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30/12/2018

Charles Marie René Leconte de Lisle - La Légende des Nornes

 

La neige, par flots lourds, avec lenteur, inonde,
Du haut des cieux muets, la terre plate et ronde.
Tels, sur nos yeux sans flamme et sur nos fronts courbés,
Sans relâche, mes sœurs, les siècles sont tombés,
Dès l’heure où le premier jaillissement des âges
D’une écume glacée a lavé nos visages.
À peine avions-nous vu, dans le brouillard vermeil,
Monter, aux jours anciens, l’orbe d’or du soleil,
Qu’il retombait au fond des ténèbres premières,
Sans pouvoir réchauffer nos rigides paupières.
Et, depuis, il n’est plus de trêve ni de paix :
Le vent des steppes froids gèle nos pleurs épais,
Et, sur ce cuivre dur, avec nos ongles blêmes,
Nous gravons le destin de l’homme et des Dieux mêmes.
Ô Nornes ! qu’ils sont loin, ces jours d’ombre couverts,
Où, du vide fécond, s’épandit l’univers !
Qu’il est loin, le matin des temps intarissables,
Où rien n’était encor, ni les eaux, ni les sables,
Ni terre, ni rochers, ni la voûte du ciel,
Rien qu’un gouffre béant, l’abîme originel !
Et les germes nageaient dans cette nuit profonde,
Hormis nous, cependant, plus vieilles que le monde,
Et le silence errait sur le vide dormant,
Quand la rumeur vivante éclata brusquement.
Du Nord, enveloppé d’un tourbillon de brume,
Par bonds impétueux, quatre fleuves d’écume
Tombèrent, rugissants, dans l’antre du milieu ;
Les blocs lourds qui roulaient se fondirent au feu :
Le sombre Ymer naquit de la flamme et du givre,
Et les Géants, ses fils, commencèrent de vivre.
Pervers, ils méditaient, dans leur songe envieux,
D’entraver à jamais l’éclosion des Dieux ;
Mais nul ne peut briser ta chaîne, ô destinée !
Et la Vache céleste en ce temps était née !
Blanche comme la neige, où, tiède, ruisselait
De ses pis maternels la source de son lait,
Elle trouva le Roi des Ases, frais et rose,
Qui dormait, fleur divine aux vents du pôle éclose.
Baigné d’un souffle doux et chaud, il s’éveilla ;
L’Aurore primitive en son œil bleu brilla ;
Il rit, et, soulevant ses lèvres altérées,
But la Vie immortelle aux mamelles sacrées.
Voici qu’il engendra les Ases bienheureux,
Les purificateurs du chaos ténébreux,
Beaux et pleins de vigueur, intelligents et justes.
Ymer, dompté, mourut entre leurs mains augustes ;
Et de son crâne immense ils formèrent les cieux,
Les astres, des éclairs échappés de ses yeux,
Les rochers, de ses os. Ses épaules charnues
Furent la terre stable, et la houle des nues
Sortit en tourbillons de son cerveau pesant.
Et, comme l’univers roulait des flots de sang,
Faisant jaillir, du fond de ses cavités noires,
Une écume de pourpre au front des promontoires,
Le déluge envahit l’étendue, et la mer
Assiégea le troupeau hurlant des fils d’Ymer.
Ils fuyaient, secouant leurs chevelures rudes,
Escaladant les pics des hautes solitudes,
Monstrueux, éperdus ; mais le sang paternel
Croissait, gonflait ses flots fumants jusques au ciel ;
Et voici qu’arrachés des suprêmes rivages,
Ils s’engloutirent tous avec des cris sauvages.
Puis ce rouge Océan s’enveloppa d’azur ;
La Terre d’un seul bond reverdit dans l’air pur ;
Le couple humain sortit de l’écorce du frêne,
Et le soleil dora l’immensité sereine.
Hélas ! mes sœurs, ce fut un rêve éblouissant.
Voyez ! la neige tombe et va s’épaississant ;
Et peut-être Yggdrasill, le frêne aux trois racines,
Ne fait-il plus tourner les neuf sphères divines !
Je suis la vieille Urda, l’éternel Souvenir ;
Mais le présent m’échappe autant que l’avenir.

 


DEUXIÈME NORNE.

Tombe, neige sans fin ! Enveloppe d’un voile
Le rose éclair de l’aube et l’éclat de l’étoile !
Brouillards silencieux, ensevelissez-nous !
Ô vents glacés, par qui frissonnent nos genoux,
Ainsi que des bouleaux vous secouez les branches,
Sur nos fronts aux plis creux fouettez nos mèches blanches !
Neige, brouillards et vents, désert, cercle éternel,
Je nage malgré vous dans la splendeur du ciel !
Par delà ce silence où nous sommes assises,
Je me berce en esprit au vol joyeux des brises,
Je m’enivre à souhait de l’arôme des fleurs,
Et je m’endors, plongée en de molles chaleurs !
Urda, réjouis-toi ! l’œuvre des Dieux fut bonne.
La gloire du soleil sur leur face rayonne,
Comme au jour où tu vis le monde nouveau-né
Du déluge sanglant sortir illuminé ;
Et toujours Yggdrasill, à sa plus haute cime,
Des neuf sphères du ciel porte le poids sublime.
Ô Nornes ! Échappé du naufrage des siens,
Vivant, mais enchaîné dans les antres anciens,
Loki, le dernier fils d’Ymer, tordant sa bouche,
S’agite et se consume en sa rage farouche ;
Tandis que le Serpent, de ses nœuds convulsifs,
Étreint, sans l’ébranler, la terre aux rocs massifs,
Et que le loup Fenris, hérissant son échine,
Hurle et pleure, les yeux flamboyants de famine.
Le noir Surtur sommeille, immobile et dompté ;
Et, des vers du tombeau vile postérité,
Les Nains hideux, vêtus de rouges chevelures,
Martèlent les métaux sur les enclumes dures ;
Mais ils ne souillent plus l’air du ciel étoilé.
Le mal, sous les neuf sceaux de l’abîme, est scellé,
Mes sœurs ! La sombre Héla, comme un oiseau nocturne,
Plane au-dessus du gouffre, aveugle et taciturne,
Et les Ases, assis dans le palais d’Asgard,
Embrassent l’univers immense d’un regard !
Modérateurs du monde et source d’harmonie,
Ils répandent d’en haut la lumière bénie ;
La joie est dans leur cœur : sur la tige des Dieux
Une fleur a germé qui parfume les cieux ;
Et voici qu’aux rayons d’une immuable aurore,
Le Fruit sacré, désir des siècles, vient d’éclore !
Balder est né ! Je vois, à ses pieds innocents,
Les Alfes lumineux faire onduler l’encens.
Toute chose a doué de splendeur et de grâce
Le plus beau, le meilleur d’une immortelle race :
L’aube a de ses clartés tressé ses cheveux blonds,
L’azur céleste rit à travers ses cils longs,
Les astres attendris ont, comme une rosée,
Versé des lueurs d’or sur sa joue irisée,
Et les Dieux, à l’envi, déjà l’ont revêtu
D’amour et d’équité, de force et de vertu,
Afin que, grandissant et triomphant en elle,
Il soit le bouclier de leur œuvre éternelle !
Nornes ! Je l’ai vu naître, et mon sort est rempli.
Meure le souvenir au plus noir de l’oubli !
Tout est dit, tout est bien. Les siècles fatidiques
Ont tenu jusqu’au bout leurs promesses antiques,
Puisque le chœur du ciel et de l’humanité
Autour de ce berceau vénérable a chanté !

 

TROISIÈME NORNE.

Que ne puis-je dormir sans réveil et sans rêve,
Tandis que cette aurore éclatante se lève !
Inaccessible et sourde aux voix de l’avenir,
À vos côtés, mes sœurs, que ne puis-je dormir,
Spectres aux cheveux blancs, aux prunelles glacées,
Sous le suaire épais des neiges amassées !
Ô songe, ô désirs vains, inutiles souhaits !
Ceci ne sera point, maintenant ni jamais.
Oui ! le Meilleur est né, plein de grâce et de charmes,
Celui que l’univers baignera de ses larmes,
Qui, de sa propre flamme aussitôt consumé,
Doit vivre par l’amour et mourir d’être aimé !
Il grandit comme un frêne au milieu des pins sombres,
Celui que le destin enserre de ses ombres,
Le guide jeune et beau qui mène l’homme aux Dieux !
Hélas ! rien d’éternel ne fleurit sous les cieux,
Il n’est rien d’immuable où palpite la vie !
La douleur fut domptée et non pas assouvie,
Et la destruction a rongé sourdement
Des temps laborieux le vaste monument.
Vieille Urda, ton œil cave a vu l’essaim des choses
Du vide primitif soudainement écloses,
Jaillir, tourbillonner, emplir l’immensité...
Tu le verras rentrer au gouffre illimité.
Verdandi ! Ce concert de triomphe et de joie,
L’orage le disperse et l’espace le noie !
Ô vous qui survivrez quand les cieux vermoulus
S’en iront en poussière et qu’ils ne seront plus,
Des siècles infinis Contemporaines mornes,
Vieille Urda, Verdandi, lamentez-vous, ô Nornes !
Car voici que j’entends monter comme des flots
Des cris de mort mêlés à de divins sanglots.
Pleurez, lamentez-vous, Nornes désespérées !
Ils sont venus, les jours des épreuves sacrées,
Les suprêmes soleils dont le ciel flamboiera,
Le siècle d’épouvante où le Juste mourra.
Sur le centre du monde inclinez votre oreille :
Loki brise les sceaux ; le noir Surtur s’éveille ;
Le Reptile assoupi se redresse en sifflant ;
L’écume dans la gueule et le regard sanglant,
Fenris flaire déjà sa proie irrévocable ;
Comme un autre déluge, hélas ! plus implacable,
Se rue au jour la race effrayante d’Ymer,
L’impur troupeau des Nains qui martèlent le fer !
Asgard ! Asgard n’est plus qu’une ardente ruine ;
Yggdrasill ébranlé ploie et se déracine ;
Tels qu’une grêle d’or, au fond du ciel mouvant,
Les astres flagellés tourbillonnent au vent,
Se heurtent en éclats, tombent et disparaissent ;
Veuves de leur pilier, les neuf Sphères s’affaissent ;
Et dans l’océan noir, silencieux, fumant,
La Terre avec horreur s’enfonce pesamment !
Voilà ce que j’ai vu par delà les années,
Moi, Skulda, dont la main grave les destinées ;
Et ma parole est vraie ! Et maintenant, ô Jours,
Allez, accomplissez votre rapide cours !
Dans la joie ou les pleurs, montez, rumeurs suprêmes,
Rires des Dieux heureux, chansons, soupirs, blasphèmes !
Ô souffles de la vie immense, ô bruits sacrés,
Hâtez-vous : l’heure est proche où vous vous éteindrez !

