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11/12/2016

Chistophe Fauré - le conditionement médiatique

                                      

"Ecoutez attentivement les nouvelles du matin. Que disent-elles ? A de rares exceptions, il ne s’agit que d’accidents, de décès, de catastrophes, de difficultés, de tension. Elles ne véhiculent que de la lourdeur psychique ! On nous fait très rarement part de bonnes nouvelles qui nous inspireraient, nous tireraient vers le haut, nous donneraient envie de fournir le meilleur de nous même et de nous dépasser pour autrui…

Le conditionnement médiatique a un effet pervers car il agit comme des suggestions hypnotiques : à force d’entendre répéter encore et encore des messages négatifs, nous finissons par les intégrer au niveau inconscient et nous y réagissons émotionnellement par une forme d’abattement.

Faites l’expérience : pendant un mois, éteignez votre télévision, éteignez votre radio, cessez de lire les journaux et regardez si, premièrement le monde s’en porte plus mal et deuxièmement, si vous n’allez pas mieux...


Qu’on soit clair : ce n’est pas faire la politique de l’autruche. En effet, si toutes ces informations négatives vous poussaient concrètement à l’action pour que les choses changent , alors oui, ces informations auraient un impact positif : elles vous permettraient de vous mettre en mouvement. Mais que se passe-t-il en réalité ? Que faisons nous de ces informations ? Rien. Ou presque.


Elles ne font que se déposer en nous, consciemment et inconsciemment, sans que nous puissions y faire quoi que ce soit. Que se passe-t-il alors ? Comme nous ne pouvons agir concrètement sur les affaires du monde, toutes ces nouvelles catastrophiques induisent en nous, jour après jour, un sentiment d’impuissance, nous donnant une impression de perte de contrôle et de fatalité. Triste résultat, n’est-ce pas ?

Comprenez alors que vous avez réellement le pouvoir de bloquer le flot chaotique de ces informations négatives.


En fait, à vouloir, à tout prix, « être au courant » des affaires du monde, on se trouve happé et on se déconnecte émotionnellement de sa réalité immédiate. Au lieu de vous alarmer sur la pauvreté dans le monde, demandez-vous plutôt : quelles actions concrètes puis-je accomplir contre la pauvreté dans mon quartier ? Qu’est-il possible de mettre en œuvre, ici et maintenant, dans mon environnement immédiat ? "

 


 

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07/12/2016

Elle est vivante

 

 

 

23:04 Publié dans RESONNANCE | Lien permanent | Commentaires (0)

02/12/2016

Standing Rock contre le pipeline du Nord du Dakota

 

 

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(Oceti Sakowin Camp - crédit photo : Sacred Land Film Project )

 

 

En savoir plus, soutenir :  http://standwithstandingrock.net/

 

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21:26 Publié dans RESONNANCE | Lien permanent | Commentaires (0)

01/12/2016

Nicole Ferroni - Nous sommes un sac de vieux vieux vieux atomes

 

 

 

 

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25/11/2016

Nina Louve

 

Es-tu des nations qui sont en Amérique depuis plus de 10 000 ans?

 

il demande je réponds

 

Petite bête humaine de quel sang es-tu

De quel clan quelle tribu

Qui t'inspire, t'attire

Qui te souffle sur la face

Cette Force Foi Fougue

Qui t'habite depuis petite

De quelles odeurs viens-tu?

Pourquoi tout ce flair, cet instinct

Où Est ce que tu places tes accents toniques

Pourquoi tu mords dans le plan Nord

Que tu scandes, dessines et marche

Drette-là, à l'Ouest sur la Ligne 9

 

Pour qu’elle ne revire pas son flux

Ni ne noircisse notre fleuve, nos rivières

Je suis Rouge Montagne

Blanche comme le lys à l'hiver venu

Et belle et Bleue

Comme mon Pays nommé province

 

Pourquoi ces chants de tête

En soliste chez les catho

Et tous ces sons de gorge

Mouillés métissés mêlés

Que tu marie maintenant

Aux grands tambours avec rythme

 

Tu veux savoir qui forge encore ces verbes

Comment s'épelle géographie

Comment s'écrit le nom de mes familles

Celles-là qui

Fabriquent toujours et encore

Moult souvenirs à raconter

 

Depuis 10 000 ans

Je préfère le troc et le potlatch

Et, depuis l'autre siècle

Trente-six foyers d'accueil

Deux fois adoptée

Milles paysages partagés

Deux aïeux passeurs de langues et légendes

Une Mère, Terre.

 

 

 

10:44 Publié dans RESONNANCE | Lien permanent | Commentaires (2)

20/11/2016

"Le mur entre les gens et moi : ce détail légèrement contraignant"

 

Super douée à l'école, en avance, dite précoce, savoir lire à 3-4 ans, avoir sauté la classe de CP, eu le BAC sans rien foutre à 17 ans.... Avoir vécu depuis l'enfance des choses vraiment difficiles, voire insupportables, "seule au monde" très jeune, perdu un parent à 3 ans et l'autre a tenté de me placer en foyer à l’âge de 16, le reste a été aussi intense, chaotique, dramatique, que passionnant, exaltant, tellement pas "comme tout le monde"..... Et combien de fois ai-je souhaité être pourtant "comme tout le monde" ! L'écriture, un journal intime commencé à 12 ans, l'expression artistique, la poésie, la révolte aussi, la bonne et la vaine, chanter, danser, les cavalcades existentielles, l’auto-sabordage socioprofessionnel, des relations affectives toujours compliquées, qui font mal, qui creusent toujours plus loin, plus profond, les malentendus incessants et puis tant de choses, tant et tant de choses, et puis encore la maternité, la nature, les animaux, source de régénération indispensable, vitale....
Et donc depuis peu, et je crois que jusque là j'avais inconsciemment refusé ça, la différence, les noms que l'on pose sur la différence, j'avais bien vu ça passer, mais non, pas moi, pas concernée... Déjà assez compliqué comme ça, déjà suffisamment douloureux, et puis bon, la douleur, l'incompréhension, cette sensation d'à vif, cumulées depuis plus de 40 ans, un moment ont dépassé le seuil du tolérable, ça faisait trop longtemps que les choses se répétaient, tournaient en rond, un sentiment d’injustice insupportable, je n'en pouvais plus de comprendre à l'extrême et de demeurer à ce point incomprise, alors j'ai commencé à jeter un œil : HP, douance, zèbres...... Toutes sortes de termes qui en fait recouvre une seule et même chose, alors j'ai commencé à lire, à écouter des vidéos et vous ne pouvez pas (non, vous ne pouvez pas) imaginer le flot de larmes, la douleur qui explose enfin pour de bon et le bonheur aussi, c'était donc ça, c'est donc ça, et il y en a d'autres comme moi ! Et c'est tellement précis, tellement juste, tellement ça, pas de doute possible et là vraiment, c'est vrai, ça donne envie de le dire :, je ne sais rien mais maintenant je sais ! je comprends et je m'accepte enfin, et vous n'imaginez pas (non vous ne pouvez pas) à quel point c'est merveilleux, et comme c'est intense et merveilleux, bien-sûr, j'ai envie de le partager, comme tout le reste, avec cette intensité, ce « trop » qui caractérise toutes ces personnes, qui comme moi ont pu passer une bonne partie de leur vie à se demander "pourquoi ?" sans jamais renoncer à trouver une réponse.
Si vous avez un enfant à rayures, surtout, surtout, faites l'effort de le comprendre, de l’accepter, de l’aimer de tout votre cœur, même s'il vous déconcerte, vous dérange, vous remet en question, vous fait peur peut-être même, aidez-le à ne pas se saborder, se nier, se renfermer, se détruire, ce sont des enfants qui paraissent plus fort que d'autres, alors qu'ils sont bien plus fragiles.

