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09/06/2017

Babouillec - Algorythme éponyme et autres textes

004508453.jpgJe viens enfin de terminer un livre de Babouillec. En fait, je ne savais pas exactement ce que j'allais lire, mais je savais que ce serait une claque et puis au final c'est une formidable résonance, je retrouve tellement de mes propres ressentis, de mes questionnements, mes révoltes même, dans ses mots, que je me dis que moi aussi je dois être autiste, camouflée derrière une apparente normalité et que nous sommes même peut-être tous des autistes plus ou moins intégrés dans la normalité, et alors la question s'impose : qu'est ce que ça veut dire "être normal" ? La question que nous posent, parfois comme un flingue sur la tempe, tous les dits "anormaux", tous les "différents", peut-être pour nous montrer à quel point nous sommes éloignés, coupés de nous-mêmes, de notre être véritable, unique et extraordinaire dans son anormalité.

Qu'est ce que ça veut dire "être normal" ?

C'est la question qui vient nous remettre en question justement, qui vient nous réveiller. Une question qui dérange notre sommeil, une sorte de sommeil collectif hypnotique.

 

Dans la folie de l’obéissance d’être en vie, j’accuse l’infinie gourmandise jubilatoire de mon cerveau, de m’inonder du désir impalpable de jouer avec les lettres et raconter l’invisible qui vit en moi.

(…)

 

L’enjeu systématique de l’appartenance sociale inhibe ta résonance au monde, à toi-même, à elle-même. (…) Fantômes itinérants et sans bagages, les corps s’alignent sur le modèle disponible.

Je suis arrivée dans ce jeu de quille comme un boulet de canon, tête la première, pas de corps aligné, des neurones survoltés, une euphorie sensorielle sans limites. Les oreilles stand-by à la jacasserie humaine, les mains et les pieds sens dessus dessous, les yeux dans les yeux de moi-même. Modèle dispersé, gratuitement mis au monde par besoin de casser la mécanique culturelle.

 

(...)

 

Le regard des autres : à qui devons nous appartenir ressembler (…) Quality Street boulevard de notre déambulation linéaire alignés docilement par peur du vide. Ronde infernale high Tech ces rencontres compulsives moulinées dans nos boites à dialogue sous haute surveillance.

 

(...) 

 

On décore mal le paysage, jamais à la bonne place, dans la bonne attitude, bonne posture, bonne gueule de l’emploi. (…) Sortons les handicapés dans la rue et faisons une grande fresque vivante.

Nous ne sommes pas des anges, la preuve, nous n’avons pas deux ailes pour fuir ce monde hostile.

 

(…)

 

Il faut se souvenir que nous ignorons l’origine du bing bang cellulaire.

Apocalyptique pari illicite, cet éclatement des éléments pour fabriquer la mécanique humaine obsolète sous Prozac.

 

 

Babouillec, alias Hélène Nicolas, jeune femme née autiste sans parole, en 1985. Diagnostiquée « déficitaire à 80 % », jamais scolarisée, son habileté motrice est insuffisante pour écrire, elle est enfermée dans le silence. Hélène a intégré vers l’âge de huit ans une institution médico-sociale qu’elle quitte en 1999. À partir de cette date, elle suit un programme de stimulations neurosensorielles accompagné d’activités artistiques et corporelles au domicile familial – un travail quotidien partagé entre Hélène et sa maman. Au bout de vingt ans, elle réussit à écrire à l’aide de lettres en carton déposées sur une feuille blanche et alors toute la richesse de son être et ses talent se révèlent. Plusieurs livres sont  alors publiés, des pièces sont mises en en scène. En 2016, Julie Bertucelli sort un documentaire sur Babouillec : Dernières nouvelles du cosmos.

 

 

 

 

 

07/06/2017

Kate Tempest performs Tunnel Vision

 

 

 

25/05/2017

Werner Lambersy - Dieu est de retour !

 

 

Dieu est de retour !

 

Pas celui dont on ne sait rien sauf qu'il devrait être amour, mais celui qui sert de prétexte aux fanatiques pour dominer par la terreur sur ce qui reste libre et insoumis.

Il n'y a qu'à voir grandir et prospérer en son nom massacres, génocides et violences de toutes sortes où l'on jette dans la mort des populations !

Celui dont nous avons inventé la tutelle, la parole et les décrets vengeurs, ce dieu-là est de retour. Il aime la paix des cimetières, et ses guerriers, gavés de slogans imbéciles, de promesses creuses et abreuvés de haine, en sont les jardiniers enthousiastes.

L'homme est un singe que l'idée d'absolu a rendu fou ! Toute "révélation" est d'abord une idée reçue, son message prêté à un dieu muet dont la prévoyance est de n'écrire jamais dans aucune religion.

La loi divine est devenue une arme sacrée ; ceux qui l'écrivent en demeurent les juges suprêmes, les exécutants sans pitié. Son pouvoir se fonde sur la peur, le remords et l'or !

Aucun dieu proclamé n'aime le partage et ne pas le servir, les yeux fermés et les oreilles bouchées, est trahir et mérite la mort.

Aux terroristes, rampants ou non, des sociétés cotées en bourse, des oligarques divers ou d'un clergé puissant, répond le terrorisme aveugle et brutal des sociétés féodales que menacent la modernité, les sciences et la création artistique.

Jamais pourtant le génie ne fut plus ouvert à tous les possibles, à la grandeur microscopique et universelle de l'être humain. Dont acte.

Que cela plaise ou non, la vie gagne toujours...

 

W.L. 2016

 

 

Merci à Voix Dissonantes

http://jlmi.hautetfort.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14:25 Publié dans RESONNANCE | Lien permanent | Commentaires (0)

24/05/2017

l'oreille & la plume... il était une fois : Gaêlle Josse sur une impro de Cathy Garcia

l'oreille & la plume... a retrouvé ceci :

 

impro vocale et sitar électrique

 


podcast
 

 

la voix de Cathy Garcia entendue par Gaëlle Josse

 

 

Les femmes avaient allumé un feu ; elles avaient nourri les bêtes entravées pour la nuit, encloses dans leur odeur de bêtes.

