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11/03/2018

Pénélope Corps

Elle a un peu bu ok
Et quand elle boit
Elle dessine des cœurs machinalement sur les sous-bocks
Elle lit des pages à l'envers sans s'en apercevoir
Elle comprend rien
Elle mange sa part de tarte sans broncher
Une façon comme une autre de maintenir son corps au-dessus des vagues
Et quand elle boit
Elle se fait défoncer la gentillesse
Même quand elle ne boit pas d'ailleurs
Elle a l'habitude
Elle a ses schémas
Elle s'en est toujours pris plein la gueule
Et le pire avec les connards
C' est qu'ils traînent toujours quelque chose d'aimable et de chaleureux
Elle le sait pourtant
Elle est hypersensible
C'est presque une insulte à son âge
Alors quand elle boit
Elle se balance des grandes phrases dans la tête
Ça lui agrandit l'horizon
La vérité c'est qu il faut faire avec le boulet ficelé au pied
C'est con
C'est générationnel
Et du coup
Elle a toujours besoin de se brûler les genoux pour sentir qu'elle existe
Chez elle c'est souvent le corps qui parle en premier
Aujourd'hui elle boit
Mais là il fait beau et c'est pas pareil
La ville la transperce
Les passants ont de l'aura
Leurs chiens aussi
Ça faisait longtemps
Elle se dit que
Demain c'est le printemps
Que les lacs pèteront comme des diamants

Vivre comme tout le monde en étant comme personne
En voilà une perspective

 

 

 

23/02/2018

Exposition AL à L'Alliance française de Sapporo, île d'Hokaido, Japon


Du 28 février au 24 mars 2018.
"Paysages intimes. Du lien Bretagne-Japon"

Et le plaisir d'y participer avec mes mots, ma poésie, dans la foulée de nos précédents Tissages de mots et d'images

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13/02/2018

Dennis Banks, activiste, enseignant et auteur anishinaabe (1937-2017)

Dennis Banks AIM founder.jpg

 

 

Dennis Banks, one of the AIM leaders of the Oglala Sioux Indians, .jpg

 

 

Dennis Banks, the militant Chippewa who founded the American Indian Movement in 1968 jpg.jpg

avec Russell Means (décédé en 2012), Oglala Sioux, tous deux co-fondateurs d'AIM - Occupation d'Alcatraz - 1969

 

 

 

Dennis Banks (1937 – 2017), fondateur de l’American Indian Movement



article du 7 novembre 2017 - Source :

http://www.autrefutur.net/Disparition-de-Dennis-Banks-fon...


(...)

Comme en ce moment, encore plus que de coutume, je me tiens peu au courant de
"l’actualité", c’est seulement à l’instant que je viens d’apprendre, par l’intermédiaire d’un ami, le décès survenu il y a quelques jours de Dennis Banks, l’un des fondateurs de l’American Indian Movement et, sur un plan purement personnel, l’une des très belles rencontres de ma vie. Il n’est pas dans la tradition indienne nord-américaine de célébrer les morts et de se retourner sur eux. La mort en même temps qu’une fin est considérée comme un don ; c’est une vie qui, en même temps, s’éteint et se multiplie, qui, en l’occurrence, d’une naissance à un décès, s’efface comme évènements mais se multiplie comme parole.

Dennis appartint à cette génération exceptionnelle (Leonard Crow Dog, Russell Means, John Trudell, Clyde et Vernon Bellecourt, etc. et derrière, invisibles au monde médiatique euroaméricain, mais essentiellement présentes et devant, au premier rang de l’essentiel, d’un point de vue indien : tant de femmes) qui fonda à la fin des années 1960 et fit entendre au début des années 1970 l’American Indian Movement. Génération exceptionnelle, non certes par simples mérites personnels, mais par conjoncture historique : ils avaient grandi dans une résistance indienne, qui, contrairement à ce qu’on imagine souvent, n’avait à aucun moment baissé pavillon mais qui, par la force des choses et parce qu’elle n’avait ni les moyens ni le savoir de se faire entendre au-dehors, était tout intérieure : ils ont rongé le monde tout autour de nous ; ils ne le rongeront pas du moins au-dedans de nous. Mais ils avaient aussi, de diverses façons, appris à grandir au sein du monde euroaméricain, dans ses écoles, dans ses villes, dans ses armées, dans ses prisons. Ils en parlaient la langue et ils savaient comment y agir. Ce qu’ils firent avec éclat. Ils purent et surent exprimer combativement dans l’insupportable présent modelé par le monde qui avait supplanté les leurs ce qui de ces derniers s’était maintenu dans un exil du temps. Ils contribuèrent à remettre dans le courant de l’histoire une indianité qu’on avait tellement voulu rendre muette qu’elle avait pris l’habitude de se taire, au point qu’on avait pu la croire effectivement muette, alors qu’elle n’était que silencieuse, préférant plutôt que de parler en vain à des sourds ne parler qu’à elle-même, aux vents et au fantôme bien vivant de l’Aigle-Tonnerre. Et non pas pour se laisser emporter par ce courant de l’histoire et se mêler à tous les naufrages et vociférations qu’il charrie, mais pour le détourner, pour le chevaucher, pour le conduire, in the Indian way, non comme animal chose qu’on croit diriger où l’on veut, mais comme animal allié avec lequel s’invente un trajet.