Je partage ici un texte, celui d'une jeune fille, je pense qu'elle est très jeune, et c'est d'autant plus fort pour moi, car elle arrive en quelques mots à dire l'essentiel. Un immense MERCI à la Chouette Masquée !

Peut-être que d'autres se reconnaitront là dedans, et si c'est le cas, vous comprendrez pourquoi c'est si important pour moi de le partager.

 

 

dimanche 30 octobre 2016

 Source :  http://antredelachouette.blogspot.fr/2016/10/le-mur-entre...

 

Le mur entre les gens et moi : ce détail légèrement contraignant

Ce texte est tel un grand cri. J’avais besoin de l’écrire et le partager, pour me soulager d’un poids porté trop longtemps. Je l’ai volontairement publié en une seule partie, malgré sa longueur. Il n'attaque aucun individu en particulier : ma colère est dirigée contre un système, contre des circonstances que personne n'a voulues, contre le hasard et les malentendus... Une colère qu'il me fallait néanmoins extérioriser. Bonne lecture ! 

J’ai beau être un Pokédex ambulant, il m’a fallu dix-huit ans pour capter qu’il ne fallait pas vraiment faire un bisou pendant la bise, et dix-neuf ans pour parvenir à deviner dans quel sens il faut tourner la clé dans la serrure d'une porte. Je ne sais pas non plus où vont les objets qui disparaissent, ni à quoi ressemble la non-finitude de l’infini. En fait, je ne sais rien. Vous non plus, d’ailleurs. Nous n’en savons rien, nous sommes tous des ignares irrécupérables. Et on aura beau étudier, nous ne saurons jamais rien. Jon Snow a vraiment plein de choses à nous apprendre, jusqu’à la fin des temps et même après. (Il paraît qu’il fera un peu froid, couvrez-vous !)

Brûlez-moi ces préjugés ! (En plus le feu ça réchauffe)

Cependant, de par ma particularité cognitive, il y a une chose que je sais encore moins que la plupart des gens : bah, les gens justement. Je ne comprendrai jamais totalement ce qu’il se passe dans la caboche des normo-pensants. Je peux comprendre certaines choses d’eux, comme la personnalité, les motivations, les goûts, les peurs, bref, tout ce qui relève d’un vécu commun (parce que ces trucs-là, on en a tous). Mais je ne peux me figurer quel effet ça fait de posséder leur structure cérébrale : ça, ça relève d’un tout autre niveau. Un niveau global, physiologique. Et ce fait est autant valable de leur côté : au-delà de tout ce qui nous rassemble, ils possèdent des « données » qui ne figurent pas dans mon programme et inversement. Cette frontière invisible, je la nomme « le mur ». Aujourd’hui, je vous emmène en promenade de mon côté de la façade.

 « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien »

Revenons-en au postulat de cet article : nous ne savons rien. Vous voulez une preuve concrète ? Très bien. Imaginez un jeune garçon qui mange tout seul à la cantine. Tout le monde est d’accord pour déclarer qu’il est seul. Néanmoins, le degré et le type de solitude qu’il subit à cet instant n’est pas immédiatement identifiable. Alors, je vais essayer de déterminer le genre de péripéties que ce garçon pourrait vivre :

- La solitude physique

Bon là c’est clair : aucun humain ne se trouve à proximité du garçon. Il est donc tout seul physiquement parlant. Ce qui implique deux options : 1) Le garçon se sent mal, car il adore la foule et les stimulations sensorielles qui en découlent, et que là, y’a pas foule. 2) Il s’en balec car de toute façon il vit dans sa tête et a les tympans sensibles. Vous ne savez pas.

- La solitude mentale

Le garçon étant tout seul physiquement, il n’a personne avec qui discuter. Là aussi, deux possibilités : 1) Il trouve d’ordinaire de quoi occuper son esprit en discutant avec ses pairs, donc là, comme y’a personne, il s’ennuie ferme et ça l’embête. Peut-être qu’il n’a jamais personne à qui parler et que l’ennui le dévore. Je vous assure qu’un manque de stimulation intellectuelle prolongé, cela peut causer de graves dégâts. Or, peut-être aussi que son meilleur ami est aujourd’hui malade ou ponctuellement en conflit, mais que le reste du temps ce garçon bavarde tranquillou avec lui, donc qu’il n’est pas si malheureux.  2) Il vit dans sa tête, toujours, donc il se distrait en se faisant des films, en récitant les 150 premières décimales de Pi à l’envers, ou en causant avec lui-même (ou d’autres gens : vous ne savez pas NON PLUS à combien ils sont dans sa tête). Souffrance, pas souffrance ? A quel point ? Vous ne savez rien, j’vous dis. 

- La solitude affective

Il est possible que malgré un entourage affectueux et compréhensif, ce garçon se sente incompris dans sa sensibilité : personne ne semble partager l’intensité de ses émotions et à cause de cela, il a l’impression d’être une sorte de monstre. C’est pourquoi il s’isole. Il est également probable que ce garçon n’ait pas du tout d’amis, ni même l’amour d’une famille pour le soutenir. A ce moment-là, il doit souffrir d’un manque de reconnaissance affective, qui sera d’autant plus grand que son état dure depuis longtemps. Il peut en pleurer la nuit, car le vide affectif est une expérience affreuse qui peut vous donner envie de mourir. Ou pas, ou pas, y’a peut-être juste une épidémie de varicelle dans sa division et ses parents sont des anges gardiens descendus sur Terre. Quoique, si ça se trouve, ce garçon est un misanthrope amorphe au dernier degré et la compagnie de la chaise d’en face lui suffit. Eh non, vous ne savez toujours RIEN de lui.

- La solitude existentielle

Peut-être que ce garçon n’est pas un être humain, qu’il s’agit d’un reptilien, d’un extra-terrestre en pleine mission ou du clone caché du vrai garçon, qui lui est enfermé dans une cave aux mains d’une bande de scientifiques fous (les dames de la cantine vous cachent des choses, ça par contre vous le saviez). OU ALORS ce garçon a un cerveau particulier : il n’est pas « neuro-typique » ou « normo-pensant ». Il se sent seul d’une manière qui diffère encore de celles précédemment décrites : il a conscience, intensément et profondément, que l’immense majorité de l’humanité ne peut le comprendre, même avec toute la bonne volonté et tous les efforts du monde. Pas uniquement sur un plan émotionnel, intellectuel ou que sais-je encore, mais sur un plan structurel. Et ce fait le perturbe à tout moment, car il ne cesse jamais d’être dans cet état. Il est « loin », « à côté ». Parce qu’il est né là-bas, de l’autre côté du mur. Ou pas. Vous ne savez pas ce que vit ce garçon rien qu’en l’avisant ainsi, vraiment.

(Liste non-exhaustive, bien sûr.)