 

 

 

13/12/2018

Appel à financements participatif pour Quand on sait, premier film documentaire d’Emmanuel Cappellin

 

A l’heure où la civilisation industrielle, tel un navire entrant dans la tempête, se confronte à l’épuisement de ses ressources énergétiques et à la réalité d’un changement climatique déjà hors de contrôle, le film documentaire "Quand on sait" pose une question dérangeante : comment vivre l’effondrement le mieux possible, le plus humainement possible ?

 

 

 

 Pour soutenir le film en financement participatif (clôture fin décembre) :

 https://www.kickstarter.com/projects/onceyouknow-thefilm/...

 

 

02/12/2018

Un certain écolo médiatique (Dossier : écolo ou social, la fausse opposition) par Sarah Roubato


Dans l’émergence du mouvement des Gilets Jaunes, une opposition entre deux urgences s’est dessinée : celle entre l’écologie et le social. L’une serait un luxe, l’autre une nécessité. Dans ce faux débat, on entend et on lit « Il est plus facile d’être écolo, de manger bio, quand on est à Paris »[1]. Penser à son empreinte écologique, c’est pour ceux qui n’ont pas à se soucier de remplir leur frigo, qui peuvent se payer des voitures électriques et acheter des produits bio hors de prix, et qui ont le temps d’y penser. Les autres sont la tête dans le guidon et dans la survie. Cette vision binaire est non seulement loin de la réalité, toujours plus complexe, mais elle hypothèque notre avenir et nous enlise dans une confrontation stérile où nous y perdrons tous, à commencer par les plus démunis, premières victimes de la disparition de la biodiversité et du réchauffement climatique. À l’heure où nous avons besoin plus que jamais d’additionner nos intelligences pour envisager une autre société, pourrait-on envisager autrement la révolte et le débat en France ?

DOSSIER EN TROIS ARTICLES :

  1. Les pauvres écolos, ça existe
  2. La représentation qu’on se fait du monde : le rôle des médias
  3. Les oppositions binaires : un délice français

 

2. L’écolo : une invention médiatique ?

Ces derniers jours il y eut beaucoup de plateaux télé et de débats sur l’opposition entre écologie et pouvoir d’achat. Derrière ces termes désincarnés, c’est l’affrontement de deux archétypes: l’ Écolo et le Pauvre, qui se joue. Quelle réalité recouvrent-ils ? Qui en parle et comment ?

On le sait maintenant, le mouvement des Gilets Jaunes dépasse largement le refus de l’augmentation de la taxe carbone. Il manifeste la détresse de ceux qu’on appelle les oubliés. Une limite a été franchie. Mais pourquoi s’est-elle tracée juste ici, sur l’augmentation du prix du diesel ? Pourquoi pas sur les privilèges accordées aux plus riches (suppression de l’IFS), sur le sacrifice des services publics (réforme de la SNCF) ou sur l’étouffement des petits retraités (augmentation de la CSG) ? Pourquoi ces sujets, qui concernent directement les inégalités sociales, n’ont pas embrasé la colère générale ? Pourquoi les enjeux de pollution et de santé publique, qui transcendent les classes sociales, entraîne la division plutôt que l’unité nationale ?

Parler des oubliés, c’est désigner des gens dont on ne parle pas, donc poser la question de qui parle ? À partir de quelle parole construisons-nous notre représentation du monde, de notre pays, pour forger notre opinion ? Journalistes, polémistes, réseaux sociaux, réalisateurs, écrivains, sont tous artisans de cette représentation. Nous nous forgeons une opinion à partir de notre expérience et de la représentation qu’on se fait du monde. Notre expérience est limitée. Mais notre imaginaire infini. Voilà pourquoi la question du récit que nous faisons des aisés et des exclus, des écolos et des pollueurs, est essentielle. Et que nous ne pouvons pas interroger un phénomène social sans en interroger la représentation.

Les médias sont un rouage clé de la machine que nous appelons système et dont la remise en question se fait de plus en plus entendre. Si le traitement médiatique des Gilets Jaunes a été questionné, la responsabilité des médias dans la cristallisation de cet affrontement Écolo/Pauvre n’est pas encore posée.

Les pauvres : ceux dont on parle

Autrefois il était celui qu’on ne voulait pas voir. Puis celui dont personne ne parlait. Aujourd’hui il est celui dont on parle mais que personne n’entend. Les pauvres de Vincent de Paul, les misérables de Victor Hugo, et tous ceux que les Emile Zola, les Joseph Kessel, écrivains, reporters, photographes, allaient voir. Aujourd’hui : journalisme de long cours trop coûteux, marché du livre boiteux avec beaucoup de titres mais une poignée de visibles, experts confinés dans le monde universitaire, écrivains philosophes et artistes n’ayant plus de place dans les médias pour raconter le monde[2] . Ceux qui vont poser un micro, un stylo ou un œil pour raconter notre société au plus près, au-delà de l’anecdote et du cliché, le font seuls, et envoient des messages le plus souvent sans réponse aux médias parisiens débordés.

On se penche maintenant sur cette France déclassée, sur les périphéries, sur le petit peuple. On invite quelques échantillons, bien choisis pour que la confrontation ait lieu. On redessine une carte des fractures sociales, entre la France des élites des métropoles, celle des quartiers et celle des campagnes. À croire que le premier combat des Gilets Jaunes, celui de la visibilité, est gagné. On nous voit. Mais va-t-on nous entendre ?

C’est un véritable enjeu politique qui se pose pour ce mouvement spontané, sans structure et sans représentant. Mais elle se pose aussi pour ceux qu’on appelle les écolos. Pour eux, l’enjeu n’est pas de se faire entendre mais de ne pas se faire confisquer leur voix.

L’écologie confisquée dans l’espace médiatique

L’écologie n’est plus un sujet silencieux. Mais c’est un sujet confisqué. Que l’on regarde qui entend-on parler d’écologie dans les médias : des citadins, métropolitains, le plus souvent parisiens. Où sont dans les médias les témoignages sur les initiatives qui s’expérimentent partout dans cette France oubliée ? Carnets de campagne sur France Inter certains diront. Oui, 15 minutes consacrées aux solutions d’avenir entreprises dans notre pays, après deux heures d’émission de divertissement, juste avant un jeu d’argent et les infos. On entend souvent dire : C’est déjà ça. Mais tenir un mauvais rôle n’est-il pas pire que de ne pas avoir de rôle ?

Car les discours que nous produisons sur les alternatives au modèle néolibéral, la fréquence et la manière dont les médias en parlent, est déjà un discours : nous parlons des campagnes, et voici la place que nous leur accordons sur une chaîne de service public. Le choix des sujets est aussi significatif. L’écologie est le plus souvent abordé par l’une de ses urgences, le climat, qui occulte bien souvent la question de la disparition de la biodiversité. C’est un sujet sans doute plus confortable à aborder, parce que plus lointain et global, que la question tout de suite palpable et locale de la biodiversité. Et en effet, c’est bien une marche pour le climat qui fut organisée, et non pour le vivant.

La meurtrière par laquelle nous regardons la question écologique ne nous fait pas voir le pauvre écolo. Tous ces humbles, ces petits paysans, artisans, petits commerçants, qui bien que modestes, œuvrent à trouver un modèle économique qui respecte le vivant. Il en sort une fausse confrontation où ceux qui défendent un modèle de transition énergétique parlent du point de vue étroit d’une élite[3] et entretiennent le fameux discours : l’écologie c’est pour les riches. On se figure le bobo parisien allant dans des espaces de coworking prendre une tisane bio à 5 €, un gâteau carotte sans gluten à 3€, écrire un article contre Starbucks sur son Mac dernier modèle, décrocher son téléphone enrobé d’une housse anti-ondes à 40 € et filer à vélo à son rendez-vous.

Qui viendra parler des économies faites sur les produits d’entretien ménager en privilégiant les produits de bas simples ? Qui viendra parler du chantier participatif qui leur a permis de construire une maison énergétiquement passive ? Qui parlera des cafés où on peut venir faire réparer ses appareils cassés, des échanges de service, des monnaies locales ? Ces initiatives, on les retrouve dans une presse non conventionnelle, dite alternative.