Dennis fut de ceux-là : aux côtés de Russel Means,retournant violemment, comme la lame d’un couteau qu’on déplie, toutes les blessures de l’histoire pour s’en faire non pas une plainte, certes, mais une arme,Dennis était plutôt, dans le même engagement, une sorte d’élégance lucide : vous ne m’avez pas touché, je me tiens là où vous ne m’avez pas touché, c’est mon arme (et les deux armes, celle de Russell et celle de Dennis sont bien sûr complémentaires).

Et tel était encore Dennis la dernière fois que je le vis, non pas en chair et en os mais sur une vidéo tournée il y a deux ans par un ami avec Edith Patrouilleau servant d’interprète. Octogénaire, militant autant qu’il y a 40 ans, n’ayant pas d’un dixième de degré baissé la garde, pour autant pas donneur de leçons comme trop d’Indiens occidentalisés d’aujourd’hui, mais toujours insoumis, tellement insoumis qu’il n’avait aucunement besoin de le démontrer, plutôt l’humour, plutôt le bonheur de vivre. On ne cède rien, cela va tellement de soi. Mais on ne cède pas non plus le bonheur de vivre (fier) à la nécessité d’avoir à combattre pour lui.

Pas de photo, donc, et pas de regrets. "Today is a good day to live and we’ll try tomorrow should be another good day also."

Roger Renaud


 

 

 

 

Alcatraz occupation par All Indians Tribe - 1969-1971

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Adam Fortunate Eagle, Chippewa, un des principaux leaders de l'occupation

 

 

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Indians of all tribe et AIM alcatraz occupation décembre 1969.jpg

2 décembre 1969

 

 

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Bispiritualité

 

La bispiritualité (two-spirit en anglais) est un terme dérivé d’un concept anishinaabeg (ojibwé) appelé niizh manidoowag, qui réfère aux personnes s’identifiant comme ayant un esprit masculin et un esprit féminin.

 

La bispiritualité (two-spirit en anglais) est un terme dérivé d’un concept anishinaabeg (ojibwé) appelé niizh manidoowag, qui réfère aux personnes s’identifiant comme ayant un esprit masculin et un esprit féminin. L’activiste Albert McLeod développe le terme anglais en 1990 pour désigner la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle, transgenre et allosexuelle (LGBTQ) autochtone (voir Droits des lesbiennes, des gais, des bisexuels et des transgenres au Canada). Le terme « bispirituel »est utilisé par certaines personnes autochtones pour décrire leur identité sexuelle, spirituelle et de genre.

 

Utilisation du terme à l’ère précoloniale

Si les termes varient parfois au point de vue historique et selon les différentes cultures autochtones, ils désignent toujours des caractéristiques que l’on attribue aux personnes bispirituelles, soit la variance de genre, l’attraction envers le même sexe, l’identité spirituelle et l’adoption de rôles spécialisés en ce qui a trait au travail.

 
La bispiritualité est utilisée de façon courante pour faire référence à l’identité de genre et au rôle et à la tenue traditionnels choisis. Chez les Cris, les termes napêw iskwêwisêhot et iskwêw ka napêwayat désignent de façon respective les hommes qui portent les habits féminins et les femmes faisant de même avec les habits masculins. En langue siksika (pied-noir), le termeaakíí’skassi est attribué aux hommes qui performent des activités associées aux femmes comme la vannerie et la poterie. De façon similaire, les Ktunaxas (Kootenays) appellent titqattek les femmes qui occupent des rôles perçus comme masculins, tels que ceux de guérisseur, de chasseur et de guerrier. Une des personnes bispirituelles les plus connues est We’wha (1846-1896), du Nouveau-Mexique, qui s’identifie comme étant de genre féminin. On la décrit comme Ihaman, ou « de genre mixte », en langue zunie. Dans une foule de cultures autochtones, ce sont le tempérament, le rôle au niveau du travail, la tenue et le mode de vie qui distinguent les personnes bispirituelles des hommes et des femmes.

Dans certains cas, le terme réfère de façon précise à la sexualité, comme dans la phrase micmaque Geenumu Gessalagee, qui signifie « il aime les hommes ». Malgré tout, les personnes bispirituelles ne se voient pas comme homosexuelles pour autant et l’on considère comme hétéronormatives les relations entre personnes bispirituelles et non-bispirituelles. Bien que les colons européens cantonnent le terme à l’homosexualité et qu’aujourd’hui le terme puisse servir à décrire cette orientation sexuelle, l’histoire nous apprend que les personnes bispirituelles refusent souvent de s’identifier selon les étiquettes hétéro ou homosexuelle.

Enfin, la bispiritualité sert aussi à désigner l’identité spirituelle. Dans plusieurs communautés autochtones, on croit souvent que les personnes bispirituelles communiquent, par l’intermédiaire de rêves et de visions, avec des forces surnaturelles. En tant que telles, elles occupent souvent des rôles spirituels spéciaux, comme ceux de chamans, de guérisseurs ou chef spirituel (voir Autochtones : religion). De tout temps, les personnes bispirituelles sont aussi gardiennes des traditions et conteuses des histoires de la création et, de ce fait, de grandes sources de connaissances.

Autrefois, la bispiritualité représentait une identité et un rôle complexes. Aujourd’hui, le concept permet aux personnes bispirituelles de renouer avec les traditions liées à l’identité spirituelle et de genre, à la préférence sexuelle et aux rôles conventionnels.

