Jean-Louis Bernard
Le poète
boit l'encre du silence
puis ivre
tend l'arc du dire
in À l'ordre de l'oubli
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.
Le poète
boit l'encre du silence
puis ivre
tend l'arc du dire
in À l'ordre de l'oubli
Tout se passait comme si, sur une route ne menant nulle part en particulier, on rencontrait successivement des groupes de voyageurs eux aussi ignorants de leur but et croisés seulement l'espace d'un clin d’œil. D'autres, au contraire, vous accompagnaient un petit bout de chemin, pour disparaître sans raison au prochain tournant, volatilisés comme des ombres. On ne comprenait pas pourquoi ces gens s'imposaient à vôtre esprit, occupaient votre imagination, parfois même vous dévoraient le cœur, avant de s'avouer pour ce qu'ils étaient : des fantômes. De leur côté, ils en pensaient peut-être autant de vous, à supposer qu'ils fussent de nature à penser quelque chose. Tout cela était de l'ordre de la fantasmagorie et du songe.
in Un homme obscur
La toute-puissance des mots est toujours là, mais c'est une toute-puissance ayant fait la preuve que les mots lorsqu'ils perdent toute authenticité, donc leurs racines viscérales, peuvent devenir les instruments indifférents, ou radicaux, d'une déshumanisation bien réelle. Sous la dictature, nous savons ce qu'il en est du langage : resserré sur son mensonge, calibré pour emprisonner soit l'âme, soit le corps ou les deux. En démocratie, le langage est vidé de ses sens importants. Il est désincarné, réduit à une parlote donc l'efficacité n'a d'égale que la médiocrité de ceux qui en commercialisent ou en politisent l'usage. La démocratie nous donne l'impression que la parole s'y libère. En fait, la parole ne libère que des pensées dont l'aventure est déjà terminée, qu'elles s'appellent préjugés ou à priori, issues du grand bazar des concepts immuables, à vocation dogmatique.
in La libération de la parole
Lettres vives éd., Coll. Entre 4 yeux, novembre 2000
Roule, grande boule, fourmilière de consciences, terre,
roule, teintée d'aurore, chapée de crépuscule, d'aplomb
sous les soleils, nocturne,
roule dans l'espace abstrait, dans la nuit à peine éclairée,
roule...
in Poésie d'Alvaro de Campos

Il reste à dévisager
le plâtre unique
où vient prendre la mort
Pouvoir rire, rire, rire effrontément,
rire comme un verre renversé,
fou absolument du seul fait de sentir,
rompu absolument de me frotter contre les choses,
blessé à la bouche pour avoir mordu aux choses,
les ongles en sang pour m'être cramponné aux choses,
et qu'ensuite on me donne la cellule qu'on voudra
et j'aurai des souvenirs de la vie.
in Poésie d'Alvaro de Campos
Rumeurs trafic charrette train autos je sens soleil rue
feuillards cageots trolley boutique rue vitrines jupe yeux
rapidement caniveaux charrettes cageots rue traverser rue
promenade boutiquiers «pardon » rue
rue en promenade à travers moi qui me promène à travers
la rue en moi
in Poésie d'Alvaro de Campos
(...)
Si je meurs très jeune, écoutez ceci :
je ne fus jamais qu'un enfant qui jouait.
Je fus idolâtre comme le soleil et l'eau
d'une religion ignorée des seuls humains.
Je fus heureux parce que je ne demandais rien,
non plus que je ne me livrai à aucune recherche ;
de plus je ne trouvai qu'il y eût d'autres explication
que le fait pour le mot explication d'être privé de tout sens.
in Poésie d'Alberto Caeiro - Poèmes désassemblés
La mer enfile ses bas bleus...
chuintements des châteaux de sable.
in La Foule Divinatoire des Rêves
On ne se lasse pas (si !) de le rappeler.....
Il y a 54 ans, sortait le rapport Meadows. L’un des premiers cris d’alarme lancé pour la planète. Au début des années 70, des scientifiques américains alertaient déjà, “si nous ignorons et poursuivons la croissance, nous atteindrons un point de non-retour.” Lumière sur ce document précurseur avec Ludivine Lopez et les archives de l’INA.
Je ne peux que vous inviter à aller écouter Mérou en spectacle aussi...

Hyacinth Rigaud - "La dragqueen de Versailles" - 1701
TES TROUPES
Le jardin
derrière la maison
s’étendait jusqu’à l'école
Un long bandeau
planté de rosiers
et de tous les légumes
de la création
Petit frère et moi
cavalions sur la voyette
pour t’y retrouver
débusquer les fraises
fureter sous les feuilles
trouver les chenilles
sur les fanes de carottes
Tu binais avec entrain
t’arrêtant seulement
pour t’essuyer le front
du revers de la main
Et pour encourager
tes troupes accroupies
dans l’odeur de la terre
leurs cruels petits pieds
à écraser les doryphores
in Gueule noire, éd. La Boucherie littéraire, 2019
en écouter plus ici :
https://www.youtube.com/watch?v=oKZkinHjWkc
Prenez parti pour les forces positives, les forces d'union, d'association, d'amour, et luttez contre toutes les forces de destruction, de haine et de mépris.