La carte postale de l’alternatif

Depuis les années 2000 le paysage médiatique français est devenu particulièrement riche de médias émergents, tentant d’apporter une autre proposition à celle des médias conventionnels : Reporterre, Bastamag, Les Jours, XXI, Kaizen, Wedemain, La Relève et la Peste, Mr Mondalisation (francophone international) pour ne citer que quelques uns. Parmi eux, certains sont spécialisés dans les sujets écolos. Certains étant plutôt dans le récit, d’autres dans l’information, d’autres dans l’incitation. Le rôle des médias est repensé comme incitateur au changement de comportement. En montrant aux gens d’autres gens qui oeuvrent à faire autrement, le lecteur pourra se dire que lui aussi, il peut.

Ces médias cherchent aussi une alternative à un discours écologique catastrophiste et culpabilisant, en choisissant de mettre en lumière les initiatives encourageantes, le film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent, étant devenu le symbole de cette démarche inverse.

Seulement il existe un danger à cette hyper-sélection du positif. Celui de peindre une carte postale de l’alternatif, belle, trop belle même, pour qu’une partie des lecteurs s’y identifie.

On retrouve souvent à travers les reportages et les articles, les images de jeunes gens souriants au soleil, devant leur tiny house, leur champ de permaculture, avec leur enfant. Des choix de vie souvent radicaux qui font rêver, mais qui ont souvent pour effet d’éloigner le possible pour des lecteurs qui se disent que c’est trop extrême pour eux, ou bien que ceux-là ont de la chance, ils ne doivent pas avoir toutes les contraintes que j’ai. Il suffit pour cela de lire les commentaires sur les réseaux sociaux, souvent dans la mise à distance humoristique, critique ou admirative. De fait, ceux qui s’y mettent n’ont en général pas le temps de lire des articles sur d’autres modèles.

Il est urgent de produire un autre récit sur le monde. Mais si ce récit bascule exclusivement dans l’exemplarité positive, il perd quelque chose du vécu, riche de ses exploits et de ses défaites, de ses difficultés, de ses déceptions, de ses détours, et donc de son pouvoir agissant. Il serait temps de parler d’hommes et de femmes qui essayent, échouent, recommencent, changent de perspective, de donner à voir le combat plutôt que le résultat, les doutes plutôt que les formules finales, les soirs de doutes plutôt que les sourires pour la photo.

Pour qui prétend produire un autre récit sur le monde et infléchir les comportements, l’enjeu est de rendre compte de la diversité du changement de société déjà à l’œuvre dans nos sociétés. Car tous les semeurs du changement, s’ils œuvrent dans le même sens, ne partent pas des mêmes questionnements, des mêmes problématiques, des mêmes motivations. Leurs histoires nous offrent une infinité de perspectives et c’est bien cette richesse qui permettra au plus grand nombre d’envisager le changement à son échelle.

Le défaitisme général alimenté par les médias conventionnels ne devrait pas inciter les médias dits alternatifs à proposer une autre caricature. On peut se demander jusqu’à quel point cette tendance alimente l’accusation de « bisounours » qui tombe souvent sur les écolos. On retrouve souvent dans le débat public ce positionnement entre les réalistes pessimistes d’un côté, et les écolos optimistes bisounours de l’autre. Une autre opposition binaire, bien française. Prochain article : Les oppositions binaires, un délice français.

Pour lire le premier article de ce dossier cliquez sur : L’écolo pauvre

 

[1] Christophe Guilly https://www.20minutes.fr/societe/2375331-20181119-gilets-...

[2] comme c’était le cas au XIXème siècle

[3] Jean-Baptiste Comby : « Il y a une certaine homogénéité sociale de ces entrepreneurs de la cause climatique, au début des années 2000, dans le sens où ils appartiennent aux classes dominantes tout en y occupant des positions secondaires, dominées. » https://www.revue-ballast.fr/jean-baptiste-comby/

 

 

 

06/11/2018

En conscience, un documentaire d’Anthony Chene (2016)

 

 

Depuis la nuit des temps, des individus ont vécu des expériences de mort imminente, des phénomènes d'expansion de conscience, ou encore des sorties hors du corps. Nous sommes allés à la rencontre de quelques-unes de ces personnes qui ont accepté de témoigner : qu'ont-elles vécu ? Qu'ont-elles vu ? En quoi ces expériences étaient bien différentes de simples rêves ou d'hallucinations ? Nous avons également interrogé des psychiatres, des psychologues en milieu hospitalier, et d'autres spécialistes pour tenter de percer la réalité de ces phénomènes. Que disent ces expériences sur notre conscience et sur la structure de la réalité ? Comment prendre conscience de la véritable nature de notre être ? 

Intervenants : - Olivier Chambon (Docteur psychiatre) - Jean-Jacques Charbonier (Médecin anesthésiste-réanimateur) - Sylvie Déthiollaz (Docteur en biologie moléculaire, directrice de l’ISSNOE) - Eric Dudoit (Docteur en psychologie et psycho-pathologie) - Marc Boucher de Lignon, Nicole Dron, Philippe Raboud (témoins d’expériences de mort imminente) - Akhena, Claude, Tara (témoins d’états modifiés de conscience)

 

 

 

 

24/10/2018

Alexo Xenidis

 

MATÉRIAUX DE RÉCUPÉRATION 


Rien ne se perd, rien, le monde est une somme
Rien qui ne devienne graine ou partie d'un autre tout
Et je lis au profond de ce qui me compose la trace de mes ancêtres
Et des vôtres le bric à brac de l'éternelle casse humaine
Le grand cimetière de métal et de chair bousculée
Ces minuscules traces de nos arrière arrière arrière grands-mères communes
La couleur de vos iris dans les miens et tes boucles sur ma tête
Bientôt vont naître à New York des enfants portant un atome de cœur
Venu de Sanaa, et à Idlib une toute petite fille portera au bout de ses doigts
Un éclat de ta voix et la douceur de Schubert souriant
La vie façonne, assemble, crée, la mort argile souple dans ses mains,
Peut-être est-ce pour cela que l'Histoire bégaie, dit et redit les mêmes mots,
Peut-être portons-nous tous le gène du héros et celui du bourreau
Celui de Zeus et des Titans, celui du beau et celui du laid,
Nous sommes tous de la même pâte rouge, rose, noire, violette, bleue,
Les mêmes fleurs, échappées de la même racine
Souviens-toi d'où tu viens
Et de quoi tu es fait,
Petit,
Infiniment petit.

 

 

 

22/10/2018

Sagesse animale de Norin Chai

 

9782234084964-001-T.jpegEt si les animaux devenaient nos professeurs de sagesse ?
Norin Chai, riche d’une longue expérience comme vétérinaire de la faune sauvage, nous plonge ici dans une découverte passionnante et originale du monde animal
et des multiples enseignements qu’il peut nous apporter. Ainsi, par leur manière de se comporter, de vivre, de coexister, les animaux (chiens, chats, éléphants, dauphins, tamarins…) peuvent nous apprendre à nous réconcilier avec nos émotions et à mieux partager celles d’autrui. Ils peuvent aussi nous aider à retrouver les chemins oubliés de notre intelligence intuitive. À mieux écouter notre
corps, sans le bourrer de nourritures inutiles, et à vivre plus sereinement le temps présent...
N’est-ce pas en retrouvant notre lien perdu avec notre animalité que nous finirons, un jour, par retrouver notre pleine humanité ?

 

Parution 7 mars 2018 chez Stock

https://www.editions-stock.fr/livres/essais-documents/sag...

 

 

 

 

 

 

20/10/2018

Sarah Roubato - 30 ans dans une heure

 

9782371775497-small.jpgPartout en France et ailleurs, ils sont sur le point d’avoir trente ans. Une foule d’anonymes qui cherchent à habiter le monde ou à le fuir, à dessiner leurs rêves ou à s’en détourner. Au cœur du tumulte, ils s’interrogent, se font violence et ce sont leurs voix que l’on entend se déployer :

Chacun dribble avec son petit moi.
On a soif. Soif d’un nous.
Je me sens la taille d’une comète à qui on offre l’espace d’un bac à sable.
Un animal a envie de chialer en moi.
Il y a des jours où j’aimerais que quelque chose me maintienne quelque part. Que je puisse dire ce que je fais ici. Qu’il y ait une raison.
Je veux passer le plus de temps possible à cultiver mon champ d’étoiles.
Demain j’ai rendez-vous avec ce qu’on attend de moi.
Le rêve c’est un muscle, ça doit s’atrophier si on ne l’utilise pas.

Roman choral de l’espoir et des désillusions aux monologues finement entrelacés, 30 ans dans une heure dresse le portrait d’une jeunesse en proie aux désirs et aux renoncements.

Avec ce premier roman, l’auteur de Lettres à ma génération tisse un faisceau de récits croisés d’une grande justesse.

 


 

extrait 1 :

 

"J’aime marcher le long des rails. Ça donne l’impression d’aller quelque part. Rien de tel pour vous déclencher une rêverie. Pourtant j’ai du mal. À croire que le rêve c’est un muscle, ça doit s’atrophier si on ne l’utilise pas. En fait je n’arrive pas à penser à autre chose qu’à ces trois lettres qui me pivotent dans la tête depuis hier matin : C.D.I. Et je n’arrive pas à me réjouir de la satisfaction que j’éprouve.

Je sais qu’il y en a qui essayent de faire autrement. Que chaque magazine a sa petite rubrique alternatif maintenant. Je ne crois pas avoir assez de courage pour m’installer dans le monde de demain ; il a les contours trop flous. Je ne vais pas passer ma vie à poser les rails d’un train que d’autres emprunteront. Je préfère encore m’emmitoufler dans le réel qu’on m’a appris. Et de temps en temps, regarder par la fenêtre et suivre les rails que d’autres réinventent.