 

Traditions bispirituelles après la colonisation
Du XVIIe au XIXe siècle, les missionnaires et explorateurs européens documentent souvent leurs interactions avec les personnes bispirituelles, prouvant l’endurance des traditions autochtones après le contact avec les Européens. L’explorateur britannique Alexander Henry, de la Compagnie de la Baie d’Hudson, décrit dans son journal une personne bispirituelle appelée Ozaw-wen-dib comme étant « un curieux mélange entre homme et femme ». Dans ses notes de voyage, David Thompson, de la Compagnie du Nord-Ouest, parle de sa rencontre avec Kaúxuma Núpika, une femme qui, aux dires de David Thompson, « dit avoir changé de sexe et être désormais un homme, s’habille et s’arme comme tel, en plus d’avoir pris une jeune femme pour épouse. »

Dans leurs écrits, les missionnaires et explorateurs utilisent souvent le terme berdache pour parler de bispiritualité, un terme qui désigne dans l’histoire le plus jeune partenaire dans une relation homosexuelle avec un écart d’âge important. Dès le début du XXe siècle, berdache devient le terme anthropologique accepté pour désigner les personnes bispirituelles. Avec le temps, toutefois, il devient synonyme d’homosexualité masculine et aujourd’hui, en général, est considéré comme désuet et offensant.

Au tournant du XIXe siècle, on rend de moins en moins compte de la bispiritualité. En effet, la colonisation, les missions chrétiennes et les outils d’assimilation culturelle comme le système des pensionnats en viennent à museler les traditions bispirituelles de certaines communautés autochtones.

 

Utilisation contemporaine du terme
Au début des années 1990, dans un effort pour se réapproprier leurs traditions, les Autochtones cherchent un mot ou une phrase provenant de leur communauté pour remplacer le terme berdache. Bien qu’il existe une foule de termes en diverses langues autochtones pour décrire le troisième et le quatrième genre (les hommes femmes et les femmes hommes) et l’homosexualité, ils cherchent un terme contemporain qui pourrait être utilisé par le grand public.

Lors de la troisième édition annuelle de la Intertribal Native American, First Nations, Gay and Lesbian American Conference, tenue en 1990 à Winnipeg, au Manitoba, l’activiste Albert McLeod propose le terme anglais two-spirit. Le terme est bien reçu par les participants à la conférence et gagne vite en popularité parmi les Autochtones pour désigner leur communauté LGBTQ. Certains organismes bispirituels parlent même des communautés LGBTQ2S ou LGBTTIQQ2S (lesbienne, gaie, bisexuelle, transsexuelle, transgenre, intersexuée, allosexuelle, en questionnement et bispirituelle) pour intégrer la bispiritualité dans le large spectre des identités sexuelles et de genre.

 

Sensibilisation aux LGBTQQ2S
Depuis les années 1990, la sensibilisation au sujet des personnes bispirituelles augmente, tant au sein des communautés autochtones qu’auprès du grand public. Des organismes comme National Confederacy of Two-Spirit Organizations (NC2SO) et la Northeast Two-Spirit Society (maintenant connue sous le nom East Coast Two Spirit Society ou EC2SS) cherchent à éduquer le public par rapport aux traditions bispirituelles, en plus d’offrir du soutien aux personnes autochtones LGBTQ. En janvier 2013, NC2SO et EC2SS créent un annuaire de tous les groupes bispirituels au Canada et aux États-Unis.

Malgré les efforts de sensibilisation, la communauté bispirituelle continue d’être victime de discrimination sexuelle et de genre et de violence dans les villes et les communautés n’acceptant pas ce mode de vie. En 2001, Fred Martinez, un Navajo transgenre de 16 ans, est battu à mort près de Cortez, au Colorado. Le film Two Spirits (2011) documente cette tragédie, tout en explorant l’histoire des identités LGBTQ dans la culture autochtone. Le cas du jeune Fred Martinez ne fait hélas pas figure d’exception. En effet, Dolan Bagder, activiste dans la lutte contre le VIH-sida et bispirituel affirmé est lui aussi victime de meurtre, le 12 janvier 2013 à Edmonton, en Alberta. Ces deux exemples, parmi tant d’autres histoires tragiques, alimentent les débats sur les droits de la communauté LGBTQ tant au Canada qu’aux États-Unis (voir Droits des lesbiennes, des gais, des bisexuelles et des transgenres au Canada).

En 2013, à la veille de la Journée nationale des Autochtones et de la World Pride à Toronto, Egale Canada Human Rights Trust, seule organisation caritative au Canada à promouvoir les droits des LGBTQ par l’intermédiaire de la recherche, de l’éducation et de l’implication communautaire, annonce le lancement du programme Two Spirits, One Voice. Conçu par des personnes bispirituelles canadiennes, ce programme vise à « renforcer le soutien du public aux communautés autochtones et à sensibiliser les jeunes, les autorités policières et les prestataires de services communautaires aux rôles historiques et contemporains des personnes bispirituelles au Canada. » Le programme donne enfin une tribune à ces dernières, en plus de les aider à renouer avec leurs traditions et à faire des communautés autochtones et des espaces urbains des endroits plus sécuritaires pour elles.

