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CATHY GARCIA-CANALES - Page 2

  • Colette - La naissance du jour

     

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    Flammarion 1928 pour le texte

    1984 pour l'édition

     

     

     

    Aurais-je atteint ici ce que l'on ne recommence point ? Tout est ressemblant aux premières années de ma vie, et je reconnais peu à peu, au rétrécissement du domaine rural, aux chats, à la chienne vieillie, à l'émerveillement, à une sérénité dont je sens de loin le souffle – miséricordieuse humidité, promesse de pluie réparatrice suspendue sur ma vie encore orageuse – je reconnais le chemin du retour.

     

    (...)

    Une des grandes banalités de l'existence, l'amour, se retire de la mienne. L'instinct maternel est une autre grande banalité. Sortis de là, nous nous apercevons que tout le reste est gai, varié, nombreux. Mais on ne sort pas de là quand, ni comme on veut.

     

    (...)

    À son sens, j'avais passé déjà ce qu'elle nomma « le pire dans la vie d'une femme : le premier homme ». On ne meurt que de celui-là, après lequel la vie conjugale – ou sa contrefaçon – devient une carrière. Une carrière, parfois une bureaucratie, dont rien ne nous distrait ni ne nous relève (...)

     

    (...)
    « Il n'est vendange que d'automne... »
    Peut-être qu'en amour aussi. Quelle saison pour le dévouement sensuel, quelle trêve dans la suite monotone des luttes d'égal à égal, quelle halte alors sur un sommet où se baisent deux versants ! Il n'est vendange que d'automne, – une bouche où persiste, en figure de larme séchée, la goutte violâtre d'un suc qui n'était pas encore le vrai vin, garde le privilège de crier. Vendange, joie précipitée, urgence de mener au pressoir, en un seul jour, raisin mûr et verjus ensemble, rythme qui laisse loin la large cadence rêveuse des moissons, plaisir plus rouge que les autres plaisirs, chants, criaillerie enivrée, – puis silence, retraite, sommeil du vin neuf cloîtré, devenu intangible, retiré des mains tâchées qui, miséricordieusement, le violentèrent...
    (...) Je replie un grand cœur flottant, vidé de ses trois ou quatre prodiges. Qu'il a bien battu et combattu ! Là... là... cœur... là... doucement... reposons-nous.

     

    (...)

    Dans l'éloignement, laissons décroître l'époque de ma vie qui m'a vue penchant d'un seul côté, comme ces allégories de source que leur chevelure d'eau couche et entraîne. C'est vrai que je me versais sans compter, du moins je le le croyais.

     

    (...)

    On n'aime pas à la fois les bêtes et les hommes. Je deviens de jour en jour suspecte à mes semblables. Mais s'ils étaient mes semblables, je ne leur serais pas suspecte...

     

    (...)

    L'homme a de quoi reculer, devant la créature qui opte pour la bête et qui sourit, forte d'une affreuse innocence. « Ta monstrueuse simplicité... Ta douceur pleine de ténèbres »

     

    (...)

    Je n'ai plus envie de me marier avec personne, mais je rêve encore que j'épouse un très grand chat.

    (...)

     

    Une capiteuse odeur de sang d'oiseau, d'herbe foulée et de grenier chaud la suit, et sa mère s'écarte d'elle comme d'un renard.

     

     

  • Alain Marc Guillaume - "I remember Clifford"

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    aérolithe éditions, 2024

     

     

    voyou soleil qui te siffle à la cynique
    te chiquenaude l'allumette
    après avoir enflammé son cigare
    et haussé ses épaules de boss

     

    (...)

    étagère placards armoires
    de paperasses godasses
    chiffons médocs périmés
    ai fermé de leurs cordelettes jaunes
    trois sacs poubelles noirs
    d'un noir luisant flippant
    bien serrés au cou

     

    (...)

    combien poèmes filent
    carrent en éclairs
    vous échappent
    comme le petit cul bondissant de mon chat
    qui esquive la caresse

    ah les morveux !

     

    (...)

    mais c'est tellement ténu
    fragile un éclat de souvenir
    une minute l'autre on est dans l'éclair
    puis c'est fini
    on disparaît

    oui bien fragile
    bien minuscule
    un être entrevu de dos

     

    (...)

    rivière des heures lentes infiniment étale
    grise
    plate
    sous lumière d'hiver
    un vrai réfracteur de zinc

     

    (...)
    les filles vous exhortent
    vous poussent à la prouesse
    des fiancées d'innocence
    (...)
    elles vous rayaient alors d'un éclat de rire
    quand vous étiez encore
    gourd, gauche, incertain

     

    (...)

    des futilités qui écrasent les silences
    des jingles sifflotés
    des réponses de pub
    qui remplacent la parole

     

    (...)

    le petit nuage de coton, d'étoupe
    qui filait un instant à l'angle d'un toit
    au-dessus du mur de briques rouges
    dans un ciel tendu de vieille éternité

     

    (...)

    et ma fille petite 
    sur mon dos

    sur mon dos disait
    « cheval ! allez cheval ! avance ! »
    cheval alors tu penses,
    m'exécutais
    (...)
    étais cheval
    un instant cheval
    qui la portait à des lieues
    au bout du couloir au bout du monde
    entre le séjour et la cuisine
    vers des coins mystérieux
    qu'on ne peut plus mesurer
    deviner
    nous
    lourds adultes devenus
    nous non
    on ne peut plus mesurer

     

    (...)

    reconnais la casserole dans la boutique du ciel
    d'autres configurations conjugaisons
    alignements
    et puis des rebelles des fugaces
    des filantes qui prennent la tangente aussi
    (...)
    la bonbonnière 
    au plus noir de la nuit
    toute myriades vertiges et gouffres(...)

    le revois tétant gouttes d'un stout amer
    comme une désilluse qu'avait du mal à passer
    ou peut-être qu'il grandissait doucement de l'en-dedans

     

    (...)

    il y a longtemps fis tout comme
    dans un jardin semblable
    sous soleil pareil
    suis sûr il fait de son mieux
    trouve les mots
    aide son enfant
    à trottiner dans l'éternité
    sa lumière
    sa poudre