Conclusion : il est impossible de mesurer l’ampleur exacte de la solitude d’un individu rien qu’en le regardant manger sa purée. Vous ne savez pas s’il déjeune tranquille sans se poser de questions et que tout va bien, ou s’il songe à se jeter de la fenêtre du troisième étage après avoir pris un dernier repas tout seul avec son désespoir infini, car en plus d’être atteint d’une maladie incurable qui le fait atrocement souffrir, sa maison a brûlé et il est devenu orphelin de troisième famille d’accueil (mais de toute façon ils le battaient ces enfoirés). (Bon j’exagère, dans le second cas il devrait faire un peu la tronche. Mais y’a des gens qui font la tronche au repos, même quand ils sont heureux au fond d’eux-mêmes. YOU KNOW NOTHING !)

Respectez-le et aimez-le. Bon, vous n’êtes pas obligé de l’aimer, mais respectez-le au moins.  

« C’est quoi tout ce bazar Cam’, d’où tu sors tous tes délires ? » De ma pensée en arborescence, pardi ! (Va lire mon charabia dans la rubrique « Paye des rayures », espèce de touriste !) Et mes délires, ils se reproduisent à chaque fois que je croise quelque chose ou quelqu’un (c’est-à-dire tout le temps, car je me trouve rarement dans le néant intersidéral). Alors imagine un peu si ce quelqu’un me donne des informations sur lui, sur ses émotions, ses opinions, son vécu… Diantre, c’est magique, c’est un paradoxe : plus l’interlocuteur veut m’en faire connaître, moins j’ai l’impression d’en connaître ! Les gens sont tellement fascinants… *Va chercher son scalpel*

Je passe ça au scanneur !

Comme l’a si bien déclaré Sun Tzu dans l’Art de la guerre : « Si vous connaissez vos ennemis et que vous vous connaissez vous-même, mille batailles ne pourront venir à bout de vous. » (D’ailleurs il a dit plein d’autres trucs intéressants ce monsieur, read it now !) Connaître et comprendre : le leitmotiv de mon existence. La quête qui me fait grandir, me rend plus forte et mieux adaptée à ce monde découvrant les crocs. Sans le savoir, sans la maîtrise, cette société pour laquelle je ne suis pas faite ne ferait qu’une bouchée de mon être infime. Connaître et comprendre quoi ?  Tout. Tout m’intéresse. Tout me fascine. Et parmi ce « tout », les gens détiennent une place de choix.

Survoler silencieusement le monde en le transperçant du regard…

Pour moi, analyser est un comportement normal, que je ne peux pas empêcher : je me sens obligée de disséquer l’esprit des êtres humains comme je me sens obligée de connaître le nom et le mode de vie de l’oiseau perché là-bas. En plus d’être passionnant, c’est automatique. On m’a déjà dit à plusieurs reprises « Mais en fait Cam’ c’est affreux, tu passes ton temps à examiner les gens comme des sujets de labo ! ». Quand ces derniers se rendent compte que j’analyse tout constamment, et eux dans le lot, ils sont souvent horrifiés. Là se pose une grande interrogation : si je ne partage plus mes pensées dérangeantes, est-ce que les gens oublient vraiment cette part de moi où font juste semblant, par confort ? S’ils me disent « Nous t’aimons », aiment-ils mon être entier ou juste ce qu’ils acceptent de mon être, ce qui peut être exposé, le reste devant à tout prix rester dissimulé ? Je ne puis être en paix auprès de ceux ne m’ayant pas démontré que leur affection portait sur mon être profond.

Cependant, j’ai pu remarquer, non sans amertume (étant un poète du XIXème en mon for intérieur, je consomme du désenchantement avec mes tartines), que les gens tendaient à confondre ce que je suis et ce que je montre. Or, ils paniquent en remarquant que moi, j’essaye de ne pas confondre ce qu’ils sont et ce qu’ils montrent. Apparemment, une règle implicite stipule que je devrais faire semblant de tout mélanger, puis faire semblant de tout découvrir quand on le met sur le tapis. Règle qu’en dépit de mes efforts, j’ai d’énormes difficultés à respecter. Outre mon exigence d’authenticité, l’analyse m’est vitale : il s’agit du meilleur moyen de canaliser ma pensée en arborescence. Y’a des HP qui développent d’autres méthodes, la mienne c’est celle-là. Définir un « cadre » au sein duquel concentrer la réflexion, et ce avant que ma tête n’explose en éparpillant partout des milliers de questionnements (oui, quand ma tête explose ça fait des lambeaux abstraits). Quoi qu’il en soit, j’ai mis du temps à saisir le pourquoi de ces réactions hostiles…

Quand quelqu’un me demande de l’aide, j’agis à la manière d’un mécanicien qui répare un moteur : je sors ma boîte à outils (=mes connaissances –que je vais chercher si je n’ai pas déjà- et réflexions personnelles), je tâtonne pour comprendre comment il fonctionne, je repère les failles du système, puis je les lui signale (car contrairement à un vrai mécano, je ne peux pas changer moi-même les pièces défaillantes puisque tout est dans la tête). (J’imagine désormais un garagiste expliquant à son client que sa bagnole ne peut être réparée car, malgré ses conseils avisés, elle refuse de changer par elle-même.) Je peux effectuer le même travail sur tout et n’importe quoi, tant que le sujet demeure immatériel. En outre, même si la description des opérations peut paraître froide, d’ordinaire mon attitude extérieure ne l’est pas, au contraire !

Croyez-le ou non, j’apprécie énormément qu’on me traite de la même manière : je le prends comme une marque de respect (« Je t’accorde du temps et de l’énergie car je considère que tu en vaux la peine ») et l’attention me touche. Par extension, j’ai longtemps considéré qu’agir ainsi était la plus belle preuve de soutien que je puisse offrir aux autres (autrement, je leur fais de beaux dessins). C’est comme si je brandissais un gros panneau « JE SUIS LA POUR TOI, TU ES IMPORTANT. PAIX ET AMOUR SUR TOI. » Et j’étais vexée, non, désespérée, que personne ne veuille me faire ce cadeau à moi, préférant me marteler de gentilles rengaines du type « Mais on t’aime tu sais ». Si elles faisaient beaucoup de bien les premières fois, elles devenaient de plus en plus vides de sens et douloureuses au fur et à mesure qu’on me les répétait. De mon point de vue, ces répétitions signifiaient ni plus ni moins « J’aime seulement ton masque, puisque je ne t’accorde pas de temps et d’énergie pour analyser ce qui te tracasse derrière. Par le pouvoir d’une formule conventionnelle, je t’éjecte de mon chemin ! » A l’inverse, quand quelqu’un rejetait mes tentatives de l’approcher avec ma panoplie du petit charcutier (je me la suis offerte pour mes 4 ans, ils faisaient de la qualité à l’époque), dans ma tête, c’était comme si je lui tendais un magnifique bouquet de fleurs et qu’il le jetait par terre, le piétinait, le brûlait et le donnait à manger à son lapin nain des Enfers (ils se nourrissent de cendre). Ça faisait très bobo à mon petit cœur, quoi.

Il a fallu que je tombe par hasard sur les bonnes lectures pour me rendre compte que ma vision du bonheur correspondait à une gêne, voire à une torture pour la plupart. Et vice-versa. Ainsi, tandis que j’étais intrusive au possible avec les autres, ces derniers me donnaient l’impression de se foutre allègrement de ma gueule, alors qu’à la base tout le monde ne rêvait que d’amour et d’eau fraîche. Voici un point qui me paraissait d’une évidence telle que je ne m’étais jamais posée de question dessus (honte à moi), alors que j'aurais dû le remettre 100 % en question dès le départ ! Ça me dépassait, tout simplement. C’était derrière le mur.