 

Revendiquer l’identité bispirituelle
Un des aspects majeurs du mouvement bispirituel consiste à lutter pour un retour aux traditions de l’ère précoloniale. Des groupes de soutien aux Autochtones aident les personnes bispirituelles en leur offrant des conseils de la part d’Aînés et en matière de santé et l’occasion de participer à des cercles de partage, groupes de discussions où les participants peuvent exprimer leurs émotions et raconter leurs expériences sans peur d’être jugés. Dans plusieurs communautés, l’art est aussi devenu un élément important du processus de partage et de revendication. En effet, les personnes bispirituelles trouvent dans l’art un moyen de communiquer leur identité, leurs traditions et leurs histoires avec les personnes non bispirituelles.

Le renommé artiste cri Kent Monkman donne d’ailleurs une voix sans précédent aux personnes bispirituelles dans son art, en traitant de l’homosexualité et des façons dont les Autochtones sont dépeints par les artistes du XIXe et du XXe siècle. À travers ses représentations de l’homosexualité, Kent Monkman partage aussi des histoires, des traditions et des points de vue autochtones qui ont disparu sous l’influence du colonialisme et de la religion chrétienne. Afin d’exagérer les tendances « égocentriques » des peintres du XIXe siècle, Kent Monkman se crée en 2010 un alter ego travesti, Miss Chief Eagle Testickle, qui deviendra un personnage récurrent dans ses peintures, ses vidéos et ses performances. L’art de cet artiste, par les thèmes qu’il aborde, est une réelle source d’inspiration pour ceux et celles qui cherchent à promouvoir et à renouer avec les traditions bispirituelles.

Pour certaines personnes bispirituelles, le travestisme est une bonne façon d’explorer et d’exprimer la dualité de leur identité. À titre d’exemple, l’entrepreneur Massey Whiteknife, un membre de la Première Nation crie Mikisew propriétaire d’une entreprise dans les sables bitumineux de la région subarctique albertaine, s’identifie aussi comme la chanteuse de karaoké ICEIS Rain. D’après lui, c’est cette dernière qui lui permet de surmonter son passé marqué par l’intimidation et l’abus sexuel. ICEIS Rain gagne en notoriété en 2013, grâce à ses performances dans le documentaire canadien Oil Sands Karaoke. Depuis, l’artiste a lancé un premier album, The Queen, une compilation de ballades et de chansons country rock encourageant la communauté LGBTQ2S à s’affirmer et à s’accepter. En 2014, l’album est mis en nomination pour les prix du meilleur nouvel artiste et du meilleur album rock aux Aboriginal People’s Choice Music Awards (maintenant appelé Indigenous Music Awards). ICEIS Rain est aussi la première artiste bispirituelle à avoir offert une prestation sur la scène de cette remise de prix.

Dans les dernières années, les traditions et identités bispirituelles font aussi l’objet de certaines productions cinématographiques. C’est le cas du documentaire First Stories – Two Spirited, produit en 2007 par l’Office national du film du Canada, qui traite des difficultés de la vie bispirituelle. La réalisatrice Sharon A. Desjarlais raconte en effet l’histoire de Rodney « Geeyo » Poucette, une personne bispirituelle qui lutte pour faire accepter son identité au sein de sa communauté. Fire Song (2015), du réalisateur cri-métis Adam Garnet Jones, explore aussi les obstacles liés au fait d’être bispirituel. Dans le récit, Shane (Andrew Martin), un jeune Anishinaabe, doit choisir entre rester dans sa communauté ou affronter le monde au-delà de sa réserve.

À travers différents arts, les membres de la communauté bispirituelle parviennent à communiquer des points de vue et des traditions de l’ère précoloniale, tout en mettant en relief leur histoire personnelle et leur identité.

 

Importance du mouvement
Les organisations et les personnes bispirituelles, tout autant que la création du terme bispiritualité, marquent le retour à une culture autochtone traditionnelle qui reconnaît plus de deux genres. Comme le dit l’activiste et éducateur malécite (welustuk) Jeremy Dutcher à la veille de la World Pride à Toronto, « il existait une longue tradition d’acceptation des personnes bispirituelles ici sur l’île de la Tortue [l’Amérique du Nord] avant que n’arrivent les colons européens. » Ce dernier, qui est aussi coordonnateur du programme Two Spirits, One Voice, poursuit : « La fierté revient dans nos communautés. » Partout en Amérique du Nord, les organisations bispirituelles continuent leur travail acharné, sensibilisant les gens à propos des communautés LGBTQ2S.

Source : https://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/two-spir...

 

 

 

 

 

 

10/02/2018

ça va ! de Michel Digout (2018)

 

 

.................. ça va pas.......................

 

 

 

03/02/2018

Pénélope Corps - inspiré d'Au bord du monde

Un texte qui m'a cueilli ce matin, un texte de Pénélope Corps qui figure au sommaire du dernier numéro de la revue Nouveaux Délits, je le partage et point, rien à rajouter si ce n'est : lisez !
 

