif montre que la gabegie n’est pas toujours là où on la dénonce, que certains services publics restent remarquablement efficaces, et que d’autres sont au contraire abandonnés.
    Ce livre propose aussi des solutions. Identifier ce que nous avons intérêt à financer ensemble, faire reculer le privé là où il capte les ressources sans mieux protéger les citoyens, évaluer sérieusement la dépense publique, et aller chercher les recettes là où elles existent.
    L’alternative des années qui viennent est simple : face à la crise écologique et aux risques géopolitiques, mutualiser pour vivre mieux, ou laisser la plupart d’entre nous s’appauvrir seuls.

     

    Anne-Laure Delatte est directrice de recherches en économie au CNRS, rattachée à l’université Paris-Dauphine PSL. Elle a publié L’État droit dans le mur (Fayard, 2023 ; Points, 2025).

     

  • Nadia Guerouaou - Notre cerveau sous influence

     

     

    SOURIEZ, VOUS ÊTES NORMALISÉ

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    Eyrolles éd., février 2026

     

     

    Filtres vidéo qui corrigent nos visages, voix artificielles lissées, textes rédigés par des algorithmes... Les IA génératives, en médiatisant jusqu'à l'expression de nos émotions les plus intimes, nous façonnent de manière subtile et profonde. Une nouvelle sensibilité émerge : l'IAffectivité.

    Entre domestication affective et risques d'uniformisation culturelle, Nadia Guerouaou, neuroscientifique et psychologue, offre de nombreuses pistes de réflexion pour appréhender ce contrôle inédit des IA génératives : quels sourires seront appliqués sur nos visages ? Quelle colère jugera-t-on bon d'effacer de nos voix ?

    L'enjeu dépasse largement la simple correction technologique et s'étend jusqu'à nos valeurs et normes sociales. Sans même être implantées dans notre cerveau, les IA génératives reconfigurent nos modèles cognitifs et notre technomorale. Comprendre ces mécanismes, c'est rouvrir l'espace des possibles.

    Face au paramétrage algorithmique de nos émotions, une question urgente s'impose : quelle humanité et quelle société voulons-nous ?

     

    Nadia Guerouaou est docteure en neurosciences cognitives et l'autrice d'une thèse sur les filtres vocaux. Psychologue clinicienne, elle travaille sur les transformations de la voix dans le traitement du stress post-traumatique. Elle enseigne par ailleurs la neuro-éthique, l'éthique des systèmes d'IA et la philosophie de l'innovation. Conférencière sur les enjeux de l'intelligence artificielle dans nos sociétés, elle a signé plusieurs tribunes sur ce sujet dans Le Monde et Libération.

     

     

  • Albert Camus

    Et même les plus déshérités arrivent à respirer. Le dernier dans l'échelle sociale a encore son conjoint, ou son enfant. S'il est célibataire, un chien. L'essentiel en somme est de pouvoir se fâcher sans que l'autre ait le droit de répondre.

    (...) Nous sommes devenus lucides. Nous avons remplacé le dialogue par le communiqué. « Telle est la vérité, disons-nous. Vous pouvez toujours la discuter, ça ne nous intéresse pas. Mais dans quelques années, il y aura la police, qui vous montrera que j'ai raison. »

     

     

    in La chute, 1956

     

     

     

  • Le partage des richesses, toute une histoire

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    paru le 4 septembre

     

     

    Nous n’avons jamais créé autant de richesses et pourtant, elles n’ont jamais été aussi mal réparties au sein de la population mondiale.

    Cet accaparement n’est pas nouveau : depuis des siècles, les plus riches se sont toujours attachés à développer des moyens d’accroître leur fortune plus qu’à la partager. Mais il n’est pas inéluctable, comme nous l’apprend l’histoire. De la Révolution française au mouvement pour la justice climatique, des mobilisations sociales et citoyennes ont permis de faire du partage des richesses une réalité : à travers une plus grande justice fiscale, l’augmentation des salaires, la protection sociale...

    Plongée passionnante dans cette histoire en texte et en BD, cet ouvrage explore aussi cette question au présent, sous l’angle de la nouvelle problématique écologique. Et propose un état des lieux des propositions pour, ensemble, œuvrer à une plus grande justice climatique et sociale !

    Vous pouvez lire ici un extrait du livre. Cet ouvrage est le deuxième tome de la nouvelle collection d’Attac aux éditions de l’Atelier, après L’évasion fiscale, toute une histoire.