Le tribunal du mur

C’est à partir de ce point que tout devient délicat. Moins léger. Plus sombre. Plus violent. Plus réaliste, en somme. Accrochez-vous.

L’être humain, par défaut, est persuadé qu’il sait. Il est régit par tout un tas de croyances, qu’il construit et accumule au fond de son subconscient. Ces certitudes lui permettent d’avoir une base sur laquelle s’appuyer, de garder un cap et de ne pas perdre son temps à se poser 15 milliards de questions. Sans ses « barrières » mentales empêchant la pensée de s’éparpiller, sa confiance en lui et sa santé mentale en prendraient vite un coup. (Arhem…) C’est pourquoi Dieu créa les cours de philo (la philo <3), pour lui rappeler qu’en fait non, il ne sait pas tout, il est même plus proche de ne rien savoir que de savoir quoi que ce soit. Pour l’inviter au questionnement. Car moins l’être humain se pose de questions, plus sa croyance est forte, plus il croit qu’il sait. Et plus il croit détenir la Vérité, plus il pense avoir le droit de JUGER. Il voit le garçon tout seul à la cantine et il juge : « T’as vu comment il est sapé l’autre, tu m’étonnes que personne l’aime ! lolilol ».

Vous connaissez la pilule du féminisme ? (Prenez-la si ce n’est pas encore fait, c’est important. Et n’oubliez pas de la partager avec tous vos amis –partager, c’est cool !) Vous êtes une femme. Depuis toute petite, on vous abreuve de diverses leçons liées aux stéréotypes de votre genre : il faut que vous soyez jolie, souriante, docile, on vous offre une dinette pour Noël et on vous gronde si vous chahutez parce que « ce n’est pas raffiné, les filles ne font pas ça ». En grandissant, de vils représentants de la gent masculine vous harcèlent, vous rabaissent et utilisent le nom de votre genre pour insulter leurs congénères, car ce dernier est synonyme de faiblesse. Vous suivez le système : on vous a dit que tout était ainsi depuis la nuit des temps, que c’est la tradition… Et puis un jour, vous trouvez une pilule. La pilule du féminisme. Curieuse, vous la gobez et BOUM. Vous vous retrouvez propulsée comme par magie dans un monde où on vous injure, où votre corps est considéré comme un objet, où vous gagnez moins d’argent que vos collègues masculins sans aucune raison, etc. En somme, le même monde qu’avant. Sauf que là, vous avez pris la pilule. Vous avez ouvert les yeux. Vous voyez. Vous voyez à quel point on s’est fichu de vous, à quel point vous vous bridez, vous souffrez… et vous voyez que tout ceci a l’air parfaitement normal et acceptable pour beaucoup beaucoup trop de gens ! Vous êtes furieuse, détruite… Une énergie nouvelle parcourt vos tripes. Vous décidez que maintenant, quelque chose va changer. Fini la soumission silencieuse face à tout ce qui vous oppresse. Vous allez militer, vous allez vous battre : pour votre reconnaissance, pour vos droits et pour votre bonheur. Merde !

Figurez-vous qu’un jour, j’ai trouvé la pilule de la douance. BOUM. En fait petit zèbre, si t’as pas eu la chance de grandir dans un troupeau d’autres zèbres, t’as passé ta vie à te réprimer, ignorer tes besoins vitaux pour t’épanouir, tu t’es rongé le frein jusqu’à t’exploser l’embrayage… Ah bon, tu souffres ? Tu pleures la nuit ? Tu fais de bonnes grosses crises d’angoisse quand l’anxiété accumulée toute ta vie remonte d’un coup à la surface ? Tu as des idées noires ? Et bah tu sais quoi, petit zèbre ? TOUT LE MONDE S’EN FOUT. Si si, j’te jure. Vas-y, essaye d’exprimer ce que tu ressens aux autres, sans plus te brider. Primo, ils ne verront pas où tu veux en venir. Secundo, ils te diront que tu les saoules avec tes pavés et te demanderont de redevenir « comme avant ». C’était quand même vachement plus confortable quand ils pouvaient te reprocher d’être bizarre et à côté de la plaque sans se poser de questions. Quand ils pouvaient te JUGER sans gêne, te jeter leurs constats dédaigneux à la tronche, puis tourner les talons et te laisser seule dans ta confusion. (Par contre, quand il s’agira de fantasmer sur la cause de tes maux et de s’exclamer « Ah mais oui je dois être surdoué ! », comme si la douance était un trophée rutilant qu’il est super fun d’exposer dans son salon, t’inquiète pas, ils seront là.)

Cette nouvelle part de toi que tu leur dévoiles, qui s’est enfin débloquée dans ton corps et dans ta tête d’une façon incontrôlable, que tu t’es promis de chérir à l’avenir, leur est insupportable. Insupportable. Ils n’hésiteront pas à te le signaler, d’ailleurs. Ils vont essayer de te persuader que tu es dingue, que tu es malade, qu’il faut arrêter tes conneries un peu (ce serait pas de la secte ?) et retourner à ta place. Tu te prends trop la tête, tu écris trop, tu es trop sensible, trop extrême, tu es « trop »… Même s’ils t’aiment, tu les ennuies, tu les épuises et tu piétines leur zone de confort dès lors que tu te laisses aller. (Tu culpabilises dans le vide, là, tu sais ? Ils ne pardonneront pas ton ignorance de leurs codes car ils te JUGENT, rappelle-toi !) Pour qu’ils t’acceptent, il faudra te réprimer à nouveau. Comme du temps où tu n’avais pas pris ta pilule. Et là, ce n’est pas comme le féminisme : gémis tant que tu voudras, ils ne pourront jamais apprendre à te supporter. Ils ne peuvent pas. Leur cerveau ne peut pas. Tu ne peux être totalement toi-même avec 98 % de l’humanité, car tu es fondamentalement insupportable pour elle. C’est tout le principe de la solitude existentielle, petit zèbre. Allez pleures pas, t’as le reste de ta vie pour digérer la nouvelle !

C'est très simple, il te suffit de trouver la sortie...

« Mais on est tous différents »

Parfois, ma douance fait tellement chier les gens (oui, disons-le honnêtement), que ces derniers décident de nier son existence. Ainsi, si mon côté insupportable n’est pas dû à ma douance (donc pas inné et irréversible), cela signifie que je peux le corriger, afin de devenir supportable. J’admets que dit comme ça, tout a l’air subitement plus simple à régler. Leur méthode favorite consiste alors à noyer mon expérience dans l’expérience universelle : en clair, répondre à mon « Je suis différente » par « Certes, je ne dis pas le contraire : mais on est tous différents. » (Sous-entendu : « Et nous on n’en fait pas tout un foin, alors fais un effort toi aussi ! ») Parce que ces gens, ils savent ! Ils savent, comme ces hommes qui expliquent aux femmes dans un discours enrobé de sucre qu’ils comprennent complètement ce qu’elles ressentent quand elles se font harceler dans la rue. Ils savent, comme ces blancs qui déclarent aux noirs et aux arabes qu’ils ne sont pas les seuls à souffrir du racisme, parce qu’eux aussi, une fois, un crétin leur a dit « sale blanc ! ». Ils savent, enfin, comme tous les normo-pensants qui liront ce paragraphe en se disant « Ah oui mais non, là ça n’a rien à voir, là je comprends vraiment ce que vivent les HP ! Moi aussi je me sens différent et je souffre de la solitude ! » : ils savent.