Dans mon coin de miroir, je me cogne à mon reflet. Un candidat qui vient de déposer son CV numéro 36. Pas l’exemplaire 36. La version 36. Trente-six distorsions de moi-même pour me faire accepter, par n’importe quel bout, en grossissant un détail, en limant tout ce bordel qu’est l’expérience humaine pour faire croire à une logique. À force de passer mes journées à me tailler un profil, je crois que j’ai perdu l’original.

Combien on est, à cette heure, le dos voûté, le cou tendu vers l’écran, les yeux rivés sur une offre d’emploi ? Combien de lucioles qui font briller leurs fenêtres sans rideau jusque tard dans la nuit ? Je ne suis qu’un spécimen. C’est une autre solitude. Celle du milieu du troupeau.

Aucun regard ne m’assure que je suis bien là. Il n’y a que des mots préfabriqués qui fusent, qui nous désignent mais qui ne nous racontent pas. Resserrements d’effectifs, restructuration, plan social, candidats, stagiaires, fusion. Des mots en acier de la marque Schindler, en rouge à lèvres de fin de journée, en haleine de café, pour dire qu’on arrive au bout de ce qu’on nous avait appris. Il vaut peut-être mieux s’exténuer à essayer d’inventer autre chose, au lieu de chercher à s’abriter dans les ruines de ce qui nous rassure. Il vaut peut-être mieux travailler à se donner les moyens de dire merde."

 

extrait 2 :

 

« Doucement Loïc! » 

« Myriam attention ! » 

« Arrête Milan ! » 

Moi qui croyais qu’aller au parc nous ferait du bien. Vas-y mon coeur, courage ! Demain on en essaiera un autre. Il doit bien exister quelque part un parc où les enfants peuvent jouer sans recevoir toutes les trente secondes menaces, comptes à rebours et interdits. 

 « Oui, le petit garçon il le fait, mais c’est dangereux ! » Le petit garçon, c’est le mien. Oh vous pouvez me le lancer, Madame, ce regard qui dit Ces jeunes mères elles sont vraiment irresponsables ! Si cela servait à quelque chose je vous expliquerais que mon fils n’a pas peur de grimper. Qu’il a commencé dès qu’il tenait sur ses jambes, qu’on le soutenait. Oui, il est déjà tombé, et il s’est relevé. Et la fois suivante il a fait plus attention. À chaque fois il évaluait mieux ses capacités. Mon fils construit des ponts imaginaires avec des bâtons. Mon fils ne croit pas que toucher la terre, c’est sale. 

 Il doit bien exister quelque part un endroit où les enfants ont encore le droit d’explorer le monde, de mettre des choses à la bouche, de sentir, de tomber, de crier. D’apprendre par leur corps. Ici il faut marcher vite et droit, et ne pas faire de bruit. 

 

 « Du riz blanc, s’il vous plaît. La sauce c’est celle de la viande ? Alors sans sauce. C’est ça, nature. Non, que de l’eau. Merci, Monsieur. » 

 « Tu peux pas faire une exception pour une fois, ça va pas te tuer tu sais ! Tu pourrais au moins prendre la sauce au poulet sans manger la viande. Ça ne changera rien, le poulet il est déjà tué. » 

 Je sais que ça ne sert à rien. Que le poulet est déjà mort. Ça n’est pas la question. Je n’ai même pas la prétention de participer à un changement de société. C’est bien plus égoïste que ça. C’est la question du lien entre mon insignifiant petit geste et cette machine infernale qu’on appelle l’industrie agroalimentaire. Ce n’est pas le monde qui est sauvé quand je prends du riz blanc sans sauce. C’est cette espèce de petite liberté qu’on s’applique chaque jour à m’enlever. Celle de choisir ce à quoi je participe. Je sais qu’elle joue sa peau à chaque fois que je m’apprête à acheter quelque chose. 

Même si j'arrivais à en convaincre quelques uns, d’ici là, dix nouveaux McDo auront poussé dans la ville, Nestlé aura raflé toute l’eau du Canada et Monsanto tous les champs d’Argentine. Je me sens minuscule. Pourtant je sais mon acte puissant. C’est tout ce qu’il me reste, une puissance de coquelicot pour arrêter les tronçonneuses.

 

Paru chez Publie.net le 5 septembre 2018

Prix numérique 5.99€
Prix papier 14.00€

Pour commander : https://www.publie.net/livre/30-ans-heure-sarah-roubato/

 

 

 

15/10/2018

Lucile Brosseau - dans l'asile abandonné de Volterra

 

Lucile Brosseau Juliette Kempf asile abandonné de Voltera_n.jpg

 

En août 2018, Juliette Kempf, conceptrice du projet Lettres Vives, et Lucile Brosseau, infirmière à l’hôpital psychiatrique de Nantes et photographe, se rendent à Volterra sur les traces de l’ancien asile San Girolamo, où des milliers de lettres de patients du 20ème siècle ont été retenues, sans parvenir à leurs destinataires. Elles vont quêter à la source de ce projet : les traces laissées par les voix disparues, les empreintes, les vestiges qui nous disent que les lieux furent habités. Elles y rencontreront des témoins de l’époque asilaire, et pourront pénétrer les bâtiments abandonnés. Des images, photographiques et vidéos, seront créées au fur et à mesure des rencontres, des avancées dans les paysages, aussi bien ruines que vivants. Les réponses orales aux lettres censurées, enregistrées avec les patients et les soignants de l’hôpital de Nantes en juillet 2018, seront apportées et diffusées sur les lieux – comme le son des voix d’aujourd’hui répondant au silence criant d’hier.

Toutes les images et les sons recueillis seront la matière brute de l’installation photographiqueNous sommes en recherche d’un univers visuel allégorique exprimant ou suggérant les questions nées du processus de création théâtrale. Dans l’esprit du spectacle, la photographie naviguera d’un bord à l’autre de notre réflexion globale : l’événement, le lieu, la mémoire concrète ; et la méditation, l’inspiration, la poétisation de la mémoire transcendante, universelle.

L'installation est pensée pour accompagner les représentations du spectacle Lettres Vives. Les spectateurs seront invités à la traverser, la visiter, la voir, l'écouter, autour du moment de l'art vivant.

http://www.ledesertenville.com/creations/lettres-vives/

 

Soutien pour créer l'installation photographique en lien au spectacle "Lettres Vives",  un petit coup de pouce est encore possible ! https://www.helloasso.com/associations/be-er-sheva-le-des...

 

 

 

 

 

Nicolas Kurtovitch - Autour d'Uluru

 

 

uluru goggle map2.jpg

 

Uluru est une université, une encyclopédie, une somme de savoir–être, de sagesse, tout autant que de beauté. Voilà l’autre histoire.

 

(…)

Au bord de la maigre rivière

le pays du rêve de la fourmi à miel

j’essaie d’y retrouver la trace des hommes

qui suivent une invisible piste

 

(…)

Le vieil homme rouge dort cette fois entre

deux arbres

à travers le sale rouge

quatre directions emmêlent ses cheveux

 

(….)

Ils sont partis

n’ont rien laissé sur le sable

sinon un chant

de peur qu’on ne se perde

 

(…)

Uluru est là

toujours solide sur son assise

n’attendant personne

miroir des visiteurs

 

Le serpent dit

demain au petit jour

je serai une rivière

 

Le serpent dit

demain au petit jour

je serai le tonnerre

 

Le serpent dit

demain à tous moment

souviens-toi

 

Le vieil homme dort entre deux arbres

il se repose de son long rêve

au cours duquel il donne naissance aux

mondes

 

 

(…)

Le serpent insaisissable est un simple trait dans la pierre, c’est une ombre de pluie, une ombre d’eau venant des millénaires passés, il se livre et dit à sa manière tranquille le monde et les humains enlacés.

 

  

 (…)

 J’entre alors par les trous d’eau

dans la mémoire du monde

laissé là par un homme nu

qui a de ses mains dessiné

chaque pensée et chaque geste

 

(…)

 

(mille clameurs sorties du ventre de Uluru

disent, l’Univers s’estompe, comme effacé

par le souffle mécanique d’êtres sans écoute)

 

(…)

 

« Redfern est loin    loin de Uluru     noyé dans Sydney

Chemins défoncés     bières sans et crac     rien d’idéal

Le rêve ne peut plus être

s’il n’est pas également à Redfern

Les Australiens de l’origine

meurent à la ville impossible d’être au désert

à Redfern délabré    le rouge des maisons   rappelle la beauté du désert

Les peintres     certains Abos en ville    sur des portières de voiture

Arrachées    peignent le désert    Leur cœur de sable rouge

Leurs dents déchaussées sont les rocs détachés de Uluru »

  

 

 

41mrcMkg78L._SX195_.jpgNicolas Kurtovtch in Autour d’Uluru

Aux vent des îles éd, 2011

http://www.nicolaskurtovitch.net/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14/10/2018

Portrait d'actualité sur Décibel FM : Valéry Jamin

 
madame-syries-jamin.jpgCe mois-ci Michel Brissaud invite Valéry Jamin. Né en 1970, fils adoptif du Quercy, autodidacte absolu et longtemps sans permis de conduire, Valéry aime explorer les formes et les espaces en y associant le public. Il vit et travaille aujourd’hui au hameau de Barrière sur la commune de Miers. Portrait d’actualité à écouter tout le mois d’octobre le dimanche à 16h sur nos ondes au 105.9 et 106.9 et ici : 

http://www.creacast.com/play.php?sU=decibel_fm

 

 

 

 

 

13/10/2018

À CROIRE QUE LE RÊVE C'EST UN MUSCLE - Sarah Roubato

Le 13/10/2018 à 10:59, Sarah Roubato a écrit :

"À CROIRE QUE LE RÊVE C'EST UN MUSCLE
Grenoble Camargue et Hérault

Chaque semaine de la tournée automnale,
je vous propose un extrait de mon premier roman
30 ans dans une heure

J’aime marcher le long des rails. Ça donne l’impression d’aller quelque part. Rien de tel pour vous déclencher une rêverie. Pourtant j’ai du mal. À croire que le rêve c’est un muscle, ça doit s’atrophier si on ne l’utilise pas. En fait je n’arrive pas à penser à autre chose qu’à ces trois lettres qui me pivotent dans la tête depuis hier matin : C.D.I. Et je n’arrive pas à me réjouir de la satisfaction que j’éprouve.

