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RÉSONNANCE & COPINAGES - Page 2

  • Marguerite Yourcenar

    Tout se passait comme si, sur une route ne menant nulle part en particulier, on rencontrait successivement des groupes de voyageurs eux aussi ignorants de leur but et croisés seulement l'espace d'un clin d’œil. D'autres, au contraire, vous accompagnaient un petit bout de chemin, pour disparaître sans raison au prochain tournant, volatilisés comme des ombres. On ne comprenait pas pourquoi ces gens s'imposaient à vôtre esprit, occupaient votre imagination, parfois même vous dévoraient le cœur, avant de s'avouer pour ce qu'ils étaient : des fantômes. De leur côté, ils en pensaient peut-être autant de vous, à supposer qu'ils fussent de nature à penser quelque chose. Tout cela était de l'ordre de la fantasmagorie et du songe.

     

    in Un homme obscur

     

     

  • Marcel Moreau (1933-2020)

    La toute-puissance des mots est toujours là, mais c'est une toute-puissance ayant fait la preuve que les mots lorsqu'ils perdent toute authenticité, donc leurs racines viscérales, peuvent devenir les instruments indifférents, ou radicaux, d'une déshumanisation bien réelle. Sous la dictature, nous savons ce qu'il en est du langage : resserré sur son mensonge, calibré pour emprisonner soit l'âme, soit le corps ou les deux. En démocratie, le langage est vidé de ses sens importants. Il est désincarné, réduit à une parlote donc l'efficacité n'a d'égale que la médiocrité de ceux qui en commercialisent ou en politisent l'usage. La démocratie nous donne l'impression que la parole s'y libère. En fait, la parole ne libère que des pensées dont l'aventure est déjà terminée, qu'elles s'appellent préjugés ou à priori, issues du grand bazar des concepts immuables, à vocation dogmatique.

     

    in La libération de la parole

    Lettres vives éd., Coll. Entre 4 yeux, novembre 2000

     

     

  • Fernando Pessoa

    Roule, grande boule, fourmilière de consciences, terre,
    roule, teintée d'aurore, chapée de crépuscule, d'aplomb
    sous les soleils, nocturne,
    roule dans l'espace abstrait, dans la nuit à peine éclairée,
    roule...

     

    in Poésie d'Alvaro de Campos 

     

     

  • Fernando Pessoa

     

    Pouvoir rire, rire, rire effrontément,
    rire comme un verre renversé,
    fou absolument du seul fait de sentir,
    rompu absolument de me frotter contre les choses,
    blessé à la bouche pour avoir mordu aux choses,
    les ongles en sang pour m'être cramponné aux choses,
    et qu'ensuite on me donne la cellule qu'on voudra 
    et j'aurai des souvenirs de la vie.

     

    in Poésie d'Alvaro de Campos

     

     

     

     

  • Fernando Pessoa

    Rumeurs trafic charrette train autos je sens soleil rue
    feuillards cageots trolley boutique rue vitrines jupe yeux 
    rapidement caniveaux charrettes cageots rue traverser rue
    promenade boutiquiers «pardon » rue
    rue en promenade à travers moi qui me promène à travers
    la rue en moi

     

    in Poésie d'Alvaro de Campos 

     

  • Fernando Pessoa

    (...)

    Si je meurs très jeune, écoutez ceci :
    je ne fus jamais qu'un enfant qui jouait.
    Je fus idolâtre comme le soleil et l'eau
    d'une religion ignorée des seuls humains.
    Je fus heureux parce que je ne demandais rien,
    non plus que je ne me livrai à aucune recherche ;
    de plus je ne trouvai qu'il y eût d'autres explication
    que le fait pour le mot explication d'être privé de tout sens.

    in Poésie d'Alberto Caeiro - Poèmes désassemblés

     

     

     

     

     

  • 1972, le rapport Meadows

     

    On ne se lasse pas (si !) de le rappeler.....

    Il y a 54 ans, sortait le rapport Meadows. L’un des premiers cris d’alarme lancé pour la planète.  Au début des années 70, des scientifiques américains alertaient déjà, “si nous ignorons et poursuivons la croissance, nous atteindrons un point de non-retour.” Lumière sur ce document précurseur avec Ludivine Lopez et les archives de l’INA. 

     

  • Estelle Fenzy

     

    TES TROUPES

     

    Le jardin

    derrière la maison

    s’étendait jusqu’à l'école

     

    Un long bandeau

    planté de rosiers

    et de tous les légumes

    de la création

     

    Petit frère et moi

    cavalions sur la voyette

    pour t’y retrouver

    débusquer les fraises

    fureter sous les feuilles

    trouver les chenilles

    sur les fanes de carottes

     

    Tu binais avec entrain

    t’arrêtant seulement

    pour t’essuyer le front

    du revers de la main

     

    Et pour encourager

    tes troupes accroupies

    dans l’odeur de la terre

    leurs cruels petits pieds

    à écraser les doryphores

     

    in Gueule noire, éd. La Boucherie littéraire, 2019

     

     

     

    en écouter plus ici : 

    https://www.youtube.com/watch?v=oKZkinHjWkc