Elles avaient tiré de l’eau au puits, et nourri les hommes de galettes cuites sous la cendre, puis les enfants, qui avaient ensuite rejoint leurs rêves, sous de lourdes étoffes drapées dans le sombre des tentes amarrées au sable.

Elles avaient gardé auprès d’elle les plus jeunes, accrochés au sein, aux jupes, rivés au cercle obscur et rassurant que leur présence dessinait autour d’elles, et veillèrent sur leur sommeil. Puis elles mangèrent à leur tour, en partageant ce qui restait.

 

 

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dans les dunes                                                                                                    aquarelles de jlmi  

 

Nomade, celui qui marche son royaume est une dune une steppe une tente & le vent toujours & des troupeaux de chevaux fiévreux enflammés

Ensemble elles chantèrent des airs venus de très loin, venus des profondeurs de leurs corps et des replis les plus secrets de leurs mémoires, et elles les offrirent à la nuit.  

Ensemble elles dirent ce qu’elles savaient des joies et des peines qui se déposent sur le fil des jours, des peurs qui se dressent à la nuit venue, comme des montagnes qu’il faut gravir chaque matin.

Elles parlèrent de leurs sangs et des enfants qui croissent dans le ventre comme des fleurs de chair, et des musiques qui les apaisent.

Nomade, celui qui rêve de caravansérails de feu partagé de thé sucré & amer, de chevelures lourdes, de peaux mates, de vulves impatientes où s’affranchir de toutes les solitudes

Elles parlèrent des puits d’où l’on tire l’eau fraîche qui abandonne ses arabesques sur la peau, des puits à l’eau miroir, des puits dont on ne sait le fond.

Elles parlèrent du désir des hommes et de leur désir à elles et de ces cris et de ces tremblements et de leurs corps nus si beaux si fragiles.

Nomade, celui qui jette les dés chaque matin caravane de sel en marche & s’arrête là où la nuit descend & la Croix du Sud qui veille

Elles parlèrent du monde, du si peu d’amour qu’on y trouve, et de tout l’amour qu’il faut recueillir avec patience pour parvenir à vivre, et des traces que l’on suit sans savoir où elles mènent, des exils chaque jour recommencés, des pierres qui marquent les tombes, des paroles qui guérissent, du vol des nuages, de la course des étoiles et des bêtes qu’il faut tenir en respect.

Nomade, celui qui se nourrit de vent de sable & rêve de Samarcande, d’un étalon dressé, dents et sabots, d’une selle incrustée d’ivoire, de bijoux lourds comme des chaînes

La nuit apportait avec elle des ombres claires, des silhouettes de silence et de mystère. Salomé et la Reine de Saba surgirent des sables d’ocre et de rose.

Elles dansèrent dans la houle de leurs cheveux et elles burent du vin, car l’heure était à se réjouir. Elles retirèrent leurs bijoux, déposèrent leurs parures et le sable froid frémit sous leurs pieds, et elles se mirent à rire autour du grand feu. 

Nomade, & des départs & le vent toujours

Puis le jour vint faire l’offrande de ses couleurs, comme chaque jour. Les femmes se mirent en marche, et les enfants marchèrent avec elles.

Longtemps on les entendit chanter dans les lointains, sur les chemins qu’elles avaient vus en songe et qui s’effaçaient sous leurs pas, recouverts par le vent.

 

http://jlmi22.hautetfort.com/archive/2012/10/23/l-oreille...

 

 

 

 

 

10/05/2017

«C'est pour un changement ? Repassez plus tard» par Sarah Roubato

 

 

 

La réalité referme la porte de la salle d’attente. Quelque chose se détache de moi. Cette espèce de force qui se glisse dans la petite carcasse d’un individu quand il croit pouvoir participer à quelque chose de plus grand.

Rendez-vous a encore été pris avec le changement. J’ai reçu une fausse convocation, en onze exemplaires. J’ai encore joué le jeu, j’ai fait semblant de croire qu’un changement de société pouvait passer par l’élection d’un seul homme au sein d’un système qui ne représente plus les citoyens. Excusez-moi. J’ai lu quelque part que la soif prolongée pouvait entraîner le délire.  

 

François Legeait François Legeait

 

 Je passe ma jeunesse à avoir soif

Moi ça fait toute ma jeunesse que j’ai soif. Je me sens la taille d’une comète à qui l’on offre l’étendue d’un bac à sable. J’ai soif d’un changement qui trépigne dans une chambre trop petite pour l’urgence de notre époque. Il ne s’exerce que dans des poches de résistance, dans la débrouillardise, dans le temps qu’il nous reste après avoir rempli notre fonction dans le système que l’on cherche à quitter. Éclaté dans les initiatives personnelles du chacun dans son coin. Alors j’ai cru qu’il fallait aussi espérer un changement de là-haut. Car un changement de société  se fait à toutes les échelles, dans le minuscule et dans le grandiose, dans les gestes de chacun et dans l’horizon pointé par ceux à qui l’on fait confiance pour gouverner.  Mais la destruction est une vieille fille. Elle travaille plus vite que l’invention.

 Le temps d’un printemps qui n’aura pas lieu, j’ai espéré un changement qui permettrait de dépasser les clivages politiques pour rencontrer les véritables enjeux de demain, pour changer le logiciel de production, pour infuser du sens à la mise en relation de nos vies qu’on appelle société,  pour offrir d’autres horizons aux plus jeunes pour qu’ils n’aillent pas s’en chercher un sordide dans les idéologies de la mort.

 Un changement profond qui ferait de l’être humain autre chose qu’un appareil à consommer programmé pour entretenir la grande machine de production de biens et de loisirs. Qui s’inventerait un autre horizon que celui du pouvoir d’achat. Qui saurait voyager, s’amuser, s’informer, en prenant le temps de la rencontre avec un lieu, un peuple, un art, une réalité. D’un être humain pour qui le progrès serait de mettre les nouvelles technologies au service du respect du vivant. Bien sûr nous continuerons à nous battre pour un bout de territoire ou pour asseoir nos privilèges. Bien sûr nos rapports seront toujours déterminés par les enjeux de pouvoir. Nous restons des primates et des mammifères. Mais au moins, que cela se fasse ailleurs que dans la culture du néolibéralisme.