Je sais qu’il y en a qui essayent de faire autrement. Que chaque magazine a sa petite rubrique alternatif maintenant. Je ne crois pas avoir assez de courage pour m’installer dans le monde de demain ; il a les contours trop flous. Je ne vais pas passer ma vie à poser les rails d’un train que d’autres emprunteront. Je préfère encore m’emmitoufler dans le réel qu’on m’a appris. Et de temps en temps, regarder par la fenêtre et suivre les rails que d’autres réinventent.


Dans mon coin de miroir, je me cogne à mon reflet. Un candidat qui vient de déposer son CV numéro 36. Pas l’exemplaire 36. La version 36. Trente-six distorsions de moi-même pour me faire accepter, par n’importe quel bout, en grossissant un détail, en limant tout ce bordel qu’est l’expérience humaine pour faire croire à une logique. À force de passer mes journées à me tailler un profil, je crois que j’ai perdu l’original.

Combien on est, à cette heure, le dos voûté, le cou tendu vers l’écran, les yeux rivés sur une offre d’emploi ? Combien de lucioles qui font briller leurs fenêtres sans rideau jusque tard dans la nuit ? Je ne suis qu’un spécimen. C’est une autre solitude. Celle du milieu du troupeau.

Aucun regard ne m’assure que je suis bien là. Il n’y a que des mots préfabriqués qui fusent, qui nous désignent mais qui ne nous racontent pas. Resserrements d’effectifs, restructuration, plan social, candidats, stagiaires, fusion. Des mots en acier de la marque Schindler, en rouge à lèvres de fin de journée, en haleine de café, pour dire qu’on arrive au bout de ce qu’on nous avait appris. Il vaut peut-être mieux s’exténuer à essayer d’inventer autre chose, au lieu de chercher à s’abriter dans les ruines de ce qui nous rassure. Il vaut peut-être mieux travailler à se donner les moyens de dire merde."

 

et je lui réponds :

"tellement ça, tellement ça, et tellement épuisant aussi, frustrant souvent, il faut être vraiment très courageux ou fou pour continuer, je continue pourtant mais je ne sais pas si c'est du courage ou de la folie, simplement il m'est viscéralement impossible de faire autrement maintenant, je me suis rétrécit les possibles à force de lucidité, de désir d'éthique et de sens, mais le sentier qui reste, je l'ouvre de mes propres mains, avec ma propre tête et aujourd'hui je me dis que c'est le plus beau sentier du monde et je rêve juste qu'il puisse croiser des centaines, des milliers d'autres petits sentiers comme lui et que tout ça fasse un monde de vivants pour donner toujours et encore envie de vivre......vivants."

 

 

 

11/10/2018

Les Chants de Nezahualcoyotl (1402-1472)

 

" Nezahualcoyotl (1402-1472) naît au Royaume de Texcoco, près de Mexico. Son nom signifie « coyote affamé », il est déjà en soi prémonitoire de la quête initiatique et de la recherche d’absolu jamais assouvie du poète. Marqué par le meurtre de son père, le jeune homme se cachera plus de dix ans dans les montagnes avant de réapparaître en 1427 pour reconquérir Texcoco. Il devient roi en 1431 et réorganise son royaume en s’entourant d’artistes, de philosophes et de poètes.

 Alors que son royaume est frappé par diverses calamités naturelles qui éprouvent le souverain jusque dans ses croyances, ce dernier se tourne vers le « dieu inconnu ». Élevé au Collège des prêtres, Nezahualcoyotl s’est pénétré de la poésie de ses ancêtres toltèques et il s’adonnera toute sa vie à l’écriture. Il prophétise la ruine du monde aztèque et célèbre dans ses poèmes la beauté éphémère de toute chose, la grâce des fleurs, celle des femmes ou des oiseaux. « Revêts-toi des fleurs,/ des fleurs aux couleurs de l’ara des lacs / Brillantes comme le soleil », nous enjoint la voix vibrante de Nezahualcoyotl. Mais il a toujours soin d’ajouter « Pare-toi, ici sur la terre,/ seulement ici ».
 Ce « ici » revient telle une plainte, un soupir déjà résigné ; « ici sur la terre » est repris par opposition à ce « là-bas » où sont « les Décharnés ». Tout le livre du poète balance entre ce ici et ce là-bas. La lumière éblouissante jaillit de la faille où la grâce et la beauté nous envahissent mais "pour un bref instant seulement".
 Le chant de Nezahualcoyotl est d’une beauté tragique, désespérée qui confine à l’absolu, car dans l’instant où l’on danse, où l’on aspire au bonheur, l’on pressent inévitablement et paradoxalement notre fin car « Ici n’est pas notre maison ». Notre condition humaine tient tout entière à l’unité fondamentale de la vie et de la mort. Seule la poésie permet d’appréhender l’éternité et l’immortalité. « Et si la mort jamais ne vient,/ Et si j’étais sûr de ne jamais disparaître ? »
 Si le royaume de Nezahualcoyotl a sombré, il en reste pour toute dernière demeure sa parole toujours bien vivante qui nous traverse. « Ô vous qui m’écoutez, de mes chants, on gardera souvenir ! » et le poète de s’écrier : « Je suis poète et mon chant vivra sur la terre ! »
 Ce chant lumineux qui monte vers nous et nous élève vers les cimes est semblable à une source de vie jamais tarie et qui se régénère à chaque lecture. C’est « un arbre fleuri » qui jamais ne se fane car le poème de Nezahualcoyotl nous arrive dans un entre-deux où vie et mort ont partie liée.
  « Mais faut-il vivre dans les pleurs ? » s’interroge le poète ...La réponse est dans ce recueil qui nous invite à pénétrer dans « La maison du printemps » où le poète va chantant ses « chants fleuris ».

25/09/2018

Raúl Zurita + González y los Asistentes - Desiertos de Amor (2011)

 

Raúl Zurita (1950) est un poète chilien de renommée internationale, invité dans de nombreux festivals et récitals poétiques au Chili comme à l’étranger. Ingénieur de formation – il a suivi des études d’Ingénierie Civile à l’Université Federico Santa María de Valparaíso -, lauréat du Prix National de Littérature au Chili en 2000, il a publié, entre autres, Purgatorio (1979), Anteparaíso (1982), Canto a su amor desaparecido(1985), La vida nueva (1994), Poemas militantes (2000), Sobre el amor, el sufrimiento y el nuevo milenio(essai, 2000), INRI (2003), Los países muertos (2006), In memoriam et Las ciudades de agua (2007), Zurita(2011) ainsi qu’un récit autobiographique, El día más blanco (1999, réédité en 2015) et la traduction d’Hamlet en espagnol (2014).Son incarcération et les tortures qu’il a subies dans le navire Maipo de la Marine chilienne au début de la dictature de Pinochet ainsi que le traumatisme de cette douloureuse période marquent de leur empreinte le discours lyrique de Zurita qui souvent métamorphose par la force de l’imagination et le pouvoir du langage cette cruelle réalité, comme le démontrent ces quelques vers de “Pastorale du Chili IX” (Anteparaíso) : “Qu’elle et moi nous nous aimions pour toujours / et que grâce à notre amour soient même/ aimées les pointes ferrées des bottes/qui nous avaient frappés”[1] ou de “Prison Stade du Chili” (Zurita) : “Lorsque nous entrâmes par le couloir des eaux ouvertes et / en nous traînant vîmes les casernes de planches traversées / entre les deux murs du Pacifique et au-dessus de lui les gradins / brisés du Stade du Chili blanchissant sous la neige comme/une gigantesque cordillère de bâtons emprisonnant l’horizon”[2].

 

Lire la suite de cet article de Benoït Santini ici : http://www.espaces-latinos.org/raul-zurita

 

 

 

 

13/09/2018

Jen & Rob Lewis - Beauty in Blood - Photographies

 

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tout a commencé quand cette artiste américaine

a découvert et utilisé la coupe menstruelle

http://beautyinblood.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

12/09/2018

Aux origines des civilisations : une fiction au service de l’élite

 

par Ana Minski

 

Article avec photos à lire ici : 

http://partage-le.com/2018/08/aux-origines-des-civilisati...

 

La science est le reflet de la société, et l’archéologie a parfois été utilisée pour alimenter des idéologies totalitaires ou fascistes. Dans Aux origines des civilisations, un documentaire en quatre volets diffusé sur la chaîne de télévision grand public Arte, l’archéologie est mise au service de l’idéologie néolibérale qui domine les cercles privilégiés des sociétés capitalistes contemporaines. Certains diront qu’il n’y a pas de science sans paradigme, que l’objectivité en ce qui concerne notre passé et notre présent est impossible. Pourtant, il y a des faits archéologiques qui permettent, en toute objectivité, de rendre compte de la mystification mise en place par le réalisateur.

Ce documentaire nous propose de plonger dans le passé des civilisations pour en comprendre la formation, la grandeur, et le danger qui les guette toutes : leur disparition. La musique et le montage participent à rendre le discours épique, glorieux, héroïque. Tout le documentaire est une glorification de « l’ascension de l’homme ». Ainsi des archéologues qui montent les degrés des ziggourats ou des échelles, de la flèche filant en ligne droite et qui symbolise le progrès, des couleurs ternes qui caractérisent la grisaille du quotidien des préhistoriques quand, par opposition, le monde moderne apparaît sous des couleurs éclatantes.