Mais je ne juge pas ces gens. Je me questionne sur eux (parce que la philo <3) : pourquoi agissent-ils ainsi ? Et je constate qu’en général, leurs intentions sont bienveillantes. Qu’ils sont tout à fait honnêtes lorsqu’ils déclarent qu’ils peuvent se mettre à ma place de HP. (Je ne peux même pas leur en vouloir, zut… c’est dur d’être un bisounours.) En effet, à l’évocation de certains mots-clés (solitude, différence…), ils ont le réflexe de se plonger dans leur propre expérience de ces concepts. Ils associent leur définition et leur ressenti personnels de la souffrance (construite dans leur vécu) à la souffrance que je suis en train d’exprimer. Dans un élan d’empathie, ils souhaitent entrer en communion avec moi, me rassurer, me faire plaisir… (J’fais pareil, hein, c’est humain !) Ils sont loin de réaliser qu’en agissant ainsi, ils me blessent profondément, me jettent violemment dans un océan de solitude et appuient sur ma tête pour me faire brouter les oursins. Et je ne peux pas me plaindre ! Pour quoi faire ? Pour leur donner l’impression que je remets en question la profondeur et l’intensité de leurs émotions ? (Sincères !!!) Pour qu’ils s’imaginent que je les crois sensibles comme des bigorneaux et cons comme des bélitres ? (« Naaan mais vous ne pouvez pas concevoir ce que MÔA, race suprême, je suis capable de concevoir ! ») Pour qu’ils me sortent que « tout ce que je veux, c’est me mettre sur un piédestal/jouer la martyre alors qu’eux ont de vrais problèmes » parce que dans l’inconscient collectif les « surdoués » sont avant tout des êtres supérieurs qui réussissent partout, et ne s’affirment donc que pour rabaisser autrui ? De toute manière ils savent, et moi non : je ne peux faire le poids contre cela.

Tout ce que je peux tenter, c’est leur expliquer. Leur expliquer qui je suis, comment je fonctionne et pourquoi parfois je suis un peu chiante, mais je fais de mon mieux, je ne le fais pas exprès et il faudra désormais m’accepter ainsi. C’est alors qu’ils tirent leur seconde carte maîtresse, consistant à déclarer que « Oui mais ça, ça n’a rien à voir avec ta douance, c’est juste un trait de ta personnalité. » Technique fort pratique aussi, car ainsi, un problème d’ordre global est réduit à l’état de « donnée » isolée : une donnée est beaucoup plus simple à traiter, changer ou supprimer. Sauf que, hm… Pour un maximum de clarté, voici des petits schémas. (Avouez que ma formidable maîtrise de Paint vous avait manqué !)

Les gens pensent que mon cerveau ressemble à ça :

 

cerveau 1.png

En réalité, mon cerveau ressemble plutôt à ça :

 

cerveau 2.png

La douance n’est pas une donnée rangée dans un coin du ciboulot avec un amas d’autres données : c’est une structure cérébrale à part entière. Elle englobe tout mon fonctionnement, ne faisant qu’un avec moi. Son prisme colore toute ma personnalité. Dire qu’un de mes traits est dû à ma personnalité plutôt qu’à ma douance est par conséquent un non-sens complet : s’il n’y avait pas ma douance, la caractéristique incriminée ne ressemblerait pas à ce qu’elle est actuellement ! De quelle façon la douance affecte son propriétaire ? C’est un catalyseur. Elle prend TOUT ce qui le constitue et l’amplifie. Evidemment, tous les HP ne sont pas constitués pareils à la base :

Notre petit HP est un littéraire ? Un littéraire, ça aime lire, écrire, penser abstrait… La fée douance passe par là, donne un petit coup de baguette et tadaaam : petit HP ne sait pas écrire un message de moins de trois pages Word (quand il fait un gros effort pour se contenir), déblatère des métaphores à tour de bras et philosophe sur le carrelage dans la queue de la boulangerie. Il bouillera d’envie de partager ses illuminations conceptuelles, mais personne ne captera jamais de quoi il parle (hormis un autre HP littéraire), le faisant se sentir tout seul dans une galaxie lointaine, très lointaine… (Non pas celle-là, une autre, encore plus lointaine. Et moins touristique.) Petit HP est un scientifique ? Mwahaha. Il se sentira obligé de tout comprendre au monde, autrement ce sera trop stressant pour lui, bien trop stressant. Tiens, il sera insomniaque d’ailleurs, car on ignore trop de choses sur trop de trucs pour se permettre de dormir tranquille. L’empathie ? Ah non, il est trop rationnel pour s’équiper de cette option-là : lui, on le traitera de psychopathe. L’empathie on va la garder pour l’autre là-bas, l’artiste : « sensible » ? Nan, c’est trop… trop… pas assez. Nan, moi j’ai envie  qu’un jour il sanglote en prenant conscience de la solitude que vivent les feuilles mortes au pied des arbres. Et aussi, je voudrais qu’il soit tellement affecté par la détresse des autres qu’il en fasse des cauchemars, et finisse parfois plus traumatisé que l’interlocuteur qu’il a épongé. Allez, installez-lui une surabondance de neurones miroirs ! Virez-moi cette sérotonine, ça sert à rien : les artistes joyeux et sereins ça produit que dalle, tout le monde sait ça. Bon bon bon, le trouble de l’attention, c’est pour qui ? –N’oubliez pas de choisir un trait autistique en sortant ! (Qu’est-ce qu’on se marre avec la fée douance.)

(A titre informatif : si le petit HP est tout ça à la fois dans son cerveau, il pourra bien entendu combiner des extrêmes contradictoires et être un philosophe zen mais torturé, à la fois hyperémotif et capable d’un détachement glacial. La nature est créative et son sens de la déconne n’a aucune limite.)

C’est pourquoi, le fait que tous les HP ne partagent pas certaines de mes caractéristiques ne signifie pas qu’elles ne sont pas dues à ma douance. Notez qu’il existe également une variante : « Mais ça n’a rien à voir avec ta douance, c’est juste à cause de ton vécu. » Certes ! Il est vrai que ma douance n’a jamais influencé quoi que ce soit sur mon vécu, c’est pas comme si j’étais née avec en plus. *Se tape la tête contre le mur que les gens ne voient pas* Mais nom d’un p’tit diabolo pêche, espèce de rabat-joie, tu es tellement à côté de la plaque ! Peut-être pas autant que moi, mais presque ! (Un jour il faudra cartographier cette plaque, j’ai jamais pigé où elle était exactement.) Sérieux, à force de dire « Mais ça, ça n’a rien à voir avec ta douance », je me demande bien ce qui au final peut avoir un rapport avec ma douance pour ces gens… Rien, tout à fait, là est leur idéal : je les soupçonne de comploter pour virer le délire de mon cerveau petit à petit, pour que je (re)devienne « normale », plus « comme eux », pas chiante quoi (en croyant déloger un parasite, ils me détruisent la charpente, mine de rien). En outre, ce qui dérange en général (là réside l’ironie de l’histoire) n’est pas une caractéristique en elle-même, mais son intensité. J’en fais « trop » et je dois en faire « moins ». Et pourquoi suis-je si intense dans ma façon d’être ? Ah.