La génération de l’impuissance

François Legeait François Legeait

 

 Pour le changement, il faudra repasser plus tard. C’est un de ces jours où ce qui aurait pu être fait plus de bruit que ce qui est. J’assiste à la victoire de mon impuissance. Je suis de cette génération. La génération impuissante.  Celle qui sait, celle qui pourrait. Celle qui a la volonté, les idées, les outils, la puissance de travail, la force de l’imagination. Qui ne demande qu’à les mettre en oeuvre, si on lui en laissait l’espace. J’aurais préféré pouvoir dire que je ne savais pas, ou que les moyens technologiques, financiers, humains, n’existaient pas encore. Je n’aurai pas cette chance. Je ne pourrai que dire : ils ne m’ont pas laissé. 

Car j’ai démissionné du mythe de l’individu surpuissant. Vous pourrez toujours me chanter le refrain Si tu le veux vraiment, tu vas y arriver ! Si je reconnais la puissance d’un individu à faire front contre l’ordre du monde établi, je sais aussi que la portée de l’action individuelle dépend du contexte social dans lequel il se pose. Le sens de ma vie ne dépend pas que de moi. Il est le choc d’une rencontre entre mon libre arbitre et les circonstances. Mon geste pourra être totalement inutile ou avoir une portée immense, selon la capacité des autres à l’accueillir. Ma voix a besoin de parois pour rebondir et faire écho.

 Un président qu’une majorité ne voulait pas vient d’être élu dans mon pays. La noble idée de donner à tout citoyen la possibilité d’exprimer son opinion a été magistralement détournée. Les grands médias choisissent pour nous qui est petit et qui est grand, qui est digne d’attention et qui ne l’est pas, les sujets importants et ceux qui peuvent être éludés. Ils  préparent le terrain sur lesquels poussent nos opinions et de nos choix, arrosés de l’engrais du scandale, du spectacle, et de la mise en scène de la dispute.

Le pire est déjà au pouvoir. Que pouvait-on imaginer de pire que le système fabriquant un fils faussement bâtard qui nous vend la promesse d’un changement ? Que pouvait-on imaginer de pire que d’avoir à choisir entre deux continuités du même système, celle qui se fonde sur notre peur de ne pas trouver de place hors du système néolibérale, et celle qui se fonde sur notre peur de ce système ? Que pouvait-on imaginer de pire qu’un parti fondé sur le rejet comme seule alternative à la proposition néolibérale ?

 Ne pas choisir est interdit. Un bulletin de vote n’est plus l’expression du libre choix d’un individu. Les brebis ont été dirigées vers la bergerie sans s’en apercevoir, et leur choix s’est limité à choisir par quelle porte, puis par quel pied elles allaient y entrer. La bête aux grandes dents a été bien nourrie pour mieux brandir sa menace.

 Se contenter du monde tel qu’il est ?

Dans ce pays qui fait encore briller les yeux au-delà des mers, j’ai trouvé des gens qui entreprennent le changement. Patiemment, à leur échelle. Loin des slogans et des cris de la foule. Ils travaillent à produire, éduquer, informer, manger, s’exprimer autrement. Ce sont les semeurs d’un monde que je ne connaîtrai pas. Les passeurs d’une autre conscience humaine et politique. Ils posent les rails pour un train que d’autres prendront.

 J’en ai rencontré d’autres qui approuvent, applaudissent, signent des pétitions en ligne, et retournent se coucher sur le coussin de leurs habitudes inchangées. Qui s’offusquent mais acceptent, qui entendent et zappent. Les humains sont devenus des points de connexion par où passent toutes les informations, indifférenciées, à toute vitesse. Il faut bien retourner à nos petites urgences. À croire que nous avons renoncé à notre puissance à convertir la critique en action constructive.

 J’en ai rencontré d’autres encore, les épaules basses, les regards presque éteints, pliés sous les pressions sociales et sous les exigences de l’école, de l’entourage, des discours de bonne conduite, sommés de maintenir leurs rêves en veilleuse. Pourtant j’en ai vu se retourner en une soirée, en une minute. Il suffit parfois d’une phrase, d’un texte, d’une chanson, d’une rencontre sans lendemain, pour retourner la boussole de toute une vie.   

 J’en ai rencontré bien plus qui avancent sans autre horizon que celui qu’on leur a appris, à qui l’on a confisqué le luxe de pouvoir envisager autre chose. Parfois je les envie. Oui, il y a des jours où j’aimerais pouvoir me contenter du monde tel qu’il est. Y trouver ma jouissance et ne pas chercher plus loin. Car je sais qu’il me reste trop peu de temps pour connaître le changement. La seule jouissance que je puisse espérer est celle d’avoir combattu. Le manque d’espérance est plus confortable que l’impuissance. Je sais, ma vie n’est qu’un éternuement à l’échelle d’un changement de société. Seulement je n’ai pas le luxe de croire que j’en aurai une autre. Je n’ai pas envie de passer ma vie dans la salle d’attente du changement.  

Ne pas me contenter d’un changement à mon échelle

François Legeait François Legeait

 

  En bon enfant de l’individualisme, j’ai souvent la tentation de me retrancher dans ma petite personne. De tourner le dos à l’arène. De laisser les autres faire ce qu’ils veulent. Partir, me réfugier dans un autre pays ou dans un cocon local pour vivre parmi ceux qui partagent le même rêve. Faire ce que je peux, à mon échelle, et m’en contenter. Mon émancipation me suffira. Chaque semaine quand je déposerai mon sac de recyclage au milieu des centaines de poubelles non triées dans la rue, je pourrai me dire que je fais ma part. Je réciterai la légende du colibris comme catéchisme.Je serai le bon élève de la culture individualiste qui nous dédouane de toute responsabilité collective. Et j’aurai encore soif.