Dans le premier volet, nous apprenons que la civilisation ne peut exister sans la ville, que la civilisation est la ville. D’après les scientifiques interrogés par le réalisateur, la ville se fonde sur la sociabilité innée de l’humain, elle fonctionne comme « des cerveaux collectifs qui permettent d’accéder aux points de vues et compétences de milliers d’individus », permet de « mutualiser des connaissances pour participer à quelque chose de plus grand et de plus efficace, quelque chose qu’on ne peut pas réussir seul. » Il semblerait donc que plus nous sommes nombreux, plus nous pouvons nous spécialiser et plus nous pouvons nous élever ensemble. Le psychologue évolutionniste, Michael Muthukrishna, déclare : « Les élites et les inégalités ne sont pas un mal. Une élite est nécessaire, il faut produire des richesses, mettre des armées sur pieds, faire respecter les lois, distribuer les richesses. C’est dans la ville que se trouvent les richesses et le pouvoir et que vivent les gens. » Et le spectateur contemple l’intellectuel en chemise blanche qui parade dans les rues chatoyantes de Tokyo, heureux de manger des pâtes cuisinées par un grand spécialiste de la speed food. C’est vite oublier que les pâtes qu’il engouffre goulûment et avec grande satisfaction proviennent de champs épuisés par l’exploitation intensive, que le blé a été récolté par une population qui ne vit pas dans les villes et que ces champs sont le cimetière de nombreuses espèces indispensables à la vie terrestre. Cet intellectuel est parfaitement formaté par la civilisation, il s’y promène comme un vampire dans sa propriété. Pourquoi les inégalités qu’elle engendre devraient-elles lui poser problème ? Ce n’est pas lui qui sue dans la petite arrière-cuisine, ce n’est pas lui qui s’éreinte le dos dans les travaux domestiques. Lui, l’intellectuel de la ville, est l’un des grands mutualistes de la pensée, l’un de ceux qui dit s’inspirer des idées de ces autres qui sont socialement en-dessous de lui. Mais en vérité, il ne s’inquiète pas de ce que son vendeur de sushi pense ou rêve, il lui pompe surtout son énergie détruisant ainsi sa capacité à créer un monde meilleur. Parce qu’il a la prétention et le pouvoir de penser à sa place, de parler à sa place, et utilise ce pouvoir pour faire carrière.

D’un point de vue archéologique aucun site ne permet d’affirmer que la ville est née du besoin de sociabilité de l’homme. Pourtant, un site est présenté comme lieu d’origine : Göbekli tepe, en Anatolie. Selon l’archéologue Jens Notroff, Göbekli tepe témoignerait du passage de l’animisme à la religion, du nomadisme à la sédentarisation, de la chasse-cueillette à l’agriculture. Pour paraphraser ce que disent les images et les différents intervenants, les groupes de chasseurs-cueilleurs, las d’errer dans la poussière des plaines, désireux de se libérer de « l’obligation de suivre les troupeaux », mues par un désir inné de se regrouper, se réunirent et dressèrent des pierres qu’ils gravèrent pour symboliser une alliance encore inédite. Jens Notroff n’hésite pas à affirmer que les signes abstraits présents sur les blocs de pierre signifient clairement ce passage de l’animisme à la religiosité, puisque, dit-il, « Les représentations de l’art paléolithique en Espagne et en France se caractérisent essentiellement par la représentation d’animaux. » Cela est pourtant faux, l’art pariétal et mobilier du Paléolithique européen compte davantage de signes abstraits que de représentations figuratives. Se basant sur les représentations anthropomorphes sculptées sur les pierres dressées de Göbekli tepe, il dit également : « J’imagine qu’ils représentaient des ancêtres importants, qu’ils organisaient des grandes fêtes du travail. » Il ignore donc que des représentations monumentales existent également dans l’art paléolithique européen telle que celle du Roc-aux-Sorciers, ou que la composition de Lascaux n’a pu être réalisée sans une coopération importante des préhistoriques. À l’écouter, il semble établi que l’homme de la Préhistoire était animiste et que les chamanes étaient les ancêtres du prêtre. Pourtant, la théorie du chamanisme préhistorique, qui ne prend pas en compte les différences entre le chamane sibérien qui chevauche les esprits et le possédé africain qui est chevauché par les esprits[1], ne peut en aucun cas définir l’art de la Préhistoire. D’autre part, la continuité entre chamane et prêtre est une pure spéculation. Si toutes les études menées auprès des peuples premiers témoignent en faveur de l’importance qu’accorde l’homme au monde invisible, il est toutefois prudent de ne pas calquer ces modèles aux peuples de la Préhistoire. Il est dangereux qu’une hypothèse présentée comme certitude mette fin à la discussion. Pourquoi serait-il donc impossible d’imaginer que ces hommes de l’âge de pierre pouvaient simplement être émerveillés par la beauté du monde, ou pris d’un goût pour le jeu et les formes[2] ?

Il en est de même pour cette affirmation : la célébration et la création de monuments vont de pair. Rien n’interdit d’imaginer que les grottes, avec leurs somptueux drapés et excentriques, n’aient été le lieu de célébrations spirituelles, sacrées ou profanes. Que l’homme préhistorique n’ait pas éprouvé le besoin de dresser des pierres ne signifie nullement qu’il était dépourvu de spiritualité ou de sociabilité. L’histoire que nous raconte Jens Notroff est une fiction. Elle reprend le mythe de la caverne de Platon, et réduit l’histoire humaine à la vie d’homme : l’enfance, l’adolescence, la maturité, la mort. L’homme de la civilisation prend ses rêves pour des réalités et n’hésite pas à gommer tous les biais pour asséner des « vérités ». Parce que le civilisé, l’homme des villes, n’aime pas l’ignorance, il n’hésite pas à s’affirmer détenteur du savoir et à qualifier les péquenauds, les bouseux, ceux qui refusent le destin urbain de l’humanité, d’ignorants. La prétention de l’homme civilisé est telle qu’il préfère donner son avis sur tout et n’importe quoi plutôt que d’écouter ce que l’Autre pourrait éventuellement lui apprendre.

 

Jens Notroff déclare également que « les nomades n’étaient pas rattachés à un lieu particulier, du moins pas pendant longtemps. » Pourtant, de nombreux sites archéologiques témoignent de la complexité du territoire parcouru par les peuples de la Préhistoire. Ainsi, des sites semblent posséder des fonctions diverses : haltes de chasse, site d’abattage, site d’habitat, site d’agrégation. Le matériel archéologique témoigne de sites visités à des rythmes saisonniers et la circulation de certains vestiges (perles, coquillages, silex) prouvent qu’ils parcouraient leur territoire en connaissant parfaitement les gîtes de matières premières nécessaire à la confection de leurs outils[3]. Les préhistoriques détenaient un savoir que l’homme civilisé ne possède plus, un savoir bien plus essentiel. Il est plus que probable qu’Homo erectus même possédait une connaissance complexe du temps, de l’espace, des formes, de la vie et de la mort[4]. Enfin, il est important de noter que Jens Notroff ne se fatigue pas à différencier un organisme génétiquement modifié par sélection artificielle de celui modifié par transgenèse, il met tout dans le même sac. Au vu de ses capacités cognitives, de sa difficulté à nuancer, il n’est au final pas si surprenant que la richesse de la pensée des hommes de la Préhistoire lui échappe totalement.

Le deuxième volet s’attaque à cette « mauvaise habitude » qu’est la guerre. La guerre est le prix à payer pour la civilisation. Il est vrai que l’archéologie n’a, à ce jour, identifié aucun acte de guerre tout au long des 200 000 ans de la Préhistoire d’Homo sapiens. Le parti pris du réalisateur, plutôt que nier ou asséner « l’absence de preuve n’est pas une preuve de l’absence », accepte le constat des préhistoriens et, parce qu’il semble vraiment très doué pour ignorer la souffrance de ses semblables, il propose une explication simple : la destruction est créatrice. Bien qu’un certain nombre d’espèces et d’individus, anéantis par cette destruction créatrice, trouveraient certainement à y redire, il est vrai que jusqu’à ce jour, et malgré les innombrables guerres, le monde existe encore. Seulement, la destruction qui s’annonce pourrait bien mettre fin à ce jeu des analogies dangereuses : le jour et la nuit, le soleil et la lune, la guerre et la paix.

Ainsi, pour Peter Turchin, la guerre est un moteur de la civilisation puisque, comme le Dieu Shiva elle est à la fois destructrice et créatrice. Et tandis que Turchin se promène en conquérant, c’est l’image d’un félin tuant une antilope, des mains jouant aux échecs qui se dévoilent au spectateur. Le réalisateur ne recule devant aucun cliché, et l’image de l’homme comme roi des prédateurs et des stratèges n’est pas encore épuisée. Pourtant, la prédation du félin n’a absolument rien à voir avec les meurtres commis par les fins stratèges militaires. Malgré son ignorance des mondes sauvages qui vivent aux périphéries des villes, Turchin n’hésite pas à affirmer que « pour faire la guerre il faut penser en collectivité, convaincre les hommes d’oublier leur intérêt individuel pour le bien commun. Le sacrifice assurera la survie de leur village, mode de vie, culture. Le cycle de la violence renforce la cohésion d’un groupe. » Puisque pour lui la civilisation c’est la ville, que la ville c’est le savoir, que le prix du savoir c’est la guerre, et que cette histoire nous est raconté par un des tenants du « savoir », il est en effet inutile de prendre en compte la chair à canon, les gueules cassées, les morts pour la patrie, les campagnes saignées, les chevaux crevés dans les champs de bataille, les terres incendiées, les femmes violées et tuées, les enfants enrôlés ou violés puis tués, etc. Le savoir de ces gens-là c’est qu’un homme, une femme, un enfant ne valent pas un seul des pions de leur échiquier.