Conclusion…

… Il y a eu méprise : en réalité le fameux mur est une vitre teintée. Peste, ça complique l’affaire… Bon, soit. Je n’ai peut-être pas le talent de l’Eglise pour donner foi aux gens dans des choses invisibles, mais s’il vous plaît, soyez respectueux de ce que vivent les HP. Ils ne vous retirent rien en exprimant une souffrance qui leur est propre ! Ils cherchent juste un peu reconnaissance, pour ne pas avoir l’impression que le monde entier les contemple souffrir l’œil éteint en mâchonnant des malabars. Souvenez-vous des points suivants (valables pour une grande partie des HP, en présupposant que ce sont des gens bien –y’a des HP très cons, ce fléau n’épargne personne) :

- Non seulement ils discernent ce qu’il y a derrière les masques (ou cherchent à le discerner), mais en plus, ils focalisent leur attention là-dessus. Et ne pas y penser est quasi-impossible : c’est pourquoi ils oublient tant les rituels relatifs à ce qu’il se passe en surface. Eh, détendez-vous ! Cela signifie qu’ils se foutent de vos imperfections et de vos étourderies, qu’ils viendront s’asseoir à côté de vous à la cantine pour s’assurer que tout va bien (même s’ils ne savent rien de vous), qu’ils ne diront pas que vous êtes faibles si vous pleurez et essayeront toujours de vous comprendre avant de vous juger : car tout ce qui compte pour eux, c’est l’âme que vous planquez au-delà de toutes vos tentatives d’être socialement conforme. (Et ils n’ont pas remarqué vos fringues.) Profitez-en bordel !

- Quand vous vous confiez à eux, ils enregistrent votre problème et passent ensuite du temps à l’étudier, afin d’élaborer des solutions spécialement pour vous. Ils vont vouloir approfondir, être exhaustifs et efficaces. Si cette manière de procéder ne vous convient pas, surtout, dites-leur clairement, expliquez-leur pourquoi (ils ont besoin de comprendre, de connaître le sens) et indiquez-leur avec précision ce que vous attendez d’eux. Si vous ne leur dites pas qu’il est important pour vous qu’ils remarquent votre tenue ou vous fassent entendre certains mots, ils risquent de ne pas le deviner (puis seront déconcertés quand vous leur reprocherez de ne pas assez s’occuper de vous). Certains HP ont été coachés et savent déjà comment s’y prendre, d’autres pas : apprenez-leur donc ! Ils adorent apprendre !

Si au fond de vous, vous niez leur identité et leur vécu, peu importe les efforts que vous ferez pour leur présenter une façade souriante, ils le sentiront, seront tourmentés et s’éloigneront de vous. En revanche, s’ils « voient » derrière votre masque que vous n’êtes pas de ceux qui les jugent ou minimisent leur expérience, vous aurez toute leur gratitude (et un service à rayures).

Chouettement vôtre

 

 

 

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18/11/2016

La sauvage d'Annabelle Verhaeghe

ou pourquoi il est bon de connaître les plantes sauvages comestibles

 

 

 

 

 

Il y a hélas des choses qui ne se démodent jamais....

 

 

09:25 Publié dans RESONNANCE | Lien permanent | Commentaires (0)

30/09/2016

Salvador Mariman

 

Me vuelvo a comer mis lágrimas.

 

¿A quién le puedo preguntar,

por qué hay quienes viven bien y quienes viven muy mal?

¿Si no hay una respuesta concreta, que puedo entender de esta realidad?

¿cómo la enfrento?

Nosotros somos ricos, muy ricos y por eso las petroleras, hidroeléctricas, mineras y otras

están en nuestras tierras,

¡es por eso!

Nos han empobrecido con su ideología,

con su historia, con su lengua, con su educación y hasta nos dicen terroristas.

¿De qué país de primer mundo me hablan, de qué país avanzado dicen venir?

pues si ser avanzado, de primer mundo y civilizado significa no respetar la tierra

y la vida, prefiero entonces ser un salvaje.

Son en los suelos usurpados a nosotros que excavan sin importar la vida de niños que se envenenan de rabia, odio, de gases y químicos que les producen mal formaciones,

daños irreparables a sus sistemas inmunológicos y hasta cáncer.

¿Por qué no hacer pública esta guerra que nos han declarado?

¿por qué no gritar a los cuatro vientos que hoy,

en pleno siglo XXI el modelo económico capitalista impulsado por los supremacitas blancos nos está matando?

¿Por qué no gritar a los cuatro vientos

que lentamente han comenzado un proceso de control del agua en nuestro territorio?

Sabemos que esto no parará,

sino que al contrario en el Wallmapu solo habrá más muertos.

¡Hey, despierta!

aquí no se están respetando los tratados internacionales

y se están violando los derechos humanos.

Cómo pueden decir tan descaradamente que luchan contra el terrorismo,

cuando la historia nos muestra como han sido ustedes los que han esclavizado millones de personas, han usurpado nuestras tierras, matado nuestros abuelos

y continúan haciendo guerras?

Es por eso que me vuelvo a comer mis lágrimas, no he de llorar,

pues el llanto no nos salvará, sino la acción

y es por eso,

es por eso que te invito a luchar.

 

 

Je mange de nouveau mes larmes.

 

 

A qui puis-je demander,

pourquoi il y a ceux qui vivent bien et ceux qui vivent mal ?

S’il n’y a pas une réponse concrète, que puis-je comprendre de cette réalité ?

Comment dois-je l’affronter ?

Nous autres sommes riches, très riches et c’est pourquoi les compagnies pétrolières, hydroélectriques, minières et autres

sont sur nos terres,

c’est pour cela !

Ils nous ont appauvri avec leur idéologie,

avec leur histoire, leur langue, leur éducation et nous appellent même terroristes.

De quel pays du premier monde me parlent-ils,

de quel pays avancé disent-ils venir?

car si être avancé, du premier monde et civilisé, cela signifie ne pas respecter la terre et la vie, je préfère alors être un sauvage.

Ce sont dans les sols qu’ils nous ont usurpés qu’ils excavent en se foutant de la vie des enfants qui s’enveniment de rage, de haine, de gaz et de produits chimiques leur provoquant des malformations,

dommages irréparables à leurs systèmes immunitaires, et même des cancers.

Pourquoi ne pas rendre publique cette guerre qu’ils nous ont déclarée ?

pourquoi ne pas crier aux quatre vents qu’aujourd’hui,

en plein 21ème siècle, le modèle économique capitaliste impulsé par les suprématies blanches est en train de nous tuer ?

Pourquoi ne pas crier aux quatre vents

qu’ils ont lentement commencé un processus de contrôle de l’eau sur notre territoire ?

Nous savons que cela ne s’arrêtera pas,

mais qu’au contraire au Wallmapu il y aura seulement plus de morts.

Hey, réveilles-toi!

ici les traités internationaux ne sont pas respectés

et les droits de l’Homme sont violés.

Comment peuvent-ils dire avec autant d’insolence qu’ils luttent contre le terrorisme,

lorsque l’histoire nous démontre comment ce fut eux qui réduisirent en esclavage des millions de personnes, qui ont usurpé nos terres, tué nos ancêtres

et qui continuent à faire la guerre ?