 Car je sais que je suis aussi de la génération dont la responsabilité est immense. Si je prétends rompre avec l’idéologie qui atomise les individus en unités consommatrices, si je reconnais que je fais partie d’un ensemble, du règne du vivant, de l’espèce humaine, d’une société, d’une nation, et que mon geste doit faire sens pour les autres, alors je ne peux pas me contenter de mon petit changement à mon échelle. L’état du monde exige plus de moi. Dans les périodes de crise, nos gestes nous dépassent. Nos choix deviennent des propositions. Nos renoncements, des condamnations pour l’avenir. Nos espérances, de nouveaux horizons pour que d’autres regards se lèvent. Jamais ne rien faire n’aura eu un tel poids.

 Être de ceux qui auront essayé

 

Francis Azevedo Francis Azevedo
 
Je quitte la salle d’attente. Je ne sais pas où je vais. J’ai mal à mon impuissance. Mais je ne renoncerai pas à mon combat. Je le mènerai simplement avec l’impuissance chevillée au corps. Mon but sera de laisser une trace sur la terre craquelée de notre civilisation. La trace de ceux qui auront essayé. J’aspire à faire partie de ceux qui auront échoué. C’est la seule victoire que cette époque m’autorise. J’ai débarqué trop tard, ou trop tôt. J’irai raconter ceux qui auront entamé un changement avec lequel l’humanité n’a peut-être pas rendez-vous. Je me ferai le scribe des puissances endormies d’un siècle qui porte en gestation le chaos à venir.  

 

 

Sarah Roubato

www.sarahroubato.com

 

 

 

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04/05/2017

Audio du premier plongeon de Cassini sous les anneaux de Saturne

 

La NASA pensait trouvait de la poussière entre Saturne et ses anneaux, à la place c'est un vide surprenant.

Toute ressemblance avec le débat d'hier soir est cosmique.

 

 

 

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01/05/2017

Maria Montessori : Une vie au service des enfants de Gianluca Maria Tavarelli (2007)

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Un très beau film réalisé pour la télé

en deux parties (3 heures au total)

sur la vie (romancée ?) et le combat de Maria Montessori

 

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07/04/2017

Armand Gatti

Bon voyage Monsieur Gatti, vous étiez et restez un grand homme de cœur !

 

Bio et bibliographie d'Armand Gattihttp://www.armand-gatti.org/index.php?cat=biographie

 

 

Extrait du livre biographique de Frédéric Mitterrand. La récréation. 

(Ed. Robert Laffont, octobre 2013, pp.385-386).

 

Samedi 26 mars 2011

Armand Gatti, c'est une terra incognita pour le ministère. On en est resté à sa collaboration avec Jean Vilar, qui remonte à plus de soixante ans, et au soutien que lui accordait Malraux, ce qui n'est pas tout récent non plus. On lit distraitement les articles qui lui sont consacrés et qui rendent compte de ses expériences théâtrales avec des jeunes partis en vrille, des détenus, des immigrés qui n'ont jamais eu droit à la parole, et tant pis si les critiques sont toujours élogieuses, on ne va pas voir ses spectacles; on lui accorde juste assez d'argent pour se donner bonne conscience, ce qui n'est vraiment pas grand‑chose. On en a un peu peur, comme de tout ce qui est inclassable et ne rentre pas dans les tiroirs bien rangés du ministère. Sa réputation d'agitateur libertaire inflexible, la petite bande qui travaille avec lui et qu'on ne connaît pas, tout ce militantisme sur le front de la misère culturelle et de l'abandon social qui n'a jamais été récupéré par la gauche du confort intellectuel, ça sent trop le phalanstère, le loin d'ici, le vieux et le passé. Au fond, il a bientôt quatre‑vingt‑dix ans et on attend qu'il meure, le communiqué de condoléances bien senti du ministre est déjà dans les tuyaux. Je veux aller le voir, je veux l'aider, je veux qu'il puisse continuer.

Une petite rue au fin fond de Montreuil. Des entrepôts en ruine et des restes d'usine. Décor d'Alexandre Trauner.

Je m'attends à tout : un accueil maussade, une arrivée comme celle d'un chien dans un jeu de quilles, voire pas d'accueil du tout et la porte close. C'est tout le contraire, une gentillesse et une empathie merveilleuses. Dans son pavillon bourré de souvenirs d'une vie follement aventureuse dédiée à tous les combats contre l'injustice, il m'embarque pour une formidable traversée du siècle portée par un verbe magnifique. Autour de lui, des gens qui ont la moitié de son âge qui l'accompagnent, le soulagent de sa fatigue, mettent en forme les projets qu'il porte. Rien d'une secte, juste un engagement obstiné et désintéressé. A côté, l'atelier théâtre avec le toit qui fuit, le chauffage qui marche mal et plusieurs spectacles par an qui fond salle comble.

 

Parution : 24 Octobre 2013 / Format : 1 x 240 mm / Nombre de pages : 726 / Prix : 24,00 € / ISBN : 2-221-13307-2

 

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22/03/2017

Luis Alfredo Arango - Discurso de la resurrección

 
Discours de la résurrection
 

 
  
… et cette nuit
désespéré je me suis envoyé tout un pichet de limonade.
A bout d'un si grand nombre d'insomnies. A bout de tant de souffrances
                                                                                                 coutumières
j'ai senti que s'ouvrait un lac au fond de moi
et j'ai dormi !
J'ai senti m'emplir un lac étendu de San Pedro Necta à
                                                              Yupiltepeque,
de Sebol à Pajapita,
en passant par de douloureuses terres intimes...
J'ai mis à tremper mes entrailles : mes poumons, mes tripes,
les petites montres, les altimètres, le sternum,
le tableau de bord que j'ai à l'intérieur,
endommagé, cassé sans que personne ne le sache,
… mes instruments de vol !
Et j'ai dormi dans cette fraîcheur,
arrosé par ce liquide trouble
baignant légèrement mes artères
mes petits fils de fer brûlants et quel délice
ce fut de me sentir monter siroter les nuages
la brume fine et même les vers luisants,
les larves de fourmis attas et jusqu'aux chrysalides de la nuit.
Après ça, paraîtrait qu'il aurait plu mais je ne me suis rendu compte de
                                                                                                          rien.