Peter Turchin affirme que la période la plus sanglante de l’histoire de l’humanité a été le passage du mode de vie des chasseurs-cueilleurs à l’agriculture. Il se base sur une application statistique qu’il applique aux événements historiques. Il serait intéressant de connaître les critères pris en compte pour juger de son résultat. Il semble assez étrange que le passage à l’agriculture ait été une période plus violente que celle que nous connaissons. Peter Turchin aurait-il plus d’informations sur ces périodes lointaines que n’en ont les archéologues ? S’il est exact que les premiers conflits apparaissent avec la domestication et la sédentarisation et qu’ils s’accentuent avec l’extraction des métaux, il est cependant impossible d’évaluer en pourcentage le taux de violence de ces époques. Les données archéologiques sont fragmentaires et ne permettent pas de chiffrer les populations, d’autant plus que de nombreux habitats, et surtout les plus humbles, laissent peu de traces, leur simplicité et les matériaux utilisés (bois, peaux, végétaux) ne pouvant résister à l’érosion et à l’enfouissement. De plus, le passage du Mésolithique au Néolithique s’est fait graduellement et sur une période de plus de 10 000 ans. En ce qui concerne l’histoire contemporaine, je me demande également si Turchin et son équipe prennent en compte les victimes de la pauvreté, des expropriations (des peuples indigènes par exemple), des réfugiés politiques et climatiques. Car toutes ces morts sont les conséquences de la guerre que mènent les pays du Nord contre les pays du Sud pour s’emparer de leurs minerais, des richesses de leur sol. Il est également étonnant de voir défiler à l’écran les grandes invasions, les grandes batailles, le nazisme, comme si toutes ces violences se valaient. Le réalisateur ne fait-il donc aucune différence entre la Commune de Paris et le nazisme, par exemple ? La loi du nombre est un leurre. Les sciences humaines sont prises dans l’étau des statistiques, mais la statistique ne permet d’appréhender que des moyennes et non la réalité.

 

Le réalisateur insiste : « avec la domestication, les hommes ne peuvent plus faire machine arrière, ils sont contraints d’aller de l’avant ». Pourtant, de nombreux peuples pratiquent l’horticulture ou l’élevage sans pour autant créer des villes, d’autres ont refusé l’agriculture ou l’ont abandonné pour revenir à une économie de chasse et de cueillette. La vision du paysan s’éreintant aux champs illustre le travail de la terre lorsque celui-ci doit produire pour une élite et pour la population urbaine. Un paysan qui travaille pour nourrir son unité domestique ne travaille pas autant. Il existe plusieurs manières de travailler la terre, comme la permaculture nous l’enseigne.

Le troisième volet est consacré à la religion, cet autre pilier de la civilisation. Les différents intervenants affirment que c’est elle qui nous unit les uns aux autres et qu’elle est « si essentielle à l’expérience humaine que notre cerveau est réceptif aux idées religieuses. » Pour les êtres humains, elle exprime le « besoin de demander aux Dieux de subvenir à leurs besoins, pour contrôler la nature, la plier à leurs volontés, pour la maîtriser physiquement, domestiquer les animaux, imposer leur loi à la nature. » Sans religion les hommes seraient donc des êtres solitaires, errants, faibles, malades, victimes de la grande méchante nature. D’épisode en épisode, les intervenants ne cessent d’étaler leur grande ignorance des communautés humaines qui refusent de vivre selon les lois de l’homme civilisé, qui ont vécu pendant des milliers d’années et qui existent encore de nos jours. N’étant pas à un mensonge près, le réalisateur nous apprend que c’est la religion et les rites qui ont rassemblé les hommes, ont participé à la formation, au maintien et à la cohésion des premières grandes sociétés. Pourtant, il semblerait que la religion soit apparue suite au développement urbain, avec l’accroissement d’une population qui perd peu à peu son autonomie face à une élite qui œuvre à sa domestication. Il ne faut pas, en effet, confondre la soumission à une force supérieure, ce qu’est la Religion, avec les croyances des peuples non civilisés, qui sont une communication avec le monde invisible afin de maintenir l’équilibre social, mental et naturel de la communauté. Comme nous l’enseigne la civilisation égyptienne, divinité et surveillance vont de pair. Ainsi, « on peut dire que les gens surveillés sont des gens gentils » puisque la surveillance a un impact sur notre comportement. D’ailleurs, c’est bien simple, « devant une église les gens donnent plus d’argent : les gens sont plus coopératifs et généreux lorsqu’on leur rappelle des concepts religieux, ou qu’ils sont près d’une église. Les gardiens de la moralité les surveillent et les jugent, ils sont donc plus coopératifs et donnent davantage. » Pour avoir une petite expérience de la mendicité, je peux affirmer que les endroits où j’avais le plus d’argent n’étaient pas près des églises, mais là où se promènent ceux qui ont de l’argent et qui, en grands seigneurs, se plaisent à montrer leur grande générosité. Je peux cependant admettre qu’avec une tirelire en métal et une soigneuse tenue de scout, on récolte en effet davantage devant une église qu’à la porte d’une librairie du 6ème arrondissement. En vérité, la surveillance ne rend pas plus gentil, elle muselle tout esprit critique et la paranoïa qu’elle distille rend l’homme craintif, méfiant, délateur, le mutile de son empathie et de tout courage, il suffit pour s’en convaincre de se souvenir de ce que sont les sociétés fascistes et totalitaires : de l’Allemagne nazi à l’Espagne franquiste, du Chili de Pinochet à la Corée du Nord. Malgré ce discours idéologique, il est intéressant de visionner le documentaire jusqu’à la fin afin de démasquer les stratégies de domination qu’il recèle. Ainsi apprenons-nous que pour ces adeptes de la civilisation, la religion est le facteur de cohésion dans l’histoire humaine, qu’elle permet de « développer un esprit d’entraide envers de plus en plus de gens. » Comme d’ailleurs l’ont démontré les guerres de religions, les croisades, l’Inquisition, etc. L’important au final, n’est pas tant que l’homme ait des dispositions innées pour la religion, mais qu’elle soit un outil efficace pour nous relier « à quelque chose de plus grand que nous, quelque chose de puissant et de divin. » Ce que ne dit pas le réalisateur, c’est que ce quelque chose de puissant et divin auquel le croyant se lie est un homme sanguinaire et psychopathe. Ce n’est pas pour rendre les gens plus gentils que l’œil d’Horus veille. Déclarer sans hésiter que « l’enfer est plus puissant que le paradis et un prêtre plus efficace que 100 policiers », c’est conseiller la surveillance de masse pour maintenir la cohésion et faire plier la nuque aux plus récalcitrants.

Il est également de bon ton depuis quelques années de dire que les pyramides égyptiennes ont été construites par des milliers d’ouvriers heureux de participer à cet ouvrage collectif. Ainsi, nous dit-on, « tout le monde participe parce que c’est quelque chose de sacré. » Cette affirmation permet d’évacuer le problème de l’exploitation de l’homme par l’homme et de prétendre, sous prétexte que la servitude égyptienne est différente de l’esclavage grec, que les ouvriers étaient des hommes libres. Imaginons des archéologues du futur affirmer que les ouvriers et tout le monde du XXIème siècle participaient à la construction d’une énième ZAC parce que c’était quelque chose de sacré. Si la ZAC est en effet sacrée, c’est pour les aménageurs. Dans un monde où la nourriture est entre les mains des dominants, elle n’est pour l’ouvrier qu’un moyen de subvenir à ses besoins élémentaires. Ainsi, ces généralisations sont mensongères et comme toujours valorisent l’histoire écrite par les spoliateurs. Il est vrai qu’aux âges obscurs de la Préhistoire la religion n’avait pas de raison d’être, l’humanité de ces temps-là n’était pas exploitée par des ogres prêts à dévorer jusqu’à leur propre demeure.

Le dernier volet est consacré au commerce. Quatrième pilier de la civilisation, il est celui qui la consacre tenant d’une main la confiance et de l’autre la paix. Jens Notroff nous dit que le cuivre est le premier produit fait de mains d’hommes qui circule en grande quantité et sur de longues distances. Encore une fois, c’est faux. Dès la Préhistoire, et plus particulièrement au Paléolithique récent, le silex dit du Grand-Pressigny circulait sur de longues distances, il était très apprécié pour sa grande qualité et ses propriétés intrinsèques qui permettaient au tailleur d’obtenir de grandes lames. À partir du Néolithique, c’est l’obsidienne, les haches polies en jade, cinérite, silex, les coquillages, les céramiques, etc., qui circulent. Bien qu’il soit souvent difficile de distinguer la circulation des personnes et des biens des échanges, il est aujourd’hui attesté que le troc existe bien avant l’apparition du cuivre. Rachel Botsman, consultante en stratégie, déclare : « au départ c’était assez basique, ça restait entre proche, je pouvais échanger de la nourriture contre une arme. » Si elle reconnaît l’existence du troc dès les débuts de l’humanité, affirmer que la nourriture était échangée contre les armes est un mensonge. Les données archéologiques attestent d’échanges d’objets exotiques et rares : perle, coquillage, roche belle et/ou de grande qualité. Les préhistoriques façonnaient leurs armes de chasse, leurs vêtements, et se procuraient leur nourriture. Cet exemple n’est pas anodin, il révèle ce qu’est la civilisation : un système coercitif, policier, dont l’économie est basée sur la spoliation de l’alimentation qui est une des principales sources de profits pour l’élite. Quant aux développement des armes, qu’il ne faut pas confondre avec les armes de chasse de la Préhistoire, elles sont au fondement même de la civilisation :