 

"M'sieurs dames, bonjour, je m'excuse de vous importuner comme on dit, je m'appelle Wenceslas, j'ai 41 ans et si je suis dans le métro c'est que j'ai perdu mon travail et que je dors dehors. Ça devient pas facile de manger c'est vrai, mais je viens pas vraiment pour faire la manche. Je sais pas lancer des appels au secours. Je viens côtoyer des gens juste. Croiser des visages. Si c'est pas légal, dites-moi. Je veux pas déranger. Et puis ça me fait plaisir de parler avec vous. Là je me sens pas très bien, comme dans une grande bassine d'eau qui m' attire vers le fond. Un poisson ferré. Mais je souris. Je veux pas arrêter de sourire. Ça veut dire quelque chose. Ça veut dire que le navire a pas encore complètement sombré. Je dis ça parce que j'étais dans la marine quand j'étais jeune. J'étais élégant. Une certaine classe. Là je me sens pas très bien. J'ai peur. Une grande bassine. Et puis faut pas trop que je reste dans la même position. A cause de mon épilepsie. Mes crises. Ca me prend des fois. Et j'ai mal.
Je sais pas vraiment pourquoi je suis là. Personne ne sait. Y a pas de réponse. Plutôt des non-réponses. Une absence. C'est ce que je ressens. C' est ça le pire, tu peux tout perdre en fait. Les trucs matériels et puis aussi les photos de tes enfants. Ce qui revient à perdre tes enfants. Et puis tes cheveux. Tes dents. Et y a pas de réponse.
Qu'est-ce que je faisais avant d'être là? J' étais chez moi avec ma famille. Je vivais là. Normal. Repas de Noël. Réveillon. Tout ça quoi. En général le 31 à minuit tout le monde crie dans les rues. Les gens sont contents. Mais moi maintenant à minuit c' est plié. Et à minuit deux ben je suis toujours dans la même merde. Voilà.
Je viens pas vous réclamer d' argent.C'est juste que j'ai passé une sale nuit. Des gamins m' ont foutu des coups de pied. Je crois qu'ils étaient ivres ou juste pas bien élevés. J'ai encore la faculté de voir arriver les gens. J'arrive encore à me méfier si c'est nécessaire. Exterminer le clochard qu'ils disaient. Il sert plus à rien le pauvre vieux. Parce qu'il faut servir à quelque chose tu comprends. A quelqu'un. Pas juste être. Servir. Mais je souris. Je veux pas arrêter de sourire. Ça veut dire que le bateau tient encore un peu le cap.
Des fois je vais près du canal. Juste pour voir les canards.Quand j étais petit je pêchais la nuit avec mon tonton. Ensuite on dormait à la belle. Mais là c' est une autre sorte de sommeil. Tout s éteint. Tout se rallume. Tu rêves pas. T'es juste un fantôme dans l' ombre. Y a des matins je suis prêt à 4h37. Je pars à la recherche de bouffe. D'objets. De bouquins. De trucs pour tenir. Mais y a rien de palpable qui soit source de bonheur. Le bonheur c' est regarder les animaux. Capter leurs émotions. La technologie peut pas faire le taf.
Je viens pas vraiment vous demander de l'argent. Paraît qu'on peut pas : faire la manche c est pas bien, dormir sous les ponts c' est pas bien, voler c' est pas bien, du travail j' en ai pas...bon. Je sais pas trop quoi faire du coup.
Des regrets? Non, je peux pas dire que j' en ai. Juste quelques trous. Quelques douleurs. Le corps tire pour que j'abdique. Et c'est pas vrai que les gens deviennent fous dans la rue. Simplement ils disparaissent.
Faudrait juste, je sais pas moi, que l' humanité redevienne forte, solide, simple, qu' elle retrouve sa voie. Je suis pas philosophe. Je suis un clodo. J' ai les pieds mouillés. J'ai juste envie de parler.
Je suis venu là, je sais pas trop pourquoi. Pétez-moi les doigts que je sente si j'ai encore un corps. Gueulez moi dessus je sais pas. Appelez-moi par mon prénom. Un truc vivant. Un truc pour de vrai. Peut-être que le navire a pas encore complètement sombré. Je souris. Je veux pas arrêter de sourire. Ça veut dire quelque chose. Le monde fait la gueule mais je me dis que c' est pas une raison pour s'aligner.
En vous remerciant m'sieurs dames et en vous souhaitant une belle journée."

 

P.C.

 

inspiré du doc " Au bord du monde" de Claus Drexel :

 

 

 

 

30/01/2018

Honor the Treaties - Aaron Huey's Pine Ridge Indian street project

 

Aaron Huey's Pine Ridge Indian street project The Black Hills Are Not For Sale.jpg

 

 

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Ernesto Yerena

 

 

Shepard Fairey aka Obey Giant. honnor the Treaties.png

Shepard Fairey aka Obey Giant

 

 

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En savoir plus :

 

https://amplifier.org/campaigns/honor-the-treaties/

 http://cathygarcia.hautetfort.com/archive/2016/12/30/hono...

 http://cathygarcia.hautetfort.com/archive/2016/12/30/aaro...

 

 

 

 

 

 

 

We Are Still Here : 40 ans d'AIM en photos

La journaliste et écrivain Laura Waterman Wittstock et le photographe Dick Bancroft ont enregistré, écrit et photographié l'American Indian Movement (AIM) pendant plus de 40 ans.