La ville ainsi aurait coulé à pic !
Ainsi avec elle moi aussi j'aurais sombré !
JE ME SENS MAINTENANT RESSUSCITER !
Je sens qu'est venu le moment le plus glorieux, de loin le plus lucide et
raison pour laquelle
pas plus d'une ou deux fois par an
je m'enfonce dans les boues de la pire perdition terrestre,
dans les méandres du monde souterrain tant fréquenté par
Edgar Allan Poe, Rubén Darío,
Werner Ovalle López
(grands poètes que vous autres – excusez ma franchise,
n'avez jamais connu dans de telles transes).
Ah ! ça, des noms, il y en a plein ! Enrique Gómez
                                                             Carrillo,
le Chinois Pereyra, Manolo Herrarte...
Et Miguel Ángel Asturias ? Allez, c'est pas la question, d'aligner les noms !
On aurait tôt fait d'allonger la liste d'ici à Usumacinta...
Je vous dis que cette nuit je me suis imbibé les blessures à la
                                                                  limonade fraîche.
Cette petite jarre ! Ces quelques citrons ! L'eau, la sève et
les jus jaillissaient de la terre !
Et voilà que je suis en train AUJOURD'HUI de ressusciter !
Je sens.
Je jouis.
Je vis dans la fraîcheur de l'air,
dans un air de fruits, de verre, de grêle.
Je sens que je redécouvre le monde,
je sens que je le reconquiers avec des sens nouveaux,
moi-même me mettant au monde, moi-même à nouveau me faisant renaître, moi-même me reconnaissant,
me faisant joie du plus lointain désir,
dont je goûte l'innocence et la propreté même
parce que je me suis purifié.

Je suis descendu à Xibalba pour brûler l'homme vieux,
l'homme fatigué, névrosé ;
l'homme qui voyait tout contaminé ;
qui souffrait de voir tout taché, corrompu.
Non. Je ne veux pas, moi, glorifier la boisson mais la vie.
Jouer les machos qui se bourrent la gueule, c'est chose digne des porcs.
S'enfiler canon sur canon dans des virées insignifiantes
                                                                     le dernier des clampins en est capable !
C'est pas plus malin, picoler, que déborder de gnôle à des apéros snobinards
où font feu tamales et mariachis multicolores.
C'est foutre, qui plus est, le cul sur la tête au bon sens,
comme un con va te proposer un Cuba Libre au Pepsi,
quelle parfaite imbécillité !
Mon compadre le disait parfaitement : « C'est, tout ça, se vautrer dans la fange, et basta... »
Non. Ce qui nous anime, nous autres, c'est quelque chose de vrai. C'est quelque chose de très grave.
C'est comme un suicide. C'est une cérémonie.
C'est un authentique martyre.
C'est comme se faire revenir à feu lent...
Tous, on le sait, qu'on peut mourir,
que le prochain battement pourrait bien être le dernier,
qu'il y a une limite fatale
que celui qui la franchira ne se verra offrir aucun retour...
Tout le monde connaît cette horreur
et pourtant...
Et c'est qu'à l'intérieur nous sommes des souricières
ou des labyrinthes où s'entassent des traces,
des toiles, des os et des vestiges des crimes du monde
et nous devons, tout cela, le brûler !
Ah, mais j'avais dans l'idée de parler de la résurrection, de vous conter
comment je me suis enroulé dans des sensations neuves et oubliées
(entre autres la sensation étrange d'être en vie),
comment je me suis senti reconduit vers des dimensions oubliées, moi qui
suis maintenant un homme lucide, même secoué,
appelé, exigé par la lumière, par la couleur originelle du
monde
et chaque goutte d'eau, par les grains sombres et
                                      compacts de la terre,
et la sueur à flots jaillissant de mes pores !
Aujourd'hui je me suis réjoui à chaque instant et le mot jouissance
jouait avec des fanions à éventer mon front.
Aujourd'hui, parmi tant d'autres choses si bonnes,
ma femme m'a offert une gamelle d'atol de maïs
                                                        blanc,
qui contenait des haricots cuits et de la sauce piquante au fond
et je l'ai vue si belle
et je me suis senti sur le point de pleurer à chaque bouchée
et j'ai vu le lever du soleil si proche
parce que je l'ai vu dans son cœur
et j'ai mastiqué des chiltepes
et j'ai vu des petites abeilles qui avaient
forme et son d'avions
de l'époque du Capitaine Jacinto Rodríguez Díaz...
Des avions héroïques et solitaires glissant sur les jungles
                                                         du patio de ma maison...

Avant que ne se meure cette transparence
                                   incroyable,
avant que mes sens s'éteignent à nouveau,
s'étiolent,
avant de redevenir un homme normal, un pauvre
                                                            employé de bureau
bien gentil, ponctuel « un sourire s'il vous plaît ! » qui sait pointer
« le temps c'est de l'argent ! » la cravate et le chèque au cou
« tous ensemble et chacun pour soi ! » à la fin de chaque mois
croisement obligé – épargne, prends soin, protège bien ce qui est à toi
et jouis de ton Guatemala –
AVANT je veux vous demander que
nous fassions quelque chose pour enlever au monde
ce qui le corrompt...
Un jour, peut-être, nous, les hommes, nous n'aurons
plus à descendre à Xibalba pour nous soigner,
nous purifier.
Un jour, peut-être, nous vivrons RESSUSCITES
sur une terre renouvelée et authentique. 

 
 
 
Poème tiré du recueil "XICOLAJ & BORBON, con poemas tercermundistas y antidisneyworld", présent dans l'anthologie parue en 2009 aux éditions guatémaltèques Cultura - Traduction de Laurent Bouisset, http://fuegodelfuego.blogspot.fr/ avec quelques précieux conseils de José Manuel Torres Funes
 
 
 
 
 
 
 

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03/03/2017

Mémoire de sable par Jean-Louis Millet

 

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texte et photo   jlmi



Je suis là depuis des millénaires, je pourrais même dire depuis l’origine du monde. Pas le monde des hommes, si jeune, si puéril !

Non. Le monde minéral, celui de la concrétion d’après le grand barouf. Paf ! Boum !