« Les inventeurs des bombes atomiques, des fusées spatiales et des ordinateurs sont les bâtisseurs de pyramides de notre temps : leur psychisme est déformé par le même mythe de puissance illimitée, ils se vantent de l’omnipotence, sinon de l’omniscience, que leur garantit leur science, ils sont agités par des obsessions et des pulsions non moins irrationnelles que celles des systèmes absolutistes antérieurs, et en particulier cette notion que le système lui-même doit s’étendre, quel qu’en soit le coût ultime pour la vie. »[5] (Lewis Mumford)

Mais peut-être pense-t-elle aux périodes plus récentes, celles qui commencent avec les premières extractions des métaux ? Si l’âge du cuivre, du bronze et du fer reconfigurent le système social, il ne faut pas oublier, comme l’indique Guillaume Roguet[6] dans son mémoire, que : « Ces mutations sur le long terme, visibles au travers de catégories maintenant bien étudiées et connues comme les sépultures et les dépôts non-funéraires puis au travers des objets qu’ils renferment, n’ont été cependant que peu appréhendées au travers d’une documentation qui se fait plus discrète et généralement plus humble : l’habitat. » Il ne fait aucun doute que l’exploitation du bronze puis du fer ont immédiatement intéressé les élites, mais il reste particulièrement difficile de rendre compte de la portée exacte des échanges dans la vie quotidienne, nos connaissances sur la Protohistoire étant en grande partie forgées par des dépôts, funéraires et non funéraires. Il est également souvent difficile de déterminer clairement si un site appartient à la catégorie des hameaux ou à celle des villages. Ainsi, lorsque le site de Dholavira est présenté aux spectateurs, par le biais d’une chercheuse, Uzma Rizvi, passionnée par les canalisations et la structure mathématique de la ville, il faut garder en tête que l’habitation des plus humbles est toujours la première à disparaître, pouvant être parfois si insignifiante qu’elle en est invisible. Ainsi en est-il encore avec nos sans abris qui dorment à même le sol, sous les ponts, dans le métro, lorsque cela est encore possible. Uzma Rizvi affirme cependant que les habitants de Dholavira étaient tous égaux, cultivés et libres et que : « Ce qui distingue Dholavira des autres sites c’est l’absence des palais monumentaux, on a une incroyable monumentalité au niveau de l’organisation et de l’agencement, de normalisation, une monumentalité de la pensée. On se croirait dans une ville moderne. Ils ont pris en compte l’environnement. Tout est planifié et orchestré, tout est contrôlé et réfléchi. » Une chose est sûre, Uzma Rizvi n’a pas tenu compte de l’environnement de Dholavira, elle l’isole des autres villes, villages et hameaux Harapéens, comme si une ville ne s’inscrivait pas dans un territoire plus large et complexe. Cette simplification permet au narrateur d’ajouter : « Ici les acteurs de la civilisation n’étaient ni les militaires, ni les bureaucrates, ni les religieux mais les marchands » Dholivara est présentée comme l’apothéose de la civilisation, l’exemple sur lequel le monde moderne devrait s’appuyer. Uzma Rizvi n’hésite pas à dire que « les gens mangeaient à leur faim, les rues étaient propres, il y avait peu d’inégalités et la paix régnait. » Mais d’où proviennent donc tant d’informations ? Des plaquettes écrites par l’élite marchande ?

Notre consultante en stratégie s’enflamme : « Avec le commerce est arrivée la paix et la civilisation a pris un tout autre visage, elle fonctionnait comme une entreprise moderne conçue pour maximiser ses propres avoirs en tissant un réseau souple d’intérêts communs. Désir d’échanges et de prospérité. Les pays qui commercent ensemble se font rarement la guerre. C’est la base d’une société civilisée. Commerce, prospérité, ville, production, consommation et civilisation. Les traders se sont substitué aux prêtres, et les pyramides ont cédé la place aux grattes ciel, monuments en notre foi en la prospérité. La confiance et le commerce s’entraînent mutuellement dans un merveilleux cercle vertueux. Pour faire des échanges il faut de la confiance… et les bénéfices sont exponentiels. Il faut faire confiance. Pour plus de liberté, d’autonomie, d’esprit d’entreprise, d’empathie humaine. »

 

La civilisation idéale, serait-elle une zone d’activité commerciale ? Tout cela ressemble étrangement aux villes imaginées et désirées par Richard Florida[7], chantre de la ville « créative, dynamique, innovante. » Pour cette élite intellectuelle, Dholavira serait donc l’ancêtre de Seattle.

Pour ces intervenants Dholavira aurait été un paradis terrestre, mais elle disparut tout de même, comme toutes les autres civilisations. L’explication qu’ils nous fournissent est remarquable : lorsque l’excédent commercial devient nul le tissu urbain se fissure et tout le système s’effondre. Belle propagande capitaliste qui menace le travailleur d’effondrement s’il refuse de participer à la création d’excédent commercial. Une seconde explication est donnée : la découverte d’un fossile humain touché par la lèpre fournit la preuve que le commerce sur de trop longues distances est vecteur de maladies et que la contagion peut aller jusqu’à causer l’effondrement d’une civilisation. Implicitement, ces récits nous plongent dans le cauchemar de l’extrême-droite : l’étranger comme vecteur de maladie. Est-il besoin de rappeler que l’usage de la maladie pour détruire une civilisation a été l’une des stratégies menées par les Européens contre les populations américaines ? Est-il nécessaire de rappeler les politiques actuelles menées par les gouvernements européens contre les réfugiés ? Certains diront que cela n’a rien à voir, qu’il faut parfois mettre de côté notre empathie et nos convictions pour être objectifs. Oui mais… une phrase, comme ça, en passant, qui n’a pas été coupée au montage, nous apprend que la région de Dholavira est devenue aride. Le réalisateur ne la retient pas, il préfère nous faire croire que ce sont la peste et la fissuration du système social qui sont responsables de l’effondrement. Pourtant, la peste ne cause pas l’aridification des terres. Par contre, la domestication des sols, comme nous le prouve encore chaque jour les bétonnages et monocultures, les appauvrit et stérilise. Les défenseurs de la civilisation sont des obsédés de la domestication, comme le prouve Jens Notroff, encore lui, qui s’émeut de la fin de cette merveilleuse civilisation de l’Indus, regrette que la nature ait repris ses droits, que la zone soit redevenue sauvage. Enfin, il est important de noter que la peste est transmise par les puces du rat, et que le rat n’a jamais été aussi proche de l’homme que depuis la domestication des céréales.

Ce que nous apprend ce documentaire c’est que la civilisation ne peut exister sans la ville, la guerre, la religion et le commerce. Ces quatre piliers forment le trône sur lequel vient s’asseoir le progrès, mot asséné sans relâche dans chaque épisode. Mais qu’est-ce que le progrès ? Le progrès, c’est l’innovation, l’avancée technologique, et rien d’autre. Il est ce dieu au nom duquel Tim Lambert et son équipe, suivant les volontés de l’élite dominante, nous demandent, à nous, les culs terreux, les domestiques, les ouvriers, les paysans, les femmes, les sans-abris, les incultes, de trimer sans nous inquiéter ni poser de questions. Ils nous demandent d’offrir notre confiance et notre force de travail à ce dieu, afin d’œuvrer pour quelque chose de plus grand, de plus glorieux que nos misérables vies individuelles. Ils souhaitent ardemment que nous travaillions ensemble pour qu’ils pensent, jouent, se goinfrent à notre place. Comme ils aimeraient que nous cessions de douter de leur générosité et de leur philanthropie ! Pour ceux qui en doutaient encore, ce qu’ils s’acharnent à nous enfoncer dans le crâne, à travers leur propagande insidieuse, c’est toujours et encore le mythe du progrès, et les outils dont ils usent pour maintenir et accroître leur domination sont la ville, la guerre, la religion, le commerce… et les médias, à travers lesquels ils réécrivent et falsifient l’histoire. Ce sont ces piliers qu’il nous faut détruire pour ne plus être dépossédés de nous-mêmes, de notre nourriture, de notre santé, de notre vie, de notre Terre et pour retrouver le savoir de nos ancêtres. Aux origines des civilisations n’est pas un documentaire mais un roman mensonger au service de l’élite, que le père de l’industrie de la propagande et des « relations publiques », Edward Bernays, dont les recommandations sont toujours soigneusement mises en pratique, n’aurait pas renié. Et le progrès qu’il nous vend n’est pas autre chose que la mécanisation et l’informatisation du vivant au service d’une minorité démente[8].

Ana Minski


  1. http://mitaghoulier.blogspot.com/2014/12/les-chamans-de-l... 
  2. http://mitaghoulier.blogspot.com/2018/01/art-prehistoriqu... 
  3. Territoires, déplacements, mobilité, échanges durant la Préhistoire, sous la direction de Jacques Jaubert et Michel Barbaza, CTHS, 2005 
  4. http://mitaghoulier.blogspot.com/2017/12/les-premisses-de... 
  5. http://partage-le.com/2015/05/techniques-autoritaires-et-... 
  6. Archéologie sociale de l’habitat de l’âge du Bronze et du premier âge du Fer dans le Bassin parisien (2200–460 avant notre ère), Guillaume Roguet 
  7. Les « créatifs » se déchaînent à Seattle, Grandes villes et bons sentiments, Le monde diplomatique, novembre 2017, https://www.monde-diplomatique.fr/2017/11/BREVILLE/58080 
  8. http://partage-le.com/2018/07/les-ultrariches-sont-des-ps...