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CATHY GARCIA-CANALES - Page 4

  • Delphine Évano - L'autre virtuel

    Couverture L'autre virtuel.jpg

    avec des photographies de l'autrice,

    éditions Le Citron Gare, janvier 2026

    https://lecitrongareeditions.blogspot.com/

     

     

    Plutôt que faire de longues notes de lectures comme j'ai eu beaucoup fait, je préfère recopier des extraits d'un ouvrage qui me parle, qui résonne en moi. Vous trouverez donc, ci-dessous, de nombreux échos de ce recueil qui parvient, sans y perdre sa langue poétique, à faire miroir au miroir aux alouettes des écrans qui se sont imposés dans nos vies. Il faut lire et relire L'autre virtuel, un appel à une déconnexion salutaire avant l'oubli total, la perte de soi définitive. La judicieuse sélection de photos qui accompagne le recueil renforce encore le vertige et la solitude du vortex virtuel. 

    cgc

     

     

     

    En ligne

    dé-

    connecté de sa propre terre

    i.l flotte

    Joker potentiel en tout lieu,

     

    IL se croit Dieu.

     

    Intégré à de froides plateformes sans

    conscience,

    il est un démiurge hameçonné à la culotte

    devant

     

    l'éternel rire cynique.

     

     

    Vitesse de la lumière.

    Délitement.

     

    Cerveau fracas.

     

     

    (...)

     

    Il+ est une exfiltration de désirs, une

    infiltration potentielle de gens qu'il aime,

    qui l'aiment, le like,

    le love, le kiss, l'overkiss, l'over over kissss.

     

     

    (...)

     

    Au

    rythme

    martial

    de

    l'actualité composite,

    le fouettage de la pâte à crêpes neuronale.

     

     

    (...)

     

    Dans la saturation humide du soir, eLLE

    absorbe à grandes goulées la phosphorescence

    numérique, nouvelle kryptonite des heures

    noctambules.

    en haut débit de synergies collectives,

    mondiales et locales, elle s'abreuve jusqu'à plus

    soif,

    imbibant sa chair en toute immersion assumée

    de malbouffe informationelle.

    Elle/ aspire goulûment, tandis qu'on lui mange

    le temps et le cerveau.

     

     

    (...)

     

    Il scrolle, zappe, follows. Son cerveau

    intègre le déversoir d'autres soi transmutés

    en paraboles chimériques.

     

     

    (...)

     

    Cou crispé, focales fixes, dos dans la

    gangue et tressaillement des doigts qui

    cliquent.

    Sa peau laisse voir en transparence ses

    circuits intérieurs,

    ornières phosphorescentes de nuit comme

    de jour.

     

     

    (...)

     

    Il délègue le choix des mots, l'agencement des

    phrases aux écritures prédictives.

     

    (...)

     

    Ébloui par l'immédiateté du mouvement,

    il sourit à la fluidité de l'exécution.

    La réponse est instantanée, l'expression

    optimisée, possible en plusieurs versions.

    L'élan des désirs emprunte la voix de l'I.A.

     

     

    (...)

     

    Les trompe-l’œil factices aux élucubrations

    de rien du tout l'embarquent, fesses, seins,

    sexe moche, vide serein et planétaire : dont

    il se dégoûte sans pouvoir s'en défaire,

    englué.

     

     

    (...)

     

    Soumise aux diktats masculo-numériques,

    Elle est la grande parfaite.

    (...)

    elle renvoie dans l'écran le visage des contes

    et des bistouris informatiques.

     

     

    (...)

     

    Quelle identité de secteur porte-t-il dans ce

    magma de solitudes ? Son empreinte

    est-elle celle de l'infini sans texture,

    sans terre, ni odeurs d'ici ?

    Que deviennent ses aïeux, le récit de leur

    vie ? Que laisse-t-il à ses aînés,

    à ses jeunes ?

    Un rétrécissement, une agonie.

     

     

    (...)

     

    Des traces de stimuli verbaux et sonores

    se rassemblent par feuillets dématérialisés.

    La masse répond crescendo à la masse en une

    esplanade furieuse d'obsessions, de fantasmes

    montés en épingle,

    formes illusoires, spectrales.

     

     

    (...)

     

    Les pixels la dé-

    gou-

    pillent. Elle fond comme neige au soleil,

    la conscience en chagrin.

    ce flux virtuel est une usure. Besoin de

    silence et de nuit noire

    pour réfléchir, pour ne

    rien

    faire.

     

    Déconnecter.

     

     

    (...)

     

    L'emprise numérique bat le rappel des masses.

    La rythmique des offrandes et des consom-

    mations s'accélère autour du feu magnétique

    dévoreur de regards.

    Elle oblitère dans l'instantané et l'oubli les

    dangers des grandes influences et la martiale

    mathématique des surveillances à grande

    échelle,

    à l'aise depuis les belvédères

    fascistes.

    Quelles libertés restantes ?

     

    Quand viendra l'estocade.

     

     

    (...)

     

    Respirer sans clics, sans l'éclatement continuel de soi.

     

    Détox.



    (...)

     

    Rechute.

    Tête basse, phalanges en alerte.

    Tous les claviers l'appellent et claironnent

    la résurrection des poupées

    emboîtées.

     

     

    (...)

     

    Sa vie est un immense couloir de frappe aux

    claviers lisses sans accroche.

    Curseurs et poudre aux yeux couvrent

    les solstices.

     

     

    (...)

     

    Chimpanzé agile, il saisit encore ces perches

    qu'on lui tend, descendant, grimpant les

    barreaux publicitaires, gymnaste de haut vol.

    Barreau après barreau, l'échelle des besoins

    inutiles croît.

     

     

    (...) Ses mots, ses photos, depuis le

    pavé numérique, s'exilent et lui survivent au

    carré, rejoignent les marmites chaudes qui

    font pleurer les glaciers.

     

     

    (...)

     

    Choix de la lenteur, ineptie et vice des temps modernes,

    un lieu où s'ancrer, un plancher fiable de vaches au pré.

     

    Plus de rythme internaute, de plateformes virtuelles,

    Plus ces images qui tabassent, qui enfoncent le globe dans

    l'orbite.

     

     

     

     

    Delphine Évano publie la nouvelle Bagatelle en 2013, contribue à la création du blog poétique Lorient-Galway en 2015, fait éditer chez Jacques André les recueils de poésie Peau de mère (2016) et des Des rives humaines (2022) avec lequel elle reçoit le prix de l'Appf. Ses textes paraissent régulièrement en revues papier et numériques (L'Intranquille, Recours au poème, Nouveaux Délits, Traversées, Cabaret, Ouste...).

     

     

     

     

  • Henri Pichette (1924-2000)

    Je suis ce que j'attends
    Je ne ris ni ne pleure
    De la fuite du temps,
    Mon cœur bat toute l'heure.

    Révolu le sommeil,
    Je me douche de pluie.
    Le caressant soleil
    À paumes d'or m'essuie.

    Mer bleu roi. Pics neigés.
    Rouge-herbe. Passeroses.
    Mes yeux sont messagers
    Entre l'être et les choses.

    Je sais des mondes sûrs,
    Infiniment infimes,
    Et je trouve hors murs
    Les espaces intimes.

     

    in Ode à chacun