 

 

 

19/01/2018

Two Moons (1847–1917) ou Ishaynishus en Cheyenne

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photos : Richard Throssel

 

Il n'a pas vingt ans lorsqu'il participe à l'attaque de Platte Bridge aux côtés des Lakotas en juillet 1865. Il combat ensuite avec les Lakotas, les soldats du général Patrick E. Connor qui venaient envahir les territoires de chasse de la Powder River en août 1865. Pendant la guerre de Red Cloud, il participe à l'embuscade dans laquelle tombent les hommes du capitaine William J. Fetterman en décembre 1866, puis au combat de Hayfield au mois d'août suivant. Après la signature du traité de Fort Laramie en 1868, Two Moons s'établit sur la Grande réserve sioux.

Le 17 mars 1876, sur Lodge Pole Creek, dans la vallée de Powder River, au Wyoming, l'éclaireurtis Frank Grouard découvre un camp indien dissimu dans la neige.Il affirme qu'il s'agit du camp de Crazy Horse. C'est en fait le camp de Two Moons et des Oglalas de He Dog qui avaient quitté la serve afin de chasser le bison. Le colonel Joseph J. Reynolds qui commande l'avant-garde du général George Crook, décide d'attaquer sans attendre. Venant des deux côtés à la fois, cinq compagnies de cavalerie chargent brutalement le camp endormi pendant qu'un autre groupe s'empare des sept cents poneys. D'abord totalement surpris, les guerriers se ressaisissent rapidement. Dissimulés derrière des rochers, ils tiennent en respect les soldats pour permettre aux femmes et aux enfants de fuir, puis ils se replient dans les collines. Les soldats mettent le feu aux tipis et aux réserves de nourriture et emmènent avec eux les chevaux indiens. La nuit suivante, les guerriers cheyennes et oglalas, pourtant durement éprouvés, dont les familles ont du fuir dans la neige abandonnant vêtements et couvertures, se glissent dans le camp des soldats et parviennent à reprendre leurs montures. Certains poussent jusqu'au camp principal de Crook et s'emparent de ses bêtes de bât. Maintenant montés et munis de quelques chariots, les Indiens parviennent à rejoindre le camp de Crazy Horse qui les nourrit et les réconforte.
 

De
ux mois plus tard, le 17 juin, Two Moons participe aux côtés de Crazy Horse à l'attaque des troupes de Crook sur la Rosebud River. Crook sera désormais incapable de poursuivre la campagne contre les Sioux. La semaine suivante, Two Moons, charge les soldats du lieutenant-colonel George A. Custer qui venaient les attaquer sur la Little Bighorn. Alors que les Indiens se dispersent après leur victoire, Two Moons reste avec Crazy Horse. Ensemble, ils repoussent les soldats du colonel Nelson A. Miles dans les Wolf Mountains en janvier 1877. Au printemps 1877 tandis que Crazy Horse fait sa reddition à Fort Robinson, Two Moons se rend au colonel Miles à Fort Keogh, au Montana. Quelques mois plus tard, il devient éclaireur dans l'armée et participe à la campagne contre les Nez-Percés, arrêtant le peuple de Chef Joseph en fuite vers le Canada. Le fait d'avoir fourni des éclaireurs à l'armée évitera au clan de Two Moons la déportation en Territoire Indien comme les autres Cheyennes.

En
mars 1879, Two Moons rencontre le Cheyenne Little Wolf et les siens à l'issue de la terrible "Longue marche des Cheyennes". Il les persuade de faire leur reddition à Fort Keogh. C'est le profil de Two Moons qui sera utilisé pour l'effigie de la pièce de cinq cents en 1913. Two Moons s'établit sur la réserve Northern Cheyenne au Montana où il meurt en 1917.
.
 

Two Moons (1847–1917), or Ishaynishus (Cheyenne Éše'he Ôhnéšesêstse).jpg

 

 

John Trudell - We are the power

Discours de John Trudell prononcé le 18 Juillet 1980 au Centre de Survivances Interculturelles Amérindien.

 

 

 

 

09/01/2018

Beaux voeux reçus de poètes & artistes

 

 

 

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Jlmi sur une oeuvre de Huguette Caland    Rossinante Under Cover X 2011
 
 
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Alain Cotten
Zinzoline, revue incertaine d'art et de littérature

 
 
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La revue Spered Gouez vous adresse  tous ses meilleurs voeux pour 2018


 

 
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amistats
 
Bernard Mayaudon
 
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HAPPY NEW 18
 
Plombée par le décalage horaire
L'horloge universelle bonifie les heures creuses
 
Rafales d'écriture automatique sur sentiers lumineux
Des Cadavres exquis transitent chimériques
 
Mais où garer les égarés ?
 
HAPPY NEW 18
 
Le Serpent à plume
 
 

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***

 

Pascale de Trazegnies

lit un de ses poèmes sur une musique d’Alain Kremski ( « Sous les Étoiles silencieuses »).

Avec les peintures de Picha (Galerie Forêt Verte).