Bien sûr, je n’avais pas la forme que j’ai aujourd’hui. Comme tous mes camarades de l’époque d’ailleurs. Nous étions tous très... unis. Nous étions même inséparables !!! Puis le temps a fait son œuvre, il nous a séparés, aidé en cela par ceux d’entre nous dont la nature était d’être fluides et ceux qui, dans un tel état d’excitation pour se faire une place à la surface, atteignaient la fusion avant de rejoindre les grands courants ascendants du magma.

Enfin, tout ça est tellement loin que je ne me souviens plus bien de tous les détails. Toujours est-il que l’érosion m’a donné une vie propre, en cela qu’elle m’a permis de voyager en banc de myriades de grains assemblés pour de grandes transhumances conduites par l’eau ou le vent.

Aujourd’hui, je m’étale en une longue et belle plage blanche et rose  entourée de mes parents chenus, ces somptueux blocs de granit rose aux formes arrondies que vous ne pouvez manquer d’apercevoir lorsque vous venez me rendre visite. Dans leurs jeunesses, vous auriez dû les voir, hauts et pointus, défiant le ciel et ses nuées. Plus de dix mille mètres. C’était quelque chose. J’avoue que maintenant ils font bien leur âge, ils souffrent d’arénisation. Tant mieux d’ailleurs ! Sans cela je ne serais pas là !!! Je m’égare, excusez moi, mais je n’ai que ça à faire…

Donc, je suis là. Sur la côte nord de la Bretagne, dans ce pays appelé France. Chaque jour, par deux fois, la mer vient me baigner, en douceur, souvent avec tendresse, vague après vague. Sauf quand elle est en colère bien sûr. Alors ces jours là, ça déménage, passez moi l’expression. Elle me brasse, me masse, me malaxe, me pitrouille, me papouille, me tourne et me retourne avant de m’abandonner hors d’haleine et trempée. Heureusement, j’ai plusieurs heures pour m’en remettre. Et puis elle n’est pas souvent furieuse deux fois de suite. Il faut bien lui reconnaître ça. Un autre avantage que j’ai omis de vous conter : la mer supprime toutes mes imperfections. Elle me retend la peau même si elle me laisse ici ou là des petits bourrelets, des ripple-marks dit-on je crois.  Enfin, c’est ma thalasso à moi !

Le vent aussi prend soin de moi. Il me sèche, peigne mes mèches de surface, les met parfois en désordre mais ses doigts sont si doux… Enfin c’est comme sa compagne. Quand elle est en boule, il l’est aussi. Je crois que dans tous les couples il y a ce genre de chose. Nul n’est parfait. Moi, je suis résolument célibataire, ouverte à toutes et à tous pour être plus juste…

La pluie aussi est une bonne compagne, mais passagère, irrégulière, quoique certains en disent sur ici. Bonne fille la pluie, elle s’adapte entre les grosses gouttes et la bruine, entre les averses – les grains – et le crachin. J’aime bien la pluie. Elle m’hydrate et me dessale un peu.

Ah ! et puis il y a le soleil. Lui aussi me sèche comme le vent mais en plus il me chauffe, tiédit ma peau, la blanchit ou la fait rosir. Un réel plaisir. Vous connaissez d’ailleurs, vous qui venez coucher avec moi, non ? C’est bien cela que vous venez chercher, bien plus que moi je le sais bien…

Tentez donc maintenant d’imaginer ce qu’aujourd’hui peut contenir ma mémoire. Disons sur les cent dernières années, c’est tout. Facile. La mémoire du sable.

Sa mémoire vous dites vous, mais elle a perdu le nord, c’est pas possible !

Mais si, c’est possible et je vais vous mettre sur la voie. Parce que c’est vous !

 

Lorsque vous arrivez juste après mon bain, ma peau est lisse, souple et tendre. Puis, vous marchez, vous courez, vous jouez au ballon, vous me percez de vos parasols et de vos tentes, vous laissez vos enfants me trouer, me couvrir de ces pustules qu’ils appellent châteaux, vous me ratissez pour soi disant pêcher, vous laissez vos chiens me salir, ( je n’ai pas de caniveau dites-vous ? Curieuse réaction lorsque l’on connaît vos trottoirs à ce que je me suis laissé dire… poursuivons…), vous faites rouler vos char à voile, vous traîner vos bateaux ou vos planches à voile… Certains soirs même, vous venez vous aimez, un bain de minuit dites vous, mon œil ! Enfin, c’est mieux que de venir picoler ou se shooter…

Beaucoup d’entre vous me laissent leurs détritus et ça, c’est pas sympa. Du coup vous faites venir des herses pour me nettoyer mais en même temps ces monstres énergivores détruisent tout le petit monde vivant que j’héberge car vous n’êtes pas les seuls sur Terre, vous n’avez jamais été les seuls et c’est tant mieux, sinon ce serait tout bonnement invivable. Même vos cargos me dégueulent dessus de plus en plus souvent. Le pétrole, ça on vous le dit. Ça vous touche. Ça fait de l’audience, il y en a pour des jours et des jours à me voir engluée et nauséabonde, pleine de cadavres d’oiseaux, et seulement quelques uns d’entre vous se débattant avec toute cette merde ( oh pardon !)… Mais ce n’est pas tout. Il n’y a pas que le pétrole. Tenez, la dernière fois, c’était une cargaison d’ananas. Bien sûr dit comme ça, ça prête à sourire. Moi, ça me donne envie de chialer !

Et ces derniers temps tout ça empire malgré tous les signaux d’alarme que nous vous envoyons avec mes camarades des quatre coins du globe. Surtout celui de la calotte et il y met le paquet. Tâchez de vous en souvenir à l’heure de l’apéro – avec ou sans alcool - quand vous agitez vos glaçons dans vos verres…

Enfin, vous n’êtes que des humains, on ne peut pas trop vous en demander, ça, on l’a compris depuis longtemps… Mais de vous à moi - car vous pouvez êtes sympa quand même - à faire les cons comme ça, vous allez disparaître, mais nous, même blessés, abîmés, saccagés, défigurés nous serons toujours là avec tout le temps devant nous pour nous refaire une beauté, pensez, sur un million d’années…

Allez, même si c’est grave, nous resterons en relation. Mes camarades et moi nous ne sommes pas rancuniers. Ni rapporteurs d’ailleurs. Car si je vous disais tout…

Enfin réfléchissez.