C’est pour cela que je mange de nouveau mes larmes, je ne dois pas pleurer,

puisque les pleurs ne nous sauverons pas, sinon l’action

et c’est pour cela,

c’est pour cela que je t’invite à lutter.

 

(traduction de José Antonio Benitez Torres - Québec,  pour Nouveaux délits n°29 - juillet 2008)

 

 

 

10:27 Publié dans RESONNANCE | Lien permanent | Commentaires (0)

Elicura Chihuailaf Nahuelpan, poète mapuche (Chili)

JUAN CARLOS CARRILAF,koli makuñ016.jpg

(c)Juan Carlos Carrilaf

 

 

Ini rume ñamvm noel chillafe
 
Feyti vlkantun che mu rume kvmelay, pigeken
Ka fey ti mawizantu ayiwigvn .ti pu aliwen
ñi kallfv folil mu egvn
ka ñi chagvll negvmi ti kvrvf
chalilerpuy vñvm egu ti Pvnon Choyke
Feyti vlkantun alvkonchi wirarvn
feyti pu lalu
kiñe pin ti tapvl rimv mew
feyti weñagkvn feyti wecheche
ñi petu zugu ñi kewvn
welu ñami ñi pvllv
Feyti vlkantun, ti vlkantun fey
kiñe pewma feyti afvl chi mapu
tami ge ka iñche ñi ge, vlcha
allkvfe piwke, ka feychi  vl zugulvn
Ka zoy pilayan, ini rume penolu
ti llafe ini rume ñamvn nolu
Kas vlkantun fey ñi vl tañi pu Kuyfikeche
pukem antv mu vy lu ka chonglu
feyta chi kisu zwam weñagkvn
 

  

 

 

La clef que personne n'a perdue
La poésie ne sert à rien, me dit-on.
Et dans le bois les arbres se caressent
avec leurs racines bleues et agitent leurs branches
dans l'air, saluant avec les oiseaux la Croix du Sud.
La poésie est le profond murmure des assassinés,
la rumeur des feuilles en automne, la tristesse
envers le garçon qui conserve la langue
mais qui a perdu l'âme
La poésie, la poésie est un geste, le paysage,
tes yeux et mes yeux,  jeune fille, les oreilles, le coeur
la musique elle-même. Et je n'en dis pas plus, car
personne ne trouvera la clef que personne n'a perdue.
Et la poésie est le chant de mes ancêtres
le jour d'hiver qui brûle et éteint cette mélancolie si personnelle.

 

 

  


La llave que nadie ha perdido 
La poesía no sirve para nada, me dicen
Y en el bosque los arboles se acarician
con sus raíces azules y agitan sus ramas
al aire, saludando con pájaros  la Cruz del Sur
La poesía es el hondo susurro de los asesinados
el rumor de hojas  en el otoño, la tristeza
por el muchacho que conserva la lengua
pero ha perdido el alma
La poesía, la poesía, es un gesto, el paisaje
tus ojos y mis ojos muchacha, oídos corazón
la misma música. Y no digo más, porque
nadie encontrará la llave que nadie ha perdido.
Y poesía es el canto de mis antepasados
el día de invierno que arde y apaga esta melancolía tan personal.

 

 

 

 

On peut entendre ici une lecture en mapudungún, la langue mapuche (traduite en français également) d'Elicura Chihuailaf Nahuelpan :

http://www.cipmarseille.com/pop_audio.php?id=752...

 

 

 

 

10:14 Publié dans RESONNANCE | Lien permanent | Commentaires (0)

08/09/2016

La danse du berger - extrait du film "Le jardin de pierres" réalisé par Parviz Kimiavi (1976)

Darvich Khan, un berger sourd et muet, danse au milieu de son jardin de pierres, sa création magique.

 

 

 

 

 

 

29/08/2016

Jim Wilson | God's Chorus of Crickets | enregistrement de grillons au ralenti

Deux pistes, une normale, l'autre au ralenti, aucun rajout.

Jim Wilson, un compositeur, a fait une découverte très étonnante. Il a enregistré le chant des grillons, et l'a ralenti. L'enregistrement a rendu comme un chœur de voix humaines en parfaite harmonie et avec une belle mélodie. C'est magnifique ! J'ai tjs pensé que les insectes étaient à une vitesse sonore plus rapide que la nôtre, et le son c'est tout sauf banal... pour qui s'y intéresse, on n'a pas fini de découvrir et comprendre des choses à son propos.

 

 

 

 

 

 

 

03/07/2016

Auteur : un métier difficile ?

                                  

 

 PAR STÉPHANIE ATEN

  

Écrire à longueur de journée, tranquillement installé chez soi, libre de ses horaires, de son rendement, de ses mouvements.

Pas de patron démoralisant ni de collègue envahissant.

On travaille pour soi, à son rythme, selon ses envies, et dans la passion...

Auteur : le métier idéal !...

Détrompez-vous...

Être auteur, c'est aussi passer son temps à travailler gratuitement, sans garantie de retour sur investissement. C'est galérer financièrement, et ne bénéficier d'aucune considération, ni d'un point de vue juridique, ni d'un point de vue social.

Un auteur, même lorsqu'il est scénariste, n'a aucun statut. Il n'a pas droit aux allocations chômage, en revanche, il cotise. Auprès des "Agessa", qui le ponctionnent sur toutes les sommes touchées, même minimes. Il n'a pas de "congés payés", ni d'assurance maladie avantageuse, ni de "13ème mois". L'auteur n'est protégé par aucune convention collective, et doit se soumettre à ce qu'on tolèrera de lui donner en cas de contrat. Et c'est, le plus souvent, maigre... très, maigre.

L'auteur est un être isolé, auquel on demande d'être "professionnel", tout en considérant, dès qu'il s'agit de le payer, qu'il pratique en fait un hobby. Un romancier se doit de "savoir écrire", de maîtriser parfaitement sa langue, de connaître la construction dramatique sur le bout des doigts, et de travailler son talent pour produire des ouvrages dignes de ce nom. Un scénariste se doit d'être à l'aise avec le cahier des charges de l'écriture scénaristique, de travailler vite, de savoir s'adapter, "il s'agit d'un métier", répètent avec sévérité les producteurs.

Par contre, quand il s'agit de le payer... de considérer le travail accompli, de lui donner toute sa valeur, non seulement en termes quantitatifs, mais aussi qualitatifs, là, tout à coup... être auteur devient un "hobby".

"Après tout, il fait ça parce que ça lui plaît, ce n'est pas une profession à proprement parler"...

On me demande souvent pourquoi la création (particulièrement audiovisuelle) est si peu dynamique ou de mauvaise qualité en France.

Je pense que la réponse se trouve dans les phrases précédentes.

Il est psychologiquement et nerveusement extrême, de travailler dans des conditions financières catastrophiques, une reconnaissance quasi-inexistante, une précarité perpétuelle, et un taux d'échecs épuisant.

Car être auteur, c'est aussi accepter de beaucoup travailler sur des écrits, tout en sachant pertinemment que les éditeurs ou les producteurs, 95 fois sur 100, vous diront non, même si votre travail est de qualité. Ce n'est "pas le moment", "pas ce qu'on cherche", "pas la tendance", sont des arguments qu'on vous renvoie en plein visage sans ciller, sans ambages, sans aucune considération pour les semaines de travail fourni en amont, visant à répondre aux demandes d'idées nouvelles et de créativité sans cesse renouvelées.