 

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quel est ce lieu
où la naissance du monde
écoute à l'intérieur de nous
 
(Zéno Bianu - L'île du dedans")

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Anne Jullien

 

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Lionel Lefèvre

Rendez vous avec « Anicet » sur  vocabullanicet.com

 

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Du sort…

 

lui-même inconstant

le sort vacillera sur son erre

ne saura du lendemain projeté

poursuivre sur sa lancée d’une ère

momentanément encalminée…

 

 car il est toujours temps

avant que l’avenir ne s’assigne

suspendre de vains dieux

non seulement l’ire mais le signe

avant-coureur de destinée…

 

celle que suspicieux

en d’inexplicables options

ces bienfaits nous assènent

confondant ellipses et lunaisons

selon nos diapasons…

 

 car il est toujours temps

en cette heure où les vœux courent

d’un manquement à leurs idéaux

modifier ces trajets qui concourent

à des cieux infernaux…

 

 

Henri Cachau

  Avec nos meilleurs vœux  

2018

 

 

 

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2018

tout seul on ne peut pas y arriver
il va falloir qu'on s'y mette
que chacun donne de soi
pour que tous les éléments du puzzle

projets santé affaires sentiments

s'ajustent au mieux

pour le reste il suffira d'être nous mêmes



http://www.pierrerosin.fr/
 
 
 
 
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Excellente fin d'année 2017, prenez soin de vous en 2018...

 

"Je suis comme un agenda ouvert sur l’écho des paroles

Envolées depuis cent mille années

Je suis comme un dictionnaire en attente de mots neufs,

De mots gourmands de vie, de mots rares et précieux

 

Une échelle et vite, me voilà dans les mots alizés

Dans les mots nuages, dans les mots soleils

Là-haut, dans les nuées, une quiétude, un silence,

une sérénité qui transparait en instant d’éternité

Ici-bas, trop souvent, les mots cages, les mots sourds

Les mots lourds, les mots dévoreurs de vie

 

Entre nous deux, le silence, l’incompréhension, la douleur…

 

Ici-bas, aussi, les mots gestes, les mots regards

Les mots sourires, les mots dialogues

Entre nous deux, l’échange, le partage, la tolérance,

Un silence de douceur loquace…

Ils dorment, les mots, ils dorment au large des bouches

Ils dorment au large des baies des langues

Emportés par le flot et la houle

Ou bercés par le vent timide de la parole.

 

Imagine, voyageur, la splendeur

D’un monde autre que le tien..."

extrait "Voyage au centre du mot" spectacle poético-scientifique d'Yves Béal, Heiko Buchholz et François Thollet - direction d'acteurs Alexandre Del Perugia.

 

 

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Aujourd’hui je n’ai rien fait
(Hoy no he hecho nada)

Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais bien des choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz (1925-1995)
[« Treizième poésie verticale », 1992]

 

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29/12/2017

Carte blanche à Muriel Carrupt

 

 

 

 

22/12/2017

Le cadeau du jour : "Qui aime quand je t'aime ?"

 

25498015_10212539871866015_3239911257313389566_n.jpgAujourd'hui s'est présenté à moi via les souvent heureux "hasards" (en ce qui me concerne) de ce nouveau genre de relations sociales, les virtuelles, pas plus dénuées d'intérêt que les autres et qui offrent d'innombrables occasions de découvrir et d'apprendre.

Cette page, après quelques recherches, s'avère être une page d'un livre de Jean-Yves Leloup et Catherine Bensaïd : "Qui aime quand je t'aime" et je suis tombée sur l'article d'un québécois nommé Jean Gagliardi qui en parle (voir lien à la fin). Et c'est tellement ça ! Alors je partage :

 

"Dans l’introduction de We, Robert A. Johnson signale qu’il y a 96 noms différents pour l’amour en sanscrit, alors qu’il n’y en a qu’un en français, deux en anglais et en espagnol. Or plus on connait quelque chose, plus on a de vocabulaire pour le décrire dans toutes ses nuances. Il rapporte ainsi que les premiers explorateurs qui ont rencontré des Innus ont été fort surpris de constater que ces derniers avaient une centaine de noms différents pour désigner la neige. Il y a pour les Innus la neige du matin, la première neige qui ne tient pas, la neige collante qui tombe à gros flocons, etc. De même, il y a toute une gradation de l’amour qui va de l’amour du chocolat à l’Amour divin. La seule langue connue où il y aurait autant de vocabulaire qu’en sanscrit pour parler de l’amour est l’arabe. Il y a là sans doute trop de nuances pour que nous puissions en saisir toutes les subtilités et il nous faudrait entrer dans des considérations mystiques car l’amour, dans ses hauteurs, perd toute dimension personnelle et devient un nom de Dieu. Cependant, le grec nous offre déjà un éclairage significatif de cette diversité de l’amour en nous proposant une dizaine de noms pour l’appréhender. C’est ce que détaille Jean-Yves Leloup dans le livre Qui aime quand je t’aime qu’il a cosigné avec Catherine Bensaïd, où il présente une échelle de l’amour qui va de porneia à agapè en passant par philea et eros :

Porneia est l’amour faim, le plus primaire pourrait-on dire, qui porte à littéralement « manger l’autre » : c’est la faim du bébé pour le sein de sa mère. L’autre est là un objet de consommation qui satisfait un manque, un appétit. « L’autre n’est pas différencié, il n’est là que pour répondre à mes besoins, qu’ils soient nourriciers, sexuels ou affectifs ». Mais il n’est là, nous dit Leloup, rien à refouler : il y a toujours de l’enfant en nous et il s’agit de le rendre conscient. Le défi que nous pose porneia est de passer de consommer à communier.