Ou plutôt, agissez !

 

 

Source : le site de jlmi "Au hasard de connivences"

http://jlmi22.hautetfort.com/

 

 

 

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02/03/2017

La revue du mois par Jacmo (Décharge), parle d'Yves Artufel

Chiendents n° 116 : Yves Artufel

publié le 2 mars 2017 , par Jacmo dans Accueil> Revue du mois

 

C’est Georges Cathalo qui a coordonné cette livraison consacrée à notre ami Yves Artufel. Comme souvent dans ce genre de cas précis et spécifique, il est difficile de distinguer l’éditeur du poète.

En effet, Yves Artufel, ça « parle » en poésie comme l’éditeur de Gros textes (200 auteurs, 400 livres). (Son aventure de revuiste est demeurée plus erratique, avec Gros textes, plusieurs séries, et Liqueur 44, et s’est achevée pour l’heure en 2011).

Il y a donc aussi, à part égale, le poète, qui s’est édité lui-même pour 4 recueils (alors que c’est Polder qui publiait son premier recueil en 1999, n° 101). Et quelque part, tout est dit, Yves Artufel qui se met au service des autres (et comment !) pousse la modestie et la discrétion à ne pas solliciter lui-même d’autres éditeurs et préfère ne déranger personne pour se publier tout seul.

Les divers auteurs sollicités hésitent souvent entre l’hommage à l’un ou à l’autre de ce Janus moderne. Une façon d’éviter le hiatus, c’est de célébrer l’homme, le bonhomme qui n’est pas coupé en deux. Roland Nadaus fait la synthèse : Cher Poèteéditeurami… Jean-Pierre Lesieur titre son article : « Yves Artufel, homme à tout faire de la poésie » et conclut plus laudateur : …homme à tout faire et seigneur de la poésie de notre temps. Christian Bulting écrit une critique élaborée de son dernier recueil Il faut repeindre le moteur et souligne son côté « sauvagement libre ». Jean-Claude Touzeil donne trois qualités cardinales et voisines du personnage : « douceur, discrétion et humilité ». Ce que reprend à son compte Georges Cathalo : « Humilité, patience et modestie ». Thomas Vinau offre un poème : ...Il est le cœur battant / saignant / puant / vivant / de la poésie. Ses plus proches insistent sur l’aspect humain, comme Dominique Oury qui écrit : Yves c’est mon ami, ou bien Alain Sagault en écho : Yves, mon ami. Il conclut sa page : … la création la plus authentique consiste à voguer, modestement mais sans concession, à la découverte de l’essentiel tel qu’il peut s’incarner à travers chacun de nous. Jean-Claude Touzeil et François-Xavier Farine insistent sur l’inlassable militant de la poésie ou le militant des autres poètes.

Georges Cathalo a intercalé entre les hommages des auteurs Gros textes des pages tirées des recueils d’Yves Artufel. Christian Bulting et Jean-Claude Touzeil donnent quelques clés de cette poésie qu’on peut qualifier de mineure dans le sens où, comme on l’a compris, il ne s’agit pas d’une poésie sonore, tonitruante et tapageuse, qui prendrait tout le devant de la scène, mais toute la personnalité d’Yves Artufel s’y trouve. Sa fibre libertaire sait domestiquer la vanité qui entrave plus d’un poète. On peut parler de dérision, d’humour fin. Le poète à présent monte sur son cheval à bascule. Il espère qu’il va faire chavirer le monde. On peut parler de désillusion, de désenchantement, mais jamais d’amertume. Les déceptions qui nous sont communes dans le quotidien demeurent souvent l’objet de ses réflexions et de ses écrits. Et il sait en sourire, parfois âprement et nous en faire sourire de même, avec distance. Enfin, autre manière de ne pas se prendre au sérieux, c’est la longueur de plus en plus resserrée de ses poèmes. Et une véritable prédilection pour l’aphorisme, art compliqué de la densité qui doit faire mouche, sans concession, ni au style ni à l’impact sémantique. Conseil valable : fais ce que tu peux. Aux dernières nouvelles, il semblerait que Dieu en soit là. Par ailleurs, Yves sait trouver des métaphores inattendues qu’il file de même façon : Je vais penser à me refaire l’intérieur. Ca fait longtemps que je n’ai pas changé la tapisserie du cerveau, la moquette de l’âme, ni repeint le cœur. Cette façon de comparer deux domaines, de mélanger deux univers peut aboutir au court-circuit créatif et hallucinant : Mon ombre sur le mur se mit à saigner. En outre, Yves Artufel est commerçant-libraire, colporteur, comédien, lecteur…

Artisan-militant, et poète avant tout, poète à la base, poète primordial. Je vais jusqu’à l’horizon pousser ma brouette de décombres. Après on avisera.


Chiendent Yves Artufel : 6 €. 20, rue du Coudray – 44000 Nantes.

Editions Gros Textes, chez Yves Artufel, Fontfourane, 05380 - Châteauroux-les Alpes.
Rappelons que la collection Polder est une collection Gros Textes (en coédition avec la revue Décharge).

 

 

 

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25/02/2017

Alexo Xenidis

 

ET SI JE PARLAIS DE MOI POUR UNE FOIS

 