Quand vous allez voir un architecte pour qu'il vous construise une maison, même si, au final, vous ne tombez pas d'accord sur ses propositions, vous le payez pour le travail fourni.

Lorsqu'un technicien du cinéma travaille sur un tournage, même si le film ne se fait pas pour X raisons, le technicien sera payé.

L'auteur, lui, travaille sans filets, sans garantie, et la plupart du temps, sans être rémunéré.

Être auteur, en France, c'est donc vivre dans le paradoxe.

Notre culture adore la création, l'imagination, les arts. Elle les encense, les vénère, leur reconnaît tous les mérites, et se targue de briller dans le monde entier. Et pourtant, l'auteur n'a pas d'existence tangible. Il n'a pas de factures à payer, pas d'estomac à remplir, et pas de vie à gérer. Il "ne travaille pas", il s'amuse, des heures durant, pour parvenir au résultat final qui vous enthousiasme tant.

Les lecteurs réclament sans cesse de nouveaux livres,

les spectateurs de nouveaux films et programmes télévisés,

toujours et encore, toujours et encore...

Comment pensez-vous que ces œuvres se font pour répondre à vos attentes ?...

Les auteurs travaillent. Beaucoup.

Mais ne sont pas autorisés à vivre de leurs compétences.

Alors oui...

être auteur est un métier difficile.

Mieux vaut être conscient de cet état de fait avant de se lancer à corps perdu dans un métier qu'on fantasme souvent, sans réellement en connaître les tenants et aboutissants.

Être auteur est un sacerdoce, un Everest qu'on gravit en tongs et sans oxygène. Il faut  aimer les défis, et à vrai dire... il ne faut même aimer que cela.

 

Stéphanie Aten

 

Scénariste et romancière "engagée", parce qu'être auteur, c'est alimenter l'inconscient collectif et participer à l'élaboration de la société. Voir la page de l'auteur

 

Source : https://www.skop.io/a/auteur-un-metier-difficile......

 

 

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17/05/2016

Céline Renoux

 

Souvent je voudrais échapper à l’enfant que j’étais
mais il arrive toujours un moment où elle regagne le terrain perdu
j’ai beau accélérer pour qu’elle s’essouffle,
creuser la distance pour ne plus l’entendre,
elle finit chaque fois par me rejoindre
et moi par la reprendre
sans doute parce-qu’elle n’est pas finie,
que quelque chose très tôt s’est brisé,
a freiné la courbe et l’élan.
Je voudrais que le barrage cède
je voudrais pleurer un bon coup
j’écris simplement là où je voudrais pleurer.
J’écris où le sang s’écoule,
ruisselle le long des cuisses
j’écris du fond de l’enfance
et du creux de mon ventre
j’écris pour me rapprocher du point de vertige
J’écris sur l’ourlet brûlant de la bouche de l’enfant
j’écris parce-que j’ai décidé de perdre la mémoire
J’écris où il me faut sans cesse revenir
J’écris avec toujours ce mouvement de la mer
qui berce et gronde,
monte et redescend,
se jette pour mieux s’éloigner
j’écris lorsque les vagues sont trop grandes
j’écris pour être moins terrifiée
j’écris parce-que tu ne m’as pas dévorée entièrement
j’écris depuis l’intérieur du labyrinthe
j’écris du fond de mes poches trouées
par poignées de silence
j’écris sur la trame usée du jean
ou l’encre bleue pâlit.
J’écris parce-que je suis mal faite
qu’il y a des vices de forme
un défaut d’origine

 

 

http://lafilledesastres.com/

 

 

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23/04/2016

Warsan Shire, poète somalienne

 
 
HOME
 
 
Personne ne quitte sa maison à moins
Que sa maison ne soit devenue la gueule d’un requin
Tu ne cours vers la frontière
Que lorsque toute la ville court également
Avec tes voisins qui courent plus vite que toi
Le garçon avec qui tu es allée à l’école
Qui t’a embrassée, éblouie, une fois derrière la vieille usine
Porte une arme plus grande que son corps
Tu pars de chez toi
Quand ta maison ne te permet plus de rester.
Tu ne quittes pas ta maison si ta maison ne te chasse pas
Du feu sous tes pieds
Du sang chaud dans ton ventre
C’est quelque chose que tu n’aurais jamais pensé faire
Jusqu’à ce que la lame ne soit
Sur ton cou
Et même alors tu portes encore l’hymne national
Dans ta voix
Quand tu déchires ton passeport dans les toilettes d’un aéroport
En sanglotant à chaque bouchée de papier
Pour bien comprendre que tu ne reviendras jamais en arrière
Il faut que tu comprennes
Que personne ne pousse ses enfants sur un bateau
A moins que l’eau ne soit plus sûre que la terre-ferme
Personne ne se brûle le bout des doigts
Sous des trains
Entre des wagons
Personne ne passe des jours et des nuits dans l’estomac d’un camion
En se nourrissant de papier-journal à moins que les kilomètres parcourus
Soient plus qu’un voyage
Personne ne rampe sous un grillage
Personne ne veut être battu
Pris en pitié
Personne ne choisit les camps de réfugiés
Ou la prison
Parce que la prison est plus sûre
Qu’une ville en feu
Et qu’un maton
Dans la nuit
Vaut mieux que toute une cargaison
D’hommes qui ressemblent à ton père
Personne ne vivrait ça
Personne ne le supporterait
Personne n’a la peau assez tannée
Rentrez chez vous
Les noirs
Les réfugiés
Les sales immigrés
Les demandeurs d’asile
Qui sucent le sang de notre pays
Ils sentent bizarre
Sauvages
Ils ont fait n’importe quoi chez eux et maintenant
Ils veulent faire pareil ici
Comment les mots
Les sales regards
Peuvent te glisser sur le dos
Peut-être parce leur souffle est plus doux
Qu’un membre arraché
Ou parce que ces mots sont plus tendres
Que quatorze hommes entre
Tes jambes
Ou ces insultes sont plus faciles
A digérer
Qu’un os
Que ton corps d’enfant
En miettes
Je veux rentrer chez moi
Mais ma maison est comme la gueule d’un requin
Ma maison, c’est le baril d’un pistolet
Et personne ne quitte sa maison
A moins que ta maison ne te chasse vers le rivage
A moins que ta maison ne dise
A tes jambes de courir plus vite
De laisser tes habits derrière toi
De ramper à travers le désert
De traverser les océans
Noyé
Sauvé
Avoir faim
Mendier
Oublier sa fierté
Ta survie est plus importante
Personne ne quitte sa maison jusqu’à ce que ta maison soit cette petite voix dans ton oreille
Qui te dit
Pars
Pars d’ici tout de suite
Je ne sais pas ce que je suis devenue
Mais je sais que n’importe où
Ce sera plus sûr qu’ici
 
 
 (traduction Paul Tanguy)
 
 
 
 
 
Warsan-Shire-008.jpgNée 1988, Warsan Shire vit à Londres, où elle est arrivée à l'âge de 1 an. Poète, écrivain, éditrice, enseignante. Elle a  publié :
  • Teaching My Mother How To Give Birth (flipped eye, 2011)
  • Her Blue Body (flap pamphlet series, flipped eye, 2015)

 

 

 

 

 

 

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