Pothos, pathè, mania sont autant de variations de ce que l’on appelle la passion amoureuse, où les anciens voyaient la source de tous les maux. On a ici la racine étymologique de mots comme « pathétique », « pathologique », « manie » et « maniaque », qui pointent le caractère obsessionnel de l’amour à ce stade qui prolonge porneia en ajoutant à la dimension pulsionnelle un caractère émotif. Il dit alors : « je t’ai dans la peau, tu es tout pour moi et je veux être tout pour toi. » Leloup souligne que ce qui se cache dans cette forme d’amour tient de la demande de reconnaissance, de la confirmation du droit d’exister.

Eros est un dieu, volontiers représenté comme un sexe représenté avec des ailes pour signifier un amour qui se dégage de la pulsion (porneia) et de la demande affective (Pothos, pathè, mania) pour s’envoler vers la divinité de l’amour. Eros nous introduit dans le domaine du désir et de la célébration de la beauté, que ce soit celle des corps mais aussi des âmes. Nous réduisons volontiers en Occident à tort l’érotique au sexe alors qu’il s’agit plutôt du dévoilement de ce qui est derrière l’attirance sexuelle elle-même. Avec eros, il y a un élan visant à élever l’amour jusqu’à agape et l’on voit se dessiner le sens de cette progression que figure l’échelle de l’amour : « chacun de ses barreaux n’a pas d’autre fonction que de conduire à l’échelon supérieur, on n’est guéri d’un amour que par un plus grand amour ».

Philia est l’amour que nous traduisons désormais par le terme « amitié », dans lequel on peut entendre dans la langue des oiseaux la reconnaissance de deux êtres comme des âmes-moitiés. Les Grecs distinguaient quatre formes différentes à l’amitié : celle qui prévaut dans la famille, l’hospitalité envers l’étranger, l’amitié des amis et l’amitié amoureuse, qui est rare car l’équilibre est rare entre l’attachement amoureux et le respect de la liberté que présuppose une véritable amitié. Philia nous invite à nous montrer dans notre vulnérabilité car il repose sur la confiance mais il n’est pas encore agapè car on attend encore de l’ami qu’il nous comprenne, ou du moins qu’il nous accepte dans notre différence, et l’on y noue une forme de complicité.

Storgè et harmonia commencent à dégager l’amour de la relation à l’autre pour en faire une qualité intrinsèque à la personne : storgè est l’amour tendresse et harmonia la célébration du fait d’aimer en lui-même, sans que cet amour soit nécessairement payé de retour. Il s’agit d’un état de conscience qui va avec la recherche d’une vie d’harmonie, et « un rayonnement de l’être profond de la personne, qui se manifeste comme une tendresse infinie à l’égard de tous les êtres. » Sexualité et affectivité ne sont pas exclues de cette dimension de l’amour mais sont replacées dans une perspective plus vaste, moins égocentrée. « Lorsque deux êtres aimants dans le sens de storgè s’unissent, c’est l’harmonie même du ciel et de la terre qu’ils rétablissent. »

Eunoia est l’amour qui s’incarne dans le donc et le service. « Avec eunoia, nous ne sommes plus du côté de la soif, mais du côté de la source » : les autres « ne sont plus là pour combler nos manques, ils sont là pour que nous les aimions tels qu’ils sont et quelles que soient les circonstances ».

Charis, qui a donné notre « charité » en en pervertissant le sens pour le réduire à l’aumône, est la joie de donner, et de se donner. Tout est donné gratuitement. « C’est ce qu’on appelle parfois « l’état de grâce ». Tout est simple, l’amour coule de source, il se nourrit même des obstacles et des oppositions qu’il rencontre. »

« Agapè est l’Amour qui fait tourner la terre, le cœur humain et les autres étoiles ». C’est cet amour que les chrétiens nomment Dieu, le seul dieu qui ne puisse être une idole car on ne le possède qu’en étant possédé par lui, qu’en le donnant et en le vivant. « Cet amour est un Autre en nous, une autre conscience, un tout autre amour que tous ceux que nous avons connus précédemment et qu’on ne peut comparer à rien. (…) Cet amour ne détruit rien, ni l’enfant en nous avec ses besoins, ni l’adolescent avec ses demandes, ni l’adulte avec ses désirs, mais il nous rend libre de toutes les formes d’amour que nous avions pris pour l’Amour. »

Plutôt qu’une échelle impliquant toujours une notion d’ascension qui laisse la terre derrière nous pour s’en aller au ciel, on peut se représenter aussi l’amour comme un arc-en-ciel déployant toutes les couleurs implicites dans la blancheur de la lumière. Mais le point important que cette étude met en évidence, c’est que les degrés supérieurs de l’amour s’appuient sur les précédents et en impliquent le vécu, l’intégration consciente. Il n’est pas possible d’accéder à l’Amour divin sans passer par l’amour humain, à l’amour universel sans incarner celui-ci dans l’amour personnel, à moins de perdre toute la richesse du spectre des couleurs de l’arc-en-ciel. Il ressort cependant de ces réflexions que la passion amoureuse peut être envisagée comme une voie spirituelle de connaissance de soi et du Divin pour peu que l’on soit prêt à y introduire de la conscience, à travailler la relation pour en retirer les projections. C’est une voie que l’on peut qualifier d’humide et de féminine car entièrement centrée sur la relation consciente, à la différence de la voie sèche et masculine qui se fonde sur la volonté et l’ascèse, pour laquelle l’amour humain doit être écarté au profit de la recherche d’un amour transcendant. "

Jean Gagliardi

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