Je
Regarde

Avec des sentiments mélangés
Découragement colère beaucoup de lassitude et la sensation de mes vanités
Cet énorme tas de papiers ce vomi de mots qui s’incruste
Le monde que je mâchonne et qui ne passe pas
Cette voix de l’habitude parce que j’écris le matin tous les matins
Comme si c’était hygiénique je me lève je pisse je fais un café j’écris
Je ne trouve pas la paix
Je ne trouve pas la paix
Je
Regarde
L’énorme tas de papiers cette bouillasse de sentiments mélangés
Le découragement la colère qui s’enfuit la lassitude qui prend la place
Toute. Toute la place.
Dis Il faut corriger
Enlever tailler couper refaire casser que la fin plaise à Tartempion Que le début soit agréable à Ducon
Foutre aux poèmes des corrections qu’ils chialent un bon coup s’en souviennent
Qu’ils te regardent comme si tu leur faisais peur
Miskin les poèmes comme tout aujourd’hui
Et puis être guerrière et martiale et belliqueuse parler des combats sacrés
Sauf dans la vie bien sûr
In real life tu t’écrases tu lèches ta peine à l’abri des regards
Et tu nettoies derrière
Je
Regarde
Ma vie on dirait l’avant-guerre qui était déjà l’après d’un autre bordel
Les années quarante que je n’ai pas connues
Les fêtes décaties la fièvre des bons mots qui s’empare des foules
On se congratule on moque on se déclare déprimé mais pas dépressif
J’ai envie d’appuyer sur le bouton marche rapide en avant voir
Les fêtes sombrer dans le noir les foules devenues muettes le silence
La terreur soudaine entendre les Si j’avais su
Cesser d’être Cassandre
Ne plus dire je vous l’avais bien dit en pensant je ne l’ai pas assez bien dit
Justement
Je ne trouve pas la paix
Je ne trouve pas la paix
Je ne sais pas où la chercher ni même si elle existe ailleurs que dans mes contorsions
Ces cabrioles de mots ces vieilles grammaires du malheur décaties agitées qui font des phrases
Au Guignol du jardin du Luxembourg quand j’étais petite je me souviens de ma terreur
Il y avait une marionnette qui chaque fois perdait la tête on savait qu’elle allait la perdre
Elle était faite pour cela, son cou s’étirait s’étirait puis sa tête sautait hors du corps
Poupée décapitée je hurlais de peur et je continue à hurler
Le long des sabres qui se soulèvent et des pleutres qui les acceptent en cadeau
En remerciant pour l’honneur qui leur est fait
Je ne trouve pas la paix
Non je ne trouve pas la paix
Juste par instant un répit un moment bref dans un coin du ring sur le tabouret
On me passe une éponge sur le visage et des mains me recousent prestes
Avant que ne sonne le gong pour la reprise pour tituber une fois encore
Les mains brisées sous les gants la bouche qui saigne les yeux qui ne voient plus
Juste un répit le temps que je croie encore à la douceur avant d’oublier
Et que tu me dises que toi et moi ce n’est qu’un intermède une façon de passer le temps
En attendant des amours sérieuses des vraies des qui font rêver et pleurer
Je boxe des fantômes, shadow boxing, jusqu’à l’épuisement, le corps se dérobe
Se défait, s’effiloche, part en fumées en souvenirs s’effondre tombe
Puis repart prendre sa ration de coups dans la gueule et en redemande
Alors la paix
La paix, pourquoi la trouver,
Pourquoi vivre autrement qu’un enfant qui commence un dessin
Puis insatisfait arrache la page et recommence sur une belle page neuve
Le même gribouillis qui soulève le cœur
Je ne me soucie plus d’en être aux dernières pages presque à la couverture
Presque au moment de refermer le cahier
Je marquerai à la place du mot fin
Ceci est recyclable Je recommencerai
Et, de nouveau,
Je ne trouverai pas la paix

 

A.X.

 

 

 

 

 

 

 

 

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07/02/2017

Rencontre avec Jacques Auberger et Alexandre Gain, chercheurs au Centre National de Recherche du Vortex, pour une analyse détaillée de leurs expériences du Vortex

 

 

31/01/2017

Myriam OH

 

MÊME LA PIERRE TREMBLE (PARFOIS)

 

le cœur est un muscle
si on l'entraîne, si on en prend soin
il devient capable de déplacer des montagnes
à la seule force
de ses élans bestiaux
(qu'aucune tête
aussi faite aussi pleine soit-elle
ne saurait dompter)

parfois je pense à ces cœurs
que nous nous sommes taillés dans la pierre
parce que le monde nous pousse
à avoir un temps d'avance
à prendre de la hauteur
ou peut-être du recul
bref à être là
où le cœur ne sait plus vibrer
à être là
je ne sais pas exactement où
mais quelque part
qui n'a rien à voir avec l'ici et le maintenant
où il exulte
parfois je pense à ces cœurs
que nous nous sommes taillés dans la pierre
à force d'user de l'ironie
et d'abuser du second degré
pour ne pas pleurer / rire / gifler / embrasser
parce que nous nous sentions
bien bêtes
avec ce truc au fond de nous
qui griffait qui mordait
parce que nous nous sentions
comme le monde
nous a appris à ne plus savoir
nous sentir

parfois je pense à ces cœurs
de champion d'antan qui battaient la chamade
comme on bat la pâte
on se moquant des crampes
et des cloques
comme on bat le fer
tant qu'il est chaud pareil à cette vie
toujours sur le feu
qui nous brûlait le gosier
qu'on la gardait pourtant en bouche
pour la savourer
comme un fruit sucré qu'on suce
jusqu'au noyau
parfois je pense à ces cœurs
de champion d'antan qui battaient la chamade
comme ils se foutaient
éperdument
de la juste mesure que le monde
s'échine à battre
au rythme du temps qui passe
et éteint le feu
et étanche la soif
et fait tomber la fièvre
parfois je pense à ces cœurs
de champion d'antan qui battaient la chamade
et qui ont battu en retraite

un cœur qui ne bat plus
ce n'est rien
qu'un morceau de bidoche
alors parfois
devant l'étal du boucher
je pense à toutes ces montagnes
que personne n'a bousculées
(et mon cœur frémit)

 

 

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28/01/2017

Alexo Xenidis

 

AMER

Est-ce bien ce que nous sommes
Ces cadavres en lambeaux qui se battent
S’empoignent se jettent
Leurs chairs arrachées à la tête
S’entredévorent en ricanant
S’attroupent autour d’un homme qui se noie
Et lui lancent des injures des bons mots des pierres
Nous embrassons la police
Nous frottons le museau sur ses bottes
En réclamant des hommes forts à notre tête
Pour régner sur les ruines
Est-ce bien ce que nous sommes
Ces chiens terrorisés espérant des lynchages
Qui mordent le premier qui passe à portée de nos crocs
Puis grattons, sur nos cous, la marque de la chaîne

Ne rêvons plus jamais
D’être des hommes

